| |
 |
Stupeflip
|
|
|

Crédit: Flavie Girbal
|
|
Stupeflip [12 Novembre 2003]
|
|
C'est dans un appartement... rangé ! Enfin presque rangé, mais bon vu les descriptions apocalyptiques des autres journalistes, on apprécie à sa juste valeur de pénétrer dans l'antre de King Ju, démasqué pour la peine.
|
|
L'art-Scène : |
JÂ’ai lu que tu allais dissoudre le crou... |
|
Stupeflip : |
C’est une grosse connerie, je ne peux pas dissoudre le crou. C’est parce qu’ils me faisaient tellement chier à un moment… En fait les gens avec qui je bosse, ça se passe bien, mais ça me fait très peur en fait, je déteste ça, je déteste le business qu’il y a autour. Donc, j’ai tellement été speedé à la sortie de l’album, j’aurais eu besoin d’avoir deux trois mois de plus, et l’album aurait été génial, et je les ai pas eus donc j’étais vénère et j’ai sorti ça comme une connerie de plus. Mais je ne peux pas dissoudre le crou parce que moi je suis Stupeflip, on fait partie du crou, mais le crou c’est beaucoup plus puissant que nous. Nous c’est juste le côté show biz du crou, artistique un peu…
|
|
L'art-Scène : |
Il n’y aura pas de troisième ère ? |
|
Stupeflip : |
Ah non, de toute façon il n’y a pas de troisième ère du Stup, il n’y en a que deux. Il n’y en a jamais eu trois.
|
|
L'art-Scène : |
Il n’y aura pas de deuxième album ? |
|
Stupeflip : |
Si mais, si tu veux Stupeflip, pour le crou, cÂ’est un peu rigolo, cÂ’est lÂ’excroissance rigolotte du crou. Tout le monde croit que le crou cÂ’est nous parce quÂ’on en fait partie, mais en fait, on est un peu comme les fous du roi pour le crou.
|
|
L'art-Scène : |
Tu as dit « J’ai été très libre pour l’album, mais, si ça ne marche pas, la liberté… Il faut se battre pour garder la liberté. » |
|
Stupeflip : |
Moi je suis parti avec un gars qui avait dealé déjà deux albums avec BMG. Donc de toutes façons, ça ne changeait rien. Mais je me suis rendu compte que c’était complètement faux. Je ne connaissais pas bien le business de la musique, mais en fait, si ça avait vraiment marché, si on avait vendu 200 000 albums, c’est là que ça aurait été encore pire pour moi. Là , comme ça a été un petit succès commercial, ça me laisse beaucoup plus libre. Moi j’ai un problème avec l’autorité, avec le business, avec les gens qui sont autour de ce truc là . Moi je fais tout tout seul, pratiquement tout, parce qu’il y a aussi Cadillac qui bosse avec moi sur des morceaux, mais je n’aime pas savoir qu’il y a des gens qui sont autour, et j’aimerais continuer à être seul.
|
|
L'art-Scène : |
La maison de disque va t’imposer une date limite pour le deuxième album ? |
|
Stupeflip : |
Oui, ça y est. Ca va être un speed infernal. J’ai mis beaucoup dans le premier, j’ai même mis pratiquement tout, et il va falloir refaire des morceaux. Je suis en train, là …
|
|
L'art-Scène : |
Par rapport au premier album où tu avais travaillé et retravaillé les morceaux, comment ça va se passer ? |
|
Stupeflip : |
En fait, il y avait des morceaux que j’avais depuis des années, dont Je fume pu d’shit ou Stupeflip. Je n’ai jamais eu vraiment de son sur ces morceaux, donc le fait de les retravailler, ça ne changeait rien. Mais je pense que le deuxième album va être dingue. En tout cas, niveau son, il sera meilleur, ça c’est sur. Il va peut être génial. Mais en tous cas, je ne pense pas qu’au niveau des sujets il sera aussi fort que le premier. Parce que A bas la hiérarchie ou Je fume pu d’shit ou même Stupeflip c’est pas des trucs que tu refais… Là je suis reparti dans des textes complètement surréalistes, ça ne veux plus rien dire, c’est assez dingue. Mais en même temps, ça veux dire beaucoup, c’est assez philosophique. Maintenant, c’est la religion du Stup, c’est ça le concept… On est plus du tout rigolo, maintenant c’est très religieux, on n’apparaît que dans des poses mystiques, en priant. Là on est en train de faire un film où on prie, on bouge pas, c’est en noir et blanc… C’est plus du tout le plan un peu rigolo qu’il y avait sur le premier album, c’est moins gadget. Je pense que maintenant, les pires ennemis de Stupeflip, c’est les fans du premier. J’en ai rencontré qui ont tellement aimé le premier, qu’ils ont peur quand je leur dis ce vers quoi je vais.
|
|
L'art-Scène : |
Le fait d’avoir moins de temps pour le deuxième album, n’est-ce pas un mal pour un bien, une façon de gagner en fraîcheur ? |
|
Stupeflip : |
Voilà , je crois que c’est très bien de ne pas avoir trop de temps. Pour gagner en fraîcheur, pour pas trop réfléchir. Parce que sur le premier, il y a plein de trucs que j’avais depuis trop de temps. J’ai flippé sur certains morceaux. Alors que là , ça va se faire tellement rapidement... De toutes façons je vais bosser les versions, la musique à fond. Je suis en train de faire des trucs, là , qui sont vraiment mieux que le premier, mais niveau texte, ça sera peu être moins fort.
|
|
L'art-Scène : |
Et musicalement, on retrouvera toujours la même ambiance sonore ? |
|
Stupeflip : |
Oui, exactement. Ca sera un mélange, hip hop. Ca va vraiment être plus hip hop. Il y aura des gros beats, des samples qu’il n’y avait pas sur le premier. Il y a un gros son. Et il y aura aussi des guitares, mais moins que sur le premier.
|
|
L'art-Scène : |
Pour le premier album, tu n’as pas l’impression que le concept a été un peu grillé, par toute la presse branchée ? |
|
Stupeflip : |
Ca, c’était mon ennemi numéro un. En fait, moi je suis parti avec un mec de Métamusic, et la première chose que je lui ai dit, c’est « il ne faut absolument pas communiquer, il ne faut absolument rien dire, ne faire aucune interview ». Et malheureusement, je me suis aperçu que c’était impossible. Et c’est pour ça que j’ai commencé à insulter les gens, que j’ai été vraiment très dur avec des journalistes. Je suis allé très loin, j’ai été très méchant, et je sais pourquoi. C’est parce que je ne voulais pas parler. Normalement, il ne faut pas parler du tout sur ce truc là et rester super mystérieux. Le plus mystérieux possible. Donc, moi, quand j’ai vu que les mecs me poussaient quand même à faire de la promo, ça m’a énervé, ça m’a rendu dingue, et je me suis dit, autant rigoler avec ça et leur chier dessus, parce que je n’aime pas le système des médias, en plus. Tu dois passer par un espèce de système, c’est naïf ce que je dis, mais tu passes par une espèce de grosse matrice qui te digère. Bon parfois de manière assez juste. J’ai bien aimé certains articles sur Stupeflip, il y en a des biens, qui m’ont même apporté. Mais voilà , normalement il ne faudrait pas en parler. Le vrai concept c’est ça. Le fait d’avoir dit un mélange de truc, de conneries et de trucs très vrais, c’est comme si on n’avait pas parlé. Par exemple, chez Ardisson, j’avais dit à la meuf qui m’avait appelé, moi, je ne parlerai pas, je veux bien le faire, mais je ne parlerai pas. Elle m’a dit si tu fais ça, il va te scratcher. Et c’est ce qui s’est passé en fait, parce que je n’ai pas voulu parler. Si tu commences à parler, à expliquer, enfin, si je l’ai fait un fois aux Inrocks un peu, je n’ai parlé que musique avec le mec, et résultat, il a vu des ongles rongés. C’est fou, ce mec c’est le seul avec qui j’ai parlé pendant deux heures de musique. Et c’est le pire, c’est celui qui m’a enculé le plus. Je n’ai parlé que de son et de musique avec lui. En fait, il savait plein de trucs sur moi déjà , je ne sais pas, par d’autres gens, et il a fait son papier là dessus. C’est nul parce que Stupeflip ce n’est pas moi, c’est un rêve, c’est un délire, c’est plus fort que moi, que Stef, plus fort que Popol. C’est plus fort que nous trois. C’est un truc qui est ouf. C’est un peu moi l’ordonnateur de tout ça, parce que j’ai brouillé les pistes un maximum. Et le fait d’avoir parlé à des journalistes c’était mauvais.
|
|
L'art-Scène : |
Tu t’es toujours justifié sur la sincérité du truc, que ça n’était pas un coup médiatique. C’est vraiment quelque chose qui t’as fait souffrir ? |
|
Stupeflip : |
Dès le début ça m’a fait souffrir. Le jour où j’ai signé le contrat, j’étais en souffrance… Quand tu as signé dans un truc, quand ça devient un peu concret tout d’un coup, il y a des gens qui viennent, mais moi c’est MON truc, ça fait des années que je suis tout seul chez moi, à ne rien devoir à personne, avec zéro thune, et là il y a des gens, mais moi je ne suis pas habitué, donc ça a été affreux…Même si les mecs sont cools.
|
|
L'art-Scène : |
Les journalistes ont beaucoup comparé Stupeflip aux Beasty boys voire aux Béruriers noirs. Tu parles plutôt de The Residents. |
|
Stupeflip : |
Oui, ça n’a rien à voir. Ca c’est un vrai truc de journalistes, c’est débile de comparer. Ok ça ressemble, moi je me suis rendu compte après coup, que merde, c’est vrai qu’il y a un coté Béru, mais parce que moi je déteste la scène, fallait pas en faire. Fallait pas faire de scène ou alors un vrai truc dans un théâtre… On est parti dans un truc à la con avec la scène, même si c’est marrant des fois, c’est à la con.
Les Residents ça ne ressemble pas à Stupéflip mais c’est un truc dans ce style, c’est-à -dire sur lequel tu ne peux pas trop mettre d’étiquette. Beasty boys, non, je suis désolé. Ok j’aime bien les beats de hip hop, mais non, Beasty boys, je vois pas. Béru plus, parce que c’est vrai que j’ai toujours aimé les guitares sans les basses, les beats et leur voix. Mais je pense que Stupeflip, c’est pas histoire d’aller plus loin, mais je crois que c’est plus décalé qu’eux, quoique je sais pas, plus décalé… Mais c’était bien. J’ai réécouté un album. A l’époque ça me faisait plutôt marrer, maintenant ça me ferait presque chialer… Nous on est déjà show biz, c’est Pop Hip, pop débile.
|
|
L'art-Scène : |
Et les masques ? |
|
Stupeflip : |
C’est n’importe quoi… Moi j’ai la schizophrénie douce, mais je n’en souffre pas du tout, j’adore ça. C’est trop marrant, normalement j’ai mon masque…
|
|
L'art-Scène : |
J’ai été déçu que tu ne le gardes pas durant tout le concert. |
|
Stupeflip : |
Mais c’est parce que je suis fainéant, les concerts, je déteste ça, au bout d’un moment, avec le masque, tu ne respires plus. De toutes façons ces concerts ça pourrit tout. Je déteste les lives, je n’ai jamais aimé ça. Même les groupes en concert, j’ai toujours été déçu. Sauf I Am, Tom Waits, mais sinon c’est affreux. Pour moi, c’est le disque, c’est rêver sur la pochette chez toi, chez toi tu tripes plus, c’est évident. En plus c’est dur les concerts, tous les mecs te le diront. Moi ça m’a toujours terni l’image des mecs, à part I Am à l’Olympia il y a 15 ans et Tom Waits… C’est une histoire de son et le fait de voir les mecs en chair et en os, pour nous c’est très mauvais.
|
|
L'art-Scène : |
Au départ, tu bossais dans les arts graphiques. C’était par goût ou alimentaire. |
|
Stupeflip : |
Oui je faisais de l’illustration. C’était par goût. Alimentaire, de toutes façons, ça ne l’a jamais été assez. Oui j’ai bossé pour des journaux à un moment, j’ai fait pas mal d’illustrations. Ca c’est ma vrai carte, par rapport à la musique. Parce que c’est cool le dessin, c’est l’inverse des plans musique. Tu es calme, tu restes là pendant une journée sur une table, avec des couleurs, en écoutant de la musique. En fait c’est mieux que la musique. La musique c’est plein de stress. Surtout nous. Et super misogyne, je tiens à m’excuser. A un moment c’était très tourné anti-filles. On a fait pleuré une journaliste un jour, dans une radio, c’était horrible, je suis allé la voir après, elle était en larmes, traumatisée.
|
|
L'art-Scène : |
C’est ton père qui t’a initié au dessin ? |
|
Stupeflip : |
Oui. Enfin initié… J’ai toujours été doué pour dessiner depuis tout petit.. La musique c’est venu ensuite dans une espèce de période… C’est tellement attirant, c’est tellement direct et en même temps c’est tellement rien, je m’en suis rendu compte. Je pense que le dessin ça vieilli mieux que la musique.
|
|
L'art-Scène : |
La scène, on t’a obligé à en faire ? |
|
Stupeflip : |
Non, la scène honnêtement, j’y suis allé pour les gens qui auraient pu aimer les premiers trucs, le maxi, l’album… Pour qu’ils le voient avec pas mal de son. Mais on n’a jamais réussi à refaire l’album, pour moi c’est l’album.
|
|
L'art-Scène : |
La scène a aussi apporté un autre univers visuel avec MC Salo et Cadillac. |
|
Stupeflip : |
Pour MC Salo et Cadillac oui. Je les ai embarqués dans ce truc-là . L’idée c’était le grand Néant, le grand Rien.
La prochaine fois, on sera toujours là , mais on ne parlera plus et se sera du spectacle. Il nous faut un mec aux lumières avec des synthés derrières, une mise en scène, avec des trucs très bizarres. Pas genre conceptuel, avec des trucs flippants.
|
|
L'art-Scène : |
Dans les premiers concerts, il y avait le trip des insultes ce qui fait que désormais vous ne pouvez plus faire un concert sans que le public ne vous insulte… |
|
Stupeflip : |
Au début, je les insultais parce qu’ils ne bougeaient pas. C’était assez dingue. On est devenu prisonnier de ça. Et puis ce plan amour du public, je n’ai pas besoin de ça. Si, les vrais fans… Mais le fait que le public insulte le groupe, oui ça c’était affreux. Certains venaient avec des banderoles, ça c’était assez marrant.
|
|
L'art-Scène : |
Cette tournée n’a pas changé ton rapport à la scène ? |
|
Stupeflip : |
Non c’est vraiment horrible. A la limite je pourrais envoyer Pop Hip pour faire un vrai groupe de rock mais les plans Stupeflip sur scène, non ça pourrit trop le truc. Il nous faudrait un mec aux lumières, il faudrait bosser un spectacle pour que ce soit bien… et pour que ce soit le moins crevant possible, parce que là , on hurle comme des cons, ça gueule, on finit sur les genoux. On ne peux pas recréer le disque. Au début, c’était le disque presque, mais après, je voulais qu’il y ai des musiciens, et c’est devenu autre chose.
C’est vulgaire la scène. Si, ça peut être super un public. Les gens, sur un morceau, on a senti des trucs, pratiquement à la Lara Fabian. C’était sur le crou.… Les gens envoient un truc.
|
|
L'art-Scène : |
Jacques Higelin est tombé du ciel, et Stupeflip ? |
|
Stupeflip : |
Ah oui, ce cher Jacky de la famille Jlin. Higelin. J’ai déjà parlé de lui. C’est affreux en concert et les disques, mais c’est marrant ce qu’il dégage à la télé. C’est le seul qui fait fragile, parmi tous ceux qu’on voit à la télé. Il est parfois complètement largué, pas au fait de la représentation télévisuelle. Alors que la majorité si. C’est glauque, ça fait flipper.
Mais pour ta question, Stupéflip ça vient de nulle part et ça y retourne.
|
|
MOT
DE LA FIN
|
|
A noter que selon le souhait de Julien, l'interview a été retranscrite mot à mot, sans aucune retouche.
|
|
|
|
|