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Polo
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Crédit : Flavie Girbal
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04 Octobre 2002
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04 Octobre 2002
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LES SATELLITE ET LA SCèNE INDé FRANCAISE [04 Octobre 2002]
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Entre deux dates du Cabaret des Ogres à la Cigale auquel il participe, Polo accepte de faire à L’art-scène le récit de l’aventure indépendante au sein des Satellites.
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L'art-Scène : |
« Polo ex-chanteur des Satellites » N’est-ce pas un peu lassant comme introduction ? |
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Polo : |
Si, mais je me suis rendu compte que c’était également une manière de me situer pour les gens qui ne me connaissent pas donc pourquoi pas, ça ne me dérange pas vraiment. Ça ne m’enchante pas non plus.
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L'art-Scène : |
Pour ne pas éviter ce cliché sur toi, j’aimerais bien reparler de l’aventure des Satellites, et plus largement de l’émergence de la scène Indé. Les Satellites ont été un groupe emblématique au même titre que les Béruriers Noirs, la Mano Négra ou Les Négresses Vertes. L’arrivée de la scène indé a été un peu une rupture dans l’univers musical des années 80. Quel était le climat de l’époque pour expliquer une telle émergence, et comment ça s’est passé ? |
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Polo : |
Si tu veux, on s’est retrouvé à cette époque avec des gens qui faisaient des groupes et d’autres qui faisaient des maisons de disque, qui étaient faites avec à peu près les même gens qui faisaient les groupes. Je ne sais pas, il y a un mec qui a eu envie de faire un disque à un moment donné, c’était bizarre. En plus ce disque s’est vendu, ces disques se vendaient. Les disques des Béruriers Noirs surtout - qui étaient dans notre maison de disque, Bondage, pour qui les Béruriers Noirs étaient une sorte de locomotive en ce qui concerne la vente des disques et les concerts. Puis, petit à petit, il y a eu une sorte de mouvement, de concordance entre ces gens qui avaient envie de faire des labels : Bondage, Boucherie Production ou d’autres moins connus. Et puis des groupes qui tournaient en ayant en commun des choses pas tellement musicales, parce qu’il y a énormément de différences entre les Satellites, les Béruriers Noirs, les Washington Dead 4 ou Parabellum. Mais par contre ils y avaient en commun une certaine attitude sur scène qui voulait casser un peu avec l’image qu’on avait du rockeur de base, lunettes noires, boots pointues, un peu triste, qu’on pouvait avoir dans les années 70, même dans le punk des années 70 inspiré des Stooges. Les premiers punks étaient plutôt noirs alors que ce mouvement alternatif était plutôt gay, c’était à base de nez de clown, de couleurs très vives. Et puis une certaine attitude avec le public je dirais. A la fin des concerts les gens envahissaient la scène, c’était systématique, il y avait des slams. Tout le monde à l’envers et la salle était sans dessus dessous. Et les gens aimaient ça, c’était un genre de fête et c’est devenu une sorte de mode.
Et aujourd’hui il ne se passe plus tellement les mêmes choses dans les concerts. Sauf dans les concerts des Ogres, comme hier soir à la Cigale, où j’avais vraiment l’impression d’être colporté 15 ans en arrière parce qu’il y avait ce même sentiment de fête et de communication avec le groupe. En plus, ils avaient invité toute la clique. Il y avait moi, ex-Satellite, il y avait François, le chanteur des Béruriers Noirs, il y avait Pierre Peret, qui est encore d’une génération d’avant ( rires )
Donc on avait vraiment l’impression de cette même communion. La Cigale était bourrée à craquer, prête à exploser. Enfin c’est superbe… Les Ogres c’est cette génération de groupe je crois qui se sont vraiment nourris de la scène indé. Quand ils m’ont rencontré, ils étaient vachement impressionnés parce qu’ils ont écouté des disques des Satellites toute leur enfance. Comme les disques des autres groupes. Je crois qu’ils ont eu ce rêve eux, ça les a fait tripper vraiment très fort, ce mouvement indépendant, alternatif. Et aujourd’hui ils ont réussi à faire la continuité de ça. Même mieux que ce qu’on avait fait nous parce que nous on s’est quand même retrouvés tributaires de maisons de disques, de distributeurs, ou de salles de concert avec qui il fallait passer des contrats. Alors qu’eux ils sont totalement indépendants. Ils ont réussi à faire tous leurs disques eux-mêmes sans l’aide de personne. Ils ont leur structure, leur chapiteau, ils ont tout quoi. Je crois que les ogres c’est le premier groupe réellement alternatif, indépendant totalement de France. Mais s’ils ont pu exister c’est peut-être parce qu’avant il y a eu des premiers coups de semence. Et c’est marrant quand je les entends chanter Salut à toi. C’est vraiment une chanson qui se passe… ça fait une sorte de passage de génération, c’est bien.
