N° 19 - Jan. 2004
 
Fersen Thomas
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Photo Sandrine Expilly

 

Les ronds de carotte
14 titres
Ref : 4509-99166-2
Sorti : 1995
Production : tôt Ou tard
Distribution : tôt Ou tard


01 - Louise
02 - Au café de la paix
03 - Hugo, chanson du cyclone
04 - Les ronds de carotte
05 - Dans les transports
06 - Un temps de chien
07 - Ne pleure plus
08 - Hugo, à la bougie
09 - Pommes, pommes, pommes
10 - Un parapluie pour deux
11 - Pont Mirabeau
12 - Bella Ciao
13 - L'histoire d'une heure
14 - L'escalier

 
 
01 - Louise


Tes lèvres, Louise,
Sont des portes d'église
Où j'entre le matin,
Le chapeau à la main.
Tes lèvres, Louise,
Penses-tu ce qu'elles me disent,
Ou c'est du caraco,
Le rubis d'un mégot?

Après tout, peu importe
Où j'allume ma clope,
Aux premiers feux du jour
Ou aux foudres de l'amour,
Si les miennes se grisent
À tes lèvres, Louise

Sur tes lèvres, Louise,
Les miennes sont assises.
Je ne décolle plus les fesses
De ce banc de messe.
Tes lèvres, Louise,
Crois-tu ce qu'elles me disent,
Ou cette basilique
Est un kiosque à musique?

Après tout peu importe
Où j'allume ma clope,
Si ce n'est pas l'amour,
Ce sont les alentours
Si les miennes se grisent
À tes lèvres, Louise.

Ta lettre, Louise,
Est arrivée tantôt.
Des tes lèvres cerise,
Elles portent le sceau.
Tes lèvres, Louise,
Me donnent congé.
Ma rage s'épuise
Sur mes ongles rongés.

Paris te contient
Et je suis jaloux comme un chien.
Je reviens gratter à ta porte.
Tes lèvres sont closes.
Louise, tu m'envoies sur les roses,
Dis-moi quelque chose...
Rien.

Louise je ne veux plus
Que tu passes la nuit
En bas de l'avenue,
Sous un parapluie.

 

02 - Au café de la paix


Rendez-vous
À la brasserie
Du café de la paix.
Je t'attendrai.
Je porte un feutre
De couleur neutre
Et mon pardessus
N'est pas brillant non plus.

Je pose rai mon journal
Sur le bar devant moi.
Je pose rai mon journal,
Tu me reconnaîtras.

Si t'es en retard,
Passé le quart
Je prendrai un demi
Pour noyer mon ennui.
Si t'est en retard,
Jusqu'au soir
Je prendrai un sérieux
Pour le noyer mieux.

Je plierai mon journal
Sur le bar devant moi,.
Je plierai mon journal.
Tu me reconnaîtras,
Lalala.

On ira
Où tu voudras.
Tu me prendras le bras
Comme autrefois.
On ira voir note rue,
Notre chambre au sixième.
Tout ça n'existe plus
Mais on ira quand même.

L'annonce dans le journal
Est paru il y un mois.
Si tu lis ce journal,
Tu te reconnaîtras,
Lalala.

On ira voir la Seine
Et le coeur de Paris...
Ma maison de carton
Au pont Marie...
On ira voir ailleurs,
On ira faire fortune...

On ira voir ailleurs
Parce qu'il est l'heure.
Les chaises sont sur les tables.
C'est la fin de la fable.

Je pose ce qu'il me reste
Sur le bar devant moi:
Trois clous et un bouton de veste.
Tu ne me reconnaîtras pas.

La nuit étreint le ciel,
La nuit étreint le ciel.
Allez, mon rossignol,
La vie est belle.

 

03 - Hugo, chanson du cyclone


Hugo a soulevé la robe de l'île,
Hugo a soulevé la robe de l'île,
Hugo a soufflé les bougies
Et le toit de mon logis.
Oh, mon amour, que reste-t-il?
Hugo a craché sur notre île.

Hugo a soulevé la robe de l'île,
Hugo a soulevé la robe de l'île,
Et, d'un sale oeil, Hugo a vu
Combien, sur l'île, il avait plu.
Oh, mon amour, que reste-t-il?
Hugo a craché sur notre île.

