N° 14 - Juin 2003
 
Bénabar
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Crédit: Inconnu

 

Bénabar
12 titres - 41,58
Ref : 9221862
Sorti : 2001
Production : Zomba
Distribution : Zomba


01 - Bon anniversaire 2,58
02 - Y'a une fille qu'habite chez moi 3,52
03 - Vélo 2,41
04 - Porcelaine 4,11
05 - A notre santé 3,18
06 - Majorette 5,13
07 - Couche tard et lĂšve tĂŽt 3,09
08 - Coup du lapin 3,04
09 - Saturne 4,17
10 - Dramelet 3,27
11 - Approchez 2,42
12 - A poings fermés 2,53

 
 
01 - Bon anniversaire
Extrait sonore


A 5 dans la cuisine / face Ă  lÂ’Ă©vier face Ă  la mer / week-end en Bretagne / c’est mon anniversaire / oĂč sont les assiettes ? oĂč sont les couverts ? / elles sentent pas un peu bizarre les praires ?
Encore 2 bourriches d’huĂźtres Ă  ouvrir / ce qui nous fait 72 bonnes raisons d’avoir des points de suture / les filles sont dans le salon parce qu'Ă©cailleur c’est masculin / oĂč sont les fĂ©ministes quand il s’agit de s’ouvrir les mains ?
Bon anniversaire petit trentenaire

Et le temps passe d’hier en demain / ça me tragique ça me cruel mais j’y peux rien / mĂȘme les pompiers au regard si franc / sur un calendrier n’ont rien de rassurant

VoilĂ  c’est fait j'les ai soufflĂ©es / ces putains de bougies / je suis pas amer j’ai juste les nerfs / j’ai pas dormi / comme vous avez tous annexĂ© les jolies chambres d’amis / j’ai somnolĂ© deux heures façon trappeur sur le tapis
C’est parti pour la balade sur la plage / le sable dans les chaussures ça me gĂȘne ça me dĂ©mange / j’ai mis 4 pulls pourtant j’ai froid en plus il bruine / et j’ai mal au ventre c’est officiel / les praires elles Ă©taient pas cleans
Bon anniversaire petit trentenaire

On entame lÂ’Ă©ternel foot tout bidon / avec des poteaux de but en blousons / on va discuter le score / en crachant nos poumons / et jurer de s’arrĂȘter / de fumer pour de bon
J’ai besoin d'ĂȘtre seul / je marche face Ă  l’ocĂ©an / pour faire le point au contact des Ă©lĂ©ments / mais tout ce que j’en conclu / je dois pas ĂȘtre un poĂšte / c’est que ça doit ĂȘtre chiant / trĂšs chiant d’ĂȘtre une mouette
Bon anniversaire petit trentenaire

Il Ă©tait un foie / deux reins / trois fois rien / qui prenait sa tĂȘte dans ses mains / minuscule
terrien / ou pas grand chose
Bon anniversaire.

 

02 - Y'a une fille qu'habite chez moi
Extrait sonore


Plusieurs indices m’ont mis la puce Ă  l’oreille / j’ouvre l’œil / j’vais faire une enquĂȘte pour en avoir le cœur net / ça m’inquiĂšte / y’a des dĂ©tails qui trompent pas / les draps la couette et la taie d’oreiller / sont plus dĂ©pareillĂ©s / Ă  cĂŽtĂ© de mes fringues en boule / y’a des vĂȘtements pliĂ©s et repassĂ©s / y’a des dĂ©tails qui trompent pas / j’crois qu’y a une fille qu'habite chez moi !
Deux brosses Ă  dents dans la salle de bain / du savon sans savon et le sĂšche-cheveux / c’est certainement pas le mien / des petites boules bizarres / pour parfumer la baignoire / c’est un vrai cauchemar / quelqu’un a massacrĂ© tous mes amis cafards !

Dans la cuisine des sachets de thĂ© / de verveine de camomille / un message sur le rĂ©pondeur d’une mĂšre qu’est pas la mienne / v'lĂ  qu'elle s’en prend Ă  ma famille ! / y’a des dĂ©tails qui trompent pas / quelqu’un en traĂźtre a fait la vaisselle / oĂč sont mes habitudes mon mĂ©nage trimestriel ? / j’ouvre le frigo horreur c’est d’la folie ! / y’a plein de lĂ©gumes ! / y’a mĂȘme des fruits ! / y’a des dĂ©tails qui trompent pas / j’crois qu’y a une fille qu’habite chez moi !
OĂč sont mes potes qui glandaient devant la tĂ©lĂ© / les boĂźtes de pizza les paquets de chips Ă©ventrĂ©s / les mĂ©gots de cigarettes Ă©crasĂ©s dans les assiettes / ma collection de new look ? aux oubliettes !