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L'art-Scène : |
A quoi est due la fin des Satellites ? |
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Polo : |
On a arrêté parce qu’on en avait un peu assez. On avait fait 4 albums. Donc musicalement on était arrivé à un certain point. Je ne pense pas qu’il se serait passé des choses très intéressantes après le quatrième album - que j’aime bien d’ailleurs c’est mon préféré. Où alors il s’en serait passé mais ça n’aurait pas été facile parce que je crois qu’on aurait eu des envies très différentes dans le groupe. Moi, j’avais très envie de faire de la chanson parce que j’avais envie qu’on comprenne mes textes. J’avais envie de pouvoir être plus violent, de pouvoir amener plus de choses, plus de sensibilités, plus d’émotion sans se cacher derrière un mur d’amplis et une batterie. Je l’ai fait pendant des années. Quand j’étais jeune je trouvais ça très bien, c’est très rigolo. Mais j’ai ressenti au bout d’un moment l’envie d’aller plus loin dans la chanson elle-même, le texte et la manière de la chanter. Et le fait que le public soit vraiment avec la voix et les paroles en train d’écouter les paroles. Tant pis pour ceux que ça ennui, mais en tous cas, c’est ce dont j’avais envie. Le rock’n’roll je l’ai déjà fait, c’est bon, j’ai trouvé ça très bien, mais bon… […] Je crois que le fait de faire du rock et d’aimer les rock’n’roll touche des émotions plutôt liées à l’adolescence. […] Et j’ai des émotions antérieures à mon adolescence, plutôt dans mon enfance… La chanson je crois que c’est beaucoup plus lié à l’enfance. D’ailleurs je parle très souvent de l’enfance dans mes chansons. C’était peut-être plus des choses écoutées à la radio. Je me souviens que quand j’étais petit on entendait souvent Paris s’éveille à la radio. Dutronc ou Django Reinhardt ou Brassens ou Brel. En tous cas j’entendais beaucoup de chansons. ( Mes parents ne sont pas musiciens. ) Et ça ne m’a jamais vraiment quitté. Même pendant les Satellites, j’écrivais aussi mes petites chansons. Qui pouvaient ne servir à rien parce que elles auraient été complètement écrasées par le son. Pour les Satellites, il fallait faire des choses plus simples. ( Les langoustes etc. ) Ou alors chanter très fort et que ça soit quand même un peu efficace. Parce que c’est vrai qu’on n’écrit pas les mêmes choses quand c’est accompagné par une batterie, une basse et des guitares électriques plutôt que par une guitare acoustique.
Ensuite, je ne pense pas que ça soit complètement antinomique. Aujourd’hui, par exemple, j’aime bien travailler avec les Matchboxxs ou avec des groupes comme ça qui jouent fort et qui sont électriques. J’aime toujours autant ça.
