N° 13 - Mai 2003
 
Val Philippe
Fiche
Actualité
 Présentation
 Discographie
 Extraits sonores
 Concerts
 Interviews
Revue de presse
Photos


Crédit : David Desreumaux

 

Paris-Vincennes
15 titres - 50 min
Ref : CD : AVCPCD 1 / M7 : 861
Sorti : 1996
Production : Au Vrai Chic Parisien
Distribution : Média 7


01 - Chanson de marin 3'14
02 - La factrice 2'20
03 - La corrida 3'27
04 - Où est le bout du monde ? 2'47
05 - Mon chien 3'29
06 - Paris-Vincennes 3'58
07 - Clotilde 2'25
08 - Le cinéma 4'21
09 - La chatte à ma soeur 2'31
10 - Les versets érotiques 3'40
11 - Chanson pour Chico Mendés 3'30
12 - Les gens ne veulent pas la guerre 3'11
13 - Soixante-huit 2'59
14 - Le métropolitain 4'49
15 - Remerciement 3'36

 
 
01 - Chanson de marin


JÂ’me balade seul sur le pÂ’tit chÂ’min
J’ai dans la tête un vieux refrain,
Un machin qui parle d’un bâteau
QuÂ’une femme attend au bord de lÂ’eau.

Je regarde tomber le soleil
Je chantonne, je bouffe une groseille...
Si j’ai bonne mémoire, chaque navire
Qui passÂ’ lui arrache un soupir.

JÂ’donne un coup dÂ’pied dans un caillou
Le chien sÂ’affaire autour dÂ’un trou...
Je n’arrive pas à me souv’nir
Comment cettÂ’ chanson peut finir.

J’aspire l’air bleu du crépuscule,
J’cueille un’ fleur que j’mets à mon pull.
Ah oui... La femme jetait dans lÂ’eau
Des bouquets de fleurs, quel mélo...

Je sens dans ma poche le pli dur
De ta longue lettre de rupture...
Un soir de tempête et d’orage
Le bâteau avait fait naufrage.

C’est pas ça qui va m’empêcher
D’aller dehors après dîner
Et dÂ’chanter des chansons de marin
En tapant dans les pierres du chÂ’min.

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

02 - La factrice
Extrait sonore


La factrice a des soucis
Elle gagne un peu moins quÂ’avant.
Les PTT cÂ’est joli,
Mais faut pas aimer lÂ’argent.
« Nous on est privilégiés »
Dit-elle dÂ’un pÂ’tit air narquois
« Au bout d’dix ans d’ancienn’té
On gagne cinq mille balles par mois. »

Elle est fluette et souriante
Son vélo est plus gros qu’elle,
JÂ’ai toujours peur quand il vente
QuÂ’elle disparaisse dans le ciel.
A petits coups de pédale
Elle distribue le courrier,
Elle remonte le moral
Des vieux croûtons du quartier.

La factrice a du chagrin :
Son gamin qui a quinze ans
Il boit du vin, fume des joints
Et il dit merde aux agents.
Son mari, lui, reste au lit,
Il lit des bandes dessinées
Que le fiston dégourdi
Pique dans les supermarchés.

Elle me dit : « J’en ai assez,
Il y a des jours, je lÂ’avoue
JÂ’enverrais tout balader
J’foutrais les lettres à l’égout. »
J’lui dis : « T’as qu’à les virer,
Flanque leurs affaires dans la cour,
Fais quand même gaffe au courrier,
J’attends une lettre d’amour. »

Elle dit : « Les poètes, c’est bien,
YÂ’en a un sur mon secteur
Qui m’a donné son bouquin,
Je le sais presque par cœur.
CÂ’est beau, cÂ’est triste et cÂ’est gai
Et même quand on pleure un peu,
Ce qui est chouette, cÂ’est quÂ’on est
Heureux d’être malheureux.

