N° 13 - Mai 2003
 
Miroir militant
Histoire d'association (04/2003)
Les Dérives du Net 2/2 (04/2003)
Les dérives du net : la pédophilie (02/2003)
Irak, Bush : garde à nous. (02/2003)
José Bové : exemple à suivre (01/2003 et toujours)
Pour Noël, servez donc culture et tolérance (12/2002)
L'impardonnable peine de mort (10/2002)
Le GENEPI : une association militante (10/2002)
De la nécessité de philosopher (09/2002)
Coûts et contrecoups des vacances. (08/2002)
Reprenons la Bastille (07/2002)
La bagnole déboussole. Mais pourquoi donc ? (06/2002)
Le keffieh de la résistance Palestinienne à l'oppression. (04/2002)
Militer : mode d'emploi.
Le GENEPI : une association militante (10/2002)

Dans le numéro 3 (juillet 2002) de L’Art-Scène, Bénédicte nous parlait de l’emprisonnement, Marion chroniquait le film de Bertrand Tavernier, Histoires de vies brisées (les doubles peines de Lyon). Les thèmes sur le milieu carcéral et la justice ne manquent pas, c’est quasi récurrent chez les médias et même dans nos discussions de chaque jour. Aussi, le nombre conséquent d’associations d’aides aux prisonniers, militant contre la double peine, pour le respect des droits de l’homme, … n’est pas là pour me faire mentir.
Le GENEPI (Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées) est de celles qui interviennent en prison. Les membres offrent un peu de leur temps et leurs services aux personnes incarcérées dans les domaines de l’enseignement (mathématiques, français, anglais, espagnol, …), du ludique (arts plastiques, jeux de société, …), à la préparation à l’examen du code de la route. Multiples sont les interventions mises en place par le GENEPI et l’administration pénitentiaire (AP). Mais l’action de cette association (étudiante comme précisé dans le nom) ne se limite pas à l’intervention en milieu carcéral contrairement aux idées reçues par une majorité des étudiants et autres personnes connaissant le GENEPI. En fait, l’association peut se répartir principalement en trois secteurs d’action: l’intervention en prison, l’ISP (information et sensibilisation du public) et la prise de position sur des thèmes divers mais en rapport avec l’association et son statut, la vie carcérale ou la justice. Nous y reviendrons après une rapide présentation du GENEPI.

 

Entre 1971 et 1974, des mutineries eurent lieu dans les prisons. Suite à ces émeutes, les pouvoirs publics décident de faire appel à des intervenants extérieurs. C’est ainsi que Lionel Stoléru, alors conseiller économique à la présidence de la république, décide de faire appel aux étudiants. Il organise une rencontre entre élèves de Grandes Ecoles et l'Administration Pénitentiaire qui aboutit au dépôt des Statuts du GENEPI le 26 mai 1976. Le GENEPI est une association loi de 1901 à but non lucratif et sans affiliation politique ni religieuse.
Tous les membres (du président au simple intervenant) sont des étudiants bénévoles qui prennent sur leur temps pour participer au bon fonctionnement de l’association.

Hiérarchiquement parlant, l’association se présente ainsi :
- Le BN (Bureau National) avec un(e) président(e), un(e) secrétaire et un(e) trésorier(e) aidés dans leur travail par des agents de justice (Emplois jeunes mis à disposition du GENEPI par le ministère de la Justice) : un chargé de comptabilité, un chargé de formation, un chargé de publication.
- Le BNE (Bureau National Elargi) composé du BN, des délégués régionaux et du (de la) chargé(e) de communication.
- Les délégués régionaux
- 50 groupes locaux

 

