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Quelques questions au Bel Hubert... (10/2003)
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Merci de nous accorder un peu de temps, ici au Mont-Soleil ! Tu habites dans la région, alors est-ce que finalement ce n'est pas plus difficile de jouer devant son public ? Les attentes sont peut-être plus grandes ?
Alors ça c'est une question qu'on se pose avant, et qu'on ne se pose plus pendant. C'est bien sûr que dans la région (une région somme toute rurale), les gens me connaissent plus ou moins pas mal, alors c'est vrai que c'est à se poser des questions quand on prépare le spectacle, parce qu'ils connaissent bien plus les chansons qu'ils ne les connaîtraient ailleurs. Mais on ne change pas grand-chose au truc.
Et ça n'est pas un stress supplémentaire, avant de monter sur scène ?
Non, parce qu'en fait, il y le côté où les gens attendent quelque chose mais qui sont vachement réceptifs, vachement ouverts et puis qui sont prêts à danser.
Tu es un chanteur plutôt intimiste, petites scènes et tout. Ce soir, tu as chanté devant plusieurs milliers de personnes et en open air… Alors, qu'est-ce que tu préfères ?
C'est-à -dire qu'au départ, le truc intimiste est plus facile car on a une approche directe, un contact direct avec les gens. Ce qui fait que quand tu joues pour plus de monde, ils faut se dire quelques fois qu'ils ne voient pas forcément tes mimiques. Mais tout compte fait, ça n'y change pas grand-chose grand-chose grand-chose. Parce que le cadre musical est là . Le son est là , les chansons sont là , les techniciens sont là pour faire entendre ce que je raconte et ce que je chante. C'est ça qui est souvent difficile quand on fait un truc de grande scène c'est que à la technique (parce que j'ai pas tous mes techniciens et tout mon bordel de tout ça) ils n'ont pas forcément le ticket sur "chanson". Chanson ça veut dire pour moi que le verbe, le texte, le domaine parlé est très important. Quand je dis "domaine parlé", c'est les mots dans les chansons et les techniciens sont donc archi importants pour faire passer ce truc-là . Voilà , c'est une grande scène petite !
Au fait, comment es-tu devenu chanteur, qu'est-ce qui t'a poussé à faire de la musique, à écrire des chansons et les interpréter ?
(soupir) Alors… euh… Alors quoi en fait ? Le cheminement doit être un peu le même pour tous les gens qui font un peu quelque chose. C'est que tu t'amuses à jouer des trucs d'autres gens et puis à un moment tu te dis "pourquoi pas le faire moi-même ?" et moi j'ai envie de dire quelque chose, de raconter une histoire à ma façon, de faire mon truc à moi et tu commences à écrire des trucs et puis voilà quoi ! Il faut, pour que ça passe, arriver à faire quelque chose qui n'existe pas. Faire quelque chose de différent. Et j'ai l'impression de faire un petit peu un truc de différent, parce que c'est pas "cataloguable" directement "c'est comme ceci" ou "c'est comme cela".
Par rapport à ton nouvel album "deux siestes", il me semble que les textes sont plus orientés "écologie" que d'habitude… non ?
Alors il y a effectivement une envie de sortir de cet espèce de carcan, cette espèce de boîte où j'étais, dans le truc "chanteur à vaches", "rural"… il fallait qu'il y ait des tracteurs et des machins comme ça. Alors c'est vrai que ça sort un peu de ça et en même temps, il y avait la même intention sur le truc de la musique, essayer d'aller un peu plus loin que le système classique chansonnier-piano-accordéon-contrebasse, le schéma habituel… Sur les 2 trucs j'ai un petit peu le sentiment d'avoir fait autre chose. Je suis pas persuadé que ce soit une voie que je dois suivre, mais c'était un moment que je devais passer et puis que je devais faire.
C'est parce que la situation était "grave", parce qu'il s'est passé des choses ?
Non, je crois pas. C'est tout simplement par rapport à quelques disques précédents où j'étais de plus en plus un espèce de truc drôle, "agricole drôle", "campagnard", etc. Et puis j'avais envie de mélanger ce truc où en fait, il faut de l'humour dans les affaires mais il faut qu'il se passe quelque chose, il faut pas que ce soit de l'humour, des drôleries à quatre sous… quoique, je ne sais pas où est la limite… |
Toujours par rapport à tes textes, tu tournes tous les sujets au ridicule, en ironie. Est-ce pour toi la meilleure façon de réagir, ou encore la seule que tu aies trouvée ?
Ouais, alors moi je pense que c'est le rôle du chansonnier/chanteur/artiste/etc d'ironiser sur l'actualité ou sur des thèmes, puisse qu'on est pas vraiment très directs, on fait pas de l'info en direct. C'est pas notre rôle de développer, de faire des théories, des machins de politiciens. C'est pas notre job, je veux dire. Notre job, c'est de faire passer des émotions, du temps, un moment avec des gens au travers des disques ou de machins comme ça, où les gens sentent un truc, où il se passe quelque chose. Il doit y avoir cette espèce de balance un peu entre l'actualité, l'humour, la tendresse. Cet espèce de mélange. C'est ça qui doit ressortir du bouillon.