Tiens la v’là ta fameuse lettre
CÂ’est toujours les cordonniers
QuÂ’ont des trous dans les baskets
Moi je r’çois jamais d’courrier ! »
Puis elle repart sous la pluie,
Dans la capuche du caban,
La petite flamme des yeux gris
Brille courageusementÂ…

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

03 - La corrida


C’est après le spectacle à l’heure où l’on remballe
A l’entrée des artistes, une grande fille brune
Un soir à Nîmes au théâtre municipal
Sa bouche rouge sur une pâleur de lune.

La nuit nous allait comme un gant
Une solitude opportune
Nous poussa réciproquement
A prendre aux cheveux la fortune

Et nous voilà dehors bras dessus bras dessous
Par les places désertes et les petites ruelles.
Deux bières et quatre clopes. Le temps qui filait doux
Sentait bon la peau nue et la chambre d’hôtel.

Le lit blanc déplie ses deux ailes
Noirs ses cheveux, blanches ses dents,
Sur le mur blanc une aquarelle
Un grand taureau noir dans un champ.

En balançant ses fringues, matée par le taureau
Elle murmure « olé » et son corps est sublime
Si tu me baises bien, mon joli torero,
Demain soir je t’emmène aux arènes de Nîmes.

Sous l’aiguillon de la déprime
Mon désir crève comme une outre.
Dépité, je remets mon jean
Aficionada, va tÂ’ faire foutre !

Je ne veux pas entendre en plein septième ciel
Les cris qui accompagnent un taureau massacré
Par des bouchers sapés en sapin de Noël
Pour la joie des touristes et des ploucs attardés.

En mÂ’endormant sous tes baisers
Dans la cape de tes cheveux
J’aurais peur de me réveiller
Sans les deux oreilles et la queue.

Toi et ta SPA, le diable vous emporte !
Sa rage et son dépit déchaînent le tempête.
En sifflant son mépris, elle claque la porte.
Moi, je suis soulagé de la voir disparaître.

Car dans mon cœur, c’est clair et net
JÂ’ai choisi un jour de nÂ’aimer
Que des femmes qui aiment les bêtes
Pour espérer en être aimé.

Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet

 

04 - Où est le bout du monde ?


Refrain :
Où est le bout du monde
Puisque la Terre est ronde ?

Sur une plage du Nord,
LÂ’empreinte de ton corps,
Dans la jungle africaine,
Ton fantôme qui traîne,
Quelques cheveux à toi
Sur une branche de lilas,
Dans un petit jardin,
Du bassin parisien.

Au refrain.

Tes larmes sans reproche,
Dans lÂ’eau claire des roches,
Ton anneau en argent,
Au fond de l’océan.
La chanson que chantait
Ta mère, quand tu pleurais,
S’est glissée hors de l’eau,
Et monte sur le bateau.

Au refrain.

La nuit, au Sahara,
JÂ’ai entendu ta voix
Qui coulait dans les dunes,
Et jouait sous la lune.
Un nuage, ce matin,
Ressemblait à tes reins,
Quand ils étaient cambrés
Sous le feu des baisers.

Au refrain.

Tout autour de la terre,
Je traque la poussière,
Que tu vas, soulevant,
En fuyant dans le vent.
Mes deux yeux, bien serrés,
Hier, j’ai respiré
Un peu de ton haleine,
Dans une rue de Harlem.

Au refrain.

Pour quÂ’elles te disent tout bas,
Comme je mÂ’ennuie sans toi,
Je souffle à pleins poumons
Sur des fleurs de chardon
Et j’écris des chansons
Pour garder en prison
Des petits bouts du temps
Où nous étions amants.

Au refrain. Bis.

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

05 - Mon chien


C’est mon fidèle compagnon,
Il mériterait cent chansons
Je nÂ’vais pas attendre sa mort
Pour lui dédier quelques accords.
Mon chien mon toutou mon ami,
CÂ’est lui qui couche sur mon lit,
Quand je nÂ’partage pas ma couche
Avec des créatures louches.

Refrain :
Il fera sans doute
Partie de mon groupe
Si je n’emmène que deux êtres
Avec moi, sur l’île déserte.

