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Bonzom
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Crédit : Philippe Rupcic
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01 Août 2003
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18 Juin 2003
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"J’accorde autant d’importance aux mots qu’à la musique." [01 Août 2003]
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Lorsque nous avons rencontré Christophe Bonzom en août dernier, notre homme était doublement gonflé à bloc. D’une part, les revendications intermittentes qui alimentaient l’actualité lui tenaient particulièrement à cœur et d’autre part, il devait faire face à une impatience insoutenable. En effet, dans quelques jours il allait partir en résidence à Niort. Là , avec ses musiciens, il donnerait vie à Saouls des Etoiles, spectacle qui sera créé le 16 septembre 2003 à la Cité de la Musique. Entre certitude et incertitude, il nous parle de ce projet qu’il défend et prépare avec ferveur. C’est aussi pour nous l’occasion de revenir avec lui sur sa carrière, son ivresse de mots et de musique. Rencontre avec 1m90 de minutie, d’appétence et de générosité.
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L'art-Scène : |
Comment es-tu venu à la chanson ? Comment as-tu choisi d’être chanteur ? |
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Bonzom : |
J’aimais certainement les berceuses que me chantait ma maman… En fait, le souvenir que je garde comme point de départ est un concert que je suis allé voir avec mes parents en 81 – J’avais treize ans. C’était Yves Montand à L’Olympia à Paris. Nous vivions alors dans le sud. Je ne connaissais pas vraiment Yves Montand, mais j’ai le souvenir physique d’une émotion extraordinaire de spectateur. J’ai été complètement envoûté par le personnage et par ce que j’avais vu. Je me souviens m’être dit que c’était merveilleux de faire ce métier là et d’être magique à ce point-là . En sortant, je n’ai pas arrêté de penser à l’univers qu’Yves Montand avait été capable de créer. Alors je suis devenu fan, comme d’autres sont fans de Mick Jagger. J’ai appris toutes ses chansons par cœur, j’ai appris à chanter comme lui. J’étais fasciné par sa gestuelle car avec rien il emmène les gens dans des histoires. Cette expérience m’a donné l’envie de faire de la scène mais comme dans le Sud, il n’y avait pas d’école de chanson, je suis entré dans un conservatoire d’art dramatique. Je prenais aussi des cours de chant lyrique parce que j’aimais la voix…
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L'art-Scène : |
Tu gardes le souvenir de ta première scène non pas en tant que comédien mais en tant que chanteur ? |
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Bonzom : |
C’était en 93. J’étais comédien depuis 87 mais pour la première fois depuis ma sortie du conservatoire, je n’avais plus de boulot. J’ai alors décidé de me créer mon propre travail et de faire ce que j’avais envie de faire depuis le début : chanter. J’ai monté un spectacle sur les chansons du début du siècle. Notamment Yvette Guilbert. Pour moi ce sont des chanteurs comédiens. Des interprètes. J’ai rencontré Mickaël Guillaume, mon pianiste actuel. Notre tour de chant s’appelait On a marché sur le piano. Un spectacle un peu délirant à base de vieilles chansons du début du siècle et d’humour noir très grinçant. C’est donc ma première scène, au Mesnil Saint-Denis pour la fête de la musique 1993.
Ensuite en 96, j’ai découvert les petits lieux café-concert de Paris et j’y ai rencontré des auteurs et des musiciens. J’écrivais déjà à l’époque. Dans un autre spectacle, toujours avec Michaël Guillaume, nous avons réuni quelques reprises, quelques chansons de moi et quelques chansons de Wladimir Anselme, Stéphane Cadé, auteurs qui me suivent encore.