Sur la table de nuit y’a plus de capotes mais de l’aspirine / y'a une fille qu'habite chez moi / y’a aussi des bougies contre l’odeur de la nicotine / y'a une fille qu'habite chez moi / y’a des dĂ©tails qui trompent pas / y’a un vrai rideau y’a plus de drap clouĂ© sur la fenĂȘtre ! / qu’est-ce que c’est que ça mon Dieu c’est une plante verte ! / l’aspirateur est encore chaud / c’est trop je porte plainte ! / j’vais l’emmener au labo / pour vĂ©rifier les empreintes

On dirait que je suis plus cĂ©libataire / la coupable je la tiens / elle est devant moi lÂ’Ă©tau se resserre / accrochĂ©e au tĂ©lĂ©phone assise en tailleur / dans une jolie robe Ă  fleur / une fille me dit " arrĂȘte ton cinĂ©ma / et le loyer je le paye autant que toi ! "

 

03 - Vélo


Dans le parc des Buttes Chaumont un cycliste de 5 ans / s’apprĂȘte Ă  vivre un grand Ă©vĂ©nement / encouragĂ© par son pĂšre et par sa maman / il va faire du vĂ©lo comme les grands / il empoigne son guidon / c’est parti pour le grand frisson / Sans les petites roues qui stabilisent / va falloir qu’il improvise / notre Ă©quilibriste / s‘élance sur la piste / il tombe retombe
Les paumes incrustĂ©es de gravier / ça fait mal et pis ça pique / c’est surtout vexant / de tomber en public / il va pas remettre les p’tites roues / ça serait pire que tout / attention ! il enfourche son bolide / et c’est reparti pour la chevauchĂ©e intrĂ©pide / au premier coup de pĂ©dale / il bascule et puis s’affale
Il fait rien qu’à lÂ’Ă©nerver / ce vĂ©lo qui fait que de tomber / c’est quand mĂȘme trĂšs Ă©nervant
ces vélos qui tombent tout le temps / un coup de pied dans le porte-bagages ! / ça change rien mais ça soulage
Sermon des parents " c’est vilain de faire des colĂšres / et faut ĂȘtre patient et avoir un bon caractĂšre " / mais sÂ’Ă©nerver c’est lĂ©gitime / faut se faire respecter des machines / avec mon scooter je connais les mĂȘmes dĂ©boires / quand il dĂ©marre pas je lui donne des coups de casque dans les phares / alors ce gosse faut pas le gronder / c’est le vĂ©lo qui a commencĂ©
Il sÂ’Ă©lance dans la descente / maintient le cap avec adresse / il dĂ©vale la pente / tangue et se redresse / et prend de la vitesse / les jambes Ă  l’horizontale / le guidon tremble il vibre / il sautille sur la selle mais garde lÂ’Ă©quilibre / il veut faire coucou de la main / et se vautre un peu plus loin
Il arrache le garde-boue / et les poignĂ©es en caoutchouc / la dynamo d’un coup de talon / puis piĂ©tine les rayons / et il crĂšve les pneus / il commence Ă  se sentir mieux / il fait rien qu’à lÂ’Ă©nerver / ce vĂ©lo qui fait que de tomber / c’est quand mĂȘme trĂšs Ă©nervant / ces vĂ©los qui tombent tout le temps / un coup de pied dans le porte-bagages ! / la sonnette ? elle dĂ©gage !
Mais faut pas faire de colĂšre / alors Ă©coute-moi bien / plutĂŽt que d’essayer d’arracher les cĂąbles des freins / fais levier avec un bĂąton pour pas te baiser les mains.

