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Oshen, L'héritage Mitsouko (06/2003)
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OSHEN, L'HERITAGE MITSOUKO
Une voix soul délurée made in France ! Oshen sur scène, c’est un petit bout de femme audacieuse, agile et facétieuse qui s’amuse entre deux envolées vocales. Quand elle sera grande, elle voudrait être « Catherine Ringer. » Pour l’instant, elle a sorti une démo et elle tourne à droite à gauche avec trois quatre musiciens, pas moins… S’il lui arrive de s’accompagner seule à la guitare, c’est en formation qu’elle a son terrain de jeu favori. Elle fuit une chanson française figée et minimaliste. Parisienne d’origine, installée depuis quelque temps à Marseille, Oshen nous a accordés une interview lors d’un de ses retours sur le sol parisien. Match à domicile ? |
L’art-scène : Peux-tu raconter en quelques mots le chemin qui t’a conduit à la chanson ?
Oshen : Mon père avait la fibre musicale. N’ayant pu lui-même faire de musique, il nous a beaucoup influencés. On a fait le conservatoire, on a commencé le piano à 5 ans. Lui, en dilettante, a fait un peu de production à une époque en travaillant avec des chanteuses de variété. Donc, durant mon enfance, il y a toujours eu des disques, des démos qu’on écoutait. J’étais assez fascinée par les voix, par les chanteuses. Ensuite, vers l’âge de 14 ans j’ai découvert Janis Joplin et je ne m’en suis pas remise. A partir de ce moment-là j’ai voulu chanter. J’ai commencé à écrire des chansons. J’ai ensuite quitté Paris pour m’installer à Marseille et monter mon groupe.
L’art-scène : Pourquoi partir à Marseille ? Les artistes ont plutôt tendance à faire le chemin inverse généralement ?
Oshen : Je crois que j’avais un peu peur de commencer à Paris. Puis j’avais envie de partir aussi. il y a une notion « d’image » : j’étais étudiante en Lettres à la Sorbonne, je faisais de la chanson, je prenais des cours de chant depuis très longtemps mais je n’avais pas une identité de chanteuse. Le fait de changer de ville m’a aidé à m’affirmer en tant que chanteuse. Quand je suis arrivée à Marseille, j’ai monté mon groupe, ça m’a permis de me mettre en situation.
L’art-scène : C’était un vrai choix de carrière que de descendre à Marseille ?
Oshen : Je suis vraiment tombée amoureuse de la ville. Je me suis dit que c’est ici que je voulais vivre. Je suis près de Paris, en même temps il y a la mer, c’est le sud, la méditerranée. Je suis très liée à la culture méditerranéenne donc c’était un choix évident. |
L’art-scène : En général dans la chanson es-tu plus sensible aux voix féminines ? Tu disais que le déclic pour toi avait été Janis Joplin.
Oshen : Oui, il y a des voix comme ça, très fortes qui m’ont beaucoup marquée et qui me marquent toujours plus. Au niveau de l’émotion pure, je suis plus sensible aux voix féminines. Des voix comme Nina Simone, Janis Joplin, émotionnellement ça va plus loin. Mais il y a plein d’autres choses que j’adore aussi.
L’art-scène : Vocalement, qu’est-ce que tu veux faire passer, de qui penses-tu te rapprocher ?
Oshen : J’aimerais bien me rapprocher de quelqu’un justement ! (rires) Je pensais que ma voix était assez proche de celle de Catherine Ringer – en beaucoup moins bien évidemment – mais en fait, on me compare le plus souvent à Belle du Berry, la chanteuse de Paris Combo.
L’art-scène : Te sens-tu proche du trio anglophone Tori Amos, PJ Harvey et Bjork ? Et penses-tu être influencée par l’une d’elle en particulier ?
Oshen : C’est sûr que PJ Harvey, c’est une des claques que j’ai prises. Il n’y en a pas eu beaucoup… On dirait qu’il y en a eu beaucoup mais il n’y en a pas eu beaucoup. PJ Harvey, j’aime pour ses compos, sa voix, son identité. J’adore vraiment la nana. C’est une des exceptions en rock. Après Bjork, c’est peut-être celle qui m’inspire le plus aujourd’hui parce que je m’oriente de plus en plus vers l’électro. Et elle, c’est vraiment un génie. Elle a une approche de la musique électronique qui est avant-gardiste. C’est celle que j’admire le plus au niveau de sa créativité musicale. |
L’art-scène : Quelles sont tes activités actuelles en électro ?
