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Kent
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Crédit : Flavie Girbal
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13 Mars 2003
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17 Décembre 2002
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TRANCHES DE KENT [13 Mars 2003]
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Alors qu'il achevait 3 semaines de résidence à L’Européen, Kent nous a reçus à deux pas de là , au Wepler, place Clichy (Paris.) Entretien éléphantesque ne souffrant aucune coupe avec un homme généreux et drôle qui mêle avec talent l’analyse éclairée et les mots d’esprit.
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L'art-Scène : |
Tu dis que l’album Je ne suis qu’une chanson marque pour toi le début d’une troisième vie. Quelles ont été les deux autres et qu’est-ce qui te fait penser de la sorte ? |
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Kent : |
La première est évidente parce qu’il y a eu une vraie cassure. Au début, j’étais chanteur dans un groupe de rock. Un jour, ce groupe s’est séparé, et j’ai fait de la bande dessinée. Je me suis lancé à fond là -dedans. J’ai arrêté la scène pour ne faire que ça. Par la suite, je me suis cherché et j’ai eu envie de faire de la chanson française. Là , la coupure était flagrante. Je me suis lancé dans une carrière solo en reprenant la chanson française à sa base. La seconde rupture est survenue il y a peu de temps. Elle est peut-être moins flagrante au niveau musique mais au niveau personnel, oui, c’est marquant. Professionnellement, je me suis pris en main. Je ne suis plus un artiste dans une maison de disque. Je suis un artiste indépendant qui a sa liberté, qui fait ce qu’il veut et surtout qui garde ce qu’il fait, ce qui n’était pas le cas au départ. Quand on est artiste dans une maison de disque, on vous donne les moyens de faire des disques, vous pouvez faire ce que vous voulez, il suffit de savoir bien s’y prendre. Mais quand le contrat est terminé et qu’on se dit au revoir, tout ce qu’on a fait appartient à la maison de disque et on n’y a plus accès. Au bout de 25 ans de carrière, c’est agaçant de savoir qu’il y a douze albums sur lesquels je n’ai aucun droit de regard…
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L'art-Scène : |
Ça coïncidait également avec la fin de ta collaboration avec Bastello, non ? |
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Kent : |
Aussi, oui… C’est vrai que ça a été marquant. Avec la tournée Cyclone, je me suis retrouvé avec des musiciens qui m’ont laissé tomber les uns après les autres, un manager avec qui je n’avais plus envie de travailler, une maison de disque avec qui on n’avait plus envie de collaborer. Au final, on se dit « est-ce que ça vaut le coup de continuer ? » Surtout dans un contexte de métier qui n’est pas enthousiasmant, il faut le reconnaître. Le fait de se dire « je vais peut-être arrêter la chanson » et finalement de rempiler en tant qu’artiste indépendant, c’est un renouveau pour moi. Encore une fois, ce n’est peut-être flagrant dans l’écriture des chansons mais dans le fond, c’est bien remué…
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L'art-Scène : |
Tu as loupé le coche du mouvement alternatif et tu le fais maintenant, en fait… |
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Kent : |
Oui, peut-être… Le mouvement alternatif était quelque chose qui m’intéressait mais le regret que j’ai par rapport à ce mouvement, c’est que, quoi qu’il en soit, ils ont écouté les sirènes des majors à un moment donné. Effectivement, c’est dur de bouffer des sandwichs et de ne pas bien vivre mais au bout du compte qu’est ce qui passe ? Une fois qu’on touche l’avance des majors, un an après le groupe se sépare. Parce qu’il n’y a plus la solidarité qui fait qu’on lutte pour quelque chose. On a l’argent, mais, on se rend compte qu’on a goûts différents, et c’est assez décevant. Moi je suis assez déçu par rapport à ça.
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L'art-Scène : |
Pourtant, tu ne revendiques pas plus ta nouvelle condition d’artiste indépendant ? |
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Kent : |
Il n'y a pas de quoi être fier. Je vis ma vie. Il y a des tas de choses à portée de mains, encore faut-il avoir l’audace de les faire. Pourquoi y a t’il autant d’artistes qui signent avec des maisons de disque ? c’est parce qu’il y a une avance intéressante, c’est clair. Et puis aussi, aucun souci de compter. On n’a pas à aligner des chiffres. On ne sait pas combien les musiciens sont payés, on ne sait pas combien coûte le studio, on ne sait rien. On se croit artiste mais au bout du compte, lorsque l’heure du bilan sonne, et bien rien ne nous appartient.
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L'art-Scène : |
Concernant tes trois vies, comptes-tu l’album Tous les hommes comme un album charnière dans ta carrière ? D’autant plus que tu considères l’album A nos amours comme encore un peu rock… |
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Kent : |
Au départ, je ne trouvais pas vraiment mes marques. Dès Embalao, j’écoutais des vieilles chansons d’Aznavour, Gainsbourg, Brel et tout ça mais j’écoutais surtout du côté musical : ce que faisait Goraguer comme arrangement dans le Poinçonneur des Lilas, ce que fait François Robert, tous ces gens qui ont donné une marque à la chanson française à la fin des années 50 et début des années 60. Il y avait vraiment un truc fort et surtout propre au pays, ça ne se retrouvait pas ailleurs. Et quand j’ai commencé à écouter cela attentivement, je me suis dit « mais qu’est-ce qu’on a perdu avec le rock ». Et pourtant, j’ai fait partie des bûcherons qui ont abattu la forêt. (Rires) Je me suis dit « on est con ou quoi, on a vraiment perdu un truc qui était propre à ce pays ».
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L'art-Scène : |
Cela restait au niveau musical ou est-ce que leurs textes t’ont apporté quelque chose ? |
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Kent : |
Oui aussi mais avec les textes, c’est plus filou. Quand je me suis mis à écrire des textes en français dans Starshooter…
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L'art-Scène : |
Quand tu as écrit dans Starshooter tout court, non ? (Rires) |
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Kent : |
Non j’écrivais en mauvais anglais pour Starshooter jusqu’au jour où je me dis « on va peut-être faire un disque, il serait temps de raconter quelque chose… ». En fait, quand on regarde ce qui s’est fait auparavant, il y avait les années Twist avec les groupes Yéyé mais les textes ne volaient pas haut quand même. A part deux ou trois artistes. Comme Eddy Mitchell, qui avait une vraie écriture. Il l’a toujours d’ailleurs. Il y avait Dutronc, Gainsbourg aussi. Mais, il n’y avait pas 36 références auxquelles s’accrocher quand on faisait du rock. Du côté musique, les références étaient outre atlantiques. Parce qu’en pleine période punk, ce qui se faisait dans le pays était totalement dénigré. Ce qui se faisait tout court, d’ailleurs. C’était No Futur mais « no passé » non plus ! (Rires)
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L'art-Scène : |
Dans Embalao, pour le titre « Cosimo Liparti, » tu as utilisé de l’accordéon. Tu dis sur ton site web, qu’à l’époque « ça faisait tache ». Mais à l’époque, il y avait Gérard Blanchard qui chantait « Rockamadour » et Renaud dans le Petit bal du samedi soir… |
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Kent : |
Oui c’est vrai, il y avait Renaud. Ce qu’il faut voir c’est qu’au moment d’Embalao où je me dis « ce serait bien de mettre de l’accordéon et de se lancer la chanson française », Renaud fait son virage rock. La chanson réaliste, reprendre du Fréhel sur scène, c’était son truc à une époque. Et puis, à un moment donné, il s’est dit « non, non, je veux faire du rock ». Je me souviens parce qu’il était fan de Starshooter et on s’est croisé à ce moment là . Ce qu’il voulait faire c’était du rock… et Blanchard, c’était une anecdote qui a compté. Il a tout inventé. Arnaud Méthivier, mon accordéoniste, dit également que c’est un type qui a compté pour l’accordéon. Blanchard a eu l’audace de faire un album avec de l’accordéon tout en faisant du rock. Quelqu’un d’autre l’aurait peut-être fait à sa place, toujours est-il que c’est lui qui l’a fait.
