| |
 |
Têtes Raides
|
|
|

Crédit : Tôt ou tard
|
|
Têtes Raides, audacieux et fiers de l'être
|
|
|
|
|
|
04 Décembre 2000 |
Voici le petit dernier du groupe qui taille sa route en dehors des sentiers battus par la gloire médiatique, ce qui n’est pas une sinécure.
Au début, ce fut dur, dur. Mais, à force de trimer, les Têtes Raides, groupe phare de la famille néoréaliste tendance surréaliste (eh oui !) apparu depuis une dizaine d’années, ont mis la tête hors de l’eau. Leur huitième enfant, qui s’appelle Gratte Poil, est dans la lignée génétique des précédents, mais enrichi de l’expérience des concepteurs. Le groupe, emmené par le chanteur Christian Olivier, met le doigt sur l’endroit et l’envers du décor humain : là où ça fait mal, et là où ça fait du bien, le tout sur une musique qui allie le balloche à l’ancienne, le cuivre de la même époque et l’audace conceptrice de jeunes gens qui ne reculent devant aucune audace. Brassens, Ferré et quelques autres peuvent se rendormir tranquilles : ils ont trouvé leurs héritiers.
JACK DION
Marianne
|
|
Têtes Raides et boule de gomme
|
|
|
|
|
|
16 Novembre 2000 |
Que ceux qui cherchent encore à coller une étiquette sur la "gueule" des Têtes Raides cessent d'épiloguer : ces gars là sont des punks. Que ceux qui parlent de renouveau de la chanson française réaliste et de retour au surréalisme accordent leurs violons.A ceux qui depuis 10 ans s'émeuvent du succès d'estime "si particulier" des Têtes Raides, de leur public "si fidèle" et tarissent chaque dernier album d'éloges quasi post-mortem : sachez qu'un groupe punk, lorsqu'il ne meurt pas, a le droit de bien vieillir. Que ceux qui ne comprennent pas quand on leur parle admettent que c'est peut-être, tout simplement, qu'ils ne comprennent pas ce qu'on leur dit. Que ceux qui pensent que les troubadours du troisième millénaire n'existent pas viennent participer à une farandole dès janvier dans les concerts des Têtes Raides. Que ceux qui considèrent que le punk c'est du bruit se taisent, tout comme ceux qui jurent que le punk ne peut pas être acoustique, ni poétique, ni mélodique. Oui, on peut valser en pogotant quand la valse est à mille temps. Oui, Brel, ou Aristide Bruant, les Dada, Fréhel, Bobby Lapointe étaient des punks avant l'alerte. Digipresse
|
|
08 Novembre 2000 |
A les aimer depuis longtemps, à l'écrire depuis presque autant, on craint de lasser, de se lasser. Tant pis pour certains, tant mieux pour les autres, le dernier Têtes Raides est aussi chamboulant que le précédent. Dès l'orée : « A partir de maintenant/je chante ». Passé ce prologue, sobre merveille, il faut prendre son temps pour savourer Gratte-Poil. C'est qu'il y a, chez ces gens-là , de la droiture, de la noblesse. Ça ne veut pas dire que leur chanson se prend au sérieux. C'est juste qu'elle prend aux tripes sans vous taper sur le ventre. Qu'elle se montre espiègle - souvent - sur cet album qui offre aux Ennemis (de Norge) un p'tit solo canin, aux Poupées un chœur de ferme, un bouquet de voix d'enfants au refrain du rigolo Chapeau. Et à celui de Patalo, premiers slogans pour première manif : « Du sel dans les pâtes à l'eau/du beurre dans les haricots/de l'eau pour s'Iaver la peau/du sang pour cracher des mots/d'la voix pour gueuler plus haut/des fleurs pour t'aimer bientôt... » II y a ces interludes de manège emballé, ces instrumentaux où l'accordéon épouse la pluie, ces valses qui virent tangos, et inversement Ces festives «toumeries » pour fanfare folle. Le violon de Yann Tiersen qui brasille au Cabaret des Nues. Le bandonéon de Jean Corti (ami de Brel, ami des Têtes) qui aimante l'amoureux Gratte-Poil. Il y a l'incendie magnifique de L'Iditenté, allumé de concert avec Noir Désir, frères de sang, frères de fièvre. Il y a ces mots, ce chant, tout. C'est tout.
ANNE-MARIE PAQUOTTE
Télérama
|
|
Têtes Raides ou têtes brûlées ?
|
|
|
|
|
|
11 Janvier 1999 |
Les Têtes Raides vont faire trembler, un mois durant, les murs d'une salle aveugle du 18e arrondissement. L'espace, passablement décrépi, hormis un bout de tapisserie, semble un repaire à complots. Des lampes brûlent comme lanternes du temps jadis, projetant alentour l'ombre sinistre des poutres. Vrais gibets sans corde. Des hommes au crâne rasé et quelques femmes aiguisent des textes et des sons, au parfum de poudre sans fumée. Un rythme singulier cogne aux quatre coins de ce galetas de fortune. N'ont-ils pas trouvé, ici même, le lieu et la formule? Il y a chez les Têtes Raides une provocation certaine, laquelle s'économise, et ce n'est pas par lâcheté ou manière de filer droit. Cela s'appelle l'élégance. Lui, le chanteur, c'est un chef de corps au visage pâle et maigre, aux yeux traqués qui brûlent sous le léger cerne. Sa voix grave, au bel accent, enveloppe et soulève tout son personnage. Il semble se disloquer comme un clown, n'était la sobriété d'un corps qui toujours se rajuste. Les mots ne sombrent jamais dans la confusion que certains ont dite ni dans le brouillon calamiteux. Manière hâtive d'expédier la difficulté à dire, qui, c'est certain, les obsèdent. C'est que leur langage manque d'urbanité, certes, mais subtilement aussi, leur nouveau spectacle en fait foi, tente quelques ripostes du côté de la langue et de son usage. Parfois, l'un d'eux se paye une lecture publique, dans un grand livre ouvert à plat sur ses genoux. Outre des recettes de cuisine - très drôle, celle du faisan rôti -, il y a de la pensée spéculative, dont un accent nigaud, au trombone, souligne les ridicules. Les sonorités, loin de la nouvelle donne électronique, s'empilent, se califourchonnent à qui mieux mieux. Chacun fait oeuvre de ses dix doigts. Tout est soigné, hardi. Il y a des animations projetées à même les murs, des mots aussi, à caractères variables, lesquels peuplent l'espace, y flirtent avec les corps, les instruments. On se croit, pour un temps, dans une imprimerie à l'ancienne. C'est peu dire qu'ils ont un style unique qui tranche sur le tout-venant actuel, avec une nostalgie qui vient de loin, laquelle s'acoquine à des folies de fanfare. En fin de partie, ils dévissent eux-mêmes les lampes, comme on mouche une chandelle, s'y brûlent un peu les pattes. Modestes, quoi. Si le spectacle débute par un long cri, un "Non" majuscule répété sur les murs, il finit de même. Quelque chose passe là , dans la continuité d'un Tzara, n'était l'envie féroce de dire, en attaquant l'absurde de biais. Désespérées, les Têtes Raides ? Oui, sans doute, mais sans sabordage. Toute la palette sombre du langage est là pour qu'ils y plongent encore une plume de sang.
MURIEL STEINMETZ L'Humanité
|
|
|