N° 11 - Mars 2003
 
Miroir militant
Les dérives du net : la pédophilie (02/2003)
Irak, Bush : garde à nous. (02/2003)
José Bové : exemple à suivre (01/2003 et toujours)
Pour Noël, servez donc culture et tolérance (12/2002)
Religion: interview exclusive (11/2002)
L'impardonnable peine de mort (10/2002)
Le GENEPI : une association militante (10/2002)
De la nécessité de philosopher (09/2002)
Coûts et contrecoups des vacances. (08/2002)
Reprenons la Bastille et ouvrons la cage aux oiseaux. (07/2002)
La bagnole déboussole. Mais pourquoi donc ? (06/2002)
Le keffieh de la résistance Palestinienne à l'oppression. (04/2002)
Militer : mode d'emploi.
Les dérives du net : la pédophilie (02/2003)

Si, de nos jours, la pédophilie se définit dans le dictionnaire par une "attirance sexuelle pour les adolescents et les jeunes enfants", un pédophile était, dans la Grecque Antique, un "ami des enfants".
Selon l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la pédophilie n'est pas une maladie mentale, mais "un trouble de la préférence sexuelle".

Il existe plusieurs types de pédophiles, que l'on peut classer en deux grandes catégories. Premièrement, ceux qui éprouvent une attirance érotique de type pédophilique, sans pour autant réaliser leurs fantasmes. On les appelle pédophiles potentiels et ils ne sont aucunement coupables vis-à-vis de la loi. Deuxièmement, il y a les pédophiles qui passeront à l'acte, pratiquant des abus d'ordre sexuel sur des mineurs.
Le pédophile se définit par son immaturité affective et un complexe d'infériorité face à la sexualité de ses pairs adultes. Ceci le pousse à choisir un enfant ou un adolescent comme cible, puisqu'il est par définition dépendant, physiquement et psychologiquement non mature. Le pédophile peut être attiré par les filles, les garçons, ou même par les deux. Il appartient à tous les milieux sociaux. Il est important de souligner que tous les pédophiles ne présentent pas la même structure de personnalité.
Un pédophile choisit sa cible en vue d'assouvir son excitation sexuelle, mais parfois aussi pour répondre à d'autres désirs ou besoins, comme celui d'affirmer sa toute puissance, celui de faire souffrir, ou encore celui de répondre à une mission délirante…
Si l'un recherchera uniquement une satisfaction sexuelle, voyant les enfants comme des égaux à initier, d'autres se décriront comme des amoureux d'enfants, appelés "boylovers", qui tentent de justifier les relations sexuelles entre un adulte et un enfant à travers des arguments pseudo-scientifiques, tout ça pour débrider la sexualité de l'enfant, non comprise par le reste du monde ! A noter que leur amour n'est pas que platonique…
Certains encore sont traversés du besoin d'affliger des souffrances à des mineurs, les considérant comme des objets à utiliser en guise de stimulant émotionnel. Ces cas de pédophiles sadiques sont plutôt rares. Quant aux pédophiles répondant à une mission délirante, il s'agit de personnes présentant des troubles psychotiques.

 

Et sur le net ?

Avant l'existence d'Internet, le pédophile était très souvent isolé de ses semblables; une solitude qui l'empêchait de partager ses sentiments avec d'autres pédophiles. Cette sorte de clandestinité s'est évaporée lorsqu'internet a débarqué, permettant des échanges entre les pédophiles, mais aussi mettant à leur disposition un endroit libre de toute réglementation, donnant accès à des infos, des photos de pornographie enfantine, à des réseaux d'exploitation sexuelle d'enfants, des lieux de communication (chat rooms, forums, mailings lists) où trouver de nouvelles proies.

A noter que la majorité des informations à caractère pédophile sur le web ne se trouve pas dès que l'on se branche sur Internet… Au contraire, ces données illicites sont relativement cachées sur le réseau. Avec certains codes, vocabulaire bien explicite utilisé par les pédophiles et les personnes qui en font leur commerce, on retrouve vite les traces de mailings lists (groupes de discussion par e-mail).
Principalement, les pédophiles s'y échangent des images et des informations diverses. Il se peut également que certaines personnes envoient des messages de demandes de rencontres réelles avec des enfants.
On trouve aussi des mailings lists spéciales pour les boylovers, ainsi que des sites adaptés à leurs envies. Les images que l'on peut y voir ne présentent pas toujours forcément des enfants impliqués dans des scènes pornographiques, les boylovers prétendant être avant tout "amoureux" de l'enfant et non attiré sexuellement par lui.
D'autres sites, destinés aux pédophiles confirmés, proposent toute sorte de matériel et services, CD-Rom d'images, "Sex Tours" en Thaïlande ou au Mexique, vidéos, magazines, etc. Très souvent, la panoplie est assez alléchante pour le consommateur qui aura ensuite à payer pour avoir droit à d'autres marchandises.
Autres sites : les BBS. Ce sont de véritables clubs privés sur le réseau. Il faut donc payer une entrée pour y avoir accès. Ce critère limite ainsi le passage et il est impossible, sans s'acquitter de la taxe d'entrée, de connaître leur contenu, ni même d'identifier les créateurs de ces clubs. Tout porte à croire que les BBS sont au centre d'activités très denses en la matière.

