N° 24 - Juin 2004
 
Reflet alternatif
Festival Taparole, laboratoire Ă  chansons (06/2004)
Les Zetlaskars et la trompida (06/2004)
Quatre livres, 2 DVD : 6 bonnes raisons de se régaler (06/2004)
De l'art par delĂ  les murs (06/2004)
Kiemsa, l'interview (05/2004)
Les 100 grammes de tĂŞtes, l'interview (05/2004)
Elf, la pompe Afrique (04/2004)
L'Amérique de Michael Moore (04 2004)
Molière, le choix d'en rire (03/2004)
Molière, le renouveau de la farce (02/2004)
Interview LoĂŻc Da Silva et Pierrot Ruda (02/2004)
Jean-Baptiste Veujoz: rencontre avec un poète troubadour (01/2004)
Bérurier Noir: même pas mort ! (12/2003)
Doisneau : l'oeil du poète (12/2003)
Rencontre avec Michel BĂĽhler... (12/2003)
Hubert-Félix Thiéfaine : Premières balises avant mutation (11/2003)
Delphine Courtois : "L'art, c'est un don que tu fais aux autres" (11/2003)
Un air de Bacri/Jaoui (11/2003)
Etienne Gauthier : "La musique est une autre forme d'émotion" (11/2003)
La double vie de François Villon (10/2003)
Quelques questions au Bel Hubert... (10/2003)
Un petit tour du côté du Mont-Soleil Open Air Festival (10/2003)
Avignon par Intermittence (09/2003)
L'héritage Ferré (07/2003)
Céline Caussimon : "Je marche au bord" (07-08/2003)
”Eungenio” Salvador Dali (1904-1989) (06/2003)
Oshen, L'héritage Mitsouko (06/2003)
L'audiovisuel indépendant : Zaléa TV
Nicolas Jules : "J'essaie de me surprendre". (04/2003)
Baudelaire ou la douleur de vivre (04/2003)
Bas les Watts ! Cabaret DésinVolt (04/2003)
Un chiffon propre dans le grenier (04/2003)
Branagh in Love (03/2003)
Nicolas Bacchus vitupère au Point (03/2003)
LUZ : Claudiquant sur le dance floor (02/2003)
Pouvoir de Lire et Droit de Dire (02/2003)
La Punkitude (01/2003)
Philippe Caubère : Présentation (01/2003)
Philippe Caubère et la politique (01/2003)
Philippe Caubère: 68 selon Ferdinand (01/2003)
Philippe Caubère: repères chronologiques (01/2003)
Juliette GRÉCO (12/2002)
Labels et la BĂŞte. (12/2002)
Woody Ă  tout prix (12/2002)
Fermin Muguruza (12/2002)
Autour d'Orsay et des impressionnistes. (11/2002)
Le Festi' Val de Marne. (11/2002)
Le Rock Identitaire Français (11/2002)
Le Glaz'art. (11/2002)
Jacques Prévert ou la bonne parole. (10/2002)
Au Limonaire. (09/2002)
Les Frères Brothers. (09/2002)
La rentrée théâtrale 2002. (09/2002)
Festisis 2002. (09/2002)
ATTENTION ! Salles en voie de disparition. (08/2002)
Une journée avec la Ruda Salska (08/2002)
La chaleur d'Avignon. (08/2002)
Histoires de vies brisées : les doubles peines de Lyon. (07/2002)
Renaud: Le mauvais sujet repenti. (06/2002)
Virginie Despentes ou l'art de toujours surprendre ! (06/2002)
La FĂŞte de la Musique. (06/2002)
Demandez le programme ! (04/2002)
Molière, le choix d'en rire (03/2004)

"Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices du siècle" (Préambule du Tartuffe)
 

Une part importante de la production de Molière se compose de commandes destinées à divertir le Roi et sa Cour. Louis XIV aimait la musique et la danse. Molière inventa pour lui, la comédie-ballet. La comédie-ballet est une forme de théâtre qui unit l’action et le dialogue du théâtre à d’autres arts tels que la danse, la musique ou le chant. La Comédia dell’arte est une source d’inspiration importante pour ce genre comique. En 1661, les Fâcheux est un essai réussi de la comédie-ballet. Il comporte à la fois un prologue chanté et dansé, et, une danse finale donnée à l’occasion d’un prochain mariage. Ce genre prend tout son sens avec des pièces comme Le Bourgeois Gentilhomme ou le Malade Imaginaire dans lesquelles les cérémonies étaient chantées et dansées, des intermèdes reliaient parfois les scènes… Les fantasmes de Mr Jourdain révèlent une série de sketches qui s’apparentent à du théâtre dans le théâtre.
 

Au-delà de la farce et des divertissements royaux, Molière est tenté par un théâtre plus mondain, aristocratique, voire par la tragédie.
 

Mais, l’échec de Dom Garcie de Navarre le fera revenir vers un genre plus fastueux. Il s’attache alors à composer des pièces qui ravissent autant l’œil que les oreilles et l’esprit. La décoration, le chant et la danse se mêlent harmonieusement au dialogue et à l’action dans un tourbillon de grâce et de luxe. Ces comédies réussissent à unir les conventions aristocratiques à l’analyse des mœurs. C’est une « navigation réglée entre le réalisme, la fourberie, le rêve et le théâtre » (Richard Monod).
 

