Numéro 2 - Juin 2002
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2007

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Bérurier Noir
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Crédit: Roland Cros

 

Bérurier Noir



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Après deux ans de zones, d’errance et de quelques rares concerts, c’est en 1980 que François (chant), Olaf et Pierrot (grattes) reprennent le flambeau des Béruriers, groupe chaotique de la banlieue parisienne. De cure de désintox’ en tentatives de suicide, de service militaire en désertion, Pierrot se fait jeter en hôpital psychiatrique par notre très fine psychologue République Française. C’est donc Loran, guitariste de Guernica, qui assure l’intérim. Cela se transforme très vite en C.D.I au sein de la raïa : Olaf, lui aussi rejoint par le service militaire, envoie sa lettre de démission au groupe fin 82.
Endeuillés, François et Loran décident de donner un concert d’adieu à l’usine Pali-Kao (squat) sous le nom de Bérurier Noir. Mais en ce 19 février 1983, nos 2 agités ne vont pas se contenter de donner un concert…ils vont offrir une performance unique. Le show se veut très théâtral. Le son froid et industriel de Loran est parfaitement relayé par la mythique Dédé (boite à rythmes du groupe). Quand à François, il multiplie les déguisements tout en assenant les paroles des « classiques » du groupe. Le public est plongé dans un univers glauque et morbide, monde fait de béton et d’H.P. Le succès est sans appel. Les Bérurier Noir peuvent se vanter d’être le seul groupe né de son propre enterrement !

L’accession au pouvoir de la gauche signifie la fin des squats. En effet, une des premières mesures du gouvernement Mitterrand est de fermer tout ces lieux de vie et de culture.
Tout les artistes (dont les bérus) se retrouvent du jour au lendemain à la rue, jetés avec la douceur légendaire des Compagnies de Répression Sécuritaire.
Privés de locaux, les béruriers multiplient les concerts sauvages (fête de la zik dans le métro, fac de Tolbiac, parvis de Beaubourg,….). Le concept se développe : « Le petit théâtre de force », version moderne de Guignol et le gendarme, fonctionne à merveille puisque le public protège à chaque fois le groupe des interventions policières.
En cette fin d’année 83, fort d’un bouche à oreille excellent, nos petits béruriers en profitent pour enregistrer leur vrai premier 33t. On retrouve sur Macadam Massacre le son très minimaliste, très froid du groupe ainsi que des textes hantés de bastons policières, de banlieues moroses, de psychiatrie.
1984 sera quand à elle une année consacrée entièrement aux concerts. Ce sera l’heure aussi des premiers voyages à l’étranger : la Suisse, l’Irlande, et Amsterdam seront les premiers pays voisins à accueillir les bérus. La multiplication de leurs fiestas (d’) enragé(e)s confirmera leur réputation scénique.

Macadam Massacre se voulait le bilan « passif » d’un monde urbain. Le refus de la fatalité, la volonté de lutter, le courage de combattre les maux gangrenant notre société (racisme, politichiens, psychiatrie arbitraire, viol, beaufs, …) marquent quant à eux la nouvelle mentalité Bérurière. Cette rage de vivre sera gravée sur Concerto pour Détraqués en 1985. Pour fêter la sortie de l’album, les BxN, accompagnés des Endimanchés et des Ludwig Von 88, donnent un concert sauvage sur le parvis de Beaubourg. La tournée qui suit confirme, si besoin est, le succès grandissant des Bérus.
Vivre libre ou mourir. Plus qu’un titre de chanson, c’est un réel principe de vie pour nos deux agités. Cela signifie donc une indépendance totale malgré le succès. Pour cela, François et Loran continuent à bosser (manutentionnaire pour François, animateur pour Loran). Ils refusent aussi les concerts de partis politiques (fête de l’Huma, concert pour LCR,…) mais acceptent les concerts de soutien pour les assos’ (SCALP (Section Carrément Anti-LePen), Reflex,…). Un nouveau label familial et alternatif voit le jour, et c’est donc tout naturellement que les béruriers signent chez Bondage.
Avec le temps, la troupe Bérurière a pris de l’ampleur et le « Troupeau d’rock » se voit composé, hormis François et Loran, de Helno, Laul, les deux Titis (chœurs et danse), Paskal (saxo), Lulu (lumière), Marsu (propagande et Bondage) et d’un service d’ordre assuré par des amis.