Certains, pour réagir, utilisent plutôt la colère, la rage. Quel regard portes-tu sur eux ?
Alors les gens viennent à un concert parce que c'est un moment, dans leur existence, de liberté, de fête. Je me vois mal torchonner ce morceau de liberté et de fête en leur foutant à la tronche des trucs qu'ils ont tous les jours à la téloche, tous les jours dans le journal. OK, je leur dit la même chose peut-être, ou je leur parle du même truc, mais alors il faut que ce soit autrement et que quand ils sortent de là , ils n'aient pas envie de tout casser, ils aient envie de vivre et de se marrer. Les révolutions ont été extrêmement intéressantes, ont fait bouger un certain nombre de choses, mais moi je veux pas faire la révolution ! Moi je veux faire la révolution qui ri, qui se marre !
Dans tes paroles et dans la manière dont tu les interprètes, il y a une certaine lenteur. Est-ce que tu revendiques cette valeur, est-ce pour toi, un mode de vie, une manière de dire "stop" et de faire prendre conscience de tout le stress dans lequel nous vivons ?
Je ne sais pas comment on entend cette lenteurÂ…
Ah non, c'était pas péjoratif !!
Je sais pas, mais cette lenteur est d'une part naturelle dans le langage régional. O n p a r l e l e n t e m e n t … Donc je peux pas vraiment sortir de ce truc-là ! Quand je parle maintenant je bégaye, je pétouille, j'hésite… parce que j'ai pas une gueule de Parisien !
Attention, il y a beaucoup de Parisiens qui lisent L'art-scène…
Bein j' m'en fous ! (rires)
J'adore ! C'est très bien, c'est une autre façon de voir les choses. Alors de nouveau que je revendique un truc, "anti-stress", bein mon vieux… non ! Depuis le temps que j'existe, j'ai un mode de vie et je tourne en rond là -dedans… tranquillement ! Ca n'empêche pas d'avoir un vague coup de gueule ou l'autre, mais c'est autrement que les autres, c'est différent.
Mais on dit toujours à l'étranger (surtout en France !) que les Suisses sont lents… N'as-tu pas peur d'être perçu comme un stéréotype ?
Bon c'est vrai que si je dois être classé, stéréotypé tout ça, ça me fait chier. Mais en même temps, ce que je fais, je le fais entièrement, avec qui je suis, je fabrique rien, alors voilà , il y a une certaine franchise là -dedans. Si je passe pour un stéréotype… Si en plus de ça, ça peut faire marrer les gens parce que c'est une espèce de "suissitude" langoureuse, je sais pas quoi… bein pourquoi pas, qu'on se marre avec ça ! J'entends, si les autres ne peuvent pas se foutre de la gueule des Suisses, alors ça va pas. On est quand même des fois un peu des cons, quoi ! (rires)
Bon j'ai l'habitude de dire que la proportion de cons est la même partout, mais qu'elle ressort des fois différemment…
La question de la fin - la question conne (mais c'était pas la seule !)
Hier soir, j'ai vu Simon Gerber (que je ne connaissais qu'en chanteur intimiste) en rockeur avec son groupe, "Izul". Alors je me suis dit : "à quand le Bel Hubert dans un groupe de métal ?"
Ouais alors on a déjà rigolé avec ce genre de trucs ! Mais maintenant par exemple, je suis avec des jazzeux. C'est tous des jazzeux, mon équipe, là ! Mais le jazz, c'est pas du tout ma tasse de thé ! Et je me ferais plutôt chier à un truc de jazz, quoi. C'est sympa pour boire un coup et tout ça, mais je capte pas trop trop. C'est parce que je suis avec des jazzeux que je fais du jazz. Ce que je trouve rigolo, c'est d'être avec cette équipe, parce que c'est des potes. Alors eux ils font leurs trucs et ils jouent avec moi… d'une certaine manière, je suis leur jouet et vice-versa. Mais musicalement, on a pas la connexion.
Et alors, quand tu le veux, ce groupe de métal ?? (rires)
Si tu veux, je peux te mettre en contact… !! Mais sérieux, pour déconner, tu le ferais ??
Pour déconner, je fais vachement des chiées de trucs, c'est clair. J'ai le sentiment d'avoir une existence où il y a trop de trucs dedans… mais tout… pourquoi pas… ouais ! (rires)
Propos recueillis par véro.
Pour les curieux et les groupes de métal intéressés à collaborer avec le Bel Hubert, merci d'utiliser le lien ci-dessous :
[le site du Bel Hubert]
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