N° 25 - Juil/août 2004
 
Sarclo
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Crédit : Flavie Girbal

 

24 Mai 2004

LA CHANSON NÂ’EST PAS UNE CAUSE [24 Mai 2004]

Durant trois lundis consécutifs au mois de mai, Sarclo a gratté sa guitare dans un bistrot parisien, l’Ange Gardien, à deux pas de la Bastille. Il a pris quelques minutes pour nous raconter ses 2 années d’absence loin de la Capitale, pour évoquer ses projets en cours.
 

L'art-Scène :

Ton dernier passage parisien remonte à l’hiver 2001/2002. Pourrais-tu faire un bilan des 2 années qui ont passé depuis ?

Sarclo :

Mon dernier album L’amour est un commerce a donné lieu à ce spectacle à Paris en 2001, où je jouais tout seul. Puis j’ai fait un petit bout de tournée en Belgique où j’ai eu l’occasion de jouer avec Bob Cohen. Je me suis aperçu que c’était ça que j’aimais faire, jouer avec Bob. Alors, je l’ai engagé pour venir jouer avec moi à Avignon en 2002. On y jouait tous les jours à 13 heures donc le soir on était libres. Vers la fin de la série, j’ai décidé d’enregistrer Bob parce qu’il y a quelque chose de très injuste, c’est que lorsque je suis sur scène je ne peux pas écouter Bob. Donc, Bob, c’est moi qui le paie mais c’est vous qui l’écoutez. C’est pas beau. J’ai décidé de leur prendre en studio pour savoir ce qu’il faisait, si j’avais raison d’être content et on a enregistré le disque Des tendresses et des cochoncetés, deux guitares une voix, Sarclo et Bob. Alors, ça fait de moi un artiste qui a fait un disque, enfin.
 

L'art-Scène :

Il n’y a aucune nouvelle chanson sur ce disque. Tu avais envie d’entendre autrement celles qui existaient déjà ?

Sarclo :

Mes chansons deviennent bonnes au bout d’un moment. Il faut que je les chante longtemps. Là, tout à coup avec Bob, les chansons sont ravissantes, elles ont trouvé leurs beaux habits. Je suis très content d’elles, je suis très content de moi en plus ! rires Je me considère un peu comme un handicapé de l’enveloppe sonore mais avec Bob, je prends plaisir au son.
 

L'art-Scène :

Je me trompe peut-être mais j’ai trouvé que tu avais beaucoup progressé à la guitare. C’est au contact de Bob Cohen ?

Sarclo :

J’ai beaucoup joué avec des musiciens qui me disaient « ah ! mais là tu vas trop vite, t’es trop haut, etc ». Bob, il m’entend jouer et il entre dans ma musique et la joue aussi. Par exemple, sur une chanson comme Furieuse et belle, je ne savais pas si c’était bien ce qu’on avait enregistré, alors à la fin de la chanson je lui ai demandé. « Et dis donc Bob, ça ne te fait pas chier de jouer de la musique comme ça ? ». Et il me répond : « C’est ma viande ». Ce n’est pas un compliment qu’un chanteur doit pouvoir entendre souvent. Ca donne de la confiance.
 

L'art-Scène :

Une chose m’étonne. C’est que ce disque très réussi n’est pas distribué hormis par le biais de ton site* ou à la fin des concerts. Comment cela se fait-il ?

Sarclo :

Je le vends au cul de la Sarclomobile. C’est un disque très modeste à l’égard duquel je suis très prétentieux. C’est un disque que j’aimerais mettre dans une jolie structure. Alors là, je joue gratos dans un bistrot pour essayer de trouver les occasions de jouer à Paris pour rencontrer des structures professionnelles correctes. Quand j’entends ce qui se fait aujourd’hui, Bénabar, Fersen, Delerm, je pense que j’ai ma place là-dedans, je suis à peu près ce qui se vend maintenant.
 

L'art-Scène :

Finalement, est-ce que tu entends utiliser ce disque comme une carte de visite ?

Sarclo :

Noooooon !!! C’est un résultat fini. Personne n’y touche mais une fois que j’aurai trouvé une structure sympa qui peut le mettre en place, il sera dans une structure. C’est un très joli produit, j’ai soigné le graphisme à l’intérieur de la pochette, il y a toutes les tablatures des chansons, ça fait vraiment un objet sympa à mon avis.
 

L'art-Scène :

Pas de distribution pour ce disque, pas de promo non plus. Quels rapports entretiens-tu avec les médias ?

Sarclo :

Ils ne s’intéressent pas beaucoup à moi mais il y a aussi des gens sensés et sympas. J’ai eu des tas de presses magnifiques. Je n’ai pas à me plaindre. Là, on est dans un tout petit travail à bas bruit sur ces 3 concerts à l’Ange Gardien, mais c’est vraiment pour faire un peu boule de neige. C’est parce que Véronique, mon « directeur sportif », a besoin de me faire voir à des gens qu’elle connaît. Si ces gens-là se déplacent un petit peu, on risque d’avoir ce soir la visite d’une structure ou d’une autre.
 

L'art-Scène :

C’est quand même incroyable qu’avec plus de 20 ans de boutique, tu sois comme obligé de faire tes preuves en permanence.

Sarclo :

: Le métier que je fais, la chanson pour adultes consentants, on peut dire qu’il a à peu près disparu. Les gens qui représentent ce métier, Allain Leprest, Gérard Pierron, Claude Astier, Stephen Faulkner, etc. ne sont pas nombreux et ça ne marche pas tellement. Dans les choses qui marchent bien, Delerm, Bénabar ou Sanseverino, il y a quand même beaucoup de gamineries. Ce n’est pas une critique de ma part mais je trouve que la télé et la radio en font beaucoup pour la vitrine parlementaire. Pour la branche armée de la chanson française pas tellement. Moi j’aimerais bien que ça marche mais je ne peux pas faire un effort dans le sens de faire du Jean-Jacques Goldman.
 