Le fonctionnement est donc local (principalement), régional et national. Le nombre de personnes par groupe local peut considérablement varier, de 3 ou 4 personnes à une cinquantaine selon les régions, les années. En général, chaque groupe local possède 3 ou 4 responsables de groupes (RdG) (il peut également y en avoir 1 ou 5), l’un se chargeant de la trésorerie, l’autre des relations avec l’AP et un troisième s’occupe des ISP en lycées, collèges ou même auprès de l’opinion publique avec l’organisation de ciné-débat par exemple. La quatrième tâche consiste à gérer les réunions de groupes à peu près mensuelles ; soit une personne s’en occupe totalement, soit les trois RdG s’en occupe en parallèle (il est à noter que le fonctionnement local est relativement indépendant, ainsi le partage des tâches varie-t-il selon les groupes). Les réunions de groupes servent avant tout à faire le bilan des activités, ensuite à préparer les week-end de formation (au nombre de 4). Seul le groupe de Saint-Étienne fonctionne différemment cette année, puisque les nouveaux membres de l’association n’interviendront pas en milieu carcéral avant le mois de janvier (sur décision du BNE, au départ les nouveaux arrivants ne devaient intervenir qu'aux alentours d'avril). Ils feront, avec un ancien, des ISP en collèges et lycées et présenteront tour à tour un sujet en rapport avec ce sur quoi le GENEPI se positionne chaque année, que ce soit la double peine, les longues peines, la réinsertion, … Cette « réforme » proposée par deux anciens génépistes (Gaël Dandelot et Florent Belnou) de Saint-Étienne est née d’un constat : « Chaque année les génépistes constatent les mêmes problèmes relatifs à notre association. Les anciens le savent, ces difficultés sont récurrentes et s’articulent autour de trois grands axes, à notre avis clairement imbriqués : l’administration pénitentiaire, les génépistes eux-mêmes et les assises nationales.
En ce qui concerne l’administration, mêmes s’il existe des exceptions heureuses, dans de nombreux groupes se reproduit toujours le même schéma. Interventions longues à mettre en place, attente interminable pour les autorisations d’accès, problèmes de communication, problème de renouvellement des listes et donc dépeuplement des interventions (surtout dans les MA) [NDLR : Maison d’Arrêt]. Tout ceci nous fait douter sérieusement de l’existence d’un réel suivi de ce que l’on fait dans certains établissements. Quelques exemples précis en vrac, à Saint-Étienne : personne ne sait qui est RdG (ceux d’il y a un an voire deux reçoivent les courriers de la prison), pas un coup de fil depuis deux ans […], pas de détenus depuis des semaines dans certains ateliers, pas grand-monde qui sait ce que l’on fait, personne ne prévient les génépistes concernés quand une intervention ne peut avoir lieu, on nous a demandé des projets d’interventions très élaborés sur lesquels nous n’avons jamais eu de retour, etc.
Au tour des génépistes : la grande majorité des groupes connaît cette classique démobilisation qui coïncide en général avec le début des interventions. Chute considérable de la présence aux réunions de groupe, pas grand-monde au WERF (NDLR : Week-end régionaux de formation), 300 personnes aux assises alors que tout le monde vient à la JRFP (NDLR : Journées régionales de formation pédagogique) et à la JPJ (NDLR : Journée prison-justice), difficultés à faire participer les génépistes aux ISP. Cas extrême, certains quittent l’association sans en informer leurs RdG (et il arrive qu’on l’apprenne par l’AP, VERIDIQUE !!!). »
nous racontent Gaël et Florent dans l’introduction du projet de modification.
En résumé, trop de génépistes n’intègrent l’association que par curiosité du milieu carcéral. Et ce projet de modification possède deux buts principaux. Tout d’abord, éviter que s’inscrivent au GENEPI, des étudiants dont le seul but est d’assouvir leur curiosité sur le milieu carcéral. Ensuite, puisque chaque intervenant connaîtra mieux les réalités de la vie carcérale, les lois en rapport avec l’emprisonnement et le fonctionnement du GENEPI, leurs interventions auprès des détenus n’en seront que meilleures, plus assidues, cela évitera alors des problèmes avec l’AP.

 