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L'art-Scène : |
Tu t’es présenté en tant qu’interprète au départ ? |
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Bonzom : |
Pas vraiment. Comme je venais du théâtre, les gens m’identifiaient comme comédien qui chante alors que je voulais être un chanteur qui chante. Je pense que c’est ce que je suis devenu. Au départ, je chantais des chansons de Jacques Debronckart, de jeunes auteurs dont j’ai parlé, mais aussi mes chansons. C’était un mélange. Effectivement, c’est plus l’interprète qui faisait le lien sur scène entre tous ces univers. Petit à petit j’ai aiguisé ma plume et j’ai écrit de plus en plus. La création que nous faisons en septembre à la Cité de la Musique est pour la moitié constituée de mes chansons tout en m’accompagnant de jeunes auteurs. Depuis trois ans, mon écriture s’est homogénéisée. Je pense que mon univers s’affine et que j’arrive de mieux en mieux à le saisir. C’est une évolution. Aujourd’hui donc, lorsque je choisi un texte de Wladimir Anselme par exemple, c’est parce qu’il me semble très proche de mon univers. J’ai envie de chanter des choses qui sont proches de moi. Ça n’était pas forcément le cas avant, mais ça me semble évident dans la création que je prépare pour la Cité de la Musique. C’est en ça que je pense être devenu chanteur. (rires) Un chanteur peut être uniquement interprète qui raconte des histoire, mais pour moi un chanteur est un type - ou une bonne femme - dans lequel on va se reconnaître. Sans que ça soit un travail nombriliste, je pense que le travail du chanteur se construit autour de sa personne. C’est vrai pour tout art, c’est le reflet d’une sensibilité unique et personnelle mais c’est peut-être encore plus vrai pour le chanteur qui est celui que le public est précisément venu voir et entendre.
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L'art-Scène : |
Tu penses que l’auteur-interprète tisse un lien plus fort avec le public ? |
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Bonzom : |
Non. Ce que je veux dire, c’est qu’en tant qu’artiste, ça m’intéresse plus d’arriver à me mettre à nu, à raconter des choses personnelles que d’être dans une position d’interprète pour raconter telle ou telle histoire.
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L'art-Scène : |
Penses-tu qu’il y ait un confort à être interprète ? |
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Bonzom : |
Oui et non. Je pense qu’un bon interprète est « au service de » mais pour ce faire, il doit être d’une sincérité absolue. Ça n’est pas plus facile…
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L'art-Scène : |
Pourtant tu disais qu’en livrant ses textes l’auteur se mettait à nu… |
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Bonzom : |
Effectivement, ça n’est pas non plus facile. La première fois que j’ai chanté un de mes textes, je n’ai pas dit qu’il était de moi… J’avais la trouille d’entendre à la fin du concert : « C’était bien, mais alors celle-là , je ne sais pas qui l’a écrite mais… » Au moins, je me sauvais en faisant çà . C’est un peu lâche comme procédé mais c’est humain. (rires)
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L'art-Scène : |
Comment tÂ’est venue lÂ’envie de livrer tes textes ? |
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Bonzom : |
J’écris depuis que je suis petit. En relisant mes textes, je me suis dit que certains pouvaient être des départs de chansons, alors j’ai réécrit etc. J’avais envie d’essayer de chanter mes textes. C’est plaisant de raconter les choses dont tu es le propre auteur... Même si ça peut être des choses que tu as vécu et que tu transformes. La poésie c’est ça finalement, transposer dans le fantastique et le merveilleux ce qui pourrait rester dans le journalistique et le quotidien. Au-delà de ça, écrire ne m’empêche pas de travailler avec d’autres auteurs, c’est une richesse que je ne veux pas perdre. J’adore le métissage. C’est presque une règle de conduite.
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L'art-Scène : |
Les auteurs avec lesquels tu travailles sont souvent plus ou moins proche du Limonaire. Toi-même tu t’es produit sur cette scène. As-tu l’impression que ce lieu de la chanson est une famille, une sorte de creuset de création où les auteurs se répondent, collaborent et interagissent ? |
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Bonzom : |
Ça a été ma « seconde » scène, en 96. On peut dire que ce lieu est une marmite qui n’a de cesse d’être en ébullition. C’est un vivier. Je ne dirais pas que c’est toujours une seule et même famille, mais au moment où je jouais là -bas avec d’autres, une famille s’est constituée. Au même titre qu’il y avait eu une famille juste avant avec Allain Leprest, Gérard Pierron entre autres. Mais nous, avec Wladimir Anselme, Florent Vintrignier qui fait partie de La Rue Ketanou, Agnès Bihl, Dikès, Yannick Lenagard etc. Et j’en oublie. Chacun a fait sa route depuis le temps, mais on se perd pas du vue et on bosse toujours ensemble. On est très respectueux du travail des uns et des autres et on le regarde même avec tendresse. Nous avons des styles différents mais nous défendons avec le même engouement cet art de la chanson.