Hugo a soufflé sur nos portes
Et tout pour lui fut feuille morte.
Oh, mon amour, que reste-t-il?
Hugo a craché sur notre île.

 

04 - Les ronds de carotte


Chacun aime
Avoir son pauvre,
Celui qu'il aide,
Celui qu'il sauve.
Les plus riches
Me font l'aumône,
Les plus chiches donnent
Des pièces jaunes
Et des ronds de carotte.

À l'époque,
J'avais le blé.
J'ai des cloques,
J'ai le balai,
Les feuilles mortes,
Les vieux papiers.
La fortune transporte, parfois,
De l'argent sous mon pied,
Et des ronds de carotte.

À L'époque,
J'avais l'auto.
Je suis en loques,
J'ai le landau,
J'attends la soupe populaire.
Si je la loupe,
Qui va m'en faire?
J'aime les ronds de carotte.

Les touristes
Viennent et observent.
Ils sont tristes
Mais ils me réservent
Les jetons de lave-linge,
Les boutons de culotte!
De la monnaie de singe
Et des ronds de carotte,
Et des ronds de carotte,
Que des ronds de carotte.

 

05 - Dans les transports


Moi qui fait ce trajet
Les yeux fermés,
Distrait par un décret
Sans intérêt,
J'ai raté l'arrêt.
Ainsi je resterai
Pendu par la main
Dans les transports en commun.

Je finis ma nuit
Sur la barre d'appui,
Sauf si l'on prend mon pied
Pour un vieux papier.
Dans les courbes, les chromes
Aimantent les mains,
Mes doigts meurent sous la paume
De mon prochain.

"Robespierre", je vais m'asseoir,
"Danton", "Desmoulins",
Je traverse l'histoire
Sur un strapontin,
Une banquette de moleskine,
Un banc de sardine.
La foule
Est mon berceau.

Je me dépêche vers toi
À l'heure où l'on s'écrase.
Elle appuie de tout son poids,
Mais la foule est courtoise.
Je reçois l'accolade
Des camarades.
L'hiver, le froid l'est moins
Dans les transports en commun.

Je me rends, mains en l'air,
Par le funiculaire,
Vers la chaude prison
De ta combinaison.
Je poursuis mon rêve
Dans les transports en grève
Et le dernier cahot
Me réveille au dépôt.

Dans les transports en commun,
Les filles sont nerveuses.
Les hommes ont le pied marin
Et la main baladeuse.
Sur la banquette
Où je me jette,
Je tords, le temps est long,
Mon ticket de carton...

Car l'allure est modeste
À cause des travaux
Et mon cœur, sous ma veste,
Est un moineau.
Au hasard je rencontre
Le cadran d'une montre...
Si je te dis, en plus,
Que j'ai raté le bus.

Avec ce retard là
Tu ne m'ouvriras pas.
Autant faire demi-tour
Et remettre l'amour.
Dans le bois, je gratte
Nos deux prénoms
Avec la date
De péremption.

Dans les transports en commun...

 

06 - Un temps de chien


Quand mon père
Me sort pour prendre l'air,
Nous allons boire une bière au Wepler.
Je salue des amis
Demande un demi...

Et très vite il oublie son alibi, moi.
À ma place
Je finis ma glace,
Je commence à compter les bus,
Je tire quelques bouffées
Sur ma cigarette russe.
Il m'est interdit de fumer plus.

Les gens, à la hâte,
Se cherchent un abri
Car le temps se gâte
Comme un fruit.

Un clodo
Demande un verre d'eau.
Il attend son petit cadeau...

Mais comme on lui refuse
Quand il tend son chapeau,
De sa bouche fusent
Quelques nom d'oiseaux.

Ça fait $@¤%£!

Une fille vient s'asseoir,
Poussée par la rue,
Tombée du trottoir
Assez nue.
Celle-là même
Que je vois tous les jours
Dos au mur,
Rue colaincourt...

Les jambes et les doigts
Dans un réseau de soie,
Elle attend les clients sur la voie.
Quelqu'un siffle,
Un autre la renifle.
Je me dis: "Quel temps de chien!"

