N° 25 - Juil/août 2004
 
Les Caméléons
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Crédit: Small Axe

 

19 Mars 2004

No Raffaran [19 Mars 2004]

En cette avant veille d'élections régionales, et à l'occasion de leur passage à la Maroquinerie, les Caméléons se sont livrés à l'art-scène.
 

L'art-Scène :

Pour commencer, on va parler de Joyeux Bordel.
La production de l’album est excellente, avec un gros son, et des nouveautés comme des scratchs, un quatuor de cordes…

Les Caméléons :

En France on a un problème, c’est qu’on ose pas faire des choses produits parce que sinon ça fait variet’. Sauf que, chaque fois qu’on écoute un truc américain ou anglais, on se dit « c’est de la tuerie » et en fait c’est toujours hyper produit. Et donc, on s’est dit « allez ! on va faire un disque un peu plus produit ! »
Résultat, ça nous a coûté la peau des couilles, mais on est content. Et puis c’est le hasard aussi d’avoir rencontré un mec capable de faire ça. De toute façon, l’histoire des Caméléons, ce sont beaucoup de rencontres hasardeuses qui nous ont toujours fait progresser. Donc pour le mixage, Steph de Small Axe nous avait dit que ce serait bien de faire un son mieux que pour Todos car pour éventuellement passer sur les radios, c’est mieux que ce soit mieux produit. On avait rencontré il y a quelques temps, Vincent, qui bossait au festival du Gaou et lui savait que l’on cherchait à mixer autre part. Et donc il nous a présenter quelqu’un qui bosse avec Goldman d’habitude et qui a accepter de casser ses tarifs pour se faire plaisir, car il avait envie de faire autre chose.
 

L'art-Scène :

L’album est résolument plus rock. C’était un réel désir du groupe ?

Les Caméléons :

Oui on avait envie de ça. Déjà quand on a commencé à composer cet album, il y avait des gens dans le groupe qui avaient vraiment envie de revenir à l’énergie du début, au premier album qui était très rock.
Après, nous, on raisonne aussi en terme de scène puisque c’est elle qui nous fait vivre. Donc, lorsque l’on compose un album, on fait ce qu’on a envie de faire, c’est pour ça que là, on l’a fait plus rock. On aurai pu tout le faire dans l’esprit de Je ne paie pas car ça fonctionne à mort en concert. Mais, on a choisi de faire des trucs plus rock par envie personnelle.
Mais c’est aussi le hasard du climat extérieur. Quand on a fait Todos, on dit toujours ça, mais c ‘était Todos, Tous ensemble. On a composé l’album tous ensemble, et on a estimé que chacun avait une place dans la société. Et depuis la sortie de Todos, il s’est passé tellement de chose en France : le 21 avril 2002, les intermittents, le gouvernement de droite qui nous fait chier au possible…et donc ça ne pouvait qu’être plus rock, et plus rentre-dedans.
 

L'art-Scène :

CÂ’est vrai quÂ’actuellement tous les artistes, de tout styles sÂ’orientent vers des arrangements plus rock, plus dursÂ…

Les Caméléons :

Mais la société est beaucoup plus brutale. T’imagines que si nous, qui faisons partie de la scène indépendante, on ne réagit pas ?? Qui va réagir ? On était vraiment en train de s’endormir, mais on est en train de se faire mettre un doigt dans le cul, mais très fort ! On va se réveiller un matin et on aura plus rien. Plus de sécu, plus de retraite, des salaires de merde verser par des patrons qui pourront te virer du jour au lendemain sans te donner d’explications. On aura une culture déplorable. On va arriver dans un régime américain ultra-capitaliste, ultra-libéral, et on y va tout à fond.
 

L'art-Scène :

Pourquoi ne pas se servir des Caméléons pour justement faire passer ce genres de réflexions ?

Les Caméléons :

Nous, au départ, on n’est vraiment pas politique. Le trip des Caméléons depuis le début c’est de faire la fête avec les gens. Et notre public se renouvelle, et ceux qui viennent nous voir ont 15, 16 ou 17 balais, donc tu leurs parles de politique et parfois ils s’en branlent un peu. Sauf que, nous, on n’a pas 17 ans, et donc on se sent très concernés. Et ça nous fait tellement chier qu’il faut absolument qu’on en parle !
Donc maintenant sur scène, on arrête carrément le set, on se barre et il y a un discours. Il parle du climat social actuel, des intermittents, etc. Et on casse le set tous les soirs avec ça.
D’un autre côté, il y a plein de gens dans les concerts qui disent « et bien les mecs, pendant deux heures j’ai vraiment oublié mes problèmes et ça m’a fait du bien ». T’as des minettes qui viennent sur le site et qui mettent que pendant deux heures elles ont oubliées leurs soucis et que ça les aide à vivre, carrément. Quand tu lis qu’une minette laisse sur le forum « en ce moment ça va vraiment pas fort, et grâce à vous, j’ai envie de vivre », tu te dis : « putain, nous on n’a fait que taper dans les mains et chanter les gens », mais tu te dis que c’est utile aussi. La preuve.
 

