N° 25 - Juil/août 2004
 
Svinkels
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02 Octobre 2003

Le Svink c'est chic! [02 Octobre 2003]

C'est dans un pub de l'est parisien que Gérard Baste et Xanax m'ont convié pour cette interview, quelques jours après la sortie de leur nouvel album Bon pour l'asile.
 

L'art-Scène :

Bon pour lÂ’asile vient de sortir sur un nouveau label. Pourquoi ?

Svinkels :

Xanax : On a été "remerciés", on va dire.
 

L'art-Scène :

C'est comme ça que l'on dit poliment viré ?

Svinkels :

Xanax : Non pas forcément puisqu’ils nous ont virés à coup de pied dans le cul. Mais ils nous ont filé de l'argent, donc...
 

L'art-Scène :

Et quels étaient les motifs ?

Svinkels :

Xanax : Le motif, c'est que l’on n'était pas rentable tout simplement. En plus, on n'avait pas spécialement de bons rapports avec les gars. Donc, qu’ils nous virent, c'était plus une bénédiction qu'autre chose. De plus, eux étaient là pour faire du chiffre, nous pour faire du son, donc ça ne pouvait pas marcher.
 

L'art-Scène :

Vous n’avez pas trop galéré pour trouver une nouvelle maison de disque ?

Svinkels :

Xanax : Non ça va. On a eu de la chance. Ca a été à la fois une galère et pas une galère dans le sens où pile au moment où l’on a eu besoin de fonds pour terminer l'album, on est tombé sur Atmosphérique donc ça a été plutôt simple.
Gérard Baste : On a fait le tour à droite à gauche, et ils ont été les seuls à dire "Ouais, on a envie de défendre votre projet et on est capable de le sortir en septembre". En plus, comme ils avaient les Wampas…! (rires)
 

L'art-Scène :

Il y aussi un autre changement de taille : l’arrivée de DJ Pone…

Svinkels :

Gérard Baste : Déjà depuis deux ans… Ben, DJ Pone : champion de France, champion d'Europe, champion du monde en équipe. Un mec énorme et qui, surtout, s'est reconnu dans ce qu'on fait, dès le départ. Il a toujours été un fan des Beasty Boys. Pone c'est aussi un mec qui s'implique à fond, qui monte les spectacles avec nous. On le remerciera jamais assez de s'investir ainsi. C'est limite un peu une sorte de kapo qui nous dit "Vas-y, rap, rap, rap". Il nous pousse…En plus, il a l'énergie de la jeunesse puisqu'il n'a que 14 ans (rires).
 

L'art-Scène :

A-t-il révolutionné votre manière de travailler ?

Svinkels :

Xanax : Il a surtout tout changé au niveau du live. Mais par rapport à la conception, ça n'a rien changé du tout à part qu'il nous fait profiter de sa dextérité sur certains morceaux. Il envisage aussi la platine comme un vrai instrument, il amène des idées de break et d'enchaînements live que l’on n’aurait sûrement pas pu faire avec un autre DJ.
Gérard Baste : Il considère le live de la même façon que nous, il a un vrai sens du spectacle. C'est ce qui nous est arrivé de mieux depuis longtemps. Il amène quelque chose de frais, une oreille de DJ. Nous on commence à être des trentenaires aigris faisant ça depuis dix ans. Lui a toujours la rage, il fait des championnats, c'est un sportif ! C'est un coach ! (rires)
 

L'art-Scène :

Une autre rencontre, c'est Parabellum.

Svinkels :

Xanax : Quand t'as des légendes qui t'appellent pour un projet, tu ne refuses pas.
Gérard Baste : On les a rencontrés, et ces mecs là m'ont presque fait penser à mon père. Ils ont 20 ans de plus que nous et ils continuent à faire du rock, ils sont incroyables. Donc des mecs comme ça, quand ils te disent qu'ils aiment ce que tu fais, t'es flatté. Quand tu les rencontres, qu'ils te disent : "Il reste encore des êtres humains sur cette terre"… Et bien bravo, allons-y !
Et d'ailleurs, il n’est pas hors de question qu'on écrive plusieurs textes pour leur prochain album.
 

L'art-Scène :

Pourquoi jouez-vous beaucoup dans les concerts ou festivals rock ?

Svinkels :

Xanax : Il n'y a pas de public rap, pas de concerts rap en France, ou alors très peu. Après il y a un public Skyrock. Et effectivement, on ne fait pas du rap pour adolescents. Le public 113, c'est sûr qu'il ne se reconnaîtra pas dans un concert de Svink. Mais ce ne sont pas les seuls gars en France qui écoutent du rap.
 

L'art-Scène :

Vous êtes intermittents ?

