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Delerm Vincent
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Crédit : Mélanie Elbaz
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Pourquoi les hommes lisent cosmo.
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C'est en écoutant le disque de Vincent Delerm, et sa chanson "Cosmopolitan", qu'on s'est demandé pourquoi les hommes nous lisaient.
Réponse de l'intéressé...
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Août 2002 |
Un petit pas pour lui, un grand pas pour la masculinité : Vincent Delerm, 25 ans, nouveau talent de la chanson française, lit le "Cosmo" de sa copine. "Surtout l'horoscope. Comme il est écrit au féminin, je fais une gymnastique mentale pour le traduire en homme. Enfin, si les prédictions sont bonnes. Parce que, si elles sont mauvaises, je ne prends rien pour moi."
Un jour, Vincent Delerm, chanteur prudent, s'est même attelé à une titanesque tâche : écrire une chanson sur "Cosmo". "Un magazine féminin, c'est tellement mystérieux - et parfois, caricatural - quand ça parle de nous, les hommes. Moi, j'adore lire les papiers sur le thème "Comment ne pas rester célibataire, les conseils drôles pour nous mettre la main au collet"." Et c'est ainsi que "Cosmopolitan", morceau délectable, est né. "J'aime écrire sur des choses en apparence anodines ou quotidiennes, mais qui en disent long. La simplicité, c'est ce qu'il y a de plus complexe à réussir. Souchon et Truffaut sont mes maîtres en la matière." Mais donner l'impression que tout coule de source n'est pas chose facile. "C'est la chanson qui m'a donné le plus de fil à retordre. Il fallait qu'on ait l'impression que chaque phrase était extraite d'un test psychologique. Un vrai exercice de style."
Question style, le fils de Philippe Delerm, archétypalement looké "chanteur français" (mèche négligée, barbe de trois jours, costume noir et chemise blanche), ne craint personne. Comme son écrivain de père, il a le don pour rédiger de véritables petites nouvelles intimistes (et dans son cas, musicales). Débusquer le détail parlant dans la réalité la plus banale ("des miettes de Savane", "un chandelier blanc Ikéa") : "Un peu à la Brett Easton Ellis ? Oui, j'aime bien faire naître des images à partir de références précises." Et faire court.
Quand on lui dit qu'il nous fait penser à l'auteur de la Première Gorgée de bière, ce jeune homme équilibré, fils unique, et pas du tout en colère, ne s'en offusque pas, au contraire. "Je suis très copain avec mes parents. Culturellement, ils m'ont fait découvrir beaucoup de choses. C'est normal qu'il y ait des ressemblances entre ce que j'écris et le travail de mon père : les mêmes causes produisent les mêmes effets, je suppose."
Comme papa, cet ex-étudiant en lettres se destinait plutôt d'abord à la page blanche. Pour la troupe amateur de théâtre de sa fac, il jouait la comédie et écrivait des pièces. La plus mémorable s'intitulant : "Enfin toujours est-il que voilà ". L'histoire d'un garçon et d'une fille amis d'enfance, ou les rapports complexes qu'on entretient avec ces amis-là . "Quand on se rend compte, en vieillissant, qu'objectivement ils n'ont rien pour eux. Qu'on ne leur aurait même pas parlé si on les avait rencontrés à l'âge adulte. Mais qu'ils restent quand même uniques parce qu'ils vous rappellent votre enfance." Un thème intéressant.
Pourtant, insatisfait de ses performances dramaturgiques et théâtrales, Vincent Delerm, pianiste autodidacte, préfère alors se tourner vers la chanson. "Au théâtre, j'avais l'impression de tourner en rond, d'écrire sur et d'être toujours le même personnage. D'ailleurs, en général, je ne crois pas qu'un comédien doive savoir tout jouer. Ou qu'il progresse beaucoup tout au long de sa carrière. En cinquante ans de cinéma, je ne trouve pas que Belmondo, que j'aime beaucoup, ait tellement progressé. Mon personnage, un peu ironique, c'est celui que je présente dans l'album et sur scène."
Autant fan de Joe Dassin ("J'aime bien les tubes bêtes mais mélodiquement bien foutus") que de Divine Comedy ou de Léonard Cohen, Vincent s'obstine pour être signé chez Tôt ou Tard, la maison de disques de Thomas Fersen et Dick Annegarn, un petit label indépendant et exigeant.