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L'art-Scène : |
A ton avis pourquoi a eu lieu la fin de la scène indé ? |
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Polo : |
Il n’a jamais vraiment fini j’ai l’impression qu’il s’est un peu transformé. Il y a d’abord eu cette première période très nez de clown et rock’n’roll à fond les ballons. Et puis à la fin il n’est resté que les gens… je dirais… Genre les têtes raides ou des groupes comme ça. Qui eux existaient déjà à l’époque du mouvement alternatif, mais qui n’étaient pas très connus. Ils n’en faisaient pas vraiment partie, je dirais, à part entière. Et eux ils ont complètement explosé à la fin quand les groupes phares ont un peu rendu le tablier : Mano Negra, Béruriers Noirs et tous les autres. Et donc je crois que c’est devenu une sorte de scène un peu néo-réalisto etc. Ce genre de scène, la Tordue, les Têtes Raides et compagnie. Et puis la nouvelle génération comme ces Ogres, je trouve que ce sont des gens qui ont un petit peu tout assimilé finalement. Même ce côté Tête Raides, et même ce côté avant un petit peu punk alternatif. Donc je pense que le mouvement alternatif n’a jamais vraiment fini.
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L'art-Scène : |
Tes textes restent subversifs tout en étant sans agressivité, mais les textes des Satellites étaient peut être un peu plus agressifs. Par rapport à ton engagement d’avant et de maintenant, quelle est ta position. D’un côté on te voit discret, d’un autre côté tu as des textes qui sont assez forts... |
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Polo : |
Tu peux me préciser c’était quoi mon engagement d’avant ?
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L'art-Scène : |
Non. Râleur au moins. |
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Polo : |
Sur les américains ? les trucs comme ça ?
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L'art-Scène : |
Oui ou les flics... |
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Polo : |
Je ne suis pas tout à fait d’accord [pour le côté engagé des Satellites], parce que justement, on nous l’a assez reproché ( mais nous ça nous faisait rire ). En fait, on a un petit peu joué toujours avec ça. Par exemple le deuxième album des Satellites s’appelait Riches et célèbres. A l’époque, les groupes passaient leur temps à se plaindre. Les flics, les fachos, etc. Il fallait être vraiment super vindicatif, super anar et tout voir politisé extrême gauche. Et puis moi, je te le dis franchement, ce genre de trucs me gonfle. Je trouve que, comme disait Brassens, à partir de trois on est une bande de cons. C’est assez vrai. Mais en tous cas j’ai toujours eu horreur des chapelles, des esprits de groupe où il y a plein de gens qui sont tous d’accords avec un même truc. Et dans le mouvement alternatif, c’était bourré de ce genre de curetons bien-pensants de l’alternatif. Il fallait être vraiment de gauche, il fallait être vraiment anti-flics, vraiment anti-ça. Anti bourgeois aussi, mais stupidement tu sais, parce qu’il y avait plein de fils de bourgeois en plus là -dedans... Qui n’avaient pas du tout besoin de gagner leur vie pour pouvoir militer et compagnie. Alors si tu voulais vendre des disques et gagner de l’argent parce que tout simplement tu en avais besoin, tu étais très mal vu parce que fallait être pauvre tu sais, cette sorte de mythe romantique du pauvre artiste.
Et nous, dès notre deuxième album, on sortait quand même une chanson qui s’appelait Riches et Célèbres, où on se foutait carrément de la gueule de ces gens-là quoi. « Salut c’est nous / Nous sommes les Satellites / Tous de sales bourgeois / Nous faisons semblants d’être alternatifs / On vient de Versailles / Et ça se voit » « Nous sommes tellement bourgeois que les flics ne nous importunent jamais etc » Autant ça en a fait rire certain. Autant il y en a qui l’ont prit en travers parce qu’il fallait se foutre de le gueule des bourgeois, mais si on se foutait de la gueule des punks eux-mêmes, ça ne passait pas du tout. Donc tu vois, je ne pense pas qu’on ait été « engagés », on s’est toujours tenus en dehors de ce truc. Et on nous l’a reproché d’ailleurs. Hier encore, j’ai vu François des Béruriers Noirs, le chanteur, qui m’en a encore parlé de cette chanson Riches et Célèbres alors…
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