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L'art-Scène : |
Au-delà de vos chemins artistiques qui sont différent, il semble exister une solidarité entre les personnes que tu as citées. Comment toi et les autres avez-vous vécu les évènements qui accablent les intermittents ? |
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Bonzom : |
Tout le monde l’a mal vécu. C’est très grave car je pense qu’en dehors de nos intérêts personnels en tant qu’artistes, c’est un problème plus large ; un problème de société et de choix politique au sein d’une démocratie. C’est ce qui m’inquiète. J’ai l’impression qu’il y a une volonté criante de mettre en œuvre une idéologie économique mais aussi un dogme plus suspect. C'est-à -dire que moins il y aura de gens éclairés, moins il y aura de liberté de pensée et d’expression, mieux on contrôlera le petit peuple et les foules. Les artistes subissent tous les jours les effets de cette politique économique de néo-libéralisation mondialiste. On a en plus affaire à un gouvernement complètement autiste et dur. Ce qui est grave, c’est que le gouvernement attaque un des pans de la démocratie. Quand on fait en sorte que les gens soit mal informés, quand on ne propose que deux façons de voir la musique : Pop Star d’un côté, autrement dit une démarche purement commerciale, et d’un autre côté l’excellence, les élèves qui sortent des grandes écoles d’art. On retourne quatre siècles en arrière. Or aujourd’hui les moyens de diffusion de la culture et de l’information ont explosés… Régresser de quatre siècles en arrière est gravissime dans ce contexte. C’est comme si on mettait en place une sorte de terre brûlée avec uniquement deux référents : Le commercial et l’excellence. Les nantis auront accès à l’excellence et les autres devront se contenter du reste. On se retrouve dans un système féodal où les riches ont accès à là culture et les autres à qui on sert de la soupe. Ce qui est grave c’est l’entrave à la liberté d’expression. Un pays peut placer son argent soit dans la culture et l’éducation, soit dans la répression et les porte-avions militaires. C’est plutôt la seconde optique qui a été prise. Ça n’est pas personnellement la vision que j’aimerais avoir de mon pays, ni même de la terre sur laquelle j’habite. Je pense qu’il y a vis-à -vis des gens un mépris très calculé. Sous couvert de démocratie, l’attitude du gouvernement est proche de celle d’un pouvoir totalitaire, j'appellerai ça la droite extrême.
L’accord sur les réformes du statut des intermittents va être voté, c’est quasiment sûr, mais ce que j’espère, c’est une table ronde réunissant tous les acteurs culturels de ce pays afin de définir ce que nous voulons comme politique culturelle en France. Une fois les attentes établies, on mettra les moyens appropriés au discours. Pour l’instant on ne sait plus, on sait qu’on a foutu un coup de pied dans une fourmilière, on a laissé les dégâts se faire très sciemment… Parce que je ne crois pas du tout à l’innocence de cet accord qui a été passé avant les vacances et avant les festivals. Cet accord qui semble un peu restrictif et qui promet pallier les abus est en fait un accord inadmissible, qui met les artistes à la porte et qui ne résout en rien les abus qui ont été montrés du doigt. Je souhaite que la rentrée fasse naître une politique courageuse et engagée. Or je n’y crois pas.