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L'art-Scène : |
En parlant d’Arnaud Méthivier, c’est une personne très présente dans ton dernier album. Est-ce que ta vision de l’accordéon a changé depuis ta rencontre avec lui ? |
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Kent : |
Quand je l’ai rencontré, je cherchais un accordéoniste. Je l’ai vu sur scène et je me suis dit que ce n’était pas qu’un accordéoniste. C’est un vrai musicien. On s’est mis à travailler. On ne s’est pas posé de questions, on allait dans la tradition de la chanson, de son acquis à lui, et puis, les années passant, il a voulu remettre en question cet acquis et changer un peu l’image déplorable qu’a l’accordéon en France. Il s’est lancé dans une carrière solo. Il a voulu faire sa musique, expérimenter à partir de son accordéon. On s’est détaché. Il a entamé sa carrière, et moi, j’ai vagabondé ailleurs, avec Enzo Enzo, avec Métropolitain. On s’est retrouvé, il y a deux ans, lui ayant fait son chemin et moi, le mien. J’avais envie de travailler avec lui, non pas parce que c’est un accordéoniste, mais parce que ce qu’il fait avec son instrument m’intéresse. Supposons que demain, il ne travaille plus avec moi, je ne vais pas le remplacer par un accordéoniste mais par un musicien avec qui j’ai envie de travailler. Si c’est un autre accordéoniste, tant mieux.
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L'art-Scène : |
Finalement, vous participez de la même recherche tous les deux. C’est une sorte de co-évolution, non ? |
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Kent : |
Le truc, c’était de reprendre, la chanson française pour moi et l’accordéon pour lui, et, de faire évoluer ça dans le 21ème siècle. C’est du dépoussiérage.
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L'art-Scène : |
Comment présenterais-tu ton dernier album ? |
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Kent : |
J’ai tendance à dire que c’est un album océanique parce qu’il m’a été inspiré par l’Ile de la Réunion… Quand je pense à cet album je vois de l’eau tout autour. Je ne sais pas si ça se ressent pour quelqu’un qui écoute sans savoir. Moi, je l’entends comme ça, en tous cas. C’est un album qui me paraît serein. Au moment où il a été composé, il y avait cette espèce de calme d’après tempête – le Cyclone était passé -, je me suis dit : « allez, on y va… On reconstruit un bateau avec ce qu’on a, un tronc et un mât au milieu et on y retourne ». Comme au début. Ça me donne cette impression là .
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L'art-Scène : |
A partir de Tous les hommes, tu as enregistré tes chansons en live studio, ton dernier album Je ne suis qu’une chanson a été enregistré en 4 soirées devant un public restreint. Pourquoi ce choix ? N’était-ce pas une prise de risque ? |
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Kent : |
Non, je trouve que je prends plus de risque à essayer d’enregistrer d’une manière technologique, comme j’ai pu le faire au début de ma carrière. Tu enregistres la batterie, les guitares et puis à la fin le chanteur. Ça ne me convenait pas, j’avais l’impression de chanter pour des machines, je ne trouvais pas ça très enthousiasmant. Donc à partir de Tous les hommes, en studio, j’ai chanté avec les musiciens jouant tous ensemble.
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L'art-Scène : |
Est-ce que tu penses que ça a changé ta voix à partir de ce moment là ? De A nos amours ou Tous les hommes, tu as une voix beaucoup moins gutturale qu’avant. |
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Kent : |
Bien sûr que ça change. Parce qu’on chante pour quelqu’un, pour les musiciens, il ne faut pas se planter, il y a une attention particulière. Et puis, la voix donne le ton de la chanson. C’est ce qu’on a tendance à oublier. A la fin, c’est ce qu’on entend. Quand on achète un disque, on écoute la voix du mec en premier, si ça se met en dernier dans l’enregistrement, à un moment donné, c’est absurde.
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L'art-Scène : |
Pourquoi ne pas faire que des albums live - avec le public - dans ce cas, comme tu le disais à la sortie de Kent en scène ? |
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Kent : |
Je continue à le penser et le vouloir sauf que maintenant on est en but avec des histoires de marché, tout simplement, dans un monde où quand on va voir des programmateurs radios avec un disque live, ils ne le passent parce que c’est en live.
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L'art-Scène : |
« J’aime un pays » a quand même eu un succès en radio grâce à Kent en scène… |
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Kent : |
NRJ qui aime prendre des risques a programmé la chanson qui avait failli être un tube deux ou trois ans auparavant. Il y a les règles et des exceptions. Je suis trivial là -dessus, et peut être que je vous apprends des trucs à la con. Un live représente un tiers des ventes de l’album qu’il suit. C’est le cas 99 fois sur 100. Or Kent en scène a été l’album que j’ai le plus vendu… Je me suis battu pour le faire. On me disait que j’étais mieux sur scène qu’en studio, je voulais tenter et, voilà ça s’est révélé vrai. Ce n’est pas pour ça qu’après on m’a demandé de faire des lives !
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L'art-Scène : |
Tu écrivais dans un article au sujet des chansons de Prévert et Kosma dans Télérama que l’industrie des médias imposait des carcans qui n’étaient UE des excuses pour imposer des artistes formatés. Penses-tu que les médias, aujourd’hui, ne laissent pas suffisamment d’espaces de liberté aux artistes en dehors de leurs 3 minutes de chansons ? |
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Kent : |
On a passé le cap des excuses. C’est là et c’est comme ça. On ne se pose pas de questions. C’est comme de croire en Dieu ou pas. « Pourquoi tu crois en Dieu ? Parce que ». Et bien là , c’est pareil, la réponse c’est parce que. C’est plus que jamais astreignant. Il y a plus de 20 ans, dans ce monde de la musique et de la variété (en englobant les médias), on ruait dans les brancards pour défendre les radios libres. Parce qu’il n’y avait que 3 ou 4 radios installées et en programmation musicale, il y avait des personnes qui choisissaient des chansons et qui avaient un goût totalement subjectif. Quand tu étais artiste tu disais : « Attends… Pourquoi c’est quatre personnes qui décident ?! Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?! » Et finalement, je fini par regretter ça, parce que, c’était peut-être subjectif, mais au moins, il y avait un intérêt parce qu’ils écoutaient de la musique, allaient à des concerts et ils disaient « ça me fait craquer, je le passe en radio ». Une radio pouvait choisir un artiste et pas l’autre, prendre un titre dans un album. Maintenant il y a une multitude de FM et de personnes dans leur bureau. L’attaché de presse vient et dit « voilà le single extrait de l’album ». Le gars écoute le single, peut-être…, et dit « j’aime, j’aime pas ». C’est tout. Et encore, parfois, il ne dit même pas « j’aime, j’aime pas », il dit « je vais le faire écouter à un panel ». Quand tu sais que, dans le pire des cas pour un artiste maison dans une major, à la sortie de l’album, on le fait déjà écouter à un panel pour savoir quel extrait on peut choisir… Ensuite, une fois qu’on a choisi l’extrait, on l’apporte à la radio qui le fait écouter à un autre panel pour savoir s’ils doivent le passer ou pas… [ réponse sonore ]
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L'art-Scène : |
France Inter reste, en comparaison avec les autres radios, un espace de liberté pour les artistes. |
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Kent : |
Effectivement, il reste ça. La radio libre, en France, c’est France Inter… Mais, ça évolue doucement, et ça n’évolue pas dans le bon sens. Il y a deux ans, ils ont décidé d’avoir une programmation commune aux émissions de Radio France. Avant, chaque radio régionale faisait ce qu’elle voulait maintenant, il y a une playlist nationale sur Radio France. C’est vicieux, ça vient, ça prend du terrain. Je suis un peu sceptique là -dessus. Je suis optimiste parce que je pense que de toute façon qu’il y aura toujours une réponse, tout le monde ne satisfait pas de ça, la preuve c’est l’engouement pour la chanson française qui finalement ne passe que sur France inter et qui finit par être premier des ventes, donc c’est que quelque part les gens ne se retrouvent pas dans ce qu’on leur propose. Si on continue à mettre des clés et à verrouiller un peu partout, les gens iront voir ailleurs… C’est mouvant et c’est émouvant… (Rires)
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L'art-Scène : |
En ce moment, tu es dans une dynamique de tournée, es-tu content de l’accueil réservé à ton nouveau spectacle ? |
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Kent : |
Oui ! quÂ’est-ce que je peux dire dÂ’autre ?
