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Les En-Jeux Olympiques (07-08 2004)
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Les premiers jeux modernes ont puisé dans les jeux de la Grèce antique à la fois la forme, les principes de paix, de tolérance et d’amateurisme et quelques unes des disciplines pratiquées jadis. Rétablis en 1896 par Pierre de Coubertin et malgré de nombreuses attaques dans leurs principes fondamentaux, les Jeux Olympiques se sont développés, en un siècle, pour devenir le rendez-vous planétaire de la jeunesse et du sport. |
Au IXème siècle avant JC, des conflits fratricides déchiraient les Grecs. Après avoir consulté l’oracle de Delphes, le roi de l’Elide, Iphitos, rétablit les Jeux - qui auraient déjà existé au 15ème siècle avant JC. Lycurgue, roi de Sparte, avec d’autres rois ennemis reconnurent l’Elide comme Etat neutre et choisirent la ville d’Olympie pour le déroulement des Jeux. Il déposèrent les armes pendant la durée des festivités, qui à l’époque se comptait en jours (1 à 3). Les Olympiques étaient nées. Les premières eurent lieu en 884 avant JC. En ce temps, les vainqueurs des épreuves recevaient une couronne d’olivier, coupée, avec une faucille d’or, dans l’arbre sacré planté par Héraclès. Une statue à leur effigie était bâtie dans leurs villes. Mais devant la multiplication des épreuves et des gagnants, les récompenses prirent l’allure d’avantages matériels tels que l’exonération d’impôts ou une rémunération. Si, en principe, tout citoyen pouvait participer, seuls les fortunés pouvaient supporter les frais. Dans l’idéal antique, le sport grec participait du sacré. Mais, peu à peu, le désintéressement initial disparut. Certains athlètes devinrent des professionnels et se monnayèrent au plus offrant. Non, non, rien n’a changé !!! Eh oui… En 394, les jeux Olympiques furent déclarés impies et interdits par Théodore Ier, empereur chrétien d’Orient et d’Occident. |
Les jeux ont donc été rétablis à la fin du XIXème siècle grâce à la volonté du Baron Pierre de Coubertin. Il favorisa dès les premiers jeux modernes une alternance des pays d’accueil. Comme dans la Grèce antique, les femmes furent exclues des premières compétitions à Athènes (1896). Elles furent tolérées par la suite et disputèrent officiellement leurs premiers jeux en 1928 à Amsterdam, contre la volonté du Baron de Coubertin. Cet été, ma solidarité ira aux Femmes. D’abord aux femmes athlètes qui représentent courageusement des pays dans lesquels leurs propres droits sont bafoués. Pourquoi ces pays ne sont-ils pas exclus des jeux comme le fut l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid ? Ensuite, aux femmes qui en ont marre de voir du sport dans la petite lucarne télévisée. |
Depuis leur restauration, les JO ne sont pas seulement le théâtre d’affrontements sportifs. Les athlètes sont bien souvent les alibis « démocratiques » d’affrontements politiques, économiques, et pire, des faire-valoir raciaux. En 1931, Berlin fut choisie pour organiser les XIe Jeux Olympiques. L’avènement d’Hitler au pouvoir, en 1933, ne change pas la donne. Le parti nazi comprend que les Jeux sont le terrain idéal pour promouvoir la puissance allemande tant dans l’organisation que dans l’idéologie (culte du sport, de l’effort, tradition, santé, hygiène...). Le sport devait ainsi révéler la supériorité du peuple aryen. « Toute l’éducation doit tendre à employer tous les moments libres du jeune homme à fortifier utilement son corps (...). L’Etat raciste (...) s’attachera à obtenir, par un élevage approprié (sic), des corps foncièrement sains » (Hitler, Mein Kampf). Coups de canifs politiques, cette année-là , l’athlète noir américain Jesse Owens remporte 4 médailles d’or sous les yeux d’Hitler, contestant ainsi la suprématie de la race aryenne. Reste que ces Jeux Olympiques n’auraient sans doute pas eu lieu si cette vision nazie du sport - ou du moins une forme de racisme - n’avait été partagée par certains dirigeants olympiques. En effet, malgré l’écho humaniste et égalitaire dont la presse veut l’inonder, le Baron Pierre de Coubertin ne correspond pas exactement à l’esprit d’ouverture et de tolérance des JO. Ses propos sont d’une ambiguïté parfois troublante. « La théorie de l'égalité des droits pour toutes les races