L'art-Scène :

Comment se fait-il qu’aucune structure ne se soit intéressée à toi au moment où tu faisais les premières parties de Renaud en 95/96 alors que le public t’appréciait plutôt bien ?

Sarclo :

J’avais une structure, c’était Blue Line. Ils ont mis des thunes sur un tas de trucs sauf sur moi et puis ça s’est effiloché. Je ne faisais peut-être pas le boulot comme il faut, j’en sais rien. J’ai l’impression que ce spectacle à 2 guitares que je fais maintenant est plus plausible.
 

L'art-Scène :

Tu veux revenir à des choses plus simples ?

Sarclo :

Je commence à être un vieux monsieur et tout à coup, faire les choses un peu comme Brassens ne me dégoûte pas du tout. Je commence à me simplifier la vie, à tenir un peu plus ce que je fais.
 

L'art-Scène :

Pendant tes 2 années d’absence parisienne, tu as créé Château-Carton. Qu’est-ce que Château-Carton ?

Sarclo :

Il y a en Suisse une grande chaîne de magasins qui s’appelle la Migros qui vend de tout sauf de l’alcool. Alors, à côté de la Migros, il y a souvent une échoppe qui vend du pinard. Il y en a une qui s’est libérée à côté de chez moi. J’ai toujours voulu trouver en Suisse ce qu’on trouve en France, les fontaines à vin. Je me suis mis en tête de faire un magasin qui vendrait du vin en fontaine, en cartons. Ca ne marche pas du feu de dieu mais on n’est pas en train de perdre d’argent. Ca fait de l’argent de poche pour ma fille qui bosse dedans, ça m’en fait un peu à moi aussi et puis ça me soulage de vendre une fois dans ma vie un produit de première nécessité. (rires)
 

L'art-Scène :

Tu organises des concerts également à Château-Carton.

Sarclo :

Oui, au sous-sol il y a une salle de 60 places où on fait de la chanson.
 

L'art-Scène :

Ce concept « bar à chansons », c’est pour défendre une cause ou pas du tout.

Sarclo :

Le but n’est pas de savoir si les gens peuvent passer ici ou passer là. Il y a des copains que j’ai envie de faire passer chez moi, je les fais passer. Pour moi, la chanson n’est pas une cause. Les copains chanteurs qui font des bonnes chansons, comme Claude Astier, j’adore ça, ça ne va pas plus loin. Je suis juste un mec bordélique, je fais de l’architecture, je vends du pinard et je fais des chansons. Dans mon lieu Château-Carton, il y a mon ordinateur avec lequel je dessine des baraques, il y a du pinard et il y a de la chanson, et c’est tout.
 

L'art-Scène :

Tu ne fais donc pas du tout de programmation, ce sont avant tout des potes qui passent chez toi ?

Sarclo :

Oui. Des sacrés bons moments !
 

L'art-Scène :

Tu es en préparation d’un nouvel album. Tu souhaiterais voir sortir ce disque à quel moment ?

Sarclo :

En ce moment je suis sur un chantier, je fais une maison pour ma bonne amie à Lausanne. Je me nique les doigts toutes les semaines, chaque fois que je chante je dois recoller mes ongles parce que c’est le bordel, au fond je ferai ce disque quand j’aurai fini ce chantier.
 

L'art-Scène :

Sinon, tes chansons sont prêtes ?

Sarclo :

Non, mais il y en a déjà 8 mais sans les musiques.
 

L'art-Scène :

Les musiques, tu vas tÂ’y coller seul ou pas ?

Sarclo :

Aussi longtemps que j’arrive à bosser je bosse et puis si je suis en panne au moment d’aller au studio, je demande aux autres de rafistoler. Un gars comme Jean-Christophe Maillard (guitariste et compositeur de Sarclo sur certains titres), c’est comme si que tu ouvres un robinet et ça coule. Tu lui dis que t’as besoin de 3 musiques pour dans 2 semaines et elles sont faites. Et elles sont magnifiques et ça contredit la routine musicale de mes affaires habituelles à moi. Ca me fait dévier de moi-même.
 

L'art-Scène :

Quelle couleur aura ce disque ? Tu penses rester sur de l’acoustique comme avec Des tendresses et des cochoncetés ?

Sarclo :

En l’état actuel, Simon Gerber, qui joue de la basse et chante la chanson 9 sur ce disque, ferait la basse et la direction artistique sur ce nouvel album. Il y aurait le batteur de Simon Gerber qui ferait un peu de batterie mais ce serait tout simple. Tout simple. Mais je ne peux jurer de la façon dont ça va marcher parce que si tu as un budget tu peux enregistrer, écouter, refaire. Si tu n’as pas de budget, t’enregistres et il est fait. Il n’y a qu’une représentation qui est en même temps la répétition, la générale, la première et la dernière.
 

L'art-Scène :

Quand aurons-nous le plaisir de te voir sur scène à Paris ?

Sarclo :

Dans un premier temps, on va passer 2 semaines à l’Espace Jemmapes, en octobre, dans la formule 2 guitares / voix.
 

L'art-Scène :

Pour le moment, pas de tournée prévue dans la foulée de la sortie de l’album dont la sortie n’est pas encore prévue non plus ?

Sarclo :

Je crois que le résumé le plus honnête et concis, c’est : Sarclo est dans la merde ! (rires) Il cherche des soutiens, des aides, des contacts pour en sortir un peu.

Propos recueillis par David Desreumaux

*Le site de Sarclo : [Sarclo.com]
 


 


 

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