N° 13 - Mai 2003
 
Béranger François
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Crédit: François Béranger

 

BéRANGER
6 titres
Ref : CD 989
Sorti : 1992
Production : Futur Acoustic
Distribution : Baillemont


01 - Exterminator
02 - Le messager
03 - Dans les arbres
04 - Culture Mickey
05 - Ma maison
06 - Allemagne

 
 
01 - Exterminator


Dans la steppe au phosphore / dans les champs de lythium / dans les fleuves au mercure / Sous un soleil de plomb / sur un nuage de soufre / gorgé de plutonium / Dans le vent désertique / chauffé par les torchères / des derricks en furie / Du haut d'un mirador / j'aperçois les barbares / envahir l'horizon / C'est pas les p'tits taggers / les enfants sans futur / les casseurs de banlieue / c'est pas les affamés / du charité-bizeness / Pas non plus les chômeurs / du quart-monde triomphant / qu'un gros porc arrogant / tirant sur son cigare / traite de fainéants / Cachez femmes et enfants / planquez tous vos dollars / descendez aux abris / Arrimez les blindages / condamnez les entrées / évitez les sorties / Préparez la survie / rationnez l'oxygène / comptez-vous. Faites l'appel / C'est les nouveaux barbares / qui cachent l'horizon / comme un vol de sauterelles / C'est les nouveaux barbares / puant de suffisance / sur nos espoirs en ruines / Les grands dégraisseurs / de société / Amasseurs de profits / générateurs de haine / allumeurs de conflits / Regardez-les polluer / notre terre et notre eau / Ricaneurs politiques / arnaqueurs de prestige / fossoyeurs de culture / abrutisseurs d'âmes / par voie médiatique / Je surgirai fatal / de la nuit médiatique / tout vêtu de cuir noir / EXTERMINATEUR EQUALISEUR / De mon oeil synthétique / jaillira le rayon / de justice immanente / EXTERMINATEUR EQUALISEUR / Bien que cybernétique / mon sourire montrera / mon plaisir à faire ça! / EXTERMINATEUR EQUALISEUR.

 

02 - Le messager


Dans ma tour en ruines remplie de courants d'air, / j'attends le Messager. / Je parle de celui qui pose / les vraies questions, / les pourquoi essentiels. / Tout est prêt pour qu'il vienne : nos attentes rassemblées, / nos angoisses empilées. / Jour après nuit, espoir. Jour après nuit, attente. / Jour après nuit, colère. / Quelque part au lointain quelques uns se rebellent, / prenant leur vie en main. / L'Ordinateur Central n'admet pas ce programme / il va normaliser. / Dans un bruit infernal de fonte motorisée / roule dans la neige. / Les chenilles qu'il écrase clapotent tendrement / comme des fraises écrasées. / Pour cette fois c'est raté! Encore, encore raté / Où est le Messager ? / Des tubes cathodiques s'écoulent des guimauves / aux couleurs bariolées. / Les ondes sont saturées de mots gélatineux, / de propos filandreux. / Les canards barbotent dans les eaux de vidange / du Grand Egout Cosmique. / Le silence fait peur, la réflexion déprime, / la lenteur est bannie. / Les idéologies barbelées de mensonges / pètent comme des baudruches. / J'entends hurler le fric, gémir les chômeurs, / résonner les tas d'or. / Où est le Messager qui va enfin poser / Les pourquoi essentiels ? / Qui parle de la terre ? / Qui parle du plaisir ? / Qui parle de la vie?