Oshen : En ce moment, je fais pas mal de collaborations avec des artistes marseillais pour la plupart. Du coup, je ne suis pas forcément auteur-compositeur-interprète. On me donne un morceau de musique électronique et je dois faire des voix. Par exemple, avec Copyshop, un duo constitué par Geisha et Fred Berthet, membre des Troublemakers. Ils cherchaient une chanteuse pour poser une voix, je leur ai proposé un texte qu’ils ont vraiment aimé. On a enregistré et l’album sort en septembre. J’ai également un projet d'album avec Miss Anacor, d'abord DJ et qui compose sur ordinateur. L'album sera complètement électro. Elle joue de la techno minimale dans ses DJ sets, spécialiste des productions allemandes. Pour composer elle n’utilise que des machines, et on est assez complémentaires parce que j’écris les textes, les mélodies et soit on fait la musique ensemble soit elle fait toute la partie musicale et arrangements. C’est un album qui va être axé sur la relation amoureuse, le cul, le désir, et qui va exprimer aussi les rapports de pouvoir, l'oppression. Je m’amuse en électro parce que tout ce que je « m’interdis » avec Oshen, là je peux le faire. Par rapport à tout un univers érotique, je peux aller encore plus loin là -dedans parce que la musique électronique a une sensualité, une sexualité très forte.
L’art-scène : Comment associes-tu les deux ? Comment fais-tu la part des choses ?
Oshen : Il y a Oshen et puis il y a mes activités extra-scolaires. (rires) Pour le duo par exemple, on cherche un nom. Ce ne sera pas « Miss Anacor-Oshen », ce sera un autre groupe. Après sur les autres, ce sera certainement des featurings. Pour moi, ce sont des choses différentes. |
L’art-scène : Quand on est une fille, est-il possible de faire de l’humour sans se faire traiter de garçon manqué ?
Oshen : Le problème est que je ne me situe ni dans la catégorie « filles fragiles » genre Keren Ann, ni Muriel Robin. Je fais un peu les deux. On voudrait peut-être que je me mette en robe, que je me maquille, que je pose et que je sois timide entre les chansons alors que je ne le suis pas ; ou alors que je mette un jogging jaune, des baskets Adidas et que je fasse que de l’humour, du bourrin. Moi, je suis entre les deux. Les mecs ont le droit de faire une chanson super émouvante et de faire une blague à la fin, de jouer au con. Là , les gens adorent. Mais quand t’es une fille c’est plus délicat…
L’art-scène : L’humour sur scène te semble être une chose indispensable. N’y a t-il pas pour toi le regret de perdre quelque chose lorsque tu enregistres en studio ?
Oshen : Non, c’est un autre travail. Le studio c’est aussi très agréable. Ca permet de pouvoir travailler sur le son, la musique. Alors qu’en live tu es beaucoup plus limitée. En studio, si t’as envie de mettre 50 violons, tu peux le faire. C’est pour moi deux métiers qui n’ont rien à voir : le métier du disque et la scène. Donc, je ne fais pas la même chose quand j’enregistre ou quand je suis sur scène. Je trouve ça chouette parce que du coup, je ne m’ennuie jamais.
L’art-scène : Tu définis ton style comme du « Cabaret-groove-chanson-qui-bouge. » Est-ce que cet aspect cabaret est une caractéristique que tu souhaites absolument conserver ?
Oshen : Oui, le côté intime avec les gens, les échanges qu’on peut avoir avec eux, c’est important. En fait, cette dénomination est un peu ironique. Parce que lorsque tu dis « je fais de la chanson française », on peut tout imaginer. Mon style est assez difficile à déterminer. Tu ne peux pas me mettre dans le même bac que Brel ou Brassens, ni Alexis HK. En même temps, ce n’est pas de la pop, ce n’est pas de la variété. C’est dur de se définir. Dans « Cabaret-groove-chanson-qui-bouge », je retiens le côté chaleureux du cabaret et puis la dimension « groove » de mes chansons. |
L’art-scène : Parler entre les chansons : C’est peut-être un aspect du cabaret. Ce sont des moments que tu privilégies sur scène, que tu travailles, que tu aimes ?
Oshen : Ah oui vraiment ! J’ai travaillé avec des coaches, je vais recommencer lors d’une résidence à Massy en Janvier. Les coaches, ce ne sont pas des metteurs en scène, ils ne t’imposent rien du tout, ils essaient juste de comprendre ton univers et de te faire sortir des choses. Ca, ça m’a vraiment aidée. Ca m’apporte des outils pour travailler, pour trouver ou retrouver des émotions sur l’interprétations de tes chansons. J’attends impatiemment janvier pour faire ce travail.
L’art-scène : Tu as fait certaines premières parties de concerts seule à la guitare, mais normalement tu te produis plutôt en groupe. Tes musiciens participent aux arrangements des morceaux, ils t’apportent musicalement ?
Oshen : Oui vraiment. Je fais les compos, mais les arrangements ce n’est pas trop mon fort. J’ai des petites idées mais je ne fais pas les arrangements. Thomas – le clavier – c’est lui qui a arrangé tout le disque. Il y a 5 morceaux qui sont un peu électro qui ont été arrangés chez lui et les autres, c’est Thibault – le guitariste – qui a arrangé avec le groupe. Et là , Thomas qui a fait tous les arrangements depuis 2 ans s’en va, donc c’est Thibault qui va reprendre cette partie-là avec le bassiste également. C’est à dire que là , on va vraiment passer sur un mode de groupe.