 

04 - Porcelaine
Extrait sonore


Aux sanglots dans le combinĂ© je savais que cÂ’Ă©tait toi / raconte-moi tes malheurs mais d’abord mouche-toi ! / tu t’es fait plaquer par le nouvel homme de ta vie / pourtant cÂ’Ă©tait sĂ©rieux tu le connais au moins depuis vendredi
La derniĂšre fois cÂ’Ă©tait un homme mariĂ© / qui devait divorcer t’avais pas le droit de l’appeler / il voulait faire les choses bien pour pas que sa femme souffre / il lui a fait un autre gosse pour sauver son couple et ses pantoufles / tÂ’Ă©tais dans le rĂŽle de la passade du cap de la quarantaine /
mais comme dit ton psy " c’est 300 francs et à la semaine prochaine ! "

Avec tes rĂȘves de midinettes et ton cœur d’artichaut / t’es une porcelaine dans un magasin dÂ’Ă©lĂ©phants / y’a pas forcĂ©ment de prince charmant / derriĂšre tous les crapauds !

Le printemps dernier ton horoscope Ă©tait formel / t’allais rencontrer l’ñme sœur y’avait Mercure dans ton ciel / t’as aimĂ© un capricorne ton signe complĂ©mentaire / il Ă©tait bisexuel les astres sont parfois tĂȘte en l’air
Souviens-toi du connard la brute au grand cœur / une enfance difficile sĂ»rement battu par son pĂšre / tu trouvais plein d’excuses Ă  ce beau cĂ©libataire / quand il te collait une danse cÂ’Ă©tait un transfert
Passons sur le macho qui te donnait tout l’temps des ordres / et lÂ’Ă©crivain quÂ’Ă©crivait rien que tu trouvais gĂ©nial / celui qui vendait tes bijoux pour s’acheter sa poudre / et y’a eu moi aussi mais c’est pas pareil

Enfin comme prĂ©vu t’es tombĂ©e raide dingue de ton psy / cÂ’Ă©tait l’image du pĂšre un complexe œdipien enfoui / il a gĂąchĂ© votre premiĂšre nuit qui devait ĂȘtre la plus belle / en dĂ©barquant dans la chambre vĂȘtu de porte-jarretelles ! / ça t’a fait un choc tu disais " les hommes sont tous pourris ! " / mais comme dit ton psy " prends le fouet il est sous le lit ! "

 

05 - A notre santé
Extrait sonore


Ils mĂšnent une vie sans excĂšs / font gaffe Ă  tout et se surveillent de prĂšs / avoir un corps parfait c’est un sacerdoce / mais leur capital santĂ© mĂ©rite des sacrifices
Il boit de la biÚre sans alcool / elle mange pas de viande ça donne du cholestérol / ils boivent leur café décaféiné / avec du sucre dé-sucrifié

Est-ce de ma faute Ă  moi / si j’aime le cafĂ© et l’odeur du tabac / me coucher tard la nuit me lever tĂŽt l’aprĂšs-midi / aller au resto et boire des apĂ©ros / Ă  notre santĂ© !

Elle met de la crĂšme anti-Ăąge / qu’elle combine avec un doux gommage / qui restructure en profondeur les macromolĂ©cules / en hydratant le derme contre les rides et les ridules
Comme il redoute l’effet peau d’orange / elle a eu un rameur pour leurs dix ans de mariage / il dit qu’il aime le sport pas la compĂ©tition / c’est quoi ces coupes ces mĂ©dailles / bien en vue dans le salon ?

Est-ce de ma faute Ă  moi / si j’aime le cafĂ© et l’odeur du tabac / me coucher tard la nuit me lever tĂŽt l’aprĂšs-midi / aller au resto et boire des apĂ©ros / les cheveux blancs des vieux / les enfants dĂ©peignĂ©s / les rides au coin des yeux / les doigts dans le nez / le bordel le dĂ©sordre et le bruit / le pas bien rangĂ© / le " ça peut plus durer ! " / Ă  notre santĂ© !

Des fois un criminel allume une cigarette / elle le fusille du regard et court vers la fenĂȘtre / elle dit " ha ! de l’air c’est vivifiant ! " / et aspire Ă  pleins poumons les bons gaz dÂ’Ă©chappement
Il a des bombes qui vaporisent du poison / contre tous les insectes de la crĂ©ation / " il faut Ă©radiquer tout ce qui apporte des maladies " / il a des doutes sur ses voisins mais les tuer c’est interdit / et ses voisins j'en fais partie !

