N° 13 - Mai 2003
 
Reflet alternatif
L'audiovisuel indépendant : Zaléa TV
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Baudelaire ou la douleur de vivre (04/2003)
Bas les Watts ! Cabaret DésinVolt (04/2003)
Un chiffon propre dans le grenier (04/2003)
Branagh in Love (03/2003)
Nicolas Bacchus vitupère au Point (03/2003)
LUZ : Claudiquant sur le dance floor (02/2003)
Pouvoir de Lire et Droit de Dire (02/2003)
La Punkitude (01/2003)
Philippe Caubère : Présentation (01/2003)
Philippe Caubère et la politique (01/2003)
Philippe Caubère: 68 selon Ferdinand (01/2003)
Philippe Caubère: repères chronologiques (01/2003)
Juliette GRÉCO (12/2002)
Labels et la BĂŞte. (12/2002)
Woody Ă  tout prix (12/2002)
Fermin Muguruza (12/2002)
Autour d'Orsay et des impressionnistes. (11/2002)
Le Festi' Val de Marne. (11/2002)
Le Rock Identitaire Français (11/2002)
Le Glaz'art. (11/2002)
Jacques Prévert ou la bonne parole. (10/2002)
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La rentrée théâtrale 2002. (09/2002)
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Une journée avec la Ruda Salska (08/2002)
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Histoires de vies brisées : les doubles peines de Lyon. (07/2002)
Renaud: Le mauvais sujet repenti. (06/2002)
Virginie Despentes ou l'art de toujours surprendre ! (06/2002)
La FĂŞte de la Musique. (06/2002)
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Philippe Caubère : Présentation (01/2003)

Expliquer à des amis ce qu'on va voir au théâtre, lorsqu'il s'agit d'un spectacle de Philippe Caubère, est mission difficile voire impossible.
Les questions se pressent, les amis s'impatientent, les réponses sont floues.
C'est un one man-show mais c'est pas du Gerra,
C'est du théâtre mais c'est pas du Molière,
C'est comique mais c'est pas du Coluche,
C'est politique mais c'est pas du Bedos,
C'est populaire mais c'est pas du BigardÂ…
Bref, économisons du temps et de la salive, et, faisons le choix d'emmener nos amis aux spectacles de Philippe Caubère, afin qu'à leur tour, ils tentent d'expliquer son style.
C'est vrai que Philippe Caubère a crée un style à ce point particulier qu'un seul mot ne peut le définir entièrement. Il a su mûrir l'expérience acquise avec Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, et, progresser si bien dans son art qu'il est devenu un des plus grands comédiens français. Depuis 20 ans, Philippe Caubère vit et nous fait partager une aventure théâtrale unique.

 

Un accouchement difficile
En 1980, Philippe Caubère et sa compagne d'alors, Clémence Massart, ont déjà quitté Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil depuis deux ans.
Le jeune premier idéal, l'image parfaite de Molière dans le film d'Ariane Mnouchkine, se remet mal de l'échec de Lorenzaccio au festival d'Avignon. Il se retrouve seul, angoissé et dépressif. Ses amis ont déjà rejoint d'autres troupes et il ne peut financièrement en créer une. Sa compagne lui conseille alors d'improviser seul sur scène.
Tel un fil qui déroule une bobine infinie, Philippe Caubère déverse là ses angoisses, ses peurs, sa vie. Au total, plus de 150 heures d'improvisations enregistrées sur un magnétophone puis sur vidéo. L'essai est transformé.
Ce n'est pas un petit chemin de campagne qui s'ouvre alors à Philippe Caubère, mais, une autoroute. Trois volets au voyage : la Danse du Diable, le Roman d'un acteur (11 spectacles) et l'Homme qui danse (6 spectacles). Il écrit, met en scène, joue et filme chacun d’eux.
Ainsi, depuis 20 ans, le spectateur suit les péripéties picaresques de Ferdinand/Caubère : ses années au Théâtre du Soleil, le film Molière, son éducation de jeune garçon, sa naissance, son premier cours de théâtre...