Le nez dans le journal,
Je choisis mon cheval
Car le client, quelquefois, ce fut moi.

Les années s'en vont
Au son du clairon,
Au rythme des tours
De la porte à tambour.

Quand mon père
Me sort pour prendre l'air,
Nous allons boire une bière au Wepler.

 

07 - Ne pleure plus


La Seine est en crue,
La Seine est dans la rue.
Les berges sont noyées
Et les arbres ont rouillé.
La Seine est dans la rue,
L'océan ne boit plus,
Les oiseaux se sont tus.

On t'a jeté du sable,
Un voyou t'a voulu
Une peine inconsolable
Dont tes yeux sont l'issue
Et ta première larme,
Le caniveau l'a bue.
Ça n'était qu'une larme,
Ça n'était qu'un début
Car la Seine est en crue.
La Seine est dans la rue,
L'océan ne boit plus
Et le Zouave éternue.

Pont Alexandre III,
Les lions sont aux abois,
Les chats sont sur les toits
Et les poissons chez moi.
Des pigeons, confondus,
Croient que l'heure a sonné.
Sur une branche de salut,
Ils attendent Noé.
Ne pleure plus, ne pleure plus.
La Seine est dans la rue,
On n'avait jamais vu
Autant d'eau épandue.

Un blanc sec sur le zinc
Vaut mille wassingues
Pour, toute peine bue,
En essuyer la crue.
Mais toi, tu n'as pas soif.
Tu remplis les carafes
Et, les carafes pleines,
Tu remplis les fontaines.
Les miroirs ont ce charme:
Ils multiplient les choses.
Se reflétant, tes larmes
Redoublent et arrosent.

Ne pleure plus!

Un saule au bord de l'eau
Pleure de tristes rameaux.
Les rameaux c'est discret,
Toi tu pleures des forêts
Où revivent ces brocarts
Qui t'invitent à tuer
Et qui reviennent boire
À tes yeux embués.
Dis que tu pleures pour rire
Ou pour mieux engloutir
Les violons du souvenir
Sous le pont des soupirs.

Tes éclats en sanglots
Bouleversent les marées,
Un cheval au galop
Est rejoint dans la baie.
Le marin ne sait plus
À quel saint se vouer,
Voyant flux et reflux
Emporter ses bouées,
Emporter son chalut
Et sa coque trouée,
Lançant ses bras tendus
Et d'une voie enrouée:

"Ne pleure plus!"

Ne pleure plus, ne pleure plus,
Les digues sont rompues
Et des paquets de mer
Pèsent sur tes paupières
Et les vagues déferlent
À la moindre risée
En cascade de perles
Comme un collier brisé
Par un joli voleur
Que la rue a instruit,
Qui maraude ton coeur
Comme un vulgaire fruit.

Est-ce le fleuve Amour
Qui roule ses eaux noires
De fleuve sans espoir
Dans le lit du trottoir,
Ou ce sont les chimères
Plus douces que l'étreinte?
Et ces larmes amères,
Un caprice? Une feinte?
La fumée ou l'oignon,
La venue de l'automne,
La fin d'une chanson,
Pas grand-chose en somme:

Ne pleure plus!

Car la Seine est en crue,
La Seine est dans la rue
L'océan ne boit plus,
Les oiseaux se sont tus.

Ne pleure plus!

 

08 - Hugo, à la bougie


Hugo a soulevé la robe de l'île,
Hugo a soulevé la robe de l'île,
Hugo a soufflé les bougies
Et le toit de mon logis.
Oh mon amour que reste-t'il ?
Hugo a craché sur notre île.

Hugo a soulevé la robe de l'île,
Hugo a soulevé la robe de l'île,
Et d'un sale oeil Hugo a vu
Combien sur l'île il avait plu.
Oh mon amour que reste-t'il ?
Hugo a craché sur notre île.

Hugo a soufflé sur nos portes
Et tout pour lui fut feuille morte.
Oh mon amour que reste-t'il ?
Hugo a craché sur notre île.