Svinkels :

Gérard Baste : On est tous intermittents mais simplement, quand tu es intermittent, si tu n’envoies pas les papiers au bon moment tu te fais radier. En l'occurrence je crois qu'on est tous radiés (rires). Mais comme il y a une grosse tournée de 30 dates, on va essayer de rattraper ça. On aimerait pouvoir vivre de notre musique, c'est quand même le but aussi.
 

L'art-Scène :

Et l’évolution du statut, ça t’inspire quoi ?

Svinkels :

Gérard Baste : Ca nous concerne sans nous concerner. Le problème des intermittents, c'est que moi-même qui le suis, quand on dit intermittent, j'ai l'impression de voir un jongleur qui crache du feu habillé avec un pantalon africain et des dreadlocks. Et ça, ça me gave. Les gens ont trop cette image. Ils ne comprennent pas que les intermittents c'est tout le monde, tous les gens du spectacle.
La culture apporte une respiration à un pays, c'est important le spectacle, c'est important d'avoir des choses chouettes qui se passent, de monter des projets…
Je suis choqué que les gens nous prennent tous pour des saltimbanques alors qu'ils ont besoin de nous…
 

L'art-Scène :

On l’a bien vu cet été avec lorsque les festivals ont été annulés…

Svinkels :

Gérard Baste : Bien sûr, car ça fait vivre un pays. Moi j'hallucine toujours quand je vois des queues énormes pour des expos à Beaubourg. Les gens ça les intéresse la culture. On a besoin des intermittents pour ça. Il faut arrêter de faire l'amalgame. Les intermittents c'est trois sortes de personnes :
-ceux qui en profitent, car c'est le chômage, et qu’ils ont beaucoup travaillé dans l'année pour l'avoir
-les gens qui travaillent dans les émissions de télé et à qui on dit OK on va te payer la moitié et ça, c'est un des gros problèmes
-et aussi les gens comme nous, qui sortons des disques et qui avons besoin de ça non seulement pour créer, pour répéter, pour vivre.
Il y aussi les subventions qui sont sucrées de plus en plus. Pour des gens qui ont des locaux dans lesquels ils font répéter des groupes, des concerts, etc, ils ont besoin de subventions. Et ils les obtiennent de moins en moins, car nous sommes sous un gouvernement de droite. Ca a commencé à Orange, Toulon, des municipalités fn qui ont coupé les subventions.
 

L'art-Scène :

Quand on reprend Anarchie en chiraquie ça fait chier de voir le résultat du 21 avril ?

Svinkels :

Gérard Baste : Au contraire, nous on a toujours fait notre boulot. On a un morceau anti-fn Front contre front. On a repris les bérus aussi. On a toujours dit aux gens de faire attention avec ça. Et le jour où c’est passé, on est venu dire Anarchie en chiraquie, car on disait de voter pour Chirac, un gros connard, avec un gouvernement de droite, un Sarkosy infâme, un Raffarin démagogique au possible, des économistes qui ont gonflé les impôts des pauvres et baissé ceux des riches !!! C’est vraiment incroyable, le monde à l’envers !! Donc nous, puisque l’on a fait notre travail avant, le jour ou Chirac est élu, on est content de pouvoir aller au Bataclan pour y chanter Anarchie en chiraquie. On fait et on a toujours fait ce qu’on avait à faire.
 

L'art-Scène :

Mais trouves-tu qu’il y a encore une réelle différence entre la gauche et la droite ?

Svinkels :

Gérard Baste : Il y a une vraie différence entre la gauche et la droite, même si maintenant elle est plus floue, la faute aux politiques. C’est inadmissible de rentrer à 6h du matin et de voir place de la République plus de cent clochards dormir par terre ! Ce n’est pas normal ! Il y a des choses à faire. Les gens pour qu’ils puissent agir, ils ont besoin des associations, et pour en avoir, il faut des subventions…Que ce soit des assos pour la musique, mais aussi en cité pour apprendre aux parents à lire et écrire. Sarkosy donne des amendes aux parents parce qu’ils ne s’occupent pas de leurs enfants. Mais les parents sont démunis, ils ne parlent pas français. Ils sont dépassés. Ils ne savent pas ce qu’il faut faire. Il faut prendre en charge les gens, et ça, ça passe par le social. Le social, dans un pays, c’est ce qu’il y a de plus important.
 

L'art-Scène :

Bon une dernière question un peu plus légère…Avec le succès, pensez-vous troquer Svinkels pour Leffe ?

Svinkels :

Ecoute. En France, ils ont un problème avec les noms avec beaucoup de consonnes. Pour Hoogarden, ils ont du faire des pubs avec marqué Ho Garde Denne, alors que ça s’écrit Hoogarden. Donc, ce que je dis dans ce genre de cas, c’est que Svinkels, c’est entre Rolling Stone et Beatles ! Et personne n’a de problème avec les Stones et les Beatles, donc on changera jamais de nom ! (rires).
 


 


 

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