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L'art-Scène : |
L’autisme dont fait preuve le gouvernement et que tu as évoqué, n’est-ce pas cela qui remet en cause la démocratie ? En refusant le dialogue, le gouvernement a laissé les festivals se saborder. L’opinion publique a tendance à penser que les artistes sont des fainéants et que c’est de leur faute si les commerçants saisonniers n’ont pas fait leur chiffre d’affaire. Or, c’est le mutisme du gouvernement qui a laissé la situation s’aggraver. |
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Bonzom : |
L’autisme du gouvernement s’étend à tous les sujets. Les artistes se sont mis en grève pour qu’on parle du problème des intermittents et ça a réussi puisqu’on en a parlé tout le mois de juin et de juillet. Ça n’a pas fait changer d’un iota les décisions du gouvernement. En revanche, l’opinion publique sait désormais que la culture en France rapporte de l’argent au lieu d’en fait perdre… Le Baron Seillères qui annonce 800 millions de déficit dans les caisses de l’UNEDIC Spectacle annonce des chiffres qui sont faux. Le régime des intermittents ne coûte pas cette somme aux privés. Si nous étions dans le régime général, nous coûterions de l’argent aussi. Le déficit existe certes mais il doit être de 300 millions d’euros. L’urgence de la réforme n’est pas la même lorsqu’on considère un déficit de 300 millions. Il faut en effet réfléchir à une réforme, contrôler les abus (chose que l’accord ne fait absolument pas) mais la différence c’est qu’on peut prendre le temps de discuter… C’est de la manipulation d’information. C’est très grave.
Donc pour répondre à la question : Tous les artistes l’ont mal vécu. Etre intermittent n’est pas un but en soit, moi je suis pour travailler tous les jours dans le spectacle ! On est tous pour bosser 24h/24. Mais il faudrait que les gens nous payent quand on travail, ce qui n’est souvent pas le cas. Après on verra.
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L'art-Scène : |
Pour revenir aux auteurs avec qui tu travailles et qui sont souvent proches du Limonaire, ont-ils influencé l’univers poétique dans lequel tu évolues et actuellement, dans quel univers poétique souhaites-tu évoluer ? |
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Bonzom : |
Il est juste de dire que les auteurs avec qui je travaille ont influencé mon univers. Mais l’inverse est vrai aussi. Je parlais tout à l’heure d’évolution. Aujourd’hui « mon univers » a plutôt tendance à orienter mes choix dans le travail des autres. De quelle nature est cet univers ? C’est un univers à tendance poétique sans que je me considère comme « poète. » Certains m’ont dit que c’était « baroque. » C’est un peu surréaliste, il y a pas mal d’humour noir… J’aime bien la dérision mais j’aime aussi les mots en tant que matière, j’aime leur qualité sonore et rythmique. J’ai appris à m’en servir de façon musicale. Avant il fallait que ce que je chante raconte quelque chose avec un début et une fin etc. Maintenant, j’aime que le texte que je vais chanter ait par lui-même une personnalité sonore et musicale qui se suffise à elle-même. Au-delà de ce qu’il raconte. Ce qui me plait dans la création à venir, c’est qu'elle regroupe les aspects d’écriture que j’affectionne : Des histoires et des sons. De plus le thème de la nuit sur lequel j’ai travaillé pour Saouls des Etoiles, induit toujours de l’onirisme.
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L'art-Scène : |
Quelle portée souhaites-tu donner aux textes que tu écris ? |
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Bonzom : |
J’écris quelque chose que j’ai envie de dire sans me douter de ce que va devenir ce texte. Si le texte contient un message, je ne sais pas comment ça va être reçu. C’est plus simple, instinctif et affectif. Notamment, il y a dans le prochain spectacle des chansons sans « histoire » et certaines formes que j’aborde pour la première fois : je ne peux pas savoir comment ça va être perçu par les gens. Ce que je chante, me provoque une émotion forte et j’espère que le spectateur pourra en recevoir une part, la sienne.
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L'art-Scène : |
Penses-tu qu’il y ait une évolution entre ta manière de travailler à l’époque de L’homme qui Pleut, ton premier album, et ta manière de travailler maintenant ? |
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Bonzom : |
Comme je le disais, auparavant mon attention était portée vers l’histoire que racontait la chanson et son interprétation. Actuellement, j’accorde autant d’importance aux mots qu’à la musique. J’espère dans une étape prochaine faire que la musique uniquement soit à l’origine de ce qui est raconté parce que sans avoir recours aux mots, la musique provoque l’émotion. Aujourd’hui, je suis à mi-chemin et ce qui a changé, c’est que j’ai une recherche musicale plus poussée.