On me dit : « Tu élèves un chien
Quand la France nÂ’a plus dÂ’enfants ?Â…
Et à l’âge qui est le tien
Faut s’reproduire, c’est important !… »
Mais quand je pense quÂ’il peut se faire
Que mon enfant soit st-cyrien
Flic ou ministre, ou militaire,
Je serre la patte de mon chien.

Au refrain.

Quand je n’sais plus où est la vie
Je regarde au fond de ses yeux.
Quand tous mes amis sont partis
Je regarde remuer sa queue,
Et sÂ’il enterre mes chaussettes
Résolument dans le jardin,
Je suis certain que dans sa tête
Il pense que cÂ’est pour mon bien.

Au refrain.

Il a lu Proust et Baudelaire
Et parfois nous en discutons.
Mozart lÂ’envoie tout droit en lÂ’air,
Boulez lui donne des boutons,
Mais sous ses dehors d’épagneul
Il est de tempérament gai,
Et bien souvent, quand on est seul,
Il met un disque de Trenet.

Au refrain.

SÂ’il vient que je meure avant lui
Je ne veux pas quÂ’il me survive
Je préfère qu’il meure aussi
Sans amour on ne peut pas vivre.
Il aurait bien trop de chagrin
SÂ’il ne me voyait jamais plus
Et puis ce monde-là est bien
Trop cruel pour les chiens perdus.

Au refrain.

Et sÂ’il arrive que les humains
Oublient pour une poignée d’argent
LÂ’amour et les doux sentiments
Ce nÂ’est pas dans le genre des chiens.
Comme sÂ’ils savaient depuis toujours
Que ce quÂ’il reste de nos vies
Ce nÂ’est rien dÂ’autre que lÂ’amour
Qu’on a donné et qu’on a pris.

Au refrain.

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

06 - Paris-Vincennes
Extrait sonore


Barouder en Afrique, c'est beau mais difficile
l'eau est pleine de requins, de crabes et d'crocodiles
la forêt grouille de lions... Et c'est pas rigolo
de s'faire bouffer avec son appareil photo

Quand on dort bouche ouverte, il arrive qu'une mygale
vous saut' dedans et vous grignote les amygdales.
Il vaut mieux renoncer aux vies aventureuses
mais si vous tenez à épater votr' coiffeuse

garez votre quatre-quatre devant son p'tit salon
loin des mygales, des lions et des serpents pythons
grâce aux UV et au couteau suisse en inox
elle pourra rêver que vous êtes Indiana Jones

Mais c'est plus fort que vous, l'Afrique vous habite
Les négresses aux seins nus vous font bondir la rime
les tambours des ténèbres vous chatouillent les gènes
Vous êtes à point pour le grand raid Paris-Vincennes.

Garez-vous prudemment du côté du Château
déjà vous entendez feuler les lions du zoo
Prudence! les pigeons chient sur les explorateurs
mais dans l'oeil gauche il paraît que ça porte bonheur

Allumez un Camel pour avoir du courage
et d'une main experte écartez les branchages
Ô stupeur ! à deux pas de la ville lumière
vous découvrez une tribu de l'âge de pierre

C'est les Maliens qui viv'nt devant l'chateau d'Vincennes
ils sont plus de mille dans des conditions d'hygiène
qu'on n'imagine mal quand on va chez l'coiffeur
deux fois par mois au volant d'une Randge Rover

Les commerçants du coin sont très “couleur locale”
ils débarquent tout droit d'un roman colonial
les patrons de bistrot sont des Français pur sang
avec leur tête de noeud et leurs bergers all'mands.

Les femmes en boubou, les bébés tout crépus
les CRS virils, et les chiottards qui puent,
tout vérifie l'adage sacré des Franchouillots
les homm's naiss'ent libres et égaux sauf les négro

On a colonisé pour la bonne raison
qu'il fallait leur apprendre à bâtir des maisons
Ces temps sont révolus, aujourd'hui ce sont eux
qui nous apprennent à faire des cabanes en banlieue

Au retour, buriné par le vent du périph,
faites une soirée diapo pour vot'coupeuse de tifs
sur fond sonore de lions qui feulent dans la savane
d'admiration elle vous étreindra la banane.