 

03 - Dans les arbres


Des jours entiers dans les arbres / pieds dans la terre tête dans le ciel / Juché sur le plus haut d'entre eux / accroché à son tronc rugueux / Je chevauche la bête centenaire / en regardant les nuages passer / Des jours entiers dans les arbres / à écouter le temps passer / Mes voisins sont des nains géants / émigrés des forêts du Rhin / Les autres tout gris et tout noirs / viennent des grands arbres du Congo / Les grands d'acier et de fureur / s'épuisent contre des dieux anciens / Les petits font pour les calmer / en riant des cris d'oiseaux / Un vieux pygmée tout déplumé / me prend la tête à deux mains / et me chuchote en souriant / sa vérité innocente / Tu es bien plus petit que moi / et bien plus grand que les géants / Libère-toi du désespoir / évite les mirages de l'espoir / Vers le soir les géants se calment / en fumant des herbes magiques / qui font les étoiles plus brillantes / et moi un peu mélancolique / Une géante toujours enceinte / me prête son bâton phallique / pour briser l'armure de la nuit / et entrer dans le lit des rêves / Demain un avion migrateur / tissera dans le ciel un sillage / Ligne blanche sur papier d'azur / pour vous dessiner un message ...

 

04 - Culture Mickey


J’ai fait un rêve merveilleux / j’me transformais en Mickey rigolard / Tout le monde admirait ma grande queue / et mon talent à gagner des dollars. / Avec Minie, Pluto, Dingo / dans un palais en carton plâtre / on s’éclatait en compagnie / d’une armée de poupées Barbie / Vive le nouvel ordre mondial / son programme m’interpelle / de son quotient intellectuel / il fait monter, monter la pression / J’ai fait un monstrueux cauchemar / échappé d’une série standard / avec une star aux belles fesses / j’étais devenu un flic US. / Dans un palais serti de strass / d’un milliardaire du Texas / rempli de morues satinées / je sauvais les moeurs outragés. / Vive le nouvel ordre mondial / son programme m’interpelle / de son quotient intellectuel / il fait monter, monter la pression / Bien sûr avec notre vieille culture / et nos vingt siècles d’aventures / bien sûr avec tous nos héros / notre histoire, notre littérature / sur un terrain de 600 hectares / pour un pactole de 22 milliards, / on n’est pas foutu d’inventer / des loisirs vraiment musclés. / Vive le nouvel ordre mondial / son programme m’interpelle / de son quotient intellectuel / il fait monter, monter la pression / Déjà que les Yankees sont très forts / pour se remplir le coffre fort / de la sous-culture du Mickey / jusqu’au missiles Patriot / Jack la culture, le flagorneur / censé défendre nos vieilles valeurs / colle une médaille aux pectoraux / de Sylvester Stallone Rambo. / Allons Français un p’tit effort / pour plaire à nos maîtres à penser / transformons nous en hamburger / bien dégoulinants de ketchup.

 

05 - Ma maison


Un jour les pieds usés par l'asphalte des routes, / les yeux crevés par les mirages, / la gorge brûlée par les herbes illusoires, / je verrai me barrant la route / apparaître une maison. / Elle sera chaude et douce, / ronde comme un ventre. / Les fenêtres brillantes. / De ses portes ouvertes / s'échapperont des parfums. / Et je dirai : c'est ma maison / On n'entrera que de bonne foi, l'âme légère, / par ses portes ouvertes. / Lavé de l'inutile, purgé des idées fausses, / dépouillé de nos frimes, / comme aux premiers temps. / Pour vous parler de ça / je devrais être nu. / Mots malins, belles images, / phrases vides s'envolent / comme des feuilles jaunies / Et je dirai : c'est ma maison / Dans l'harmonie des lieux / las pas sonnent sur le sol, / résonnent sur les murs, / se mêlent à des voix / dans une musique inouïe / Les muscles contractés / sous la peau desséchée, / comme des lames d'acier / dans la vieille défensive / Dans la vieille défensive / des combats quotidiens / se dénouent brusquement / et font la fête au corps. / Maison-mère, maison-femme, / maison-fille, maison-vie / chacun de tes replis / secrètement offerts / est un sourire serein. / On y dit peu de mots. / Les regards se suffisent. / Des mains fraîches, en passant, / vous caressent le front. / Vous caressent le front, / Vous relèvent une mèche / Vous guident vars un lit blanc / dans une chambre fraîche. / Couché dans la pénombre le temps n'existe plus. / La présent est tellement présent / qu'il efface le désert de l'attente, / le chaos des remords. / Fournaise des désirs. / Il vous vient une force / A tout recommencer, / se lever, repartir, / à transformer ces rêves / en vraie réalité / et je dirai : c'est ma maison.