Je ne sais pas ce que Saouls des Etoiles va donner parce que le spectacle n’a pas été répété et que nous devons le faire durant le mois d’août. Toujours est-il que pour ce spectacle j’ai complètement changé la formation musicale avec laquelle je travaille. Auparavant elle était formée d’un piano, d’un violon, d’une contrebasse et de percussions. A la Cité de la Musique, je serai accompagné d'une guitare électrique, d'une guitare basse, d'un trombone et d'une batterie. La couleur va totalement changer. De plus, nous avons fait attention à ce que les mélodies soient plus évidentes qu’avant et les arrangements plus simples. Nous nous sommes aussi ouvert à l’univers musical pop, univers qui me plait et auquel j’ai envie de me frotter. Nous sommes toujours influencés pas le jazz, parce que je travaille avec des musiciens qui viennent aussi de là … Ensuite, le son et le style vont se décider lors de notre résidence au mois d’août. Je travaille avec des musiciens avec qui je n’ai jamais travaillé et qui ne se connaissent pas forcément. Je ne connais pas le résultat de cet apprentissage. Tout le monde est enthousiaste. On part en création avec les textes et les musiques. Mais on ne connaît pas les arrangements, on n’a jamais joué ensemble etc.. Pleins de paramètres manquent au bébé… Il va falloir lui dessiner des cheveux, un nez etc.. C’est l’instant le plus excitant de la création, tu as essayé de tout prévoir, même un peu plus. Tu sais que ça ne va pas se passer du tout comme tu l’as prévu… Il faut que tu sois ouvert le plus possible. Tu as une direction mais tu ne sais pas comment tu vas la prendre. C’est le moment où tout peut se passer donc ça permet de rêver... (rires)
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L'art-Scène : |
…Ça reste dans le sujet de la nuit. Pourrais-tu nous raconter comment le projet de monter un spectacle à la Cité de la Musique est né ? |
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Bonzom : |
Les gens de la Cité sont venus nous voir au Théâtre du Renard en avril 2002, au moment de la sortie du disque. Ils nous ont ensuite passé commande. Ils nous ont dit : « Voulez-vous jouer chez nous l’année prochaine ? Nous fonctionnons par thèmes et nous vous proposons de travailler sur « Les Arbres » et « La Nuit. » » J’ai choisi directement la nuit. J’ai pensé à la nuit comme une sorte de miroir de notre vie. Il s’y passe des choses autres que la journée. C’est un monde plus ouvert à l’imaginaire, au délire. On y vit des choses qu’on n’oserait pas faire la journée. Des histoires d’amour etc. C’est une espèce de boîte de Pandore où tout est possible. La nuit est aussi la période du rêve, un moment où on est censé être en train de dormir mais où il se passe des tonnes de choses. En fait, quand on dort, on rêve et donc on ne dort pas… (rires) Même si on souhaite se reposer, dans notre tête ça bosse…
La difficulté résidait dans le fait que la nuit est un thème vaste et que je ne savais pas ce que je voulais faire. J’ai donc réuni les auteurs avec qui je voulais travailler : Wladimir Anselme, Eric Chantelauze, Yannick Lenagard, Olivier Comte, Antoine Sahler et moi. Je leur ai expliqué le projet en leur disant que ce qui m’intéressait dans la nuit c’est que c’était une période où l’on pouvait tout à coup perdre ses repères. En premier lieu, la notion du temps est complètement indéfinie mais les perceptions sont aussi changées. Tu peux croire voir quelque chose et te méprendre sur ce que c’est. De la même manière, les sons sont plus importants que dans la journée, même s’il y en a moins. Le toucher aussi est très important. Donc, certains sens sont mis en avant par rapport à d’autres et l’imaginaire tient un grande place. J’ai laissé toute liberté aux auteurs, leur demandant de faire avec leur sensibilité. A moi après de piocher dans ce qui me correspond et m’intéresse. Ils m’ont fait des propositions très larges et j’ai choisi. J’ai beaucoup travaillé aussi de mon côté. Au final, j’ai une panoplie d’une vingtaine de textes. Nous avons donc beaucoup de matière mais je ne sais pas ce qu’on va en faire. (rires)