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L'art-Scène : |
Dans quelle ambiance as-tu voulu construire ce spectacle ? |
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Kent : |
C’est un best of d’états d’âme. C’était l’idée de jouer sur toutes les palettes de sentiments. Je pratique ça depuis le début de ma carrière solo. Je construis un spectacle comme quelque chose qui montre, qui part de l’intime. Un peu comme si on se met à table avec quelqu’un qu’on a envie de connaître. On démarre, on se raconte, on a envie d’être brillant en face de l’autre et puis, tout doucement, le vin aidant, on commence à se lâcher et à la fin on danse sur la table. L’idée est de faire un spectacle comme ça. C’est au début une espèce de retenue polie, et puis après, on se connaît bien et on y va quoi… Je ne saurai plus faire un spectacle qui ne serait qu’une fête de bout en bout, d’abord je ne suis pas sûr de tenir le coup (rires) et puis, ça me frustrerait énormément de faire que des chansons intimistes assis sur mon tabouret, c’est clair.
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L'art-Scène : |
Est-ce que ta collaboration avec Enzo Enzo a changé ta façon de te produire sur scène ? |
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Kent : |
Sûrement. De chanter avec une femme m’a influencé. D’abord parce qu’il fallait qu’on chante juste ensemble, il fallait que je fasse des progrès. (rires) Il y avait certaines libertés que je ne pouvais plus me permettre et puis ça arrondit les choses. Je pense que je lui ai apporté des choses du côté de l’énergie, elle était tout en retenue, extrêmement réservée, et être avec moi lui a permis de se lâcher ; et moi de mon côté, j’ai appris la retenue, chose que je ne connaissais pas. Pour moi, la retenue c’était presque un handicap alors que ce n’est pas vrai. C’est une autre façon de faire passer les choses. De chanter une chanson sans bouger en faisant tout passer uniquement dans la voix et le regard, au départ c’est un challenge mais après on se dit, c’est nécessaire.
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L'art-Scène : |
Tu as voulu restituer une ambiance un peu music-hall que vous aviez choisie à l’époque d’Enfin Seuls ? |
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Kent : |
Le fait de monter un spectacle de music hall nous a désinhibés par rapport au music hall. On adorait le music-hall mais je crois que chacun de notre côté, on n’osait pas prendre ça de face. On avait peur de la référence peut-être tout simplement. De monter un spectacle à deux, déjà , ça faisait moins sérieux, presque second degré, et puis, au bout du compte on en retire quelque chose. Puis ce spectacle nous a permis de redécouvrir certains acquis du music-hall qui avaient été jetés à la poubelle avec tout le reste. On a tiré des leçons de la façon qu’avaient Montand ou Brel de se produire sur scène. Ça m’amuse énormément de mettre en scène mes chansons.
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L'art-Scène : |
Ça change énormément de la tournée Cyclone où il y avait beaucoup moins ce côté théâtral… |
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Kent : |
En effet, c’était tout le contraire… Cyclone, ça a été une réaction au spectacle Enfin Seuls ! Enfin Seuls ! était quelque chose où tout était sur les pointes, quelque chose d’extrêmement sophistiqué de bout en bout. Il y avait très peu de places pour l’improvisation aussi bien dans les chansons que dans le spectacle. Au bout d’un moment, ça m’a frustré. Quand on a monté le spectacle et qu’on est parti sur les routes, au début je me disais « qu’est-ce que je vais faire après quand je reviendrai tout seul sur scène ? ». J’étais en train de faire des claquettes avec une danseuse et je ne voyais pas comment ça pouvait monter au-delà dans le degré de sophistication. Et puis, la réponse a été « fais l’inverse, repars avec rien. » C’est ce que j’ai fait, je suis reparti avec trois musiciens, pas d’éclairage, pas de mise en scène et puis des morceaux où on improvisait beaucoup… ça m’a fait du bien… mais, pareil, je m’en suis très vite lassé et du coup, j’ai vu où je me trouvais : entre les deux, le chemin était là .
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L'art-Scène : |
Tu reprends sur scène la chanson Juste quelqu’un de bien dans une version très dépouillée. Pour toi, elle représente quoi cette chanson dans ton parcours ? C’est une de tes plus belles chansons et en même temps, on l’a beaucoup entendu… |
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Kent : |
Moi, je n’en suis pas lassé, malheureusement, on ne peut rien au fait de l’avoir trop entendue. J’avais en tête cet accompagnement guitare, et je me suis dit que c’était une bonne version, c’est aussi bête que ça. Maintenant, trop entendre quelque chose, c’est désolant, c’est un bien « mal acquis », je comprends ça... Ces médias sont tellement idiots, ils arrivent à nous dégoûter de ce qu’on aime. C’est désolant. Cette spirale du succès qui fait que de toute façon, de ce que tu aimais, tu te retrouves en face de ce que tu détestais. C’est étonnant. Comme Vincent Delerm en ce moment. Il déteste ce qu’il vit, il n’a pas fait de la chanson pour ça. Après tu acceptes ou tu n’acceptes pas. Si tu acceptes, tu sors ta boîte de jeu Star System et comme tout le monde sait, dedans, il y a le mot System. Et tu acceptes le système ou pas.
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L'art-Scène : |
Et tu en subis les conséquences… |
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Kent : |
Oui, les conséquences à la fois artistiques et humaines. Tout à l’heure, je venais en flânant… Franchement, si un jour, j’avais un énorme succès, ça m’emmerdait beaucoup de ne plus pouvoir marcher dans la rue.
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L'art-Scène : |
Tu as quand même vécu ça avec Starshooter et « J’aime un pays. » D’un autre côté, j’ai l’impression que tout le monde te connaît passivement. Tout le monde connaît Juste quelqu’un de bien mais ne sait pas forcément qui et Kent… |
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Kent : |
Oui et ce n’est pas plus mal. Ce n’est pas disproportionné. Encore une fois, « Juste quelqu’un de bien » est un succès par procuration. C’est quelqu’un d’autre qui le chantait et moi j’étais en retrait. Mais là , je vous parle de choses qui n’ont rien à voir, c’est disproportionné… Même si « J’aime un pays » a marché c’est rien par rapport à ce qu’a pu faire De Palmas l’an passé. Je ne sais pas comment il vit ça. Je me souviens de Stéphan Eicher, on était dans la même maison de disque et on se fréquentait pas mal. Au moment où il a explosé. C’était insupportable pour lui. Il y avait des gamines hystériques qui lui couraient après mais ce n’est pas ce qu’il voulait.. Il faisait des concerts, et puis, il y avait des moments où il disparaissait de scène tellement il n’en pouvait plus. Il posait sa guitare, il partait, il laissait ses musiciens jouer, il n’en pouvait plus.
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L'art-Scène : |
La mise en scène de ton dernier spectacle cherche-t-elle à montrer que tes chansons sont très concrètes ? |
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Kent : |
Non, je ne crois pas. C’est ma façon à moi de continuer à bouger avec élégance… (Rires)
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L'art-Scène : |
Cyclone, contrairement aux autres albums, est très peu présent dans ton dernier spectacle, si ce n’est la valse de Romain Didier, Les roses et les ronces. Cet album est trop rock pour ce nouveau spectacle ? |
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Kent : |
Sûrement. Et puis, il est dans la phase rejet. Il correspond tellement à une période pénible de ma vie. Avant que je l’aime de nouveau, il va falloir un certain temps, c’est sûr.
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L'art-Scène : |
Pourtant, il est très bon cet album.. |
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Kent : |
Sûrement, mais je ne suis pas objectif. Et c’est le cas dans la plupart du temps, quand j’ai envie de faire un disque, c’est parce que je pense que le précédent est mal foutu. Si je pense que c’est mon meilleur disque, je n’arrive pas à faire de nouvelles chansons. A partir du moment où je pense que je peux le dépasser, que je le renie, je peux avancer. C’est systématique. Pour la tournée, je ne voyais pas d’autres chansons que Les roses et les ronces.