Alors vous rendrez grâce aux Maliens sans maison
qui sont déjà partis pour d'autres horizons
Montfermeil, Argenteuil, Pontoise, Mantes-la-Jolie
Destination de rêve pour futurs safaris...

Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet

 

07 - Clotilde


L'anémone et l'ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l'amour et le dédain.

On y voit aussi nos ombres
Que la nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombre
Avec elles disparaîtra.

Les déités des eaux vives
Laissent couler leurs cheveux
Passe, il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux.

Texte : Guillaume Apollinaire – Musique : Philippe Val

 

08 - Le cinéma


Un peu d'vie dans ton art
un peu d'art dans ta vie...
C'était en blanc et noir
une tragi-comédie
Y'avait pas de hard-core
mais on s'aimait à mort.
C'était pas des héros
venus d'San Francisco.
C'était des film, des vrais
pas d'la télévision.
C'était avec Jouvet
dialogue d'Henri Jeanson.

Ce soir on va s'payer
une Traversée d' Paris,
croiser Marcel Aymé
sur les pavés, la nuit...
J'ai l'overdose de bruit
de tant de bruits pour rien
de ces monstres d'ennui
dont on dit à la fin :
Je pense que c'est génial...
Quand on pense tout au plus
Je vais sortir bancal
tell'ment j'ai mal au cul.

Oui, j'ai du vague à l'âme
mais sur ces écrans-là :
bon sang les jolies femmes
qui nous parlaient tout bas.
Les acteurs de ce temps
avaient la modestie
de cacher aux clients
qu'ils avaient du génie.
C'est peut-être un peu bête
mais souvent en sortant
on se sentait poète
et meilleur qu'en entrant.

C'était l'Front populaire
la jeunesse de ma mère.
L'ciné avait trente ans
et encore tout's ses dents.
C'était pas un gros tas
une respectable enflure
il s'app'lait pas média
il s'app'lait pas culture...
Il s'app'lait cinéma...
On y trouvait parfois
à la dernière bobine
la main de sa voisine.

Viens, on va revoir Knock
ou La Règle du Jeu.
Ça nous chang'ra du toc
qui fatigue nos yeux.
On mang'ra un sandwich
dans la rue Champollion
pas besoin d'être riche
pas besoin de millions...
Le bonheur coûte pas cher
doigt dessus, doigt dessous
dans la lumière lunaire
d'un ciné à deux sous.

C'était en blanc et noir
une tragi-comédie :
"Un peu d'vie dans ton art
un peu d'art dans ta vie."
Et bonsoir !

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

09 - La chatte à ma soeur


T’as pas vu la chatte à ma sœur
Disait-on quand j’étais marmot
Je vais te la faire voir tout à l’heure
Mais prête-moi d’abord ton vélo

Après le tour de bicyclette
Il fallait trouver une combine
Car à cette époque les frangines
Voulaient pas lever leur jupette

Sur mon bras de deux doigts experts
Je pinçais la peau pour faire ainsi
Une petite colline de chair
Séparée en deux par un pli

Les yeux écarquillés à mort
On contemplait cette simple fente
Avec dans le cœur et le corps
Mille rêveries frissonnantes (bis)

Pour que la rétine garde encore
Longtemps la vision adorée
On serrait les paupières bien fort
En arrêtant de respirer

Et puis lente lente la vie
Machinale reprenait son cours
Avec l’école avec l’ennui
Et ses jolis étés trop courts

Mais toujours là au fond du cœur
Dans la moiteur de son mystère
L’image de la chatte à ma sœur
Clignotait comme un phare en mer

Savait-on dans notre innocence
Que pour ce pôle ensorceleur
Où la boussole de nos cinq sens
Se transforme en ventilateur
Oui pour ce pôle ensorceleur

Des peuples sont morts à la guerre
D’autres ont découvert l’Amérique
Troie fut brûlé d’après Homère
Pour ce détail anatomique