L’art-scène : « Oshen », ça navigue entre toi et un groupe en quelque sorte ?
Oshen : Oui, c’est pas clair. C’est une formation. C’est une formation et en même temps c’est un groupe puisque tout le monde met son grain de sel, on travaille ensemble à cinq. Et puis, plus on joue, plus ça devient un groupe.
L’art-scène : Alexandre Varlet a déclaré sur RFI que ce qui est intéressant avec le français c’est qu’il pouvait être anglicisé. Selon toi, le français peut-il « groover » ?
Oshen : Oui oui, je pense qu’il a raison. Il faut arrêter de dire que le français c’est forcément figé. Tu peux faire groover n’importe quelle langue. On n’a pas l’habitude, c’est tout.
L’art-scène : Pour toi, quel rôle doit avoir une chanson ? Que doit-elle apporter ?
Oshen : Du sens, de l’émotion, du plaisir. |
L’art-scène : Ne trouves-tu pas que c’est un peu prendre un raccourci que de dire que tu fais de la chanson érotique, un peu dérangeante ?
Oshen : Oui bien sûr parce qu’il y a d’autres choses que ça. C’est la loi du genre, tu es toujours dans des images. Même toi, tu es obligée d’en proposer parce que de toutes façons on va t’en coller alors je propose celles-là . Peut-être que je devrais faire plus attention à ne pas me faire enfermer dans cette étiquette érotique parce que plus ça va, plus j’ai envie de travailler sur l'émotion à l'état brut. Bouleverser les sens, prendre les gens au bide plutôt qu'à la tête. C'est faire réagir les gens sans pour autant faire de la politique, des discours. Je ne fais pas de « chanson engagée » mais pour moi, toutes mes chansons sont engagées en raison de leur étrangeté, il y a toujours une brèche dans mes chansons, quelque chose qui bouscule. Certains groupes reggae (ou de chanson ou de rock !) tapent sur la guerre, le capitalisme, la société, sauf que parfois ils sont les pires dans la vie. Ils font du business, ils signent chez Universal et ils s'en mettent plein les pochent !! Évidement il y a aussi des chansons engagées qui sont très bien. Mais je préfère amener une esthétique un peu bizarre, qui bouscule les codes, c'est ma forme d’engagement.
L’art-scène : C’est important pour toi d’être un peu dérangeante, différente ?
Oshen : Oui c’est important d’essayer de ne pas tomber dans des choses qui existent déjà . Mon but c’est d’amener quelque chose de nouveau. C’est pour moi une forme d’engagement parce que c’est long, c’est chiant, c’est dur et les gens n’ont pas forcément envie de nouveautés.
L’art-scène : Sur Besoin d’air, tu plaisantes sur le fait de ne pas chanter de chansons engagées. Penses-tu que ton fonds de commerce correspond à l’expression de Sarclo : « le cul est la plus vieille histoire de cœur » ?
Oshen : Oui, on peut dire ça. De toutes façons quand tu parles de cul tu parles de vie. Parfois, c’est une forme de pudeur d’être impudique !...
L’art-scène : Sur scène tu reprends J’adore t’écrire de Frank Monnet. Qu’est-ce que tu apprécies chez lui ?
Oshen : Tout. Tout. (rires) En chanson, c’est une des personnes que j’aime le plus. Une des seules que j’aime parce qu’en fait, il n’y en a pas beaucoup.(rires) J’aime beaucoup son écriture, sa voix, sur scène il est incroyable. Il est très fin, artistiquement c’est parfait. C’est un mélodiste hors pair et ce n’est pas un hasard s’il écrit pour Vanessa Paradis, M, Tryo. Je souhaite que son prochain album cartonne parce que c’est un mec qui a un talent incroyable. |
L’art-scène : Alors Oshen, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
Oshen : (Prenant l’accent de Marseille) Et ben, on peut me souhaiter que je trouve une maison de disques, que je vende plein de disques comme Vincent Delerm et même plus tout en gardant mon authenticité, tout en gardant la surprise, l’émotion. (rires) Non, ce qu’on peut me souhaiter, c’est que ça continue à avancer. Ce qui compte c’est de pouvoir vivre de ça après je m’en fous de passer sur NRJ. Je veux juste avoir le minimum de moyens pour continuer à faire de la musique, à jouer, à faire des dates et que ça fasse plaisir aux gens. Ca sera déjà vachement bien.
L’art-scène : Pour finir, tu as une guitare à disposition, est-ce que tu pourrais nous interpréter une de tes chansons ? Pourquoi pas Besoin d'air ?
Oshen : Alors Besoin d'air, pour tous les moments oĂą on a besoin d'air... [Besoin dÂ’air]
Extrait de la démo d’Oshen : [Don Juan]
Propos recueillis par Flavie Girbal
Photos (de haut en bas) : Hélène Biensa / Flavie Girbal / hb / fg / fg / fg / Anne Loubet |
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