 

06 - Majorette


Les gens sont venus juste pour nous voir / ça les rend contents d’entendre notre fanfare / on a des uniformes verts des casquettes / moi pour faire mieux j’ai mis des Ă©paulettes
Mon tuba s’enroule en boa constrictor / j'l’ai tellement briquĂ© qu’on dirait de l’or / son pavillon qui brille c’est mon aurĂ©ole / on se voit dedans ça dĂ©forme ça gondole
Je marche tout derriĂšre avec les tambours / les lĂšvres collĂ©es Ă  mon embouchure / tonnent les basses rĂ©sonnent les cymbales / tempĂȘtent les trompettes fĂȘte municipale

J’aime bien parader habillĂ© comme tout le monde / d’habitude on me moque / alors j’aime bien qu’on me confonde avec / le fils du notaire le gĂ©rant de lÂ’Ă©picerie / moi j'ramasse les feuilles pour la mairie
Et les majorettes sautillent en cadence / emmenĂ©es de main de maĂźtre par la reine de la danse / elle s’appelle NadĂšge elle est drĂŽlement belle / d’ailleurs on est tous amoureux d’elle / on dirait avec sa queue de cheval / une sirĂšne avec des jambes normales / sa mini-jupe rouge que j’aime vachement / parce qu’on voit sa culotte tout l’temps
Petit pont arriÚre salto fléchissement / un pas de cÎté le tout en souriant / elle lance son bùton qu'elle rattrape à tous les coups / et reprend sa marche en montant les genoux

" t’es belle comme une fĂ©e comme Miss Picardie / une fille de la tĂ©lĂ© une Ferrari " / c’est c'qu’y avait dans la lettre que je lui ai envoyĂ©e / elle sait pas que cÂ’Ă©tait moi j’ai pas osĂ© signer / parce qu’il y a un problĂšme c’est un militaire / qu’a un bel uniforme un vrai un de l’armĂ©e de l’air / il fait son service Ă  la caserne d’à cĂŽtĂ© / Ă  la fĂȘte foraine NadĂšge l’a embrassĂ©
Moi aussi j’aurais pu avoir l'mĂȘme uniforme / pourquoi c’est toujours les mĂȘmes qu’on rĂ©forme / parce que dans ma tĂȘte y’a un truc qui va pas / la patrie et NadĂšge y veulent pas de moi

Des fois j'fais des rĂȘves j’ai mon uniforme vert / mais dans mon rĂȘve c’est celui de l’armĂ©e de l’air / je dĂ©file en tĂȘte sur les Champs-ElysĂ©es / et NadĂšge elle est fiĂšre dans mon rĂȘve on est mariĂ©s / mais quand grand-mĂšre me rĂ©veille / je redeviens celui qui ramasse les feuilles / le bon Ă  rien qu’a pas toute sa tĂȘte / et les enfants me moquent et me traitent
Les enfants j’m’en fous d’ailleurs j’m’en fous d'tout / des jupes des majorettes et de c'qu’y a en dessous / j’voudrais tous qu’ils crùvent avec leur fanfare / leurs vrais uniformes et leurs beaux militaires / j’vais faire des fausses notes saccager la Madelon / pour que Nadùge rate une fois son bñton / leur gñcher la parade leur casser les oreilles / j'suis bon à rien la preuve / j'ramasse les feuilles mortes

 

07 - Couche tard et lĂšve tĂŽt


Quand il rentre le soir trop tard toujours en retard / le couche-tard fait des cauchemars les fantÎmes dans le placard / il promet de ne plus jamais boire / entre cafard et café noir / le couche-tard
Quand il rentre plus tĂŽt du boulot le lĂšve-tĂŽt / il tire les rideaux et s’installe au chaud le dĂźner en plateau / il se prĂ©occupe de la mĂ©tĂ©o / est-ce que demain il fera beau ? / le lĂšve-tĂŽt
Couche-tard et lÚve-tÎt se rencontrent dans le premier métro
Le mĂ©tro a ceci de joli qu’on y voit le jour comme en pleine nuit

AccrochĂ© au comptoir le couche-tard toujours sur le dĂ©part / cherche un auditoire qu’il accapare et invente des histoires / parfois une petite bagarre / parfois au dĂ©sespoir
Au galop le lùve-tît fonce au bureau l’œil sur le chrono / à l’assaut de la semaine et des matins jumeaux rien rien de nouveau / et pour mettre du vin dans son eau il attend ses jours de repos
le moral à zéro
Couche-tard et lÚve-tÎt se rencontrent dans le premier métro