On a mis des dieux dans le ciel
Pour essayer de faire mordre
La poussière à l’oiseau rebelle
Qui sème l’amour et le désordre

Si je meurs cÂ’est ce coin de chair
Que je voudrais voir en dernier
Puis je fermerai les paupières
En arrêtant de respirer

T’as pas vu la chatte à ma sœur
Disait-on quand j’étais marmot
Je vais te la faire voir tout à l’heure
Mais prête-moi d’abord ton vélo (bis)

Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet

 

10 - Les versets érotiques
Extrait sonore


Je lÂ’avoue, chez nous lÂ’amour,
CÂ’est la nuit et cÂ’est le jour,
On a des divans profonds,
Des lits de 3 mètres de long,
Des coussins à l’orientale,
Et des tapis de mosquées,
Où l’on cueille les fleurs du mal
En effeuillant des baisers,
On se tourne vers lÂ’Orient,
Et lÂ’on commence ardemment,
A gravir la grande échelle,
Qui conduit au septième ciel.

Alors, on boit à l’amour,
Un vin vieux et mordoré,
Que la joie fasse des tours,
Dans nos deux cœurs affolés,
Je gagne le ciel dÂ’un baiser,
Sur la pierre noire et sacrée,
Je rends grâce du fond du cœur,
Au mystérieux créateur,
Qui a fait lÂ’univers vivant,
Avec la seule idée fixe,
Que tout fonctionne en suivant,
Un scénario classé X.

Ami, plein de religion,
Toi qui brûles de conviction,
Sans doute ma petite chanson
Te fais sortir de tes gonds,
Mais la seule preuve que Satan
Rôde encore chez les humains,
C’est qu’un givré du turban
Peut tuer lÂ’auteur dÂ’un bouquin.
Sur terre, iÂ’ y a assez de trottoirs
Pour en changer sans histoire,
Si ton tabou, cÂ’est La Mecque,
Moi, c’est ma bibliothèque.

Tu es sûr d’avoir raison,
Mais, hélas, tu n’es pas le seul,
Tu aimes le thé, moi le bourbon,
Y a pas de quoi se foutre sur la gueule,
Mais, si tu ris de mes torts,
Je vais pas te condamner à mort.
Enivre-toi, si tu veux,
DÂ’Imam, de pape et de Dieu,
Défonce-toi à l’Eternel,
Mais lâche un peu les bretelles
De ceux qui préfèrent trinquer
Avec leur voisin de palier.

DÂ’ailleurs, moi, personnellement,
JÂ’ai pas grand chose contre Dieu.
Ceux sont seulement ses agents
Qui me sortent par les yeux,
Qu’on s’invente des messieurs « plus »
Pour faire des affaire Dreyfus,
Les religions de tout temps,
Ont versé des fleuves de sang,
Les credo et les « Je t’aime »,
De Rome à Jérusalem,
Un beau jour, ont tous fini
Par une Saint-Barthélemy.

SÂ’il y avait un Dieu bon,
Doué de pouvoirs véritables,
Il aurait viré ces cons,
CÂ’est donc nous les vrais coupables.
Si divinité il y a,
CÂ’est la nature, cÂ’est le vent,
CÂ’est la terre, cÂ’est toi, cÂ’est moi,
Pas de quoi se crêper le turban,
Comme le ruisseau dans le bois,
Descendons le fil des jours,
En écartant nos deux bras
Quand surgit une île d’amour.

Comme le ruisseau dans le bois,
Descendons le fil des jours,
En écartant nos deux bras
Quand surgit une île d’amour.

