N° 13 - Mai 2003
 
Reflet alternatif
L'audiovisuel indépendant : Zaléa TV
Nicolas Jules : "J'essaie de me surprendre". (04/2003)
Baudelaire ou la douleur de vivre (04/2003)
Bas les Watts ! Cabaret DésinVolt (04/2003)
Un chiffon propre dans le grenier (04/2003)
Branagh in Love (03/2003)
Nicolas Bacchus vitupère au Point (03/2003)
LUZ : Claudiquant sur le dance floor (02/2003)
Pouvoir de Lire et Droit de Dire (02/2003)
La Punkitude (01/2003)
Philippe Caubère : Présentation (01/2003)
Philippe Caubère et la politique (01/2003)
Philippe Caubère: 68 selon Ferdinand (01/2003)
Philippe Caubère: repères chronologiques (01/2003)
Juliette GRÉCO (12/2002)
Labels et la BĂŞte. (12/2002)
Woody Ă  tout prix (12/2002)
Fermin Muguruza (12/2002)
Autour d'Orsay et des impressionnistes. (11/2002)
Le Festi' Val de Marne. (11/2002)
Le Rock Identitaire Français (11/2002)
Le Glaz'art. (11/2002)
Jacques Prévert ou la bonne parole. (10/2002)
Au Limonaire. (09/2002)
Les Frères Brothers. (09/2002)
La rentrée théâtrale 2002. (09/2002)
Festisis 2002. (09/2002)
ATTENTION ! Salles en voie de disparition. (08/2002)
Une journée avec la Ruda Salska (08/2002)
La chaleur d'Avignon. (08/2002)
Histoires de vies brisées : les doubles peines de Lyon. (07/2002)
Renaud: Le mauvais sujet repenti. (06/2002)
Virginie Despentes ou l'art de toujours surprendre ! (06/2002)
La FĂŞte de la Musique. (06/2002)
Demandez le programme ! (04/2002)
Un chiffon propre dans le grenier (04/2003)

UN CHIFFON PROPRE DANS LE GRENIER

The T., 30 ans, passionné par le graf, voudrait faire reconnaître son talent. Le soir venu, les créateurs de la rue transforment trains et murs de Paris en de véritables oeuvres d'art.


The T. est né à Paris dans les années 70, au sein d’une famille déchirée. Très vite, on le place en foyer. Le jeune garçon se cherche, lui, français mais fils de parents marocains, se voit comme «un entre deux » dans cette société sauvage.

 

En 1981, il fait un voyage à New York. C’est la révélation. Alors que Paris ne connaît que des murs gris et tristes, New York expose ses tags immenses, multicolores et travaillés. Là bas, c’était déjà l’âge d’or pour les peintres graffeurs car ils ont su conquérir la ville. The T. comprend qu’il pourrait trouver sa place dans cet art moderne, et, rentrant à Paris, il commence à acheter des bombes de peinture. Il peint des personnages dans les immeubles de ses amis, dans les cages d’escaliers, dans sa cité…travaillant sans cesse, avec d’autres jeunes. « A partir de cette époque, explique-t-il, le graf a su me tenir debout, parce que tu dois être attentif, concentré. Pour nous qui sommes sans famille, qui avons un parcours scolaire pulvérisé et qui connaissons beaucoup de problèmes, liés au racisme notamment, c’était un moyen d’exister et de ne pas lâcher l’affaire ».
Aucune minute ne s’est passée sans que le jeune homme n’ait un croquis dans la tête. La passion, à chaque instant. Mais ces artistes doivent faire face à leurs faux-frères, «ces torchons sales des grands apparts » qui tentent de les copier mais qui ne font que leur donner une mauvaise image. « Je ne peux pas supporter ceux qui nous rabaissent en peignant là où ça dérange, juste pour déranger, dit-il avant d’ajouter que Ceux qui ont plein de sous, qui se droguent souvent et qui se veulent du même monde que nous alors que eux peuvent acheter autant de bombes de peinture qu’ils veulent, parce qu’ils ont de l’argent, pour aller ensuite taguer sur des voitures en essayant de nous recopier, mais sans talent et sans respect. ». Alors, il travaille dur pour tenter de faire oublier ces prétentieux. Il se perfectionne ou initie les plus jeunes à la vraie culture, «au style ». L’inspiration, il la trouve dans la religion ou dans le monde qui l’entoure. « Je sais qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, avoue-t-il, parce que les grosses pièces avec des personnages ou de larges écritures peuvent déranger. On est comme des vandales, mais des vandales respectueux. ».

No halte Ă  Spiderman

 

Ces jeunes ne semblent pas coller à la société du bien réglé, et le débat médiatique sur la peur vient souvent se glisser face à eux. Des brigades anti-graffiti mènent un travail de chasseurs pour les épingler et les présenter comme des voyous «pourtant, je ne me cache pas de ma passion, même si j’ai l’impression qu’on veut me coller une étoile jaune sur la veste ». Néanmoins, certaines personnes savent les aider : des commerçants qui veulent décorer la façade de leur magasin par exemple, et qui les paient ensuite au noir. La SNCF et la RATP semblent, elles aussi, faire des efforts en leur accordant quelques mètres de murs bordant les voies ferrées ou la surface de trains abandonnés.
The T. continue donc sa route dans le monde du graf. Le jour, personne ne sait ce qu’il fait, mais la nuit, tel Spiderman, il redevient l’homme passionné. « On pourrait me couper les mains , ou me crever les yeux que j’aurais toujours des dessins dans la tête ». Un œil sur son vélo, surveillant l’arrivée des rangers incompréhensives, il s’enferme dans son monde pour faire d’un talent privé un art public.

Emmanuelle Eymard

 

 


 

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