 

06 - Allemagne


Allemagne soeur blafarde / tes yeux blancs révulsés ne connaissent plus les larmes / et se tournent vides / vers un ciel envahi de lueurs oranges / Tes narines convulsives / exhalent les vapeurs sulfureuses d'un volcan / Ta gorge râlante / fait un bruit de sanglots et tes fesses pointues / s'agitent sur un trône matelassé d'or puant / Ton cul est lui-même barbelé de diamants / et chaque geste fébrile t'enfonce dans la chair / leurs facettes coupantes / Allemagne soeur blafarde / ton sang est épuisé par un siècle d'histoire / Tes enfants viennent au monde / bardés d'un masque à gaz ceinturés d'électrodes / Celui qui les arrache / doit fuir pour oublier Ou bien demeurer là / et se nourrir de meurtres / plastiquer kidnapper et mourir suicidé / dans tes prisons spéciales à déshumaniser / Aiguise bien les armes de ta super police / Améliore tes gadgets car certains précurseurs / ont enterré la graine des lendemains qui saignent / Allemagne soeur blafarde / ton corps fendu en deux laisse voir tes entrailles / à faire des schizophrènes / Forteresse glacée univers perverti / les cousins d'Amérique / se vautrent dans ton lit un oeil pointé vers l'Est / Fume le cigare frangine / Bois ton schnaps cul-sec aux nouvelles colonies! / Trinque avec le grec le français l'espagnol / Avec délectation tes doigts vont et viennent / du nez du Pouvoir au cul du Capital / Trinque frangine c'est tes enfants qui boivent / Allemagne soeur blafarde / ton fils se vend Banhof Zoo ta fille se shoote / Tes enfants veulent vivre / Comment faire pour vivre en coupant ses racines / Est-ce qu'on peut oublier? / L'oubli n'existe pas Est-ce qu'on peut comprendre? / Savoir ne suffit pas / Pour vivre il leur faut reconnaître leur mère / re grandir dans son ventre Resurgir du chaos / Tes yeux blancs révulsés ne connaissent plus les larmes / Ton ventre a mis au monde ta propre exécution / Allemagne soeur blafarde! Allemagne soeur blafarde! / Soeur si lointaine et si proche, je vois dans ta nuit de cauchemar / une foule immobile et sereine comme une armée de lumière / Le soleil effaçant la nuit / éclaire les jardins de Weimar / Goethe est assis sous son arbre / sa voix retentit sur le monde / Jean-Sébastien au coeur d'enfant / pleure en écrivant la Passion / ses larmes tachant ses partitions / Nietsche chevauche la montagne / la belle Salomé en croupe / Karl Marx lui barrant la route / lui montre le sens de l'histoire / Bertold Brecht au pied d'une passerelle / son billet d'exil à la main / Il monte des quartiers populaires / un choeur de chansons de Kurt Weill / Louis-Deux surgit à la surface / d'un lac noir de Bavière / Plus loin on retire d'un canal / le corps de Rosa Luxembourg / Kleist revolver en main / et Rilke l'âme enchantée / s'envolent sur leurs poèmes / Beckman agitant ses pinceaux / peint la scène sous un ciel terrible / Schumann caresse la Hagen / Ludwig plane chez Amon Duul / La voûte céleste est en folie / L'état de grâce sur vos têtes / Le couchant et le levant brûlent / L'ESPOIR DÉNOUE SON POING (ad libitum...)

 

 


 

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