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Religion: interview exclusive (nov 2002)
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EXCLUSIVITÉ
Le scoop du mois de novembre chez l’art-scène se cache dans la rubrique militante. Il se cache pour éviter tout débordement révolutionnaire car bigre, il est de taille. En exclusivité donc, après Sarclo et avant Béranger, voici l’interview de Dieu. Pour parler religion, on n’a pas trouvé mieux.
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Homme : bonjour.
Dieu : …
Homme : tu ne dis pas bonjour ?
Dieu : si j’existe, ce que tend à supposer ton interview, tu me considères comme tout puissant, pourquoi me fais-tu donc une remarque ?
H : tu pourrais me respecter.
D : je n’ai ni respect ni irrespect. Je suis supérieur.
H : ou bien tu pourrais appliquer les principes qui permettent de vivre ensemble en harmonie.
D : je ne vis pas avec vous.
H : si, quelque part, car tu nous a créés.
D : pouf, pouf ! Peux-tu me dire, toi, doué de raison, comment un immatériel peut : premièrement réaliser du concret, deuxièmement aboutir à l’homme, d’un coup de baguette magique ?
H : d’accord pour la création mais tu peux, en étant esprit, communiquer avec les hommes. Bouddha, Moïse, Mahomet, Jésus et compagnie.
D : et Platon, et Bakounine, et tutti quanti. Ils sont effectivement très brillants, ces gens qui ont réussi à faire passer des idées à travers les générations. Mention spéciale à Jésus : tous les ordinateurs de la planète comptent à partir de sa date de naissance. C’est tout de même fort !
H : tu parles comme si tu ne les connaissais pas.
D : pas plus que je te connais toi. Il faudrait penser à mettre vos idées en cohérence, vous les hommes, pauvres diables. Puisque vous parlez d’égalité devant Dieu alors je n’ai pas d’accointance avec l’un d’entre vous. Et puisque vous parlez de toute puissance à mon égard, alors laissez tomber votre justice ou bien faites sans moi. A cinq ou six ans, vous cessez de croire au père Noël et continuez de faire des cadeaux. Copiez donc ça avec moi.
H : mais que faire de toi, du coup ?
D : m’oublier ! Qu’importe de croire ou non en un Dieu pour appliquer les principes civilisés. Plus encore, ne croyez plus si cela vous projette dans les incivilités. Si je vous avais créés, j’aurais greffé la bonté dans vos pièces d’origine. Si je vous dirigeais tous, vous ne feriez que de bonnes œuvres ? S’il y a une autre force qui dirige, celle qui vous fait faire des conneries, alors je ne suis pas tout puissant. Voyez, je ne peux pas être tout puissant, je ne dirige donc pas les hommes.
H : alors qui les dirige ?
D : eux-mêmes, avec leur cerveau, comme les girafes et les hippopotames.
H : alors si tu ne les diriges pas, tu les punis ?
D : par quel moyen puisque je ne les dirige pas ? En coupant les freins de leur voiture ? Il y a de très grands pourris très tranquilles et très privilégiés.
H : alors pourquoi te garder ?
D : pour rien.
H : à propos, qui t’a créé, toi ?
D : comme tous les concepts, me donnent vie ceux qui parlent de moi.
H : et les religions, qu’en penses-tu ?
D : pas grand’chose. Dans un même souci de cohérence, si j’existais, seul à dominer le monde, il n’y aurait qu’une religion : la mienne. Ça ne colle pas à la réalité.
H : oui, et puis les religions font beaucoup de mal.
D : non ! Ce sont les hommes qui font le mal. Ils font les religions, ils font Dieu, ils font tout. Ils fabriquent les fusils, vendent les fusils, utilisent les fusils. Les religions partent au contraire d’un bon principe : établir des lois pour vivre en communauté (ne pas voler, ne pas tuer, ne pas mentir…). C’est vrai qu’à la lumière des dégâts qu’elles causent, il pourrait s’avérer judicieux de faire comme avec le père Noël.
H : mais l’homme ne peut plus s’en passer
D : l’homme est con. Il se monte le bourrichon avec tout ce qu’il peut. Un nez qui coule, une rayure à sa voiture, le voisin qui tond sa pelouse, la suppression de la religion, et tout s’écroule. Foutaise ! Vous avez peur de tout alors que vous n’êtes rien. Moi qui regarde l’univers au microscope électronique, je ne vous y vois même pas ! [rires]
H : ??
D : l’homme est si con qu’en me créant, il m’a collé des lois connes. Du genre je vois tout le monde (un peu comme le père Noël) et je repère les fautifs. Un type, croyant et religieux, qui transmet aux petits la création biblique, pêche par mensonge en prétextant me servir. On rigole ! Si on me sert, on ne ment pas. Et on remet les textes à leur place : entre fables et morales.
H : donc tu ne régis pas les hommes ?
D : non.
H : mais tu existes malgré tout.
D : oui, puisque vous parlez de moi.
H : mais tu n’existes pas vraiment, et si l’homme disparaît, tu disparais avec.
D : peut-être pas ! Les notions abstraites ont la vie éternelle !!!!
A la lumière de cette interview, concluons qu’il vaut mieux croire en soi et laisser Dieu tranquille.
bg
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