BEST OF - Oct 2004
 
Sanseverino
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Crédit : Flavie Girbal

 

Sanseverino, swing d'aujourd'hui

Sa tournée fait étape quatre jours à l'Européen, entre héritage de Django et insolence contemporaine.


18 Mars 2002

Auditeurs de FIP bloqués sur le périphérique, on a tous aimé une chanson curieuse, Les Embouteillages, valse échevelée avec guitare manouche et accordéon vertigineux : "On est un peu jaloux qu'ils arrivent avant nous / Mais on les laisse passer dans les embouteillages / Quand les motards te font merci avec leurs pieds." Tableau du quotidien d'aujourd'hui et mânes de Django Reinhardt, plaisir swing et insolence contemporaine : on a vite appris le nom de Sanseverino qui, après la sortie de son délicieux album Le Tango des Gens, l'automne dernier chez Saint-George-Sony, est à Paris pour quatre concerts à partir de ce soir.
Oh, bien sûr, on l'avait remarqué avec son groupe Les voleurs de Poules, il y a quelques années, puis dans ses premières tentatives en solo au Printemps de Bourges 1997, et même en comédien-chanteur l'été dernier dans Varieta des Achille Tonic (nos éditions du 28 juillet 2001). Mais le disque de Sanseverino semble d'une telle évidence, avec son swing immédiatement familier et son allégresse communicative, qu'on peine à croire que l'idée de marier chanson et jazz manouche soit venue si tard dans le paysage musical français.
Au commencement, Sanseverino a été bercé par ce qu'on appelait pas encore les "musiques du monde" : toute sa famille suit un père qui travaille sur des exploitations forestières pour le compte d'un fabricant de papier. Bulgarie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Venezuela, Tchécoslovaquie : l'enfant est épaté par des musiciens tsiganes qui dansent sur les braises, par la faconde des mariachis… Puis il revient en France. Je crois que tout a explosé pour moi avec les Pogues, se souvient-il. Ils jouaient une musique festive, énergique, acoustique, qui n'était pas du rock. Jamais je n'ai eu envie de faire un morceau comme ça pour moi, mais ils correspondaient bien à la période alternative en France, quand ça n'a plus été la honte d'avoir un accordéon et de jouer une valse, pour peu que le texte soit un peu plus engagé qu'Ah le petit vin blanc."
Car il ne faut pas oublier la chronologie : l'after punk, aux Etats-Unis, c'est Devo; en Grande-Bretagne, c'est Joy Division; en France, c'est Pigalle et son accordéon. A vingt ans, Sanseverino colle son nez à la vitrine du Clairon des Chasseurs, à la place du Tertre : des guitaristes manouches jouent pour les touristes et il reste des heures à étudier leur jeu : "Ca a vingt fois plus la patate qu'un vieux riff de Keith Richards pour lequel il faut apprendre l'open tuning et se forcer à rentrer dans une autre culture. Le principe de la guitare manouche, c'est qu'à deux guitares on remplace la batterie. Sur mon album, j'ai mis la batterie derrière les grattes, ce qui est l'inverse du rythme rock. C'est mauvais pour l'ego du batteur mais c'est bon pour la chanson."
Bien sûr, entre son "école" montmartroise et son remarquable disque, il se sera passé presque vingt ans, avec des fausses routes, des désillusions et des échecs (et même un détour dans les parages de Massive Attack). Mais l'évidence est là : "Ce qui me correspond le mieux, c'est le jazz manouche : c'est un peu de la culture parisienne, avec des sons qu'on a l'habitude d'entendre depuis tout petit - les guitares acoustiques, l'accordéon, les balais à batterie, la contrebasse… Quand je fais une java, un swing, un truc bien français, j'ai l'impression que c'est la même chose que quand Tom Waits fait un truc country : on utilise simplement ce qui est à notre disposition." Et, même si le bon goût jeuniste des années 60-70 n'y croyait pas, un pont se construit spontanément entre la tradition parisienne et le nouveau siècle. De toute façon, prévient Sanseverino : Ma culture, c'est Django et François Béranger que Téléphone."
 
Le Figaro
 

"La musicothérapie au service de la fracture ouverte"


Octobre 2001

Stéphane Sanseverino se pose des milliards de questions : Est-ce que tu crois que les toreros font juste ça comme un boulot, sous prétexte que c'est en plein air, comme ils habitent pas loin de la mer ?". Heureusement, il y a Frida, "la fille du nord des chansons de Brel, est-ce qu'elle a existé vraiment ou ça aussi c'est du boniment ?". Quand il a fini de se poser toutes ces questions, Stéphane Sanseverino écrit des chansons dans lesquelles il nous fait part de son désarroi et de ses joies car ce n'est pas ce que l'on pourrait appeler un jeunot. A bientôt quarante ans, notre homme a pas mal bourlingué et n'a rien du produit formaté mis en place par une major soucieuse de rentabilité. "J'ai commencé à vingt ans, pendant les vacances. Il y avait une guitare qui traînait, je l'ai prise et j'ai commencé à bricoler et j'ai trouvé ça sympa. Par la suite j'ai acheté un banjo et des guitares et j'ai commencé à composer des morceaux". Après avoir tâté du rock'n roll, voire du hard, Stéphane se fait embaucher pour travailler dans un atelier de musique roumaine. "A force de les accompagner, ajoute-t-il, je me suis dit, pourquoi ne pas développer ici, ces influences musicales diverses. A l'époque en France on appelait encore cela : musique folklorique. Lorsque le terme "world music" a été lancé, c'est devenu cool". Il monte alors Les Voleurs de Poules qui font les beaux jours de la scène alternative. L'aventure durera quatre ans et se soldera par des centaines de concerts.
Deux rencontres sont déterminantes pour Stéphane dans la genèse de son premier album. La première avec Dominique Fillon à qui il fait écouter ses chansons, et qui décide de réaliser Le Tango des Gens. La seconde, avec Hervé Legeay, ancien guitariste des Stepping Stones, qui s'est pris de passion depuis une dizaine d'années pour le jazz manouche. Tous les gens qui font de la guitare manouche viennent en général du jazz, explique Stéphane Sanseverino, aucun ne vient du rock, à part lui. Il m'a filé plein de plans de guitare, ça m'a fait évoluer à mort sur mon jeu. Depuis, il m'a toujours suivi, à tel point que maintenant, s'il y a un concert et qu'il n'est pas libre, je ne le fais pas. Il tient vraiment une part essentielle de la scène pour moi".
Fort d'un premier album aussi original que remarquable, Stéphane Sanseverino évolue sans complexe dans ce qu'il définit lui-même comme étant de la chanson swing. Cela dit, cet autodidacte décalé ne renie aucune influence. "J'appelle ma musique du swing, comme Pierpoljak appelle la sienne du reggae. Mais c'est aussi de la chanson parce que l'on comprend ce qu'il dit, et moi aussi… Je me sers de cet ersatz de swing amerloque qui est passé par les tziganes. Mes influences sont très larges, ça va d'AC/DC à Django Reinhardt et toute la nouvelle génération de guitaristes manouches, les Spicy Box, le trip hop… J'aime bien les trucs qui sont joués, plutôt que les musiques faites sur des machines…".
 
Compact
 

 


 

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