" le lĂšve-tĂŽt est un tocard " prĂ©tend le couche-tard / " le couche-tard un blaireau " assure le lĂšve-tĂŽt / le mĂ©tro a ceci de joli qu’on y voit le jour comme en pleine nuit

 

08 - Coup du lapin


La voilà qui rentre dans le bistrot / ça fait une heure que t'attends / t'as déjà bu 7 cafés / t'as des tics des tremblements / à peine assise elle te dit / qu'elle peut pas rester longtemps / t'aurais préféré toute la nuit / elle partage pas tes sentiments
Tu lui fais des yeux de faon malade / elle regarde sa montre / pendant que tu parles "bip" son portable / ça la gĂȘne pas de t'interrompre / une autre fille attend seule au coin du comptoir / on lui a posĂ© un lapin t'es trop occupĂ© pour la voir / tu dĂ©visages l'autre qui parle au tĂ©lĂ©phone trĂšs fort / t'as l'impression d'ĂȘtre invisible t'as pas tort !

Elle raccroche faute de batterie / tu recommences à la pister / elle te raconte sa vie / tu fais vachement bien le mec captivé ! / elle est un peu mannequin / un peu actrice un peu serveuse / elle est un peu pédante un peu égoïste / un peu allumeuse
Mais elle est jolie / t'aimerais la connaßtre bibliquement / bibliquement en poésie / ça veut dire "cabosser" tout simplement / au coin du bar la fille au lapin s'ennuie / en y regardant de plus prÚs elle aussi elle est jolie / tu la trouverais adorable et chose qui n'a plus de prix / elle coupe son portable quand elle est en bonne compagnie

Mais c'est l'autre que tu convoites / tu te décides à conclure / sa réponse est "niet" / elle rejette ta candidature / elle avait oublié de te dire / elle a déjà un copain / ça finit de t'anéantir / c'est le coup du lapin / habillé pour l'hiver / t'as pris une belle veste / c'est plutÎt une canadienne / avec une doublure en gore-tex ! / la fille au lapin paye son verre / elle en a marre / tu la remarques enfin lorsqu'elle quitte le bar / trop tard !

 

09 - Saturne


Au centre du systĂšme salaire / une vieille planĂšte tourne Ă  l'envers / protĂ©gĂ©e par ses anneaux pĂ©riphĂ©riques / un jour Saturne crĂšvera de son trafic / on l’appelle aussi la ville lumiĂšre / parce que les sans dĂ©fense sur leurs trottoirs / grĂące Ă  leurs rĂ©verbĂšres de chevet / peuvent bouquiner pour s'endormir super / Il y a mĂȘme une fusĂ©e / en mĂ©tal rouillĂ© / mais elle a pas de moteur / elle pourra jamais dĂ©coller / de Saturne ! on est coincĂ© !
Les Saturniens rĂȘvent de campagne de CĂŽte d'Azur / pourquoi respirer plus longtemps / l'hydrocarbure ? / provoquent les provinciaux qui se marrent et qui s'Ă©tonnent / alimentaire mon cher Watson !
Saturne manque pas d'idĂ©es pour torturer les clodos / ils ont mĂȘme inventĂ© un nouveau banc de mĂ©tro / qui les empĂȘche quel progrĂšs de s'allonger / mais le ventre de la ville va bientĂŽt les digĂ©rer
Gavroche habite Belleville il a 8 ans il est Malien / les Thénardiers de l'HÎtel de Ville
veulent l'expulser lui et les siens / " je suis tombé par terre c'est la faute au maire / la gueule dans le ruisseau la faute au proprio "
Saturne a inventé un nouveau vocabulaire / quand un désespéré se fout en l'air / pour pas dire "suicidé" ou "un malheureux de plus en moins" / on dit "un incident sur la ligne B du RER"
comme on peut lire sur les vitrines des magasins / Ă  louer Ă  vendre livraison gratuite / satisfait ou remboursĂ© deux pour le prix d’un / tout doit disparaĂźtre tout doit disparaĂźtre / tout doit disparaĂźtre

 