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

11 - Chanson pour Chico Mendés


Je ne te connais pas
je ne sais rien de toi
sinon que tu es mort
quelques balles dans le corps,

sous l'eau glacée, criblé,
comme dans une série B
Quelques gouttes de bonheur
sur sueur et labeur

Eau fraîche sur peau tannée
ta femme, ton adorée
ton amour ton aimée
t'attendait à côté

Vous parliez des mêmes choses
pauvres seringueros
paysans tes amis
du fond d'l'Amazonie

Les gros riches qui voulaient
brûler toute la forêt
devant eux t'ont trouvé
tout seul et désarmé

Ils ont dit on t'aura
tu as dit on verra
arrête ou on te tue
t'as dit je continue

Et l'ONU s'est tue
sous la douche t'étais nu
les balles ont crépité
tout ton sang a coulé

L'Amazone est si loin
mais notre race humaine
a perdu un copain
on a bien de la peine

c'est si rare un ami
qui se met entre toi
et ton pire ennemi
on ne t'oubliera pas.

Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet

 

12 - Les gens ne veulent pas la guerre


On voudrait nous faire
accroire le contraire
mais non, les gens ne veulent pas la guerre
ils veulÂ’nt unÂ’maison
robe et pantalon
qui sèch’nt au soleil sur un fil
ils veul’nt une chérie
toute nue dans un lit
par un petit matin dÂ’avril
ils rêvent de tempêtes
en r’gardant par la f’nêtre
mais restent au chaud pendant lÂ’orage.
Quand la télé montre un reportage
avec des charniers et des carnages
ils zappent et ils s’écrient : Mon dieu !
tout en sÂ’essuyant le coin des yeux.

On voudrait nous faire
accroire le contraire
mais non, les gens ne veulent pas la guerre
ils veulent quatre murs
des amours qui durent
des baisers, comme au cinéma
des airs d’accordéon
des guitares des violons
et des soupirs dÂ’harmonica
ils ne veulent pas mourir
ils veulent ne pas souffrir
et plutôt aimer que haïr.
Le malin qui monte sur une chaise
pour haranguer la foule en folie,
celui qui souffle sur la braise
ne brûle jamais dans l’incendie.

On voudrait nous faire
accroire le contraire
mais non, les gens ne veulent pas la guerre
ils veulÂ’nt sÂ’enlacer
en dansant l’été
et s’aimer pour l’éternité
Il veul’nt des bâteaux
Des châteaux, des oiseaux,
des mots qui guérissent le chagrin
fatiguées, abimées
pauvrÂ’cocottes en papier
tout’s naufragées au fil de l’onde...

sÂ’ils avaient leur temps et leur place
ils voudraient bien changer le monde
le tenir embrassé dans l’espace
jusqu’à ce que toutes les guerres passent...

On voudrait nous faire
accroire le contraire
mais non, les gens ne veulent pas la guerre.

Paroles : Philippe Val – Musique : Emmanuel Binet

 

13 - Soixante-huit


Du temps que les pavés volaient dans l’air opaque
Il y a presque 30 ans, c’était juste après Pâques
A Paris-sur-la-Seine, sur mon vélomoteur
Je l’avoue, 68 a fait battre mon cœur.

Je courais de barricades en barricades
Pour voir comment étaient roulées les camarades
J’ai sauté des maos, brouté des libertaires
Et même des staliniennes au con-cebtrationnaire.

A minuit délaissant Cohn-Bendit et sa clique
JÂ’allais me glisser dans le lit dÂ’la femme dÂ’un flic
JÂ’avais juste le temps dÂ’enfiler mon calcif
Quand à l’aube il rentrait fourbu de la manif.

Je me rappelle encore une blonde « Spontex »
Qui voulait quÂ’on mette en commune nos deux sexes
Pour m’en sortir j’ai dû arguer de la notion
De propriété des outils de production

Il suffisait dÂ’une petite autocritique
Pour entrer en matière, tu disais, pathétique,
J’étais un sale macho, je m’en rends compte ce soir
Après une heure au plus on était au plumard.

Parfois comme nos mœurs étaient très libérales
Pendant nos exercices de voltige coïtale
Son mec lisait Lénine dans la piaule d’à côté
Et le matin il nous apportait du café

Ma belle voisine qui ne vivait que pour lÂ’amour
Du pape, de Jésus et de Marie, un beau jour
Wilhem Reich à la main, avec un œil de braise
Est entrée chez moi en criant quand est-ce qu’on baise ?