humaines, conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial. Sans naturellement (sic) s'abaisser, à l'esclavage ou même à une forme adoucie du servage, la race supérieure a raison à la race inférieure certains privilèges de la vie civilisée. » (« The review of the reviews », avril 1901). Les Jeux Olympiques servaient-ils d’excuses pour démontrer et exhiber la supériorité du colon sur l’indigène ? « Ces hommes audacieux qui parcourent le continent noir, jouent gaiement leur santé et répandent vaillamment leur sang pour ouvrir un comptoir de plus au commerce national, pour planter une fois de plus nos trois couleurs sur une case indigène. » (In « La jeunesse de la France », conférence 1890). |
Les Jeux Olympiques de Berlin ne furent pas une erreur dans le paysage olympique mais une véritable rencontre. Apologie de la force virile, de la compétition, du drapeau et nationalisme exacerbé sont autant de fers de lance de l’idéologie nazie. Certains éléments du protocole, inaugurés en 1936, sont encore aujourd’hui utilisés : lâcher de pigeons, flamme olympique, défilés, décompte des médailles obtenues par nation, etc. Et Pierre de Coubertin de reconnaître : « La glorification du régime nazi, a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu'ils (les jeux de 1936) ont connu », et, « La première caractéristique essentielle de l’olympisme ancien aussi bien que de l’olympisme moderne, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète antique honorait les dieux. En faisant de même, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau » (« Les assises philosophiques de l’Olympisme moderne », L’idée olympique, 1967). |
Par la suite, pendant la guerre froide, les athlètes deviennent de véritables enjeux politiques. Les athlètes sont alors les vitrines du pays, de la nation et du système politique. Certains Etats fournissent les substances chimiques nécessaires au développement de la masse musculaire des athlètes ainsi qu’à l’accroissement de leur performance. La compétition est/ouest devient une lutte sans fin et sans merci au péril de la vie des athlètes. L’influence des jeux est telle que la victoire d’un athlète devient celle d’une nation. Le décompte des médailles est souvent l’évaluation sournoise de la supériorité politique et économique d’un système sur un autre. La politisation des jeux atteint son paroxysme macabre lors des jeux de Munich en 1972. Un commando palestinien et leurs otages, 15 personnes au total, sont tués lors de l’assaut de la police. De nombreux exemples prouvent à quel point l’histoire des JO s’inscrit plus dans l’Histoire que dans l’histoire du sport. Autre forme de protestation et d’affrontement entre puissances mondiales, le boycott tantôt russe, coréen, cubain ou américain. Exploit digne de médaille, à Atlanta en 1996, toutes les nations inscrites participèrent. Aujourd’hui encore, la candidature de Beijing (Chine) en 2008 soulève des questions quant aux garanties démocratiques fournies par le régime chinois. La population craint que les JO servent de prétexte à l’accroissement de la pression militaire et à un contrôle permanent de la population. |
De nos jours, les JO commencent bien avant l’ouverture officielle. D’abord, les villes et les pays s’arrachent l’accueil des jeux malgré le budget colossal à y consacrer. Ensuite, il faut financer les structures, les matériaux et les technologies, et dans ce domaine, la devise des Jeux semble primer : « Citius, altius, fortius » (« plus vite, plus haut, plus fort »). La course au gigantisme réduit le nombre de villes candidates et empêche de fait, la candidature des pays en voie de développement. Aucun jeu ne s’est déroulé sur le continent africain. Il ne fait pourtant aucun doute que l’accueil des JO permet un développement économique important sur la ville qui accueille ainsi que sur ses environs. Mais, pour financer les installations, le coût budgétaire atteint des sommes folles, les déficits également. Pour exemple, le budget des JO d’Atlanta s’élève à 1.58 milliards de dollars et en 1972, les JO de Munich comptent un déficit de 290 millions. Les jeux deviennent bénéficiaires en 1984 dès l’entrée d’une nouvelle donne : les droits de retransmission télévisée. Leur expansion est vertigineuse, ils sont multipliés par 2000 en moins de 30 ans.
