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LAIDS TEMPS MODERNES.
On n'échappe aux fripons que pour choir dans les cuistres.
Il semble que tout meure et que de grands ciseaux
Vont jusque dans les cieux couper l'aile aux oiseaux.
Toute clarté s'éteint sous cet homme funeste.
Ô France ! je m'enfuis et je pleure.
Victor Hugo. Les Châtiments – Livre V – Tout s’en va. |
Tout fout le camp ! Il fut un temps où la puissance monarchique asseyait son pouvoir discrétionnaire au regard de la perpétuité de son règne. Ah ! c’était le bon temps ! Les rois royautaient paisiblement, les suzerains suzerainaient confortablement et les pauvres crevaient tout simplement. Aujourd’hui, il n’y a plus en France ni rois ni suzerains mais les pauvres crèvent toujours.
Le pouvoir politique est une pantalonnade, une bouffonne cacophonie dirigée avec une maestria perverse par une économie mondialisée. Une néo-monarchie mondiale, toute puissante, nostalgique du servage, qui n’attend plus que le roi se meure pour le virer. Tristes temps modernes où même la fonction suprême est devenue précaire… |
Le récent débarquement de Jean-Marie Messier, souverain de Vivendi-Universal, est - à cet égard – intéressant à plus d’un titre. Lui que l’on pensait intouchable, depuis le 14589ème étage de son appartement de 15 millions de dollars sur Park Avenue, lui qui faisait la pluie et le beau temps sur les atolls boursiers, lui qui détenait l’eau l’air la terre le feu et la culture, ce souverain-là a assisté à son régicide. Et pour quelle raison ? Tout bonnement parce qu’il ne remplissait plus suffisamment le tiroir-caisse de Vivendi. Tel est pris qui croyait prendre, on ne va pas non plus pleurer sur le sort de J2M qui a su lui-même licencier à tour de bras. Des moins nantis bien plus irréprochables que lui… |
Le profit. Voilà le mot-étalon, le pendule déréglé d’une planète bancale enferrée dans une course aux intérêts personnels. Pour ces groupes surpuissants, peu importent les conditions de travail des salariés, les salaires tant qu’ils sont le plus bas possible, les conséquences écologiques et/ou diplomatiques, et peu importe ce que l’on vend à partir du moment où c’est lucratif. Dans cette société « ultra moderne solitude », tout s’achète, tout se vend à partir du moment que ça rapporte vite et gros.
La culture, par exemple. Voilà bien un domaine qui ne peut se regarder en terme de produit à rentabiliser. C’est pourtant le cas. « La musique se vend comme du savon à barbe » disait Ferré et les Majors compagnies (BMG, EMI, Sony, Universal et Virgin) appliquent ce qu’elles prennent pour une consigne... Comment interpréter la fabrication des Stars Academy ou Pop Stars autrement que par la négation de l’intérêt artistique au profit d’une rentabilité conséquente et rapide ? Bien sûr, on peut admettre que ce type d’émissions, de « chanteurs » rencontrent un public et que les ventes colossales qui en découlent en forment une preuve irréfutable. Si l’on met de côté le phénomène de matraquage médiatique, on peut l’admettre… |
Le principal reproche que l’on peut formuler à l’égard des Majors, ce n’est pas tant de préfabriquer des stars éphémères qui ne passeront pas le prochain hiver, mais c’est de ne faire exister que celles-là . C’est de ne pas faire leur travail de découverte de talents comme pouvaient le faire Jacques Canetti ou Eddy Barclay à une époque plus ancienne. Ce que l’on peut leur reprocher également, c’est une forme de tiédeur à prendre le risque de signer un « inconnu » sur leur label, quel que soit son talent. Faire du chiffre avec des valeurs sûres, des stars, présentent bien plus d’intérêt aux yeux de ces gestionnaires. Ce que l’on peut leur reprocher encore, c’est le mépris manifeste affiché à l’encontre de ce qui ne surfe pas sur l’air du temps, à un point tel qu’aujourd’hui, la chanson semble vivre en résistance. Ce n’est certes pas l’existence de ces majors qui est à mettre en cause mais la politique qu’elles y mènent. La chanson « intelligente », à texte, quant à elle, ignore le retour sur investissement. L’art n’a pas à être rentable. |
Bien sûr, les labels indépendants de qualité existent et apportent une alternative opportune. Mais à quel prix ! Ecrasés sous la botte des 5 ogres et par les conditions du marché, combien arrivent à survivre ? Pourtant leur rôle s’avère primordial pour la diffusion d’une multitude d’artistes s’inscrivant dans un registre artistique qui n’intéresse pas les majors (ou plutôt leurs indices boursiers). On pourrait évoquer ici les mêmes problèmes rencontrés par les salles de spectacles indépendantes. Lieux tout aussi cruciaux pour les artistes qui trouvent en ceux-ci, non seulement un endroit pour se produire sur scène, mais également un biais de promotion. Mais là encore, la « réalité économique » ajoutée aux réglementations acoustiques draconiennes ont eu raison d’un nombre impressionnant de salles, de cabarets. Raréfaction dommageable pour l’ensemble du monde artistique.
Aujourd’hui, avec un pouvoir politique (qui a en charge le développement culturel du pays) mené par le bout du nez par des impératifs économiques, l’horizon culturel semble se réduire comme peau de chagrin. L’accès à la culture pour tous, les mêmes chances accordées à tous les artistes et à toutes formes d’art, l’art décentralisé du rapport à la rentabilité sont des idées consignées dans la case des utopies. Hélas, pour un bon moment encore… Une chose est certaine cependant. Si l’on se dispenserait très bien du libéralisme et de son tas d’injustices, on ne se passera jamais de chansons. Pour l’heure, même si le roi se meurt, la bête exulte encore...
d.d. |
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