10 - Dramelet


Le compte à rebours était lancé depuis déjà plusieurs mois / on dirait que tu serais plus la maman et que moi je serais plus le papa / on était devenus colocataires / compagnons de cellule
pensionnaires
On assurait le service minimum du couple / mais aprĂšs le film on faisait plus beaucoup d’heures sup / parodie de paradis fermons les guillemets / sur cette minuscule tragĂ©die sur ce dramelet
On voulait vivre souviens-toi comme dans une pub pour le café / dans une maison aux couleurs vives toujours ensoleillée / les dents super blanches et les chemises hyper bien repassées / plein d'amis mannequins qui seraient venus dßner
Ca s’est vite transformĂ© en sujet du 19/20 / sur la misĂšre amoureuse des jeunes citadins / tant pis pour l'enfant dont on ne sera pas les parents / orphelin prĂ©natal c'est un vrai scandale
La machine Ă  voyager dans le temps c’est nous / elle est bloquĂ©e en marche avant c’est fini un point c’est tout
tu sanglotes tu blĂȘmis Ă  prĂ©sent qu’a sonnĂ© l’heure / elle est super cette phrase j’suis balaise comme auteur / tu souris pourtant tu trouves ça triste / t’approuves mais tu regrettes c’est ton cĂŽtĂ© socialiste
Tu retourneras te faire chier à Venise avec un autre que moi / il y aura j’espùre une autre fille / qui me traünera chez Ikea / tu m’en diras du bien que c’est une fille pour moi / je mendierai la preuve la preuve que tu le penses pas
Tant pis pour Cupidon qui nous comparait déjà / à Paul et Virginie à César et Rosalie à Ken et Barbie !
Faut aimer son prochain comme soi-mĂȘme / moi je prendrai soin d’aimer ma prochaine.

 

11 - Approchez


De retour d’une tournĂ©e triomphale / des lointaines AmĂ©riques aux contrĂ©es reculĂ©es d’Orient / visitez l’attraction de renommĂ©e mondiale / ce soir dans votre ville et ce soir seulement !
Approchez venez voir les phĂ©nomĂšnes de foire / l’enfant tronc la femme calamar / et l’homme honnĂȘte le plus bizarre !

Effroyables erreurs de la nature / Dieu lui-mĂȘme commet des bavures / que les Ăąmes sensibles renoncent / tremblez ! vous allez voir des monstres !

La femme de neuf cents kilos / qui se dĂ©place en roulant sur le dos / un lilliputien de vingt centimĂštres / qui grimpe sur une chaise pour se gratter la tĂȘte !
La femme Ă  barbe et l’enfant sauvage / le gĂ©ant de trois mĂštres la fille Ă  deux tĂȘtes / l’homme invisible dont vous ne verrez que la cage / et bien sĂ»r la vedette j’ai nommĂ© l’homme honnĂȘte !

L’homme honnĂȘte notre attraction phare / n’a rien d’humain ! il va hanter vos cauchemars / il n’a jamais trichĂ© jamais trompĂ© jamais trahi / il n’a jamais sĂ©duit ne connait pas le compromis !

Le plus curieux avec cette crĂ©ature / qui n’a pourtant aucun semblable / c’est qu’il prĂ©tend depuis sa capture / qu’il n’a rien d’abominable !

 

12 - A poings fermés


A qui parle-t-elle lorsqu’elle dort la nuit / prononce des onomatopĂ©es des petits cris / collĂ©e Ă  moi et pourtant si lointaine / elle me manque dĂ©jĂ  / je voudrais qu’elle revienne

Elle a un grain d’beautĂ© qu’a rien d’exceptionn... / ...elle a un grain d’beautĂ© qu’j’aime bien / peut-ĂȘtre parce que c’est l’sien

Qui est le chanceux qui discute avec elle / parle couramment le langage de son sommeil / moi je sursaute leur dialogue me réveille / alors j’écoute aux portes et je tiens la chandelle

Est-ce qu’elle m’oublie complùtement ? / qui est son nocturne confident ? / lui dit-elle les secrets / qu’elle ne me confie jamais ?

Chut ! faut pas la réveiller

Ses rĂȘves sont pas Ă©tanches / mais elle cache en revanche / peut-ĂȘtre qu’elle-mĂȘme l’ignore / Ă  qui parle-t-elle lorsqu’elle dort / Ă  poings fermĂ©s.

 

 


 

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