La médiatisation des jeux est à ce point considérable que les jeux se financent aujourd’hui grâce au sponsoring. Il est le moteur principal des villes qui accueillent les JO. Du coup, les JO se transforment en grande entreprise commerciale et financière qui brasse des milliards. C’est un groupement d’une cinquantaine de sponsors qui participe au financement global des jeux. En échange, ils se réservent l’accès aux principaux espaces publicitaires tant sur les terrains que sur les athlètes ou en spots TV (sponsor officiel). Certaines marques peuvent même utiliser le logo des JO dans leur propre publicité. Le retour sur investissement est plus que lucratif. En 1996, les recettes du sponsoring représentent environ 550 millions de dollars (environ 1/3 du budget des JO). Le CIO vend très cher les droits d’accès au club fermé des parrains tels que Coca Cola, IBM, Fuji… En 2000, à Sydney, les droits de retransmission s’élèvent à près de 600 millions de dollars, et, les sponsors ont versé à peu près le même montant en soutien financier et logistique. Etre présent partout sur le plus grand événement sportif de la planète devient un enjeu financier colossal. |
Aujourd’hui, au milieu des débats politiques et des enjeux financiers, on a du mal à entrevoir l’athlète courrir sur la piste. Tout entaché de scandale dopant et punaisé de sponsors, l’athlète est pourtant là . Mais, aujourd'hui, difficile de croire en la beauté du sport. Le dopage reste le polichinelle du domaine sportif, c’est un secret bien mal gardé. Ce serait risible si le dopage ne mettait pas des vies en danger. D’abord, celles des athlètes « dopés à l’insu de leur plein gré » au nom de la performance, pour grignoter quelques secondes au chronomètre. Ensuite, celle des jeunes qui, dans leurs clubs, finissent par croire que gagner à tout prix et par tous les moyens est le fondement du sport. Le sport, aujourd’hui facteur d’intégration, leur jouera peut-être un mauvais tour et ils finiront aussi par croire que se bourrer de produits chimiques pour gagner du fric est plus important que vivre. Finira t’on par atteindre le paroxysme humoristique du duo Font et Val : « en constatant que les drogués se réfugient dans l’athlétisme pour ne pas être arrêtés » (L’ordre moral)? Comble de l’hypocrisie ou réelle inquiétude, le CIO regroupe aujourd'hui environ 15 commissions dont la commission médicale chargée d’établir les règlements antidopage. Et si on admettait une bonne fois pour toute que les performances sportives ne peuvent être aujourd’hui dépassées sans aide chimique ? Ne pourrait-on pas, dans ce cas, limiter le dopage sauvage et criminel en instaurant- comme on me l’a suggéré, il y a peu - un dopage doux prescrit, entouré et contrôlé par le corps médical ?
Ces derniers temps, le sport occupe la place d'honneur autant à la télévision que dans la presse, et, on passe volontiers pour un idiot lorsqu'on ne connaît pas le denrier gagnant au foot ou au tennis. Pour la petite histoire... Les empereurs romains avaient compris tout l’intérêt des Jeux du cirque. Ils pensaient que nourrir et divertir le peuple (« pan y circo ») suffisaient pour endormir les consciences et éviter les soulèvements. Après Roland Garros, l’euro 2004, le tour de France et les JO, j’aime à croire qu’à la rentrée, les Français, rassasiés de sport, auront faim d'autre chose…
Et si on éteignait la télé ?
Marion Dieuloufet (7 juillet 2004) |
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