Toutefois, je n’ai pas voulu m’arrêter strictement à la nuit. Par association d’idée j’ai pensé à ce que j’écoutais à la radio la nuit et à la météo marine de France Inter. C’est un langage incompréhensible, musical et poétique. Deux personnes pourraient se parler avec ce langage. J’en ai parlé à un des auteurs et il m’a écrit l’histoire d’un couple sur un Ferry entre Calais et Douvres, ils ont envie de se parler mais restent muets. Tous deux ont dans la tête la même histoire. Ils ont envie de la même chose mais n’arrivent pas à communiquer. Ils se parlent en météo marine. Toujours grâce à la radio, j’ai pensé à Macha Béranger, cette nana qui toutes les nuits essaie d’écouter les désespoirs les plus cruels. Il y a plein d’autres histoires.
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L'art-Scène : |
Comment as-tu reçu l’exercice de la commande ? Est-ce une contrainte grisante ? |
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Bonzom : |
Exactement. Les contraintes sont intéressantes. Même si le cadre dans lequel tu travailles est très vaste et tu ne sais pas par quel bout le prendre. Tu as la possibilité aussi de sortir du cadre. Tout ça est stimulant pour la création. Utiliser le cadre pour exprimer les choses qui te plaisent.
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L'art-Scène : |
Le « spectacle » est un format avec lequel tu as l’habitude de travailler ? Y’a-t-il une différence entre un spectacle et un tour de chant ? |
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Bonzom : |
Au bout du compte, ce sera un concert mais je le conçois comme spectacle parce qu’une création lumière-son et une mise en scène sont à faire. C’est en ça que je parle de spectacle. Durant la gestation j’emploie ce mot là parce qu’il n’y a pas que les chansons qui sont prises en compte. C’est la différence entre un travail de café-concert et le travail sur des scènes plus grandes. Etre sur scène n’est pas un acte gratuit. Un concert, comme une pièce, un cirque etc., c’est du spectacle vivant et en tant que tel tu es obligé de tout travailler : costume, son, lumière, enchaînements etc.
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L'art-Scène : |
Dans quelques jours tu vas partir en création, comment appréhendes-tu ce moment et le spectacle futur ? |
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Bonzom : |
A certain moment j’ai terriblement peur, j’angoisse de ne pas avoir assez de matériel etc. D’autres jours je me dis : vivement qu’on arrive à mardi parce que j’en ai ras-le-bol de préparer, je veux me sentir physiquement en action. Il y a des mois que je travaille sur le projet – petite parenthèse pour M. Seillères, même si le spectacle ne vas durer qu’une semaine à Paris, ça fait des mois qu’on y bosse dessus, et tout ça payé par l'intermittence du spectacle. Je suis dans un état d’excitation, je n’ai qu’une envie c’est qu’on y soit.
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MOT
DE LA FIN
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L’a-s : Agnès Bihl
Bonzom : Un rire
LÂ’a-s : Electrique
Bonzom : Rouge
L’a-s : Grève
Bonzom : PffÂ…
LÂ’a-s : Wladimir Anselme
Bonzom : Mon poteau
LÂ’a-s : Yves Montand
Bonzom : Music hall
LÂ’a-s : Eric Chantelauze
Bonzom : LÂ’alouette qui chante
L’a-s : Cité de la Musique
Bonzom : Un oreille métro Pantin
LÂ’a-s : Le sud
Bonzom : Tisane de thym
LÂ’a-s : Nuit
Bonzom : Traverse
L’a-s : « poétique-rock »
Bonzom : Good !
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