 

Comme un grand nombre de matériel pédophile mis à disposition sur le net est payant et que, d'autre part, le seul moyen de le régler est la carte de crédit, on peut s'interroger sur le rôle des organismes de paiement et leurs responsabilités. Sans eux, le marché de la pornographie enfantine ne pourrait pas se développer aussi facilement.
Ces organismes passent-ils un contrat avec leurs clients ? Vérifient-ils que leurs clients ne proposent pas de marchandises illégales, interdites ou immorales ? Existe-t-il un code d'éthique des affaires ? Déontologiquement, existe-t-il des règles ou une charte ? Contrôlent-ils leurs clients, la provenance de leurs revenus ? Et si l'organisme de paiement découvre que l'un de leur client utilise leurs services pour cautionner une activité illicite, que peut-il faire ? Pour toutes ces questions, que l'on se pose délibérément, L'art-scène a demandé aux trois principaux organismes de paiement, soit VISA (via Corner Bank), American Express et Eurocard-Mastercard, s'ils voulaient bien y répondre.
Corner Bank, (VISA) n'a pas daigné nous répondre…
Voici ce que Eurocard-Mastercard nous a écrit :
"… Notre société ne gère aucun contrat d'acceptation avec des commerçants sur le net ou sous quelque forme que ce soit. Nos clients sont exclusivement des banques françaises qui diffusent les cartes de notre gamme auprès de leurs clients."
On peut donc en conclure que ce serait aux banques de passer un contrat avec les marchands sur le net et de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'abus. Peut-être bien. Mais il est bizarre qu'une société comme Eurocard-Mastercard ne veuille pas imposer les règles qui délimitent leur image de marque.
Après avoir montré patte blanche chez American Express, nous avons eu une réponse orale nous assurant que, dans le monde entier, American Express passe un contrat avec chaque commerçant. D'autre part, la nature du commerce est spécifiée d'avance et American Express ne conclut aucun acte d'affiliation avec tout ce qui a trait au marché du sexe. Il existe chez eux un service de surveillance des sites marchands sur le net qui vérifie que les emplacements ayant le logo de paiement "American Express" ne proposent aucune marchandise illégale ou immorale. Si toutefois il y a fraude de la part d'un de leur adhérent, American Express lance une procédure de dénonciation aux autorités.

 

Jouant un rôle prépondérant, les fournisseurs d'accès à Internet, hébergeurs de sites, de forums, de chat-rooms et de mailings lists, ont une grande responsabilité face à leurs clients. Mais en ont-ils conscience ?
Là aussi, L'art-scène se devait de leur poser les mêmes questions, à savoir s'ils passent un contrat avec leurs clients, s'il existe une charte ou un règlement, quelles sont leurs responsabilités face à un client qui diffuserait des informations à tendance pédophile, comment peuvent-ils concrètement empêcher ce fléau, et si le cas se présente, portent-ils plainte aux autorités compétentes ? Nous avons écrit à Voila.fr, Wanadoo.fr, t-online.fr (Club-Internet), AOL.fr, mais aussi à l'AFA (Association des Fournisseurs d'Accès à Internet).
Ces questions semblent être gênantes pour ces organismes, puisque aucun des hébergeurs cités ci-dessus ne nous a répondu… A part peut-être AOL.fr, duquel nous avons reçu un mailing automatique, nous proposant de poser nos questions sur un salon technique… Salon technique que nous avons cherché sur leur site - sans succès.
Cependant, selon les associations luttant contre la pédophilie sur le net contactées, certaines de ces sociétés mandateraient des employés pour effectuer ponctuellement des contrôles de contenus sur les serveurs. Car pour l’heure, il n’y a pas de moyens techniques automatisés mis en œuvre.
Juste avant de boucler cet article, nous avons reçu un mail de l'AFA, nous communiquant qu'un de leur service, appelé "Point de Contact", lutte contre la pornographie enfantine et également contre l'incitation à la haine raciale. Voici les précieuses explications de l'AFA :

"Lorsque nous recevons un signalement de pornographie enfantine, nous tentons tout d'abord de le localiser à l'aide d'un logiciel spécifique, puis :
- si le site est hébergé dans un pays dans lequel nous avons une hotline partenaire, nous lui transmettons le signalement afin qu'elle le communique elle-même à ses propres autorités de police.
- si le site est hébergé dans un pays dans lequel nous n'avons pas de partenaire, nous le signalons aux autorités françaises qui le communiquent ensuite aux autorités de ce pays par la voie prévue par les accords internationaux en la matière.
- si le site est hébergé en France, nous le signalons aux autorités françaises ainsi qu'au prestataire d'hébergement, si ce dernier est membre de l'AFA. Le plus souvent ce prestataire attend le signal des autorités de police avant d'empêcher l'accès au contenu du site signalé, pour ne pas préjudicier à l'enquête concernant les auteurs de l'infraction.