Molière réussit à imposer différentes formes de comédies à la Cour du Roi et au peuple français et triomphe ans la comédie de mœurs et la grande comédie. Molière puise dans la comédie latine ou italienne, l’essentiel des intrigues de ses pièces.
 

Le sujet tourne généralement autour d’un principe simple : un couple d’amoureux tentent de mener à bien leur projet de mariage. Confrontés à des rivaux et des parents obtus, ils sont souvent aidés par des serviteurs zélés. Avec la comédie d’intrigue et de caractère, l’arroseur arrosé de la farce s’humanise. Par exemple, avec l’Ecole des femmes, le mari devient un simple homme jaloux qui capitule devant la jeunesse et la beauté de sa femme. C’est une description plus ou moins simplifiée de la complexité du genre humain et de la vie. Aussi, de Argan, le malade imaginaire à Alceste le misanthrope, de George Dandin à Sganarelle, les personnages de Molière renvoient le spectateur à sa propre image ou à celle de leurs contemporains. Toutefois, l’aspect comique demeure dans leurs travers et leurs défauts poussés parfois à l’extrême. Comme pour la farce, les personnages des comédies sont donc empruntés à la vie quotidienne. Mais bien souvent les personnages sur scène se trouvent aussi dans la salle : le tartuffe, les précieuses, les femmes savantes, les bourgeois gentilhomme… Le rire n’est plus seulement franc et innocent, il devient satirique, complice. Molière bâtit son style comique sur la satire à la fois des mœurs et de la société de l’époque. Il en aborde les principaux thèmes : éducation des filles, médecine, mariage, religion, émancipation des femmes. Au fil des siècles, ces thèmes deviennent de réels sujets de réflexion pour la société française.
 

Molière mêle extraordinairement l’esthétisme, le comique et la satire dans des pièces aussi prestigieuses que le Misanthrope, Tartuffe ou les Femmes savantes. Dans le style (utilisation de la prose) ou dans la construction (nombre d’actes), il parvient même à contourner les règles rigides de la grande comédie pour nous offrir des trésors aussi précieux que l’Avare, Dom Juan ou l’Ecole des femmes. Qui s’en plaindrait ? Reste que la grande comédie se préoccupe de vérité, de bienséance, de finesse et aussi de profondeur. Elle sait joindre l’utile à l’agréable. Molière fut son fidèle valet.
 

Par souci d’authenticité, de liberté et de tolérance, Molière a souhaité corriger « les vices des hommes » par la vertu du rire, dégageant par là-même les impostures et les tyrannies qui gâchent les relations humaines. C’est avec les grandes comédies que Molière cumule bon nombre d’opposants. En 1664, son Tartuffe est censuré. L’appui du roi n’y suffit pas. Pourtant, la faveur de Louis XIV ne se dément pas depuis l’arrivée de Molière à la Cour. Mais, le Roi Soleil doit faire face à la pression de la toute puissante Eglise et de ses dévots. Le scandale du Tartuffe met fin à la période exaltante, combative et joyeuse de l’auteur. Tartuffe sera joué 5 ans plus tard devant une salle comble. Après la censure du Tartuffe, Molière écrit en 15 jours une pièce majeure de son œuvre : Dom Juan.
 

Le personnage de Dom juan est un subtil mélange de tragique, de comique et de merveilleux. Ce personnage complexe allie tout à la fois cynisme, immoralité et fausse-dévotion. La portée satirique et le réalisme des pièces de Molière s’opposent largement aux traditions morales, aux principes religieux et aux conventions sociales de l’époque. Ainsi, grossit le nombre de ses ennemis, surtout à partir de l’Ecole des femmes (1662). Les rivaux de la troupe de l’Hôtel de Bourgogne, les docteurs obtus, les mondains ridiculisés, et les dévots - tous bousculés dans leurs convictions et leurs traditions - sont indignés qu’un homme, qui plus est un vulgaire comédien, remette en cause les principes fondamentaux de la société qu’ils modèlent à leur vue.
 

Bien que réelles et décevantes pour l’auteur, les années de répression ne sont qu’une parenthèse dans l’œuvre gigantesque de Molière. Molière laisse derrière lui, pour nous, à travers les siècles, les plus grandes comédies jamais écrites. Il prouve que l’esprit de contradiction, la satire et l’ironie portent en eux les germes d’une réflexion. Il montre qu’il est possible de critiquer la société dans laquelle on vit ainsi que ses contemporains pour résister, lutter et améliorer cette société. Le rire et la satire sont les garants d’une société libre. Ils luttent contre l’obscurantisme et la tyrannie, ils sont une porte ouverte sur la vie. Le message de Molière, au fond, est d’une simplicité bouleversante : riez, riez. Le rire peut nous sauver.

Marion Dieuloufet (4 mars 2004)

 

 


 

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