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L'art-Scène : |
D’un autre côté, tu n’allais pas chanter Manhattan… |
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Kent : |
Non… En plus, je l’ai trop chantée. La tournée Cyclone a été une grosse tournée mine de rien... C’est de plus en plus difficile, année après année, de faire un choix dans les chansons sans faire trop long. J’en discutais récemment avec Tom Novembre, il me demandait combien de chansons je faisais, on en fait 24 ou 25 et on en a travaillé 30, et il disait « j’en suis à 20 et je ne sais même pas si je vais les faire toutes » ; j’ai environ 200 chansons et toutes ne peuvent pas être chantées. Par exemple, les 3/4 de Starshooter, je ne peux pas les chanter, c’est une affaire d’honnêteté et puis, ça ne marche pas. « Les affres de l’adolescence » c’est impossible à chanter à 45 balais… Il y a une chanson, « inoxydable, » la toute première que j’ai écrite en français pour Starshooter, que je suis tenté de reprendre sur scène. C’est la journée d’un lycéen, dans un lycée technique, c’est finalement un beau témoignage de cette époque là …
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L'art-Scène : |
Elle est encore dans lÂ’air du temps ? |
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Kent : |
Non, mais ça fait 23 ans que je ne l’ai pas chantée. Dans le dernier album des Starshooter, il y a plein de chansons qu’il serait possible de chanter mais, le passé me fait peur… Je n’aime pas trop me retourner vers lui.
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L'art-Scène : |
Et puis, on te le rabâche souvent |
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Kent : |
Ca n’est pas grave ça. Autant j’ai eu un rejet quand je commençais ma carrière solo, ça m’emmerdait d’être un « ex-quelque chose »… maintenant, ça va… c’est loin tout ça… Le dernier disque, j’aurais aimé le chanter en entier sur scène, mais ça aurait été chiant comme du Lalanne… (Rires)
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L'art-Scène : |
C’est peut-être un peu convenu de dire cela, mais tu sembles réellement heureux d’être sur scène. Est-ce que tu le vis vraiment ainsi ? |
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Kent : |
Oui, je suis heureux sur scène…
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L'art-Scène : |
Tu n'as pas une certaine appréhension de mettre à nu ton écriture devant le public ? |
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Kent : |
Les chansons sont faites pour ça… Et à la limite, c’est le meilleur terrain pour les faire entendre. D’abord parce que je suis l’auteur, compositeur et interprète et que je suis bien placé pour savoir ce qu’il y a dans la chanson. En plus, il n’y a pas de facteur intermédiaire pour distordre le sens de la chanson. Le public est là , je suis là . Dans une salle comme l’Européen, en plus… pour tricher, faut se lever de bonne heure… c’est parfait. Ça n’a rien à voir avec une production de studio balancée aux petits tuyaux que sont les radios qui vont prendre le single qu’a choisi la maison de disque… là , y a du champ, je ne peux être qu’à l’aise, ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas le trac comme un malade avant de monter sur scène. Mais, sur scène, c’est clair, c’est là que ça se passe.
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L'art-Scène : |
Est-ce que quelque part l’expérience scénique de Starshooter, où il fallait se battre un peu avec le public, t’a désinhibé ? |
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Kent : |
Je me souviens du moment où j’ai réalisé que je n’étais plus sur scène comme sur un ring… Quand je me suis rendu compte que les gens étaient là parce qu’ils aimaient ce que je faisais, ça m’a fait un bien fou… Avec Starshooter, beaucoup de gens venaient au concert pour s’éclater et le groupe était un prétexte. A la limite, le groupe pouvait se faire jeter. Même si ce n’est plus trop le cas maintenant… Tout ça est devenu très gentil et convenu. Mais Il faut que le groupe corresponde à ce que les gens attendent. Si Noir Désir avait fait une tournée acoustique, je pense qu’ils se seraient fait jeter et ils n’auraient pas rempli les salles. Les gens qui venaient les voir ne venaient pas que pour voir Noir Désir, ils venaient en prendre plein la tête. Et puis un jour, ils ont passé l’âge et ils disent « c’était bien à mon époque, j’écoutais Noir Désir, Starshooter ». ça fait des vieux cons… (Rires) Le rock c’était un peu comme le rap maintenant, ça n’était pas gagné d’avance. Tu montais sur scène et tu pouvais te ramasser des cannettes assez facilement. C’était un ring, quoi… et puis, à la fin, ça applaudissait, tu avais gagné par KO. C’est comme ça que ça marchait. Quand j’ai commencé ma carrière solo et que j’entendais dans la salle « Starshooter, du rock ! », c’était pareil. Il fallait convaincre autrement. Et à un moment donné, le public est venu entendre du Kent et mes dernières chansons et Starshooter n’était plus qu’un souvenir commun, on savait que ça avait existé, c’est tout. Et j’ai réalisé ça. Je m’en souviens très bien. Je me suis dit « arrête de te tenir comme un boxeur, détends-toi »…
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L'art-Scène : |
C’est le jour où tu as arrêté le karaté ? (Rires) |
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Kent : |
Non, j’avais arrêté le karaté bien avant…
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L'art-Scène : |
En 1998, lors d’une émission de télé, on t’a demandé la question que tu aimerais poser à Baudelaire. Tu as répondu « Est-ce que ça fait du bien d’avoir mal ? ». Tu disais également que l’artiste est parfois « dans l’attente d’une souffrance pour pouvoir l’exprimer. » Est-ce que tu vis ton processus de création de cette façon ? |
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Kent : |
Malheureusement, c’est ça… on a beau tourner dans tous les sens, trouver des subterfuges, mais, au fond c’est ça. Quand on est heureux, on n'a rien envie de faire, on a juste envie d’être heureux. Etre heureux n’inspire pas de chansons. On prend l’air du temps et puis c’est tout. Ce qui fait que quelque chose va sortir, c’est le malaise… C’est le malaise qui fait écrire, et c’est une chance d’avoir cette possibilité là . Il y a des tas de gens qui voudraient et qui ne peuvent pas écrire. A la limite, on écrit aussi pour eux et les salles sont remplies de gens qui disent « il décrit exactement ce que je pense… » Finalement, le rôle qu’on peut avoir, chanteur, peintre, cinéaste, c’est exprimer ce que la plupart des gens n’arrivent pas à exprimer. Encore que le cinéma et la chanson peuvent être seulement divertissants. Mais au départ, c’est ça. Après tu lies la sauce, tu en fais autre chose… Au début, avec A nos Amours, le Mur du Son, dans mes textes, je cherchais à appuyer là où ça faisait mal. Je voyais se profiler les années 80 avec des gens heureux dans une société moderne, et je me disais « ils sont fous, ils ne voient pas où on va ».
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L'art-Scène : |
Bizarrement, ce n’est pas notre vision de ces années-là … Pour ce serait plutôt, la new wave, des gens habillés de noirs, désespérés sans savoir pourquoi, les années sida… |
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Kent : |
Oui, c’est vrai qu’il y a avait ça… mais ce n’était pas encore les années sida…. Dans le domaine artistique, on ressent ce qui va arriver. Si on est là pour constater ce qui est fait, il n’y a pas d’intérêt à le faire, ça ne sert à rien. On sent le malaise et il faut l’exprimer. Puis le malaise arrivant et se répandant, tu te dis, « c’est pas la peine d’en rajouter, pas la peine de chanter qu’on est dans la merde, de toute façon on y est, essayons de rendre ça supportable ». Là , je me suis mis à peindre mes chansons en rose, à mettre un nez rouge. Je passe beaucoup de temps à corriger le tir, dans mes chansons.
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L'art-Scène : |
Sur ton site, tu dis que le fond des textes de Métropolitain est très noir et que tu as essayé de les égayer au fil de tes ratures. Est-ce que Kent, l’homme, est plus désespéré et pessimiste que l’artiste ? |
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Kent : |
CÂ’est rien de le dire ! (rires)
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L'art-Scène : |
Pourquoi ne pas laisser plus transparaître ce désespoir ? |
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Kent : |
Tu prends le boulevard à côté, tous les 50 mètres, il y a une personne par terre qui te demande des ronds, qu’est-ce que je vais aller chanter ça ? C’est affreux et c’est présent. Il faut essayer de penser autrement, de se dire comment peut-on sortir de ça ?