"Quand ils ont écouté, ils n'ont pas sauté au plafond. C'est bien, ça m'a rappelé la terminale : quand on est très fier de sa copie de philo et que le prof vous met dix sur vingt. J'ai mis deux ans pour travailler et les convaincre. Ce métier, ce n'est pas un conte de fées, il faut vraiment s'accrocher."
Optimiste, obstiné, mais lucide, Delerm, qui a fait la première partie de Julien Clerc au Bataclan et Zénith, rigole doucement quand on lui parle carrière.
"J'ai eu beaucoup de chance mais, ouh là là , on ne fait pas toujours ce qu'on veut." Enfin toujours est-il que voilà . Florence Trédez - Cosmopolitan
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La belle aventure de Vincent Delerm et Jeanne Cherhal
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16 Juillet 2002 |
La Rochelle de notre envoyé spécial
Une même scène, un même piano à queue. Deux façons d'en jouer en solitaire. Vincent Delerm et Jeanne Cherhal ont aussi le même âge (25 ans), le même tourneur (Astérios) et la même maison de disques (Tôt ou Tard, déjà écurie des Têtes raides, de Thomas Fersen et de Mathieu Boogaerts). En les invitant, le 13 juillet, les Francofolies ont choisi de reproduire un plateau qui avait fait des étincelles durant plusieurs semaines de mai, dans la salle parisienne de l'Européen.
Comme d'autres, les programmateurs du festival rochelais se sont fait surprendre par le succès exponentiel de Vincent Delerm. La petite salle Bleue affichait complet longtemps avant le concert. En deux mois, le premier album éponyme de ce Rouennais d'origine s'est déjà écoulé à 50 000 exemplaires. Quelques relais ont servi de chambre d'écho : France-Inter, immédiatement séduite par les débuts du chanteur ; le comédien François Morel et la bande des Deschiens ; des performances scéniques qui ont accéléré le bouche-à -oreille. L'air du temps et celui d'une génération ont aussi soufflé dans les voiles, saisis par une plume malicieuse, capable de croquer en un clin d'œil décors et personnages, de traquer stéréotypes et sentiments. Ce don d'observateur et ce goût de l'instant, peut-être les! tient-il de son père, Philippe, le dégustateur de La Première Gorgée de bière.
Sur scène, le charme opère instantanément. Question, entre autres, de physique, si l'on en croit une voisine. Habillé de sombre, barbe de trois jours, mèche noire en bataille, épaules ce qu'il faut d'accablé, Delerm s'assoit au clavier en ténébreux jeune premier. Pour mieux prendre ses distances avec cette apparence. Une voix off d'hôtesse d'accueil : "Il est interdit de fumer ou de prendre des photos, mais certaines chansons ont été aménagées pour que vous puissiez vous dégourdir les jambes ou changer de place."
ELLIPSE ET DISTANCIATION
Sur disque, des morceaux peuvent souffrir de quelques tics trop précieux, comme ce procédé un peu systématique de glisser des noms propres et de marques (Eric Holder, Fanny Ardant, Bukowski, Pier Import, Laurent Voulzy, Ikea) censés cerner un protagoniste. La bonne idée peut devenir facilité. En concert, cette matière prend chair grâce à un jeu de scène parfaitement adapté à son sens de l'ellipse et de la distanciation. D'un soupir, d'un toussotement, d'une moue, d'un regard en coin ou d'un jeu de piano passant de la mélancolie au swing taquin, Vincent Delerm mime l'ironie, l'ennui, les non-dits, et met les rieurs de son côté. Même une émotion plus à vif l'amène à l'autodérision. Lui-même, en voix off : "Je crois qu'ils ont compris le principe, une chanson sordide pour deux chansons marrantes."