L'art-Scène :

Parlons un peu du statut des intermittentsÂ…

Les Caméléons :

Ca va foutre la merde! C’est l’an prochain que ça va avoir des répercutions. Car il y a un truc qui est très sournois : ils ont dit « on essaye ça pendant deux ans et on voit ce que ça donne, si le déficit de l’Unedic sera conséquent ou pas. »
Et leur système à la con, ça raye tous les petits, et les abus sont conservés. Les mecs qui touchent 5000 balles par mois, ils vont les sortir du jeu, et ceux qui travaillent dans l’audiovisuel, qui se font des couilles en or, ils vont rester en place.
 

L'art-Scène :

Il n’y a pas très longtemps se sont déroulées les cérémonies des Victoires de la musique, et on remarque que très très peu d’artistes se sont manifestés sur la question…

Les Caméléons :

Les ¾ des artistes qui ont accès aux médias, que ce soit les Voulzy, Souchon, Zazie, Bruel, Obispo que tu vois en permanence, et bien tout ces gens-là sont dans une sphère qui sont à des années lumières de nous. On ne fait pas le même métier. C’est comme si nous étions charcutier et qu’eux étaient coureurs cyclistes : ça n’a rien à voir ! Je pense que ça ne leurs parle pas du tout nos problèmes. Imagine que nous, ce qui nous fait vivre, c’est la scène. C’est à dire qu’on vend tellement peu de disques qu’on ne peut pas en vivre et qu’on tourne en permanence pour gagner de l’argent. Eux, les tournées ce sont simplement de la promo, des fois même, c’est à perte ! Ce qui les fait vivre, c’est la SACEM qui tombe, à mort ! Passsages radios, passages télés, tout ça, nous on y a pas droit. Ils dorment dans des hôtels 3 ou 4 étoiles dans toutes les villes où ils déboulent.
 

L'art-Scène :

Vous êtes chez Small Axe, label indépendant. Ca apporte quoi ?

Les Caméléons :

Depuis le début on ne travaille qu’avec des gens que l’on connaît depuis longtemps et qu’on apprécie. Et ce qui est génial de faire partie de Small Axe, c’est que l’on fait parti des plus gros dans un petit label, c’est souvent plus confortable qu’être le plus petit chez un gros. Donc notre position est assez sympa, même si on subit aussi le fait que Small Axe soit une petite structure. Ils ont 6 commerciaux pour faire toute la France, et ne serait-ce que Wagram ils en ont 50…donc des fois il n’y a plus de disques des Caméléons chez certains disquaires, des fois ça met longtemps à arriver,…
 

L'art-Scène :

Olivier, tu quittes le groupe bientôt (nda : il l’a quitté le 10 avril). Tu peux revenir sur tes motivations ?

Les Caméléons :

Je pars parce que j’ai un petit, parce que je fais construire une maison, parce que je vais me marier, parce que j’ai envie de changer de boulot. J’arrête la zik. J’ai vraiment envie de bosser dans un domaine qui n’a rien à voir avec la zik…
 

L'art-Scène :

Et concrètement, pour le groupe, ça va changer quoi ?

Les Caméléons :

On a cherché une personne pour le remplacer. On a trouvé un tromboniste. Mais vu qu’Olivier chante énormément, on ne sait pas trop ce que ça va donner.
 


MOT DE LA FIN
LÂ’a-s : Muguruza
Les Caméléons : On est fan depuis très longtemps.

LÂ’a-s : Obispo
Les Caméléons : On n’est pas fan depuis très longtemps !

L’a-s : Bové
Les Caméléons : Nécessaire

LÂ’a-s : La Ruda
Les Caméléons : Super groupe de scène

LÂ’a-s : Raffarin
Les Caméléons : No Raffaran

LÂ’a-s : Berurier Noir
Les Caméléons : Mythique

L’a-s : Libération
Les Caméléons : Journal de merde

LÂ’a-s : Pop academy
Les Caméléons : Les pauvres !

LÂ’a-s : Bondage
Les Caméléons : Je crois qu’on a été coupé !

L’a-s : Les Caméléons
Les Caméléons : Super groupe de scène.

 


 

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