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L'art-Scène : |
Est-ce que les gens ont envie d’entendre parler de misère, c’est ce que tu veux dire… |
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Kent : |
Oui et moi, est-ce que j’ai envie de le chanter ? Effectivement, je ne suis pas le meilleur des imbéciles heureux, loin de là . Alors à un moment donné, c’est la méthode Coué : chanter sur scène ça me rend heureux, parce que j’essaie de me convaincre dans mes chansons que j’ai peut-être raison. (rires) Métropolitain, c’est quelque chose que j’ai eu besoin de faire parce que ça répond à des instantanés que les médias nous font. Je devenais cette espèce de chanteur français réaliste, joyeux, avec l’accordéon etc. alors que ce n’était pas que ça. Faut savoir examiner ça de plus près. J’ai eu besoin de faire ces chansons sans correction, brutes de décoffrage. Je n’ai pas réfléchi. Le texte est arrivé et à peine était-il fini que j’allais le chanter sur une mélodie ou sur fond de machine. C’était salutaire parce qu’en même temps je n’ai jamais été aussi pleinement heureux qu’à ce moment là .
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L'art-Scène : |
Tu associes à la gravité de tes textes des musiques entraînantes, énergiques. Est-ce ta façon de dire « ne baissez pas les bras ! » ? |
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Kent : |
Oui, c’est ça. Il s’agit de ne pas d’être ennuyeux. C’était intéressant il y a 20 ans de découvrir Cioran… Dans le genre « au fond de la bouteille »… Mais, le côté désabusé, le cynisme et la dérision sont les pires choses qui puissent à arriver à quelqu’un et à une société. Et penser que c’est l’issue fatale, c’est terrible. Je ne comprends pas. Moi, j’ai été cynique. Mais, si on pense qu’il n’y a plus rien à faire, on s’achète un beau paquet de somnifère et hop ! Au revoir ! et on n’emmerde pas les autres. Si on continue à être et à dire « c’est nul », ce n’est pas mieux. Ce que je n’aime pas ce sont les auteurs qui pensent que le cynisme est l’aboutissement de l’intelligence, parce que dans le cynisme, il y a la lucidité. La lucidité est effectivement l’aboutissement de l’observation, c’est important, elle amène au cynisme mais, ce n’est pas une fin en soi. Je pense qu’on doit aboutir à une certaine mansuétude et à l’espoir de quelque chose. L’autre jour, en traversant la rue, j’étais dans une espèce de réflexion, j’allais pour traverser et il y a un flot de personnes qui arrive, une bande de mômes qui roulait des mécaniques, à parler fort, à raconter des conneries, et puis, je me dis « faut se battre et améliorer le monde pour des gens comme ça ? » Le cynique va dire « tu vois, tu penses comme moi, ça ne vaut pas le coup, il faut laisser crouler ce monde ». Mais non ! C’est peut-être trop tard pour ces gens-là , je ne peux pas convaincre les désespérés de banlieues que le bonheur est possible, mais il reste les enfants qui vont venir.
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L'art-Scène : |
A l’époque de Starshooter, tu as vécu cette sorte de rejet aussi… |
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Kent : |
Oui, mais j’en suis sorti. A l’époque des punks et du slogan No Futur, ce que j’aimais, n’était pas le côté destroy, mais, l’idée de bazarder ce qui était fait et repartir sur quelque chose de nouveau. Au fond de moi, j’avais une vraie conscience sociale des choses qui nous a empêchés de déraper et de devenir un groupe à la con. On aurait pu devenir très facilement un groupe pour teenagers, on était à deux doigts de ça. Par contre, on était très con du style « tous les vieux sont des cons », ça c’est évident. On reconnaît ce genre de choses quand on est entre deux âges et qu’on se sent visé. C’est pour ça que je préfère avoir 45 ans que 20 balais. J’étais vraiment pas fini à 20 ans. (Rires)
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L'art-Scène : |
Ta source principale d’inspiration c’est, comme chez Prévert, « l’homme du macadam », le quidam. En tant qu’artiste, tu n’évolues pourtant pas dans le même environnement. Comment expliques-tu la proximité dans ta description de leur quotidien, de leurs espoirs et désespoirs ? |
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Kent : |
Je ne suis pas qu’un artiste. Je suis préoccupé par ces gens-là parce que d’abord j’en suis issu, ensuite, ils continuent à m’entourer et enfin, je les aime. L’artistique peut faire qu’on s’échappe dans une bulle, coupé du monde. Ça peut faire de belles choses, d’ailleurs. Mais ce n’est pas mon cas. J’ai l’impression d’être un cerf volant qui a toujours son fil accroché sur terre. Je n’ai pas réussi à le couper ou je n’ai pas envie de le couper. C’est aussi une manière de dire « qu’est-ce que c’est que la chanson et quelle est son utilité ? » Si elle a une utilité, c’est d’être un moyen de communication avec les gens.
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L'art-Scène : |
Dans Les roses et les ronces, tu te compares à une « Cassandre en promotion ». La chanson a-t-elle un rôle vain ? |
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Kent : |
Cassandre n’avait pas un rôle vain. Personne ne l’écoutait mais le malheur est arrivé quand même. Il y en a toujours, des Cassandres. Ils sont nécessaires, ils sont pénibles d’ailleurs, ils empêchent d’être heureux. J’ai toujours tendance à dire que les optimistes sont des gens dangereux, parce qu’ils pensent toujours que les choses vont s’arranger, donc, ils ne font rien pour et puis ce sont les Cassandres et les empêcheurs de tourner rond qui font changer les choses. Et une fois que les choses ont changé, l’optimiste dit « tu vois, je te l’avais dit. » N’empêche, si les Cassandres n’avaient rien fait, rien n’aurait changé…
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L'art-Scène : |
Dans le titre Je ne suis qu’une chanson, as-tu voulu souligner le paradoxe entre le mode d’expression simple qu’est la chanson, la volonté de l’auteur et sa portée sur les gens ? |
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Kent : |
Quand on écrit des chansons, on souhaite pouvoir changer les choses, on a envie de lancer un message. On le lance en se demandant si la bouteille arrivera bien mais on ne sait pas la portée qu’elle aura. On souhaite qu’elle en ait. Je me souviens avoir vu une interview de Goldman qui m’avait exaspéré. Il parlait des chanteurs engagés, et il disait : « la différence entre un chanteur engagé et un chanteur non engagé, c’est que le chanteur non engagé distrait et ne change pas le monde, et, le chanteur engagé ne distrait pas et ne change pas le monde non plus. » Ma réaction a été de me dire : « Qu’est-ce que tu en sais ? ». Sais-tu si la politique de Bill Clinton n’a pas été influencée par Bob Dylan ? Qu’est-ce qu’on en sait ? Est-ce que les décisions graves prises dans le monde ont été influencées par une ritournelle qui trotte dans la tête au moment d’appuyer sur le bouton ou de signer en bas d’une page ? On n’en sait rien. Personne ne peut le vérifier. Je ne sais pas si ça change le monde en entier, mais, ça change les gens. J’ai rencontré des gens qui ont changé de vie parce qu’ils ont été influencés par une de mes chansons. Ça me fait toujours un drôle d’effet, je leur demande à chaque fois : « En mieux ? » De même qu’il y a des tentatives de suicide sur des chansons désespérées.
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L'art-Scène : |
Le message principal de tes chansons est que le bonheur est simple, à portée de main voire banal. Kundera dit que le bonheur est un désir de répétition et que l’homme n’as pas accès au bonheur parce qu’il est toujours en recherche d’autre chose… Pourtant, en tant qu’artiste, tu n’as de cesse d’être en recherche de nouveaux modes d’expression, de nouveaux horizons. Comment résous-tu cette contradiction ? |
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Kent : |
Le bonheur peut être à portée de plume. C’est dans la guitare, c’est dans la tête, c’est à côté, c’est là ! Ce qui trompe, c’est de penser que le bonheur est quelque chose alors que c’est ce qu’on vit. C’est du pointillé. Comme dit un copain chanteur : « vous voyez le bonheur c’est ce petit nuage rose entre deux nuages gris ». Après, il chante une chanson sur le bonheur. Et puis quand il va chanter une chanson triste, il dit « je vais vous parler du gros nuage gris qu’il y a entre les deux nuages roses. » le bonheur, c’est ça. Ce sont ces pointillés. Quand on est cyclothymique comme moi, ça monte, ça descend… On croit toujours que le bonheur est synonyme de vie normale. Quand on a des tas d’emmerdes, on se dit « quand est-ce que la vie redevient normale ? » Alors que la vie normale, c’est avoir des emmerdes, être heureux, c’est tout. A partir du moment où on arrive à se convaincre de ça, on se rapproche du bonheur.