 

La scène comme thérapie
La scène est sans nul doute une forme de psychanalyse pour Philippe Caubère, mais, une psychanalyse un brin masochiste puisque Ferdinand dit lui-même : "mon Dieu, maman, mesdames, messieurs, c'est affreux, parce que je vais risquer ma vie, jouer ma vie et personne ne le sait." L’acteur ressent cette peur lorsqu’il joue sa vie et qu’ il se met à nu devant le public.
Cette peur est également liée à la performance physique. Celle qui fait de Philippe Caubère un acteur libre, entier, révolutionnaire, mais également, un acteur prisonnier de sa propre responsabilité. Celle de porter le spectacle, seul, sur ses épaules, ne comptant que sur sa mémoire, et, puisant son énergie de son corps. En effet, les spectacles de Caubère forment, généralement, deux volets de 2h30 à 3 heures chacun, joués en alternance un soir sur deux.
Dans ses spectacles, le comédien ressemble à ces amis qui reviennent d'un voyage à l'autre bout du monde. Ils tiennent absolument à nous faire partager ce qu'ils ont vu et ressenti au cours d'une interminable séance diapo. Sauf qu'avec Caubère l'interminable n'est jamais assez.
Il semble toujours vouloir aller plus loin, pousser ses personnages au bord de leurs limites réelles, jusque dans la démesure burlesque. Se sert-il de ces personnages pour mettre en valeur son jeu et son talent d'acteur? Depuis 20 ans, ce serait du matraquage. Mais il est certes un peu mégalo. C’est vrai, Caubère travaille pour la postérité. Il filme tous ses spectacles pour laisser une autre trace que celle du souvenir. Mais cela ne compromet en rien son talent de comédien. Laurent Rigoulet – dans Télérama – donne une définition plus précise du travail de cet artiste : "Philippe Caubère fait avancer de front la virtuosité de l'acteur et le spectacle de l'intime". La performance est surtout là.

 

Un monde Ă  part
En général, au théâtre, l'acteur est aidé par trois éléments essentiels : le texte, le décor (ou la mise en situation) et les autres personnages.
Philippe Caubère est seul en scène. Aucun décor ne l'accompagne. Seuls deux ou trois objets, comme un manteau, une écharpe, un bonnet ou un châle appuient l'histoire et les personnages. Avec Caubère, l’acteur est son propre décorateur. Cette notion (acteur-décorateur) est définie par Philippe Caubère lui-même dans un de ses spectacles, elle puise ses fondements dans les jeux d'improvisations du Théâtre du Soleil.
Ainsi, par son travail sur le corps, la voix et la gestuelle, Philippe Caubère fait naître un monde. Il crée un univers riche, vivant et passionné. Surgissent alors une palette de personnages et de situations, ainsi qu’un environnement matériel composé d'objets et de lieux. Stupéfait, le spectateur regarde un monde invisible se construire sous ses yeux. Impalpable et pourtant réel et sensible.
Le jeu de Philippe Caubère est à ce point excellent que le spectateur est pénétré par les objets, les lieux et les personnages. Il intègre, avec aisance, l’apparition, sur la scène du théâtre, d’une scie à métaux, d’une 2CV, des marches du festival de Cannes, d’un terrain de badminton ou d’une grue de chantier... En suivant les différents personnages, il finit même par déambuler dans le théâtre de la Cartoucherie comme dans les couloirs de sa propre maison. Et pour peu qu'il ait vu plus d'un spectacle, il connaît les caractéristiques de chacun des personnages. En effet, une gestuelle, un accent et/ou une voix sont associés à chacun d'eux : le bonnet d'Ariane, l'accent de Max, le talent de Ferdinand, et la cuisine de Bruno.

 

La fin du voyage ?
Comment se terminera l'aventure– puisqu'elle doit se terminer ?
Aujourd'hui, il n'y a plus de bobines enregistrées et seuls deux spectacles manquent au dernier volet de l'Homme qui danse. Même si avec les vidéos, le public ne restera pas orphelin, on peine à imaginer l'après Ferdinand. C’est un peu triste de voir s’annoncer la fin de ces rendez-vous réguliers. Et puis, comment faire ses adieux à un personnage que nous avons vu naître, grandir, jouer, aimer ? Aujourd’hui, la question se pose autant à Caubère qu’à son public.

Ce travail de longue haleine sur sa vie a certes empêché (et empêche) Philippe Caubère d'être plus présent au cinéma, dans des téléfilms ou encore dans d'autres rôles au théâtre. Cependant, puisque les spectacles de Philippe Caubère sont drôles, vivants et abordables par tous les publics (et enregistrés sur vidéos), pourquoi ne les voit-on pas dans les programmes des chaînes de télé, et plus particulièrement, sur le service public? Est-ce une question de format et de longueur, ou, serait-ce un motif plus politique?

M.D


Sources photos: site de Philippe Caubère ( philippecaubere.fr )

 

 


 

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