A ces variations sur le quotidien et l'indolence bourgeoise succède la fougue d'une Fifi Brindacier en robe rouge. Nattes raides et yeux écarquillés, Jeanne Cherhal se fend d'un grand sourire espiègle quand elle percute à vive allure les touches de son piano. Ces comptines de gamine hyperactive peuvent basculer dans la stridence et l'explosion. La grâce de l'enfant fait alors place à la cruauté grinçante de la vie. La Nantaise joue des audaces anguleuses de l'expressionnisme pour dire ses rires et ses dégoûts ("tout m'évoque les bas morceaux"). Sous la mitraille acide de son chant, passent des fachos, des pollueurs, "une détestable pieuse", l'inhumanité du monde de la communication ou ses propres névroses. Devant autant au cabaret qu'à la chanson, l'aisance scénique de cette originale est si grande qu'elle a choisi d'enregistrer ! son premier album, Jeanne Cherhal, en public. Sans avoir la capacité de séduction des textes de Vincent Delerm, son univers et son tempérament marquent en profondeur. S'amusant de leur contraste, les deux chanteurs termineront la soirée, jouant à d'improbables Stone & Charden dans une reprise bringuebalante de L'Avventura, pour finir sous l'ovation d'une foule debout et rigolarde. Stéphane Davet - Le Monde
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Vincent Delerm, les fragments amoureux.
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Son premier album, à 25 ans, impose un style désabusé. |
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15 Juillet 2002 |
Avec Bénabar (aujourd'hui, au grand théâtre), Vincent Delerm est la révélation de ces derniers mois en matière de chanson. Un an après son passage en première partie de Thomas Fersen à la Cigale, le fils de l'écrivain Philippe Delerm connaît un début de succès avec son premier album, sorti sur le label Tôt ou Tard. En deux mois et demi, il s'en est écoulé à 50 000 exemplaires sans autre promotion qu'un passage régulier sur France Inter et quatre semaines à l'Européen enchaînées avec une tournée. A 25 ans, Vincent Delerm s'adresse à un public de trentenaires sur un mode intimiste, mariant avec brio les codes et références d'une génération prompte à la mélancolie. En choisissant soigneusement ses mots pour leur ambivalence et leur pouvoir d'évocation, il parvient à saisir des scènes de marivaudage, d'abandon et d'exaspération sentimentale dans leur caractère universel.
«Depuis le lycée, j'avais une idée assez précise de ce que je voulais retranscrire, mais je n'en avais pas les moyens. A force d'écriture et de lecture, j'ai réussi à trouver un ton moins niaiseux», résume-t-il à quelques heures de son concert (archicomplet) à La Rochelle. S'accompagnant au piano, le garçon mal rasé a un jeu de scène minimal mais efficace. Imperturbable, le pince-sans-rire déclenche ses séquences en bloquant les expressions du visage, ou par une moue d'ennui, ou en levant les sourcils au ciel. Un commentaire off intervient à intervalles réguliers, rappelant les principes de base d'une émotion en mouvement.
Avec un phrasé en points de suspension, Vincent Delerm a vite imposé son personnage désabusé. Une Cigale est prévue début novembre à Paris. Ludovic Perrin - Libération
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Comment se moquer gentiment du monde.
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Le fils de Philippe Delerm n’écrit pas des livres mais de charmantes chansons ironiques. |
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06 Juin 2002 |
Il n’est pas fils d’écrivain pour rien. Vincent Delerm, 25 ans, trousse ses chansons à la manière d’un nouvelliste. Comme Jacques Brel, il pense que «les bourgeois, c’est comme les cochons / Plus ça devient vieux, plus ça devient bête», à ceci près qu’il y ajoute une première gorgée de distance et une seconde d’humour irrésistible. On rit beaucoup en écoutant le disque de cet expert français moyen. Ça golfe au Touquet, s’offre un quart Perrier, roule en Opel Vectra, s’affale devant «Thalassa», dit du mal du voisin et passe ses samedis à jouer au Scrabble. Toutefois, le pseudo bon garçon qu’il campe pourrait subir ce genre de beaux-parents pour une fille: «Je suis près à tout accepter / Figaro Madame ou Libé / Prêt à trahir mes convictions / Manger des huîtres au réveillon» («Tes parents»). Dans ce disque, on rencontre aussi un doux mythomane fou d’amour du vieux portrait d’une illustre comédienne qui trône sur son étagère. «Elle est toujours toute noire et blanche / Elle ne dit plus "Vivement dimanche" / Depuis que je la traîne chez mes parents / Tous les week-ends Fanny Ardant» («Fanny Ardant et moi»). Au petit-bourgeois archétypal et au mythomane succède le quidam qui cherche au Festival d’Avignon un supplément d’âme et tