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Miossec
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Crédit: Youri Lenquette
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SOLIDE COMME UN ROCK
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Chez Miossec, il y a bien sûr à Boire et à Baiser, mais il y a aussi beaucoup A prendre et à apprendre. Enigmatique et singulier, façonné à la culture anglo-saxonne, en moins de dix ans, le brestois - conjugué au plus que breton - avec tambourin et trompette s’impose, presque malgré lui, comme chef de file de la nouvelle chanson rock française. |
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Il ne faut pas croire, Miossec a un prénom. On aurait tendance à l’oublier. Comme Christophe (le chanteur) s’appelle Daniel, Miossec s’appelle Christophe. Ca peut sembler compliqué à première vue, d’ailleurs ça l’est. Avec Miossec, rien n’est vraiment simple. Personnage contrasté voire excessif parfois, il oscille en permanence entre le « bon cheval » et le « gros bourrin ». Comble du brestois, il navigue sans fard laissant l’amer et prenant « tout ce qui est bon à prendre, du moment que c’est mauvais ». Toujours en toute sincérité, sans aucun jeu de rôle.
Au début de sa vie, en 1964, Christophe Miossec était tout petit. Depuis, ça n’a pas changé. Il mesure 1,70m mais il est au dessus de ça. Petit donc - j’entends en bas âge - comme beaucoup d’autres, Miossec a eu des parents parce que ça peut toujours servir. Le laissant certainement un peu faire ce dont il avait envie, il s’est plutôt intéressé à ses études au point de finir diplômé en Sciences Politiques. Diplôme dont il sait tirer très vite parti puisqu’il exerce tour à tour divers boulots qui le « passionnent » : journaliste à Ouest-France, peintre en bâtiment, vendeur-livreur, roadie, correcteur dans une maison d’édition, puis concept-rédacteur à TF1 (si si c’est vrai)… avant de s’enfuir successivement de chacun d’entre eux…
En fait, très tôt, Christophe est passionné pour la musique. A cause de son frère aîné (qui est plus grand que lui mais ça on en a déjà parlé) qui l’initie à Jimi Hendrix, T. Rex, les Rolling Stones, etc… Ce n’est que bien plus tard que Miossec reprendra sur scène Avoir un bon copain en version maxi-courte sur l’air de Prosper youp la boum !. A quatorze ans, subtilisant la guitare de son frère afin d’y dérouiller les cordes, il se met à la musique, monte son premier groupe, Nanar Pavot, fait trois concerts et puis s’en va. Puis, éclot Printemps Noir, seconde formation du Mioss au sein de laquelle il fait toujours le guitariste. Après trois / quatre ans d’existence, mais surtout rattrapé par le Bac et la Fac, Miossec arrête Printemps Noir. Les saisons ne sont pas éternelles et les feuilles mortes se ramassent à l’appel des études. C’est ainsi que durant une dizaine d’années Christophe met sa passion en veille dans l’attente latente de lendemains chantants. Mais la passion a ceci d’avantageux et de destructeur parfois que lorsque tu tripes hot (merci Bacchus !) pour quelque chose, elle revient au galop. Rien d’étonnant donc que le « bon cheval » Miossec, insatisfait de ce type de vie, las de « revenir de ce boulot à la con », plaque tout pour (re)venir à la musique. Certainement pour le plus grand plaisir de ses employeurs successifs… et assurément pour celui de nos oreilles un peu plus tard.
En 1993, Miossec prend le pari de quitter la capitale, rejoint sa Bretagne dans le but de produire une maquette. « Je suis retourné en Bretagne et j’ai trouvé un gîte rural près de Brest. Je travaillais comme un taré, dix heures par jour. Je me suis retrouvé en fin de droits. J’ai vu cette annonce dans Libé : Recherche journalistes à La Réunion. Je n’ai pas envoyé de CV, je suis parti le surlendemain… Plutôt un bon canard (Le quotidien de La Réunion), mais c’est tout juste s’ils ne te demandaient pas de te lever la nuit pour fouler la pâte à bois. Je n’avais plus le temps de jouer… J’ai démissionné (http://www.lartscene.com/spacer.gif). » raconte-t-il. De retour en Bretagne, Miossec joue les Tanguy de Chatiliez et s’installe chez papa-maman (quand je disais que ça peut toujours servir !). C’est à cette période de doute que Christophe fait la rencontre déterminante de Guillaume Jouan, jouant lui de la trompette avec Les Locataires (ironie du sort pour Miossec qui lui venait juste de jouer le « retour à l’hôtel »…).
Ensemble, ils mettent en chantier un projet de disque, travaillent d’arrache-pied, commencent à se produire dans de petits lieux bretons. Miossec multiplie les envois de cette maquette. Les Inrocks sont les premiers à craquer mais par la suite de vrais journaux en font de même. Dans la foulée, PIAS, un des derniers gros labels indépendants européens, signe le breton. (alors que personne ne veut signer Lenormand. Gérard évidemment). Boire sort en avril 1995. A trente ans, Miossec entre presque par effraction dans la chanson.
Ce premier album – qui aujourd’hui encore demeure la référence au pied de laquelle le reste de l’œuvre est comparé – fracasse les portes oxydées du rock français. Voilà du neuf, du vrai. Loin des influences musicales anglo-saxonnes du chanteur, les arrangements et instrumentations de Guillaume Jouan sont sobres, efficaces, directs. Les textes de Miossec, quant à eux, dévoilent toute la complexité d’un personnage trop vite caricaturé. Catalogué tantôt néo-gainsbourien par la verve hystérique de journalistes des salons mondains en mal d’encanaillement, tantôt décrié comme décadent vulgaire et sans talent par les pisse-copies puritains villiero-boutinistes qui ne jurent que par la fiente verbale servie dans les paroisses. Certes, Miossec ne fait pas l’unanimité mais il ne laisse pas indifférent. Le bonhomme est multiple, contrasté, ne souffre pas l’étiquetage, pose problème dans l’analyse et c’est tant mieux. Est-il besoin d’aller chercher dans les tréfonds de la psychanalyse pour apprécier un artiste ou n’est-ce pas là uniquement une sale marotte de journalistes? Miossec, loin de ces considérations, est lui-même. La vérité doit être là , tout simplement. Authentique, sans artifices, il se livre sans tricheries, tel qu’il est. Et il nous plait.
Ainsi, Boire est écrit selon l’humeur patraque, le doute de Miossec à cette période, comme en miroir. Les mots sont durs, tendres, âpres, incisifs, virulents, crus ; autant de reflets de la vie en somme. Des mots lâchés telle une urgence, un besoin d’évacuer. Une mise à nu, des mots témoins de l’âme, vomis comme autant de souffrances, pour des thèmes entre dérive existentielle et sentiment personnel du ratage où l’alcool devient l’unique refuge. « J'ai pas quitté le port que tu aimais si bien / Et j'y perds un peu le nord, je me comporte comme un vaurien / Ravagé par les coups du sort, remué par les coups de chien / Tellement que je prends l'eau de tous les bords, et j'écope tout ça en vain / Si bien que c'est une belle joie encore que sur les pontons tendre la main / A ton ombre qui s'évapore dans une bouteille de vin. » livre-t-il sur Crachons veux-tu bien.
Les albums suivants, Baiser, A prendre et Brûle, parus en 1997, 1998 et 2001 poursuivent les thèmes abordés par leur aîné. Mais pas trop quand même. Baiser traite largement de l’échec du couple, avec des mots plus provocateurs, crus qui « perforent », A prendre est raté à quelques exceptions près et voit la fin de la collaboration entre Miossec et Jouan alors que Brûle - sous la houlette de Matthieu Ballet - montre un Miossec qui s’ouvre davantage au monde extérieur. L’écriture du breton retrouve fraîcheur et spontanéité des débuts mais évolue également. Là où il faisait entrer les mots au chausse-pied dans les musiques, il les manipule à présent avec davantage d’économie. Les accroches sont de plus en plus directes, presque journalistiques comme sur Brûle - titre inspiré d’un article de Libération - qui ouvre l’album du même nom. « Tout luit tout brille mais rien ne brûle / Tout brille tout scintille mais rien ne se consume / C'est comme ça c'est ainsi tout s'envie / Tout a un prix tout se calcule » constate Miossec sur cette chanson qu’il qualifie de « politique ».
Car Miossec n’est pas sorti de la cuisse de Sciences Politiques par hasard quand même. De même qu’il ne vit pas en autarcie à se regarder le nombril ad vitam aeternam. De gauche « de façon indélébile », il s’est risqué à l’écueil de la chanson dite engagée. Chaque album apporte sa contribution au genre : Brûle, Tonnerre, L’assistant parlementaire, On était tellement de gauche ou bien Regarde un peu la France sur Boire qui lui vaut l’interdiction d’antenne sur RTL en 1995… Comme quoi, c’est Miossec qui fume comme un pompier (peut-être en hommage à la profession de son père ?) et c’est RTL qui tousse et sort la grande échelle…
A plus d’un titre Miossec surprend car si son oeuvre sent « la bière et l’animal », on est frappé également par la sensibilité qui imprègne ces albums, par la fragilité qui se dégage de la voix du chanteur. Une impression encore plus vivace sur scène où Miossec étale ses contrastes sans retenue. Cette voix ténue se met soudainement à gueuler ses souffrances, ses coups de poings, passe du miaulement au rugissement. La légèreté des instrumentations devient plus musclée, virile et le concert balance entre chanson et rock. Entre rock et rauque. Comme Miossec lui-même qui se livre brut de décoffrage, failles, faiblesses, humour, humeurs, boire et déboires sans compter. Breton 100% naturel à l’humour raffiné, timide et pudique de façon presque maladive, Miossec renvoie ses vieux démons là où ils peuvent aller se faire cuire. « Tout luit tout brille mais rien ne brûle » certes, mais il n’est pas rare que le Mioss donne un concert incendiaire, fasse un bras d’honneur à la délicatesse - dont il n’ignore pourtant rien - juste pour dire qu’il ne considère pas le chanteur comme un VRP. Qu’il n’est là ni pour plaire ni pour être marri à tout prix.
Affûteur de phrases, rémouleur de mots, écorché souriant, Miossec peut sembler brouiller les pistes. Mais il n’en est rien. Ou si peu. Ou involontairement. Bien au-delà de toute forme de calcul, il ne se prend pas au sérieux. Cependant même que sa modestie le pousse à la réserve, force est de constater que Miossec a introduit en France une nouvelle forme de chanson, a électrocuté, « désampoulé » voire déniaisé le rock apportant une fraîcheur, une simplicité appréciables. Rien d’étonnant alors de constater dans son sillage toute une nouvelle vague d’artistes lui emboîter la note, de Tue-Loup à Superflu en passant par Luke, Karin Clercq et bien d’autres.
« Elle me dit que je ne suis pas fait pour surprendre » chante Miossec sur A table. Laisse béton Christophe, c’est même pas vrai !
1- Entretien dans Chorus n° 39. |
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