L’intervention en prison, qui est donc l’activité principale des génépistes est également un problème en soit puisqu’elle attire les curieux qui n’ont que faire de la difficulté de vie des prisonniers, qui n’ont que faire des réformes de l’AP, des lois touchant les détenus. Hormis ces interventions en milieu carcéral, le GENEPI œuvre en « société » par le biais des ISP. Diverses formes d’ISP peuvent être perçues, celle en milieu scolaire (collèges et lycées) qui sont les plus fréquentes. Quelques génépistes, deux ou trois en général, prennent une heure pour intervenir dans une classe et expliquer aux élèves ce qu’est la réalité de la prison en présentant tout d’abord celle-ci historiquement parlant, avec les quatre périodes importantes que sont la révolution française, l’après seconde guerre mondiale, les mutineries de 1971 – 1974 et 1981 avec l’abolition de la peine de mort. Sont présentés ensuite les différents travailleurs en milieu carcéral, la vie du détenu (journée type du détenu, cantinage, travail en prison, suicide, longues peines, impact sur le détenu et sur sa famille, aménagement de peine et alternative…). Ces ISP ont pour but principal d’enlever les fausses idées de la tête des collégiens, lycéens et éventuellement de leur professeur présent, de faire prendre conscience que la prison n’est pas un hôtel 5 étoiles, qu’elle n’est pas satisfaisante et qu’elle conduit à la récidive.
L’autre forme d’ISP que l’on peut noter est celle ouverte à tout le monde. Un tractage a lieu en général dans les rues de la ville, une information passe dans les journaux et radios locaux, de sorte a attiré le maximum de monde. On peut citer en vrac les conférences-débats autour d’un thème particulier (un ancien condamné à mort peut venir témoigner, un ancien détenu, la conjointe ou le conjoint d’une personne frappée par la double-peine, …), les projections de films suivies d’un débat autour du thème abordé dans le film ou le documentaire. Par exemple, suite à la projection du documentaire-film Histoires de vies brisées (les doubles peines de Lyon) de Bertrand Tavernier, peuvent intervenir lors du débat Bertrand Tavernier lui-même, une personne présente dans le film ou le (la) conjoint(e) d’une personne touchée par la double peine, un membre de la CIMADE, de la LDH, cette liste étant évidemment non exhaustive.

 

Mais, contrairement aux idées reçues, le GENEPI est avant tout une association militante. Que ce soit par leurs nombreuses interventions en milieu carcéral, ou par les ISP et surtout grâce au week-end des assises nationales lors duquel les génépistes se doivent de prendre position sur des thèmes aussi variés que les longues peines et la réinsertion, le contrôle extérieur des prisons, le fonctionnement du GENEPI , droits fondamentaux et détention. Les assises nationales sont le dernier week-end de regroupement des génépistes, ce n’est plus un week-end de formation mais une fin de semaine de réflexions sur quelques thèmes (au nombre de quatre) ressemblant à ceux évoqués ci-dessus. Quatre groupes locaux sont chargés de préparer un thème qui fera l’objet d’une commission lors du week-end des assises. En effet, les génépistes seront éparpillés dans chaque commission où le thème leur sera d’abord présenté (première partie du samedi après-midi), puis un débat s’organise (seconde partie du samedi après-midi). La commission est dirigée par les personnes qui ont préparé le sujet. En fin de journée, les présidents de commission récapituleront les points abordés et ces points seront soumis aux votes des génépistes présents à la commission le dimanche matin. Le dimanche après-midi sera consacré aux votes de l’ensemble des génépistes pour ce qui est ressorti des commissions, puis à l’élection du BN de l’année qui suivra. Par la suite, les groupes responsables des commissions ont rédigé un texte qui sera voté par chaque groupe local et si le texte récolte une majorité de votes favorables, il sera envoyé, entre autres, au Ministère de la Justice.
Il est évident que les prises de position ne doivent pas aller à l’encontre des statuts du GENEPI, ni à l’encontre des termes évoqués dans la charte, ainsi serait-il contradictoire de voter pour la conservation de la peine à perpétuité puisqu’il est inscrit dans la charte qu’en adhérant au GENEPI, on accepte que chaque détenu ait le droit à une seconde chance. Entre autres prises de position, on peut noter que le GENEPI est favorable à l’abolition de la double peine, l’abolition de la peine de sûreté, la création de parloir sexuel, l’accès facilité au travail des détenus, une réforme des prisons de sorte à favoriser la réinsertion, une augmentation des aménagements de peine (car favorisant la réinsertion, il limite de façon notoire la récidive). Quelques exemples de textes exprimant la prise de position du GENEPI se trouvent sur : http://www.genepi.asso.fr/Fr/Debats.htm.

 

Force est de constater que beaucoup de génépistes oublient le côté militant de l’association, les dernières assises en témoignent car seulement 350 génépistes sur 850 étaient présents. Ce week-end se déroulant vers la fin de l’année, beaucoup ne sont pas ou plus motivés, préférant de loin faire leurs interventions en prisons, oubliant ou ne s’étant jamais rendu compte que le GENEPI était avant tout une association militante.

Pour plus dÂ’information sur le GENEPI, visitez le site officiel : http://www.genepi.asso.fr/

md

 

 


 

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