 

09 - Pommes, pommes, pommes


Pommes, pommes, pommes,
C'est l'automne
Si monotone.
C'est triste, triste, triste,
Les feuilles mortes,
Les flaques d'eau,
Le vent dans la ruelle qui emporte les journaux.

À Boulogne,
C'est de saison,
Les enfants
Ramassent des marrons.
En caressant l'automne
Un balayeur fredonne:
"Pommes, pommes, pommes ...
Oh mon amour,
Le jour viendra
Où tu refleuriras."

La nuit tombe.
On s'étonne:
Ces feuilles sur le sol?
Et oui, c'est l'automne.
Un homme sans toit
Occupe un banc de bois.
On le montre aux enfants qui n'obéissent pas.

C'est l'automne,
C'est l'automne
Et, de temps en temps,
L'hiver montre ses dents
Et la nuit, sous les ponts,
On gèle jusqu'au trognon
De pomme, pomme, pomme.

 

10 - Un parapluie pour deux


J'habite au sixième
Une chambre sans vue,
À la semaine,
La semaine ou la rue.
Je laisse mes quatre murs entre eux
Quand le ciel est bleu,
Je prends un parapluie pour deux
Quand le ciel est pluvieux.

Avec toi, on n'est pas pieds nus
Pour aller dans la rue.

Je descends sans lumière
À cause du propriétaire.
Je paye au lance-pierre.
Je laisse mes quatre murs entre eux
Quand le ciel est bleu.
Je prends un parapluie pour deux
Quand le ciel est pluvieux.

Avec toi, on n'est pas pieds nus
Pour aller dans la rue.

À tous les étages,
On rencontre des gens
Qui vous dévisagent
Sans desserrer les dents.
Je descends quatre à quatre
Quand le ciel est bleu.
Je descends sur la rampe
Quand le ciel est pluvieux.

Avec eux, on n'est pas pieds nus
Pour aller dans la rue.

Ici, la brique est rousse
Et les murs en sont noirs
Et les filles sont douces
Sur ces fonds repoussoirs.
Je laisse mes quatre murs entre eux
Pour les mauvais trottoirs.
Je prends un parapluie pour deux
S'il commence à pleuvoir.

Allez viens, on n'est pas pieds nus
Pour aller dans la rue.

 

11 - Pont Mirabeau


Pont Mirabeau,
Je ramasse un rameau.
Je le jette dans l'eau
Et je le regarde.
Je crache d'en haut,
Je crache dans l'eau
Et le fleuve m'emmène
Vers le Havre.
Un vieux corbeau
Pense tout haut
Que je devrais être à l'école.
Cela n'est pas faux,
Mais il fait beau
Et le tableau noir me désole.

Le tourniquet
Ne m'a pas vu passer.
Je ramasse un ticket,
Je file
Et, sur le quai,
Libre d'un vase cassé
Fuit un joli bouquet
De filles..
La solitude
Me fait marcher.
Elle a un humour impossible.
Elle fait trembler
Le petit archer.
À chaque fois, il rate sa cible.

Qu'on soit àgé
Ou bien jeune usager,
On regarde ses pieds,
Pensif.
Le ciel est bleu.
Le train remue sa queue.
On se bouscule un peu:
"Passy".
On saute la Seine.
C'est un ruisseau.
D'un coup de rame de métro,
Le pont Bir-Hakeim
Se reflète en ciseaux
Sur le fil de l'eau.

Seules en terrasses,
Les feuilles mortes s'entassent
Sur quelques chaises
Oubliées
Et, sur les places,
Les fontaines Wallace
Attendent l'été,
Désoeuvrées.

Comment trouver
une chaussure à mon pied?
Je ramasse une gifle
Quand je siffle.
Je fais le beau,
Je tourne autour du pot
Et mes phrases tombent à l'eau,
Poncifs.
Comment trouver
une chaussure à mon pied?
Je vais chez le fripier,
Je m'habille.
Je suis élégant,
Qui dirait que ces gants
Sont de deuxième main
De fille?

Une inconnue
Semble perdue,
Elle cherche sa rue dans la mienne.
À première vue,
Elle m'avait plu mais
Elle entre dans les vespasiennes.
Dans mes foulées
Pèse le jour écoulé.
Ma vigueur, au couchant,
Décline
Avec le chant
D'un clochard affalé
Sur le banc de l'allée
Des cygnes.