Nous n'avons nous-mêmes aucune responsabilité vis-à-vis des personnes qui diffusent des propos ou des contenus de pornographie enfantine, seuls étant responsables de ces contenus les auteurs, diffuseurs et de manière générale les personnes qui consultent et mettent en ligne ces contenus.

Cependant, la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, telle que modifiée par une loi du 1er août 2000, impose aux fournisseurs d'accès d'informer leurs abonnés sur l'existence de moyens de filtrage et de leur proposer au moins l'un de ces moyens. Cette loi impose également aux fournisseurs d'hébergement, pour ne pas voir leur responsabilité engagée du fait de ces contenus, d'empêcher l'accès à tout contenu illicite lorsqu'ils sont saisis à cette fin par une autorité judiciaire. Quand les hébergeurs ont connaissance qu'ils hébergent de la pornographie enfantine, ils coupent ces contenus, sauf comme nous le disions sur demande des services d'enquête.

Un projet de loi modifiant ces dernières dispositions est cependant en cours de discussion au Parlement, mais ne devrait pas modifier cette situation."



Le problème de la pédophilie s'étant ouvert au grand public avec plusieurs scandales qui ont éclaté dans tous les coins du monde, les gouvernements ont dû réagir. Ils ont créé des polices expertes en cyber-crimes ou encore plus spécifiquement en pornographie enfantine.
L'art-scène fera un point sur ces nouveaux organismes et les législations en vigueur en France, en Suisse et en Belgique dans la 2ème partie des "Dérives du net".
Même si le Conseil d'Europe a élaboré une "Convention sur la criminalité dans le cyberespace", visant à définir les infractions et à instaurer des mécanismes de coopération entre Etats, beaucoup d'organisations non-gouvernementales s'opposent à ce genre de lois, vu que le respect de la vie privée en serait très souvent bafoué.
D'autre part, la clandestinité de la pédopornographie risquerait de s'accroître avec l'augmentation du contrôle sur le net. En effet, tout contrôle rendra les pratiques de plus en plus secrètes, sans pour autant nécessairement diminuer le danger qu'elles représentent pour les enfants.

 

Alors que faire ?

Devant un tel dilemme pour protéger les enfants des pédophiles sur le net, on ne peut que privilégier la prévention, sans doute l'arme la plus fiable actuellement.
Bien sûr, il existe des logiciels de contrôle parental (certains fournisseurs d'accès à Internet les intègrent dans leur offre d'abonnement) qui permettent de filtrer les sites au moyen de mots-clés ou par un tri de catégories qui paraissent appropriées aux parents. Mais il arrive fréquemment à chaque internaute qu'une fenêtre ou un pop-up s'ouvre inopinément, contenant des propos ou images pouvant heurter la sensibilité de jeunes surfeurs.
Il est donc conseillé qu'un parent reste à proximité de l'enfant lorsqu'il est connecté et que ce dernier puisse discuter immédiatement de ce qu'il voit sur le net. Sur des sujets qui peuvent être difficiles, le dialogue est crucial.

Les associations qui luttent contre la pédophilie sur le net ont très vite pris conscience qu'un enfant bien averti des dangers du net risque d'être moins influençable, car moins naïf.
Une association, que nous avons contacté mais qui préfère garder l'anonymat, milite précisément pour mettre en garde les enfants, mais aussi les ados et leurs parents. Leur site se compose ainsi en trois parties, avec une foule de renseignements et d'indications utiles. De la prévention a été faite dans certaines écoles privées et cette association compte bien l'étendre aux écoles publiques de toute la Suisse romande.
En Belgique, le groupe d'étude MAPI (Mouvement Anti-Pédophilie sur Internet) réfléchit au problème de la présence sur Internet d'informations à caractère pédophile. Sur leur site, on peut lire les résultats de leur très intéressante enquête sur le sujet.
Concernant la France, l'association "Le Bouclier" s'occupe en règle générale de la défense des droits des enfants. Mais elle traque activement la pédophilie sur le net, lançant par exemple une campagne internationale contre les pédophiles ou suggérant des "propositions" pour mettre un peu d'ordre dans un système plein de failles.


Si tout le monde est d'accord pour dire que la pédophilie est un crime odieux et inadmissible, force est de constater que tout le monde n'est pas d'accord sur la manière dont il faut éradiquer ce problème du net.
Et dans l'attente de décisions concrètes et efficaces, il y a chaque jour des enfants et des adolescents qui subissent harcèlements et violences sexuelles…

véro.


[le site de MAPI]

[lire le rapport de MAPI]


[le site du Bouclier]

Crédits photos et illustrations :
Numérotées de 1 à 5, de haut en bas.
1 – Loulou
2 et 5 – Mix & Remix, tirés de "L'Hebdo - dessins parus entre 1998 et 2000"
3 – V.E. pour L'art-scène
4 – Source inconnue

 

 


 

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