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L'art-Scène : |
Tu crois que notre société dite « de consommation » nous pousse à ne jamais être satisfait de ce que nous avons et à vouloir toujours plus et surtout le dernier truc à la mode ? |
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Kent : |
C’est tout à fait ça. On nous vend la recherche du bonheur. Or, la recherche, ce n’est pas extérieur, ce n’est pas ailleurs. C’est d’arriver à goûter l’instant, j’en suis convaincu. Ce n’est pas pour ça que ça marche tout le temps. Aujourd’hui, quand je ressens un état de bien être, qui peut arriver comme ça, si je suis avec des gens, je l’exprime et je dis : « vous savez, là , je suis heureux ». Je le dis parce que je ne sais pas comment ça vient ni d’où ça vient. Je me tais quand ça va mal, par contre. Ce n’est pas la peine de faire partager ça. Après, le problème, c’est effectivement de mettre une image sur le bonheur. La société de consommation ne met pas que des images, elle met des objets et elle met une facture surtout. Elle nous dit que le bonheur c’est d’aller passer des vacances dans une île des tropiques…
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L'art-Scène : |
Comme la Réunion, par exemple… |
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Kent : |
Oui, je dois reconnaître y avoir trouver un certain bonheur. (rires) C’est à la fois un bon et un mauvais exemple. Cette fois, j’y suis allé le nez au vent, sinon, j’étais allé jouer avec Enzo Enzo là -bas et j’avais adoré cette île, et depuis, j’y retourne souvent. De nos jours, le bonheur c’est acheter une grosse voiture, passer à la télé, des conneries de ce genre… Evidemment, ce n’est pas ça, parce que ça ne s’applique pas à tout le monde. J’aime bien l’idée de la société des loisirs telle qu’on nous la présente et nous la vend, c’est une belle idée. L’idée qu’on n’est pas sur terre que pour travailler, comme des cons, et qu’en dehors de ça, y a une vie. Le problème, c’est ce qu’on met dans les loisirs ? On y met faire du sport, aller en vacances à tel endroit, aller au cinéma voir des conneries, regarder la télé, jouer au loto, aller voir des matchs de foot. Et, on ne dit jamais « lisez des livres intéressants, intéressez-vous à la culture des champignons, l’astronomie »… jamais… On ne met pas l’Education dans les loisirs. C’est étonnant quand même. L’Education, c’est vachement ludique. C’est intéressant d’apprendre. Le jour où je n’aurais plus envie d’apprendre, je m’achète ma plaquette de somnifères. Tout m’intéresse. Ma vie est courte, les journées ne sont pas assez longues par rapport à tout ce qui m’intéresse. C’est formidable. C’est comme ça que je parle à mon môme quand je lui parle de l’école, depuis toujours. « à l’école, tu apprends des choses, tu vas voir, c’est vachement bien, c’est drôle ». Les leçons qu’il a à apprendre, on les apprend ensemble comme des jeux, ce n’est pas pour faire plaisir à la maîtresse ou pour avoir un bon travail plus tard. Comme j’ai été élevé, c’était ça.
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L'art-Scène : |
D’ailleurs, tu as fait partie des premières classes d’arts appliqués et tu as vécu cela comme une chance, comme quelque chose de déterminant. |
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Kent : |
Oh oui. Vraiment. Ça m’a permis de me réaliser très tôt dans l’artistique. Au moment où ça m’a été présenté, j’étais dans une période de turbulence d’ado, ça a été une chance d’apprendre « bonant-malant » jusqu’au bac des choses qui me servent encore aujourd’hui et de mettre un pied dans le dessin, puisque c’est ce que je faisais à la base. En plus, c’était une bonne classe. En fait, ce n’était pas une classe, c’était une bande.
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L'art-Scène : |
Ta boulimie artistique actuelle est née d’une frustration de position de départ ? |
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Kent : |
Non, c’est la chance. J’étais artiste tout petit. A 6/7 ans, je voulais devenir dessinateur de BD.
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L'art-Scène : |
Et chanteur ? |
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Kent : |
CÂ’est venu un peu plus tard, vers 13/14 ans avec les premiers disques de rock. Je voulais devenir dessinateur de BD puis chanteur, jÂ’ai fait les deux. JÂ’ai du pot, franchement. JÂ’aurais pu suivre une toute autre voieÂ…
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L'art-Scène : |
Dans la chanson Class Prolo, sur ton album Cyclone, tu chantes « N’oublie pas mon coco / C’est inscrit dans ton dos / A la place de tes ailes / En lettres de rappel / Sur le cuir de ta peau / Y’a la griffe Class Prolo / A jamais Class Prolo » Pour quelqu’un qui parvient à s’épanouir dans sa démarche artistique, n’est-ce pas un constat un peu amer et fataliste ? |
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Kent : |
Malheureusement non. Allain Leprest l’a très bien exprimé aussi dans « C’est peut-être » : « C’est peut être Cerdan, le môme de la Courneuve, c’est peut-être Mozart etc. » C’est un constat terrifiant. Je crois qu’il est plus pessimiste que moi, mais les deux chansons expriment la même chose. Le milieu social dont tu viens est terriblement pesant, surtout quand il est bas.
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L'art-Scène : |
Tu penses que ça a motivé ton choix de la chanson « fils de… » sur la compilation-tribute Aux Suivants ? |
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Kent : |
Bien sûr. Mais cette chanson ne reflète pas vraiment la réalité. Il y a tellement d’inhibition lorsque tu sors d’un milieu « mal-aisé. » (rires) C’est “ oui notre Monsieur, oui notre bon maître. » Aujourd’hui les mômes regardent peut être le milieu artistique autrement parce que c’est devenu une industrie qui rapporte du blé, et donc les parents ont envie que leur môme fasse de la chanson parce qu’ils peuvent passer à la télé et devenir des stars. Il y a quelque chose qui s’est complètement déformé. Mais quand j’étais môme, être un chanteur, c’était être vagabond. Et même si les parents écoutaient Jacques Brel, Jacques Brel ce n’était pas moi... J’ai faillis être gravement en butte avec mon père à cause de ça. Et même en se libérant de cette inhibition due au milieu social dans lequel tu as grandi, même en se disant « j’y arriverai etc. » il n’y a rien à faire, il reste un fond… Chez artistes que je connais, je vois bien qu’il y a une aisance innée chez les enfants de la balle et les fils de prof par exemple. Ils ont reçu une éducation qui fait qu’ils sont à l’aise parce qu’on leur a appris à être à l’aise. C’est tout le contraire de se voir répéter : « Oui notre Monsieur, dis bonjour à la dame etc. »
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L'art-Scène : |
Tu parles de l’environnement musical de tes parents. Après ta période Starchooter, tu es venu à écouter des chanteurs comme Brel, Brassens, Ferré, Aznavour… Est-ce que c’est vraiment à leur univers musical que tu dois ton orientation vers la chanson française ? |
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Kent : |
J’ai trouvé le Rock extrêmement enthousiasmant pendant une dizaine années. J’ai continué à apprécier après, mais ce n’était plus mon moteur principal. En le pratiquant, en devenant professionnel du genre, j’en ai vu les limites assez vite et j’ai remarqué surtout les œillères que le rock avait. Un côté sectaire etc. Avec Starshooter, dès le deuxième album on s’est intéressé à d’autres choses : les percussions, les rythmes africains etc. Lors que la dernière tournée de Starshooter, on avait l’impression d’être des cocottes-minute face à des gens qui avaient besoin de se défouler et on en a eu marre. Ils hurlaient devant la scène mais si on n’avait pas été là , ils auraient hurlé dans la rue et ça aurait peut-être été mieux… (rires) C’était bizarre. Il y avait aussi un côté ficelle, mécanique où je me disais « tiens, là je vais les faire taper dans les mains au bout de 20 minutes ou alors 15 minutes. » Et ça marchait alors c’était pénible. C’était trop facile et ça me frustrait…
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L'art-Scène : |
Tu as dit qu’à partir du deuxième album, on avait reproché à Starshooter de faire de la variété. Le terme variété est un terme galvaudé, voire péjoratif. Fais-tu une différence entre variété et chanson ? |
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Kent : |
Ce qui est bien avec variété c’est le mot « varié. » C’est marrant parce que c’est du débat stérile. A l’époque de Starshooter, à partir du moment où on est sortis de notre cave tout haineux avec notre guitare, qu’on a fait des scènes etc. Quand on a rencontré des gens du rock des gens de la chanson. On a vu des groupes rock opportunistes et par compte on a vu un chanteur de variété humain et touchant. On s’est dit : « mais qu’est-ce que c’est ces critères à la con ? Ce mec est plus honnête que tel groupe qui se la joue keupon. » C’était déstabilisant.