 

12 - Bella Ciao


Una mattina
Mi son'svegliato
O bella ciao, bella ciao
Bella ciao, ciao, ciao
Una mattina
Mi son'svegliato
E ho trovato l'invasore.

O partigiano
Porta mi via
O bella ciao, bella ciao
Bella ciao, ciao, ciao
O partigiano
Porta mi via
Che mi sento di morire.

E se io muoio
Da partigiano
O bella ciao, bella ciao
Bella ciao, ciao, ciao
E se io muoio
Da partigiano
Tu mi devi seppellire.

Mi seppellirai
Lassù in montagna
O bella ciao, bella ciao
Bella ciao, ciao, ciao
Mi seppellirai
Lassù in montagna
Sotto l'ombra d'un bel fiore

E la gente
Che passerà
O bella ciao, bella ciao
Bella ciao, ciao, ciao
E la gente
Che passerà
E dirà : "O che bel fiore".

E questo il fiore
Del partigiano
O bella ciao, bella ciao
Bella ciao, ciao, ciao
E questo il fiore
Del partigiano
Morto per la libertà

 

13 - L'histoire d'une heure


C'est l'histoire d'une heure
Perdue quai aux fleurs,
Une heure à rêver
Aux objets trouvés,
Une heure à t'attendre,
À regarder vendre
Quelques fleurs coupées,
Quelques fleurs de mai.

C'est l'histoire d'une heure
Perdue sans humeur,
Une heure à rêver
À ton arrivée,
Une heure dans la rue
À faire le pied de grue,
À faire les cent pas
Et quelques entrechats.

Quel drôle de ballet.
Mon petit manège
Intrigue les poulets
Du quai des orfèvres.
Un coup de sifflet,
Une paire de bracelets,
Et sous les verrous
Une histoire de fous:

"C'est l'histoire d'une heure, messieurs,
À vous expliquer.
C'est l'histoire d'une heure
Perdue sur le quai."
C'est l'histoire d'une nuit
Perdue dans un puits
À faire des aveux,
Les violettes aux yeux.

On cherche un assassin
Et moi, le petit saint,
Ma faute est sublime:
J'ai perdu l'heure du crime.
Qui retrouvera
Une heure devant soi,
Une heure à attendre,
Voudra bien me la rendre.

C'est l'histoire d'une heure
Perdue quai aux fleurs,
Une heure à rêver
Aux objets trouvés
Et, dans ma prison,
Je chante ma chanson
À mes heures perdues.
Je ne les compte plus.

 

14 - L'escalier


L'escalier tourne
Dans l'immeuble où je perche.
L'escalier monte
Au septième où je crèche.
Quand, dans sa vrille,
Je lâche une bille
À la rambarde,
J'écoute sa cascade
Jusqu'à la rue,
Sa course tordue.
Je lâche un rot
Dans ses anneaux.
Je sonne aux portes
Et mes jambes m'emportent,
L'escalier gronde
Que c'est quand même un monde.

J'habite au 2 rue papillon,
Vous reconnaîtrez la maison.

Chaque nuit,
L'escalier me tourmente.
Dans son puits,
Montent mes eaux dormantes.
Je vois des pièges
Dans ses arpèges.
L'escalier craque,
La concierge me traque.
À coups de trique,
J'apprends la musique:
Leçon de morale
Dans la spirale
Et, dans la cage,
Je promets d'être sage
(Parole d'oiseau
Derrière les barreaux.)

J'habite au 4 rue de la Lune,
Ceci est un couplet nocturne.

Chaque jour
Je grandis de la sorte
Qu'un beau jour,
Je me baisse aux portes.
Quant à l'amour,
Je tourne autour
Dans l'escalier.
Quand elle me dit bonjour,
C'est un rosier
Grimpant dans une tour.
Contre la rampe,
Entre deux lampes
Et entre ses bras,
Je quitte l'âge ingrat.
Sous le riz,
Nous quittons la mairie.

J'habite au 6 rue de la gaieté,
La porte n'est jamais fermée.

 

 


 

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