N° 9 - Janvier 2003
 
"Y A D'LA JOIE DANS LES GHETTOS"

«Y A D’LA JOIE DANS LES GHETTOS»


« En décembre c'est l'apothéose / la grande bouffe et les p'tits cadeaux / ils sont toujours aussi moroses / mais y'a d'la joie dans les ghettos / la Terre peut s'arrêter d'tourner / ils rat'ront pas leur réveillon / moi j'voudrais tous les voir crever / étouffés de dinde aux marrons ».
Renaud - Hexagone


 

Ah ! Décembre ! Le mois des cadeaux. Des joujoux par milliers. Le mois de la résurrection de Tino Rossi. A l’inverse du génial Desproges qui a repris deux fois des moules le jour de la mort du chanteur saisonnier susnommé, je ne peux m’empêcher d’avoir une crise de foie par anticipation à l’approche de Noël.

Alors, quand j’ai dit à la rédaction que ce mois-ci j’allais faire mon édito en disant tout le mal que je pensais de Noël (parce que si je ne le faisais pas en décembre quand le ferai-je ?), on m’a répondu : « Ouais david eh ouah l’autre, il y a des côtés sympas dans Noël quand même ! Tu partages un bon moment en famille tout ça, les gamins sont heureux tout ça, le sapin ça sent bon quand même tout ça, la bûche pâtissière c’est bon surtout quand c’est bien gras tout ça quand même. Forcément toi tu t’en fous, tu manges que des yaourts ! Ouah l’autre eh !» Qu’ils m’ont dit mes potes de L’art-scène. C’est pas tout à fait faux. Surtout pour les yaourts. Mais quand même.

 

Parce que bon, Noël, qu’est-ce que c’est exactement ? Si j’ai bien retenu l’enseignement catholique que j’ai subi comme un viol étant petit, en gros, c’est la naissance de l’idole des cathos. Jésus-Christ, show-bizzman malgré lui. L’étoffe des héros quoi. On pourrait donc dire que Noël est une fête religieuse chrétienne que ce ne serait pas faux. Déjà, les fêtes religieuses dans un Etat laïc, moi j’ai du mal. On dirait qu’on s’est pris les pieds dans la loi de 1905… La séparation de l’Etat et du clergé vécue comme un divorce mal assumé.

Donc, le 25 décembre, c’est la célébration de la naissance d’un mec qui deviendra (et on sait tous trop bien comment ça va finir super mal) un barbu maigre, un peu allumé, marqué fils de Dieu sur sa carte d’identité, aussi triste que dévêtu et accroché sur une croix. Avec des clous rouillés. Un truc à choper le tétanos ! Et moi, je ne comprends pas pourquoi pour fêter ça je vois partout un gros barbu habillé en rouge, gai comme un pinçon dans un costard de gala bien ridicule, faisant le con dans les cheminées et les centres commerciaux ! Et puis racoleur en prime, à se faire prendre en photo avec des gosses pour 10 sacs la passe. Forcément, je me dis que c’est une arnaque ! Parce que bon, en plus, il paraît qu’au départ le gros rouge joufflu tiré d’un film de Walt Disney, ben il était vert ! Et que au cours du siècle passé (on ne s’y fait pas !), c’est monsieur Coca Cola qui l’a remis en peinture pour que ça fasse bien avec la façade de sa boutique… Donc, on se fout bien de notre gueule quand même parce que, le seul point commun entre Dieu et le Père-Noël, c’est que tous les deux sont des inventions. Un peu perverses au demeurant.

 

Nous y voilà donc ! Tout ce cirque commémoratif ne serait-il qu’une exploitation mercantile ? Du genre que Jésus-Père-Noël c’est un créneau vachement juteux pour tous les marchands du temple ? Un peu mon n’veu ! C’est carrément l’hystérie. Si les églises (qui sont un peu les succursales de J.C.) ferment bien toujours à la même heure en décembre, les centres commerciaux en sont presque à faire les 3-8 ! Ouverts 7 jours sur 7 évidemment. C’est la religion du tout-fric, la foi du compte en banque, la confession du CAC 40 ! La croyance de Monsieur Carrefour et de ses potes devient proportionnelle à la vitesse où se vident les rayons surchargés, pleins à dégueuler.

Parce que oui, Noël, c’est la fête, alors il faut consommer. Consommer en Occident, ça veut dire vendre et acheter n’importe quoi sous n’importe quel prétexte. Dans le cas présent, le prétexte, c’est la TRADITION. Ah ! la tradition ! Comme ça a du bon ! Il faut voir ces étalages monstrueux de jouets moches et débiles ! « Dans les grands magasins / On vend des mitrailleuses / Pour les charmants bambins / La panoplie honteuse / Du futur assassin / Dans les grands magasins / On vend aussi des plombs / Pour tirer les moineaux / Des fusils, des cartons / Epinglés dans le dos / Et des petits canons... » chante avec inquiétude Henri Tachan en 1967 (Dans les grands magasins). Acheter donc, offrir parce que ça fait plaisir même si derrière tout ça on sent pointer une manière d’obligation au cadeau. A Noël, tu dois offrir. Alors, tonton Jeannot va recevoir une quinzième cravate moche, comme l’année dernière, comme en 1989 et comme les autres années. C’est ça qui est agréable avec les cadeaux : le plaisir de la surprise…

 

Consommer en Occident, ça veut dire aussi se goinfrer. Et dans ce domaine, on bat des records ! C’est l’école de la surconsommation. La folies des grandeurs, l’éloge de l’estomac. Mais bien bouffer, en France notamment, c’est aussi une tradition. Alors, on va se faire péter la panse. Tout est prévu pour, ne t’inquiète de rien, pour 5 dindes achetées la sixième est offerte. De la pure dinde évidemment, bien gonflée à la Créatine, bien nourrie aux hydrocarbures. Ben ouais, la demande est telle à cette période de l’année qu’il faut en produire du poulet à paillettes préfabriqué pour tout ce beau monde ! Il en va de même pour le foie gras, les huîtres, les escargots, etc… C’est pas la fête pour tout le monde…

Enfin voilà, je vais arrêter là parce que sinon mes potes de L’art-scène ne me laisseront plus faire l’édito la prochaine fois. N’empêche, si à Noël, pour commémorer Jésus la rock star, on envisageait de faire subire à chacun son Golgotha, je pense qu’il y aurait moins de disciples. Il y aurait toujours Monsieur Carrefour pour vendre des croix mais certainement moins de clients. Et je ne dis pas ça pour bouffer du curé, je ne bouffe que des yaourts et ne bois que du Saint Nicolas ou du Chardonnay. Chacun sa messe, fût-elle en latin…

Sans rancune, bonnes fêtes. A l’année prochaine.

d.d.

 

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