Je me souviens aussi d’la femme d’un député
Qui m’faisait la morale devant un tasse de thé
Elle disait vous êtes manipulé par la Chine
En même temps qu’elle manipulait aut’ chose.

J’en ai froissé des robes imprimées au Népal
J’en ai flairé du patchouli et du santal
Dans les odeurs dÂ’encens sur fond dÂ’Ravi Shankar
C’était à coups de reins qu’on écrivait l’histoire.

CÂ’est pourquoi aujourdÂ’hui quand dans certains canards
Je lis : Val est un nostalgique soixantÂ’huitard
JÂ’admets quÂ’ils ont raison, mais je me dis tout bas
Ce n’était qu’un début continuons le combat.

Du temps que les pavés volaient dans l’air opaque
Il y a presque 30 ans, c’était juste après Pâques
A Paris-sur-la-Seine, sur mon vélomoteur
Je l’avoue, 68 a fait battre mon cœur.

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

14 - Le métropolitain


Quand le parisien de naguère
voulait partir pour pas cher
vers des paradis lointains
y'avait l'métropolitain
En première classe
on croisait des femmes lasses
d'un mari toujours parti aux colonies
Sous la voilette
hésitante, puis coquette
elle vous livrait son nom entre Etoile et Nation.

Il y'avait des divans profonds
et des lits pleins d'odeurs légères
la conception des wagons
était signée Baudelaire
En première classe
il y'avait toujours la place
derrière de lourdes tentures de faire l'amour
à des passantes
prises de passion violente
qui disparaissaient à jamais à Châtelet

On y buvait du vieux Bordeaux
en compagnie d'Apollinaire
qui sortait d'chez Picasso
pour s'en aller faire la guerre
En première classe
du côté de Montparnasse
un pochtron répugnant emmerdait les gens
Ah quelle misère !
Sortez-le, faites-le taire !
Je vous maudis répondait Modigliani

De Bagdad jusqu'à Hispahan
il n'y a que mille et une nuits
avec mille et un chang'ments
dans le métro à Paris
Shéhérazade
après un soupir malade
nous racontait un conte qui se décomptait
de sa vie brève
car chaque station du rêve
nous rapproche toujours un peu plus du terminus

Aujourd'hui tout a bien changé
quand le parisien veut rêver
il prend un minable ticket
pour claquer sa paye chez Mickey
Les premières classes
finissent leur vie à la casse
dans cette histoire, on s'est encore fait avoir.
C'est dégueulasse
tant qu'à supprimer une classe
c'est la seconde qu'on aurait dû foutre au rebut.

Quand le parisien de naguère
voulait partir pour pas cher
vers des paradis lointains
y'avait l'métropolitain

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

15 - Remerciement


Il faut brûler quelques papiers,
Il ne faut jamais regarder,
Les vieilles photos, les souvenirs.
Il faut secouer, pour en finir,
Les livres où l’on a mis des fleurs
A sécher, avec le bonheur.

Il faut changer le lit de place,
Il faut balayer le grenier,
Il faut sortir, manger des glaces
A la terrasse des restaurants
Et rêver tout en regardant
Les enfants sortir de classe.

Il ne faut jamais retourner
Sous lÂ’arbre du premier baiser.
Il ne faut pas plonger la face
Dans cette écharpe de satin
Pour y retrouver encore les traces
Enivrantes de son parfum.

Il faut aller voir les copains
Et se coucher tôt le matin,
Voir des westerns, et boire des coupsÂ…
Ecrire un roman dÂ’aventures,
Partir à la mer en voiture,
Chanter à se rompre le cou.

Il faut oublier les pervenches
Des ses yeux et la robe blancheÂ…
Je remercie tous mes amis
Pour leurs affectueux conseils
Mais rien nÂ’est plus jamais pareil
Depuis que tu nÂ’es plus ici.

Paroles : Philippe Val – Musique : Philippe Val

 

 


 

Site map L'art Scène Collections

© Copyright 2005-2010 L'art Scène. All rights reserved.
A template of the Vooweb.com Website templates network