Les manifs étudiantes de 86 (mort de Malik Oussekine) vont faire des Béruriers Noir les portes paroles d’une jeunesse en colère. Le gouvernement en prend bonnes notes et enverra quelques 800 CRS à la sortie des concerts parisiens des BxN (Mutualité et Elysée Montmartre). C’est aussi à cette période que fleurissent les gros titres de la presse sur le « phénomène Bérurier » ou la « nouvelle scène alternative ». Les médias ayant raté le début des aventures font tout pour prendre le train en marche, et pourquoi pas s’en mettre plein les fouilles par la même occasion !

Le passage aux Transmusicales de Rennes (fin 86) marque le début d’une période plus délicate pour le groupe. Le nombre important de concerts (ils bossent toujours la semaine !) et la surexposition médiatique (presse, hit-parade,…) fatiguent physiquement et psychologiquement nos compères. Le manque de structures à l’époque (les générations suivantes bénéficieront du combat des bérus en ce domaine), et le coté mercantile et malhonnête des organisateurs ne font qu’ajouter à la lassitude des bérus . Le coup de grâce sera donné par le Printemps de Bourges. Au départ, les BxN réussissent un véritable exploit en obligeant les organisateurs à baisser le prix de 75 F (55 contre 130 à l’origine). Le concert est un véritable succès. Mais en dépit d’une salle archi-comble, l’organisateur ne donnera qu’un pourboire aux Bérus se gardant le magot dans ses sales pognes. La coupe est pleine et les Béruriers Noir, écœurés, décident une grève de concerts d’un an.
Pour ne pas sevrer totalement son public, la raïa sort Abracadaboum. Si les thèmes abordés restent inchangés, la musique se veut quand à elle résolument festive.
Des tensions naissent alors au sein du « Troupeau d’rock » : Laul et Helno pensent que le groupe doit s’associer à une major afin de s’assurer les moyens de monter une troupe style Archaos. Devant le refus de Loran et François, Laul et la grande Titi donnent leur démission. Les bérus se réorganisent autour de François, Loran et Masto (sax). Le Mouvement d’la Jeunesse, zine officiel du groupe, voit le jour. Ainsi les BxN pourront boycotter la presse « grand public » qui déforme et bafoue le groupe et se concentrer sur le public underground qui les soutient depuis toujours.

88 sonne la fin de la grève. Pour le concert de reprise, les Bérus veulent une grande fête. Ce sera le Zénith de Paris. Les risques financiers sont importants surtout que le groupe refuse les sponsors dits classiques (Nrj, Rtl,…) pour des réseaux alternatifs (Radio Libertaire, Nova et Ouï Fm). Le prix des places est fixé à 50 F (130 en moyenne à l’époque pour un concert au zénith). Et le succès est au rendez-vous. Plus de 6000 keupons et crèteux pogotent ce soir-là dans la vaste salle du chapiteau.
L’état de son coté commence à craindre (pourquoi ? ?) le phénomène Bérurier Noir de plus en plus. Ils demanderont avant le concert les plans de la salle afin qu’ils puissent intervenir, « au cas où… » ! Mais le plus grave est l’interdiction donnée au Bérus de se produire dans des salles de plus de 2000 personnes en province. Le groupe jouera quand même !
Les attentats des Black Wars d’avril 88 fournissent un parfait prétexte pour une nouvelle tentative de déstabilisation du groupe par le gouvernement. Malgré les élections proches, l’enquête piétine. Une rafle (sans mobile) dans les membres de Reflex fournit le prétexte aux condés d’ouvrir le courrier, de mettre sur écoute, ou d’agresser physiquement des membres des bérus. En effet le groupe avait donné un concert de soutien à l’association il y a un peu moins d’un an. L’occasion est trop belle, et la presse généraliste se gargarise de gros titres du genre « L’enquête sur les Black Wars mène au groupe Bérurier Noir… ». Malgré la disculpation du groupe aucun mea culpa ne sera fait par ces torche-culs.
Pour se changer les idées, le groupe donne une tournée triomphale au Québec.