On a effectivement pris ce contre-pied. A partir du deuxième album on a dit : « Ouais nous on est un groupe de variété » Quelle volée de bois vert a reçu à cause de ça ! C’était peut-être un peu maladroit… (rires)
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L'art-Scène : |
Ce que tu reprocherais alors au monde de la musique c’est de coller des étiquettes qui les cantonnent et compartimentent les artistes ? |
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Kent : |
Aujourd’hui plus que jamais. C’est aberrant. C’est quelque chose qui m’offusquait il y a si longtemps et c’est encore là aujourd’hui. Ça n’a jamais été aussi calibré. Maintenant chaque public à ses médias spécialité : sa radio, son magazine, sa chaîne spécialisés. Et il n’y a pas d’issue. Moi, ce qui m’a fait évoluer, c’est la généralité. C’était le disquaire chez qui j’allais acheter le dernier Clash et qui me disait « tiens, ça n’a rien à voir mais écoute ça » et il me filait un disque de Quincy Jones. Tu le prenais en rigolant comme un con et en disant « ouais je vais l’écouter pour te faire plaisir. » Puis tu écoutais chez toi et tu disais « ouais putain c’est bien. » Et au retour, il demandait : « qu’est-ce que tu as pensé de Quincy Jones ? » « oué c’est pas mal… » tu répondais. Et puis ça faisait son chemin.
J’ai l’impression que ça c’est plus possible parce qu’on est conforté dans les goûts qu’on a, et dans l’impasse qu’on prend. C’est quelque chose qui me désole. Il n’y a rien de plus désolant qu’à un moment donné une même cause ne soit pas défendue avec les même mots : Les rappeurs qui vont dire « Halte au racisme, » la chanson qui va dire « oui à l’intégration, » et la variété qui va faire « we are the world » etc. Je ne comprends pas, c’est quelque chose qui m’échappe. [ réponse sonore ]
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L'art-Scène : |
Tu plaisantes dans ton spectacle sur l’expression « chanteur à texte. » Tu l’avais défini dans un article sur Prévert comme le contraire de « chanteur à voix. » Pour toi « chanteur à texte » est une expression qui veut dire quelque chose ? |
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Kent : |
Je pense que ça voulait dire quelque chose à une époque. C’est Boris Vian qui fait cette distinction dans En avant la zizique. Chanteur à texte et chanteur à voix, quelle différence ? Ben y’en a un on écoute la voix et un on écoute le texte… Louis Mariano qui est un chanteur à voix, ce n’est pas la peine de lui faire chanteur un texte parce que personne ne l’écoutera. C’est du gâchis.
La distinction existe bien donc, mais je ne sais pas si c’est pertinent aujourd’hui. « Chanteur à texte » ça veut dire qu’on chante avant tout le texte. Dans mon cas ça n’est pas vrai. Une chanson qui a un bon texte et dont la musique ne me satisfait pas, je ne la fais pas. Pour que je chante une chanson, il faut que je sois content de la musique et du texte. Donc je ne suis pas plus chanteur à texte que chanteur à musique. (rires)
Ensuite “chanson à texte,” ce n’est pas forcément une chanson avec un texte profond. C’est un texte qui se tient et qui peut me toucher. C’est parce que c’est bien foutu. Une mélodie simple et légère, il ne faut pas lui coller un texte sur la mort… C’est rare quand c’est réussi. Je ne sais même pas si ça a été déjà réussi d’ailleurs. (rires)
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L'art-Scène : |
La tournée de l’album A nos amours a déterminé ton orientation définitive vers la chanson. Tu disais à ce propos que « tu avais joué dans des petits lieux et que tu t’étais rendu compte à quel point la chanson française était cantonnée à un ghetto dans son propre pays », penses-tu que ce soit toujours le cas actuellement ? |
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Kent : |
Oui.
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L'art-Scène : |
Pourtant depuis quelques années, il y a un renouveau de la chanson française, ce qu’on appelle la « nouvelle scène » avec Benabar, Delerm etc. |
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Kent : |
Ca peut être un ghetto surpeuplé. (rires) Mais je pense que ça reste un ghetto. Il faut voir qui est mis en vitrine, dans la rue etc. Pas dans les rayons de disque spécialisés, autre part que dans votre discothèque… Regardez ce qui est présenté, quelle est la couverture des magazines, qui passe à la télévision, ce que les radios nationales diffusent… ça reste étonnant. C’est comme un iceberg la variété en France. Un cinquième sort de l’eau et est médiatisé et les quatre cinquièmes où ça grouille dont on n'entend pas parler. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien, il y a plein de chose qui s’y font. Et je parle au sens large, je ne parle pas seulement de la chanson française, je parle aussi du rock et du reste. Pour moi, il n’y a pas de différence entre Mickey 3D et Vincent Delerm. Ça relève de la création de quelque chose qui est en train de se passer.
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L'art-Scène : |
Tu apprécies Mickey 3D ? |
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Kent : |
Il y a un vrai auteur chez Mickey 3D. La chanson sur Jean Moulin, c’est extrêmement audacieux. Il écrit une chanson sur sa grand-mère alors que ça n’est pas en vogue comme sujet. Ça me fait rire ! Ils font la couverture des Inrockuptibles et il chante sur sa grand-mère qui habite à Montbrison… (rires) C’est formidable. Les mêmes Inrockuptibles qui ne feront jamais un papier sur Allain Leprest. Qu’est-ce qui fait qu’ils ne peuvent pas écrire quelque chose sur ce mec ? Ils sont capables de faire un dossier sur Tom Waits et pas sur Allain Leprest. Quelle est la différence entre les deux ?
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L'art-Scène : |
En 25 ans de carrière, tu n’as donc pas vécu l’évolution du statut de la chanson française ? |
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Kent : |
Je pense qu’elle n’a pas plus accès à la parole aujourd’hui qu’il y a 25 ans. En revanche, qu’elle est de plus en plus importante c’est vrai. Elle est plus importante dans les ventes déjà . Ça s’est fait tout d’abord d’une manière artificielle grâce aux quotas. C’est important cette histoire, je me souviens quand je défendais les quotas comment je me suis fait traiter de ringard – y compris par ceux qui faisaient de la chanson française. En face, les radios disaient : « mais qu’est-ce que vous nous faites chier, le public n’a pas envie d’entendre de la chanson française, on en sait quelque chose, on est bien placé pour… Et puis si les quotas passent, on va perdre des auditeurs etc. » Les maisons de disque s’inquiétaient aussi, elles avaient peur de vendre moins de disques, si elles vendaient moins de Madonna ou je ne sais qui. Et tout l’inverse s’est passé : Les radios ont gagné en auditeurs, le rap français est parti comme une fusée, Skyrock avec… Les maisons de disque ont vendu plus de disques. Du coup, la France est le seul pays où les ventes de disques ont progressé grâce à la chanson française. Donc ça va et je pense qu’il peut arriver encore la même chose encore en imposant des choses. Ca m’ennuie parce que je n’ai plus la force de ça. Une idée serait de faire un quota nouveauté dans les émissions de variété en disant : « vous faites une émission de variété à la télé, vous êtes obligés de passer au moins deux inconnus, deux chanteurs qui ne sont jamais passés à la télé. » Je suis sûr qu’il se passerait quelque chose. Maintenant, est-ce que c’est la bonne solution ?…
Ce que j’aime actuellement, c’est que dans la scène de la variété française actuelle, c’est que beaucoup de personnes refusent de faire de la télé. Finalement, je pense que c’est un bon mouvement de résistance. Si on continue à tenir le coup, des tas de gens vont abandonner la télé pour aller voir ce qui se passe ailleurs. Si on passe à la télévision, ça ne fera qu’entériner quelque chose contre lequel on se bat. J’ai cette impression.
