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Reprenons la Bastille et ouvrons la cage aux oiseaux. (07/2002)
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C’est avec un grand chagrin que l’on ressort d’une réflexion sur la prison. Et pourtant, dans toutes les situations moches, il faut chercher le mieux, le lendemain, l’espoir. L’Art-scène aime à s’immiscer dans les sous-bois alternatifs, à soulever les feuilles pour apercevoir la lumière, à regarder derrière l’arbre qui cachait la forêt. Le jeu de piste qui mène aux idées nouvelles, à l’amélioration de notre vie-ensemble, lui remue les neurones. Alternatifs puis militants, parcours logique pour décroûter les croûtes, humaniser les prisons, ouvrir la cage aux oiseaux.
L’emprisonnement est un sujet si vaste que ce discours risque de sembler restrictif. La raison pour laquelle il est traité ainsi découle tout droit de l’actualité. La France veut s’atteler au problème de l’insécurité sans nous parler des prisons, sans penser au devenir de ceux qui déraillent, sans régler le problème de fond : il faut une place pour chacun dans la société. Une erreur ou une faute ne sera jamais ni effacée ni évitée en enfermant quelqu’un dans une cellule. L’Art-scène évoque donc, en ce mois de prise de la Bastille, les prisons françaises et leurs très nombreux et graves problèmes.
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Bien que notre pays nous laisse une liberté d’expression indéniable, permettant d’écrire cette réflexion, de la diffuser sur un média planétaire avant d’aller dormir sans souci dans un lit moelleux, il garde quelques archaïsmes dégueulasses. Tel le silence sur les prisons.
Il y a quelques siècles de cela, on envoyait les bagnards à plusieurs milliers de km. Une sorte de nettoyage, de purge de la société, une exclusion extrême. Les détenus y étaient déchus de leur rôle, de leurs droits, de leur état d’êtres humains. Pas si loin de la poubelle. T’as fait une connerie ? La société te jette.
Et la prison française du 21ème siècle a trop peu changé. Il reste une vieille odeur prégnante de bagne. On n’en parle pas, on ne voit rien, le respect n’y est pas, les moyens non plus et surtout, il n’existe aucun contrôle externe et indépendant sur ce qui s’y passe. Le prisonnier n’est plus vraiment l’Homme de la Déclaration des Droits : indésirable, caché, humilié. Les lois faites pour lui n’assurent pas sa dignité.
L’alternative, dans tout ça, devient presque trop facile à imaginer.
En tant que société, dite évoluée, nous avons le devoir d’établir un système pour chaque être vivant qui y naît. Si un être se décale, glisse, souffre, faut-il lui coller son étiquette de vaurien ? Faut-il le laisser seul avec sa loco déraillée ? Ne faut-il pas plutôt que tout le monde le remette sur les rails ?
Gouvernants qui voulez lutter contre l’insécurité, commencez donc par éliminer chaque récidive. Aborder la sécurité grâce à la compréhension, l’assistance, les rails, les aiguillages, les treuils et l’huile (!), voilà une alternative ambitieuse pour les pro-bleu-marine. Aucun espoir n’est permis dans une lutte œil pour œil, dent pour dent avec des durs à cuire. Pire, l’existence d’une seule prison témoigne d’un désespoir total de notre société, désespoir de ne plus pouvoir sauver un être qui a failli. Comme s’il n’y avait plus rien à améliorer dans les détenus, juste à les enfermer.
C’est de soins, au sens très large, dont ont besoin les paumés. Soigner leur vie, leur passé, leurs douleurs, leur déséquilibre, et, pour notre bien commun, soigner leur avenir.
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On est si loin de cette philosophie que la colère monte. Sortons de l’ère où les prisons sont comparables à des étables en stabulation libre. Voici les raisons principales de ma rage :
* Le surpeuplement des maisons d’arrêt constitue déjà un problème en soi alors que penser du maintien dans ces maisons d’arrêt de certains détenus, à l’encontre de la loi, alors qu’elles ne disposent d’aucun moyen de réinsertion ?
* Il existe d’autres types d’établissements : des centres de détention, des centres de semi-liberté. Des tas d’amélioration sont envisageables mais traînent à venir sans raison apparente. Il existe même une solution via le bracelet électronique, qui garde l’idée de surveillance mais élimine le pire : l’enfermement.
* Un condamné à l’article de la mort ne respire pas un dernier air de liberté car la procédure est si rare et si longue que le cercueil arrive le premier.
* Près de 30% des détenus ont moins de 25 ans, nous n’avons pas le droit de les laisser dans l’échec. Pourtant, bien souvent, ils sont en préventive ou purgent de petites peines, et ainsi sont maintenus dans les maisons d’arrêt surchargées citées plus haut sans programme d’insertion.
* Le gouvernement 1997-2000 avait exclu d’intégrer l’administration pénitentiaire de la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) avec l’idée de réserver cette instance aux polices, gendarmeries, aux gardes-champêtres, aux gardes-chasse et aux gardes-pêche ! ! ! On croit rêver. Finalement, ce gouvernement s’est acquitté du problème en ne précisant pas les personnes concernées. Quel courage !
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Le rapport de la commission du Sénat établi en 2000 conclut par ces mots : « Il y a urgence. Il y a urgence depuis deux cents ans ». Depuis, rien n’a changé : est-ce à dire que nos représentants, élus, n’ont pas le pouvoir de faire changer le système ? On peut avoir envie d’hurler lorsqu’on découvre un des sujets de philo au bac : la politique est-elle un art ou une science ? Stop, elle n’est ni l’un, ni l’autre puisque ni jolie, ni utile (elle le devrait) mais détournée en instrument de pouvoir.
Alors quid ? Continuons le combat…. N'est-ce pas, José?
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En conclusion, le seul but acceptable d’une prison est de guérir ses locataires du malaise qui les y a fait entrer. C’est aussi la seule solution pour une vie-ensemble en paix.
Soyons convaincus que notre programmation naturelle crée la vie et la paix, soyons convaincus qu’un criminel est malheureux, victime d’un traumatisme de son passé.
En devenant bourreau, il a tenté d’échapper à la place du supplicié qu’il avait déjà connue… et a raté car la violence n’est jamais une solution, n'est-il pas?
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Les petites étapes du progrès
1) Penser aux hommes, aux femmes, aux enfants qui sont derrière des murs et des barreaux afin de virer une bonne fois pour toutes le rideau opaque qui les exclut de notre société. Rêver à l’abolition du mot prison, à remplacer par une solution de sauvetage des condamnés. Proposez-moi vos idées ! Etablissement de deuxième chance, Education pour cas difficiles, Stage de retour au civisme…
2) Visiter ce site merveilleux, qui tend à prouver que ça peut être moins pire parfois. Au départ, Souverains anonymes est une émission de radio québécoise faite avec des détenus. Désormais c’est aussi un site avec leurs œuvres (dessins, chansons, poèmes), leur CV, leur vie. Le site permet d’échanger par mail avec eux. www.souverains.qc.ca
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3) Deux adresses pour agir par lÂ’enseignement :
Si vous êtes étudiant, l’association GENEPI (groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) www.genepi.asso.fr
Sinon, l’association Auxilia fait la même démarche pour personnes incarcérées ou handicapées physiques. perso.club-internet.fr/auxiliab
Et deux belles lettres pour agiter notre pays : l’une à votre député, l’autre à votre sénateur. Nous pouvons, braves électeurs, motiver nos troupes d’élus.
Courage !
Intellectuellement vôtre, bg
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