Helno quitte aussi le groupe pour se consacrer aux Négresses Vertes.
Un clash couve avec Bondage. Le label veut revenir sur la distribution des bénéfices. Il veut aussi ouvrir une boutique. François et Loran sont contre pour les deux. Marsu quitte donc le groupe pour se consacrer à la maison de disques.
Des nouvelles formations telles que la Mano Négra, les Wampas, les Négresses Vertes,… (1) arrivent sur le marché du disque. Mais plutôt que de privilégier les réseaux alternatifs, tous ces groupes préfèrent se vautrer dans le luxe et l’opulence des majors. Ils disposent alors de moyens colossaux pour faire leurs disques, clips, marketing.
Les Satellites, groupe de Bondage, malgré son nombre dérisoire de ventes comparé aux bérus, veulent céder aux sirènes de Virgin. Bondage s’entête à les garder en s’endettant un maximum pour ce misérable groupe. Finalement après avoir raflé la mise chez Bondage, les Satellites vont chez Virgin. Les Béruriers sont révoltés par les Satellites qu’ils avaient largement aidés, et par Bondage qui a mis en péril la pérennité du label.
Après vérification des comptes, plutôt louches, de Bondage, François et Loran décident donc de quitter le label en demandant leurs royalties impayés (2) et leurs enregistrements. Bondage refuse, et le groupe porte plainte. S’en suit alors une médiation qui voit les bérus dans l’incapacité de regagner leur dus et leurs bandes ! Souvent fauché, toujours marteau dernier disque de Bérurier Noir sort donc encore chez Bondage.
Le groupe décide de se saborder plutôt que de continuer dans un tel système. Une tournée d’adieux s’ensuit, et se termine par 3 jours archi-combles à l’Olympia avec un show de plus de 2heures.
Bérurier Noir, groupe né d’un enterrement, voit son suicide être une apothéose.
« Sur Salut à toi, j’ai pleuré parce que je ne pouvais pas m’empêcher. C’était marrant de voir tous les gens comme ça et de se dire, dans une demi-heure c’est fini. Pour les gens, c’est triste. Mais c’est bien qu’on arrête parce qu’on a fait ce qu’on avait à faire. On a tenu jusqu’au bout nos idées, notre façon de voir les choses ». Comme disait Loran : « A vous de jouer, c’est la relève qui doit prendre le pas. »

Depuis sa disparition, le groupe n’a jamais été aussi populaire : les ventes sont astronomiques, et les jeunes agités arborent fièrement des tee-shirts à l’effigie d’un groupe qui ne s’est jamais pris au sérieux mais qui a toujours tout fait pour ses petits béruriers. Un parcours fait de joie, douleur, intégrité, contradictions…mais surtout Histoire faite de Sincérité totale.


(1)Tous ces nouveaux groupes (Mano, Wampas, Satellites,..) ont mis tous leur label respectif en péril (Boucherie Prod pour la mano par exemple) en se comportant de la sorte. Lorsque l’on déplore la pauvreté de la scène rock underground des années 90, on peut se demander si tous ces groupes ne sont pas responsables de la mort du rock alternatif français.

(2)Plus tard les Ludwig von 88 et Les sales majestés ont connus le même genre de problème avec bondage. Pour les LV88 le label a sorti un live sans l’accord du groupe. Seuls LSM ont gagné leur procès face à Bondage. Cette « victoire » est un peu une vengeance pour les Béruriers Noir et les LV88.