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L'art-Scène : |
Il y a des artistes comme Miossec, Benabar etc. Qui ont construit leur renommée uniquement par la scène. |
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Kent : |
C’est 80% de ce qui se fait actuellement… Encore une fois… Les programmes télé ne correspondent pas à la réalité des salles…
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L'art-Scène : |
Sarclo dit « qu’on peut sortir du quotidien mais pas tous les jours ». Par ailleurs, on entend dire que tu as une « peur bleue » de la routine. N’est-ce pas réducteur de dire que tu es un « nomade artistique » puisque après tout cela implique un certain dilettantisme opportuniste ? |
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Kent : |
J’ai tendance à dire que la musique c’est partir à l’aventure. J’embrasse la musique comme je voyage. En tant qu’individus, j’aime voyager physiquement. Et en musique j’aime aussi voyager, je ne peux pas m’en empêcher. Après, je ne sais pas ce que me réserve l’avenir, peut-être que j’ai fait le tour…
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L'art-Scène : |
Pour toi, c’est plutôt une recherche artistique ? |
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Kent : |
C’est de la curiosité. C’est ce qui me fait redémarrer. Dans le cadre de la Réunion, pour Je ne suis qu’une chanson, c’était ça. C’est écouter des musiques de là -bas qui m’a donné envie d’écrire à nouveau. J’ai écris dans le sens de ce que j’avais entendu, ce n’est pas pour ça que j’ai fait de la musique réunionnaise… C’est juste que ça m’a donné envie.
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L'art-Scène : |
En effet, on a l’impression que tu as besoin de t’expatrier pour créer, cependant, l’endroit où tu te trouves ne transparaît pas directement dans tes musiques. Pourtant, tu as besoin de te décaler de ton univers de proximité pour créer ? |
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Kent : |
Oui, peut-être. Je n’analyse pas tout. (rires) J’aime bien papillonner ça c’est sûr. J’ai la bougeotte, c’est comme ça.
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L'art-Scène : |
Tes chansons sont ancrées dans une actualité, un air du temps… Dans l’album Nouba, tu as chanté la chanson « La Haine est là ». Tu dis « Du métro au commissariat, la peur est ton appât. » et « Tu es là , ça y est tu es là , je te suis pas à pas. » Cette chanson est écrite dans un esprit plus grave que « J’aime un pays. » A mon sens, elle rappelle les dangers que représente le glissement voire la dérive de l’opinion publique vers la peur, l’insécurité. Au regard des dernières élections présidentielles, comment la relecture de ce texte t’interpelle ? |
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Kent : |
Vous voyez, je vous parlais de prescience tout à l’heure, ce n’était pas pour rien quand même. (rires) Mince alors.
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L'art-Scène : |
Nous avons quand même l’impression qu’aujourd’hui on ne la réécoute pas de la même façon… |
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Kent : |
Ben ouais… Je ne peux que dire ça. (rires) Blague à part, ce que je voulais exprimer dans la chanson, ce n’est pas uniquement la haine extérieure. C’était plutôt l’idée que la haine est en nous, et qu’à partir du moment où on joue son jeu elle gagne du terrain et tout est perdu. A partir du moment où on réagit à la haine avec la haine, c’est perdu. Ce n’est pas un message nouveau, mais c’est important qu’il soit répété. (rires) Ce qui se passe en ce moment, notamment la guerre contre l’Irak, le côté belliqueux de ce cher double-u etc. J’allais dire « je ne peux que rejoindre Chirac » c’est pas vrai, parce que ça n’est pas moi qui rejoins Chirac, c’est Chirac qui m’a rejoint parce que j’étais pacifiste avant lui… (rires) Mais sa position est louable.
Il est étonnant Chirac finalement… J’ai été écolo, il l’est devenu. J’étais pacifiste, il l’est devenu… Il me doit beaucoup. (rires)
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L'art-Scène : |
Tu aimes la tête de veau ? |
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Kent : |
Il aime la tête de veau aussi ? Putain, le con… (rires)
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L'art-Scène : |
Ton premier groupe s’appelait Starshooter, les tueurs d’étoiles, (ou tueurs de vedettes). Le thème de la célébrité revient dans certaines chansons telles que « l’homme de derrière », « les roses et les ronces », « l’idole exemplaire » ou « dis-moi est-ce que tu m’aimeras ». Comment ce thème de la célébrité a évolué chez toi ? Et plus particulièrement, Il semble qu’on pourrait opposer « l’idole exemplaire » et « dis-moi, est-ce que tu m’aimeras ? » Aujourd’hui laquelle des deux chansons te ressemble le plus ? |
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Kent : |
Elles ne s’opposent pas, elles disent exactement la même chose.
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L'art-Scène : |
On a lÂ’impression que lÂ’idole exemplaire traite dÂ’un jeune artiste plein dÂ’espoir alors que "dis-moi" est plus dans le doute et la compromission ? |
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Kent : |
Dans « l’idole exemplaire, » je dis « incapable aussi de suivre à la lettre / Ce mode d’emploi pour être et paraître / une idole exemplaire. » Dis-moi c’est un garde fou, c’est la même chose. ça traite effectivement de doutes qu’on peut avoir en tant qu’artiste, mais ces chansons aussi partie de la méthode Coué pour continuer à monter sur scène. (rires) “Dis-moi” est effectivement un garde fou par rapport à des dérives qui arrivent. Gainsbourg est devenu une super star à 50 ans et il n’a pas échappé à la folie de la super star… On pourrait penser qu’à 50 ans on a suffisamment d’expérience pour ne pas tomber dans le panneau, mais ça ne l’a pas empêché d’être une caricature de lui-même. C’est la condition sine qua none au fait d’être star : être une caricature, parce que c’est un portrait simpliste.
Ensuite, à chaque fois que je chante « l’idole exemplaire » sur scène, je ne retiens que les premières lignes. Je vois ce gamin dans la salle à manger le dimanche en train de danser le twist, et ça m’amuse. J’ai l’impression de regarder un album photo.
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MOT
DE LA FIN
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L’art-scène : Pilote
Kent : Le journal qui s’amuse à réfléchir
LÂ’a-s: Zazie
K.: Zazie sur la porte-avion
LÂ’a-s: Beaudelaire
K.: Les fleurs du mal
L’a-s: Karaté
K.: Shotokan, c’est la forme de Karaté que j’ai pratiqué
LÂ’a-s: Humour
K.: Hygiène de vie. Un anglais certainement disait qu’en Angleterre avoir de l’humour c’est naturel, en France, c’est un métier
LÂ’a-s: Les Inrocks
K.: Chapelle
LÂ’a-s: Manhattan
K.: Dynamisme, mais cÂ’est un peu court. JÂ’adore Manhattan
LÂ’a-s: Enki Bilal
K.: Les Nouilles Froides
LÂ’a-s: Idole
K.: Le premier mot qui me vient c’est “exemplaire. Mais c’est un peu court aussi…
LÂ’a-s: Roda-Gil
K.: Auteur important, pour moi il a compté. Amour caché je pourrais presque dire (rires)
LÂ’a-s: Renaud
K.: Je ne sais plus qui il est
LÂ’a-s: Ecologie
K.: Le combat de ma vie ça…
LÂ’a-s: Johnny Halliday
K.: Barnum, le plus grand cirque du monde
L’a-s: île de la Réunion
K.: Un possible avenir
Propos recueillis par Marion Dieuloufet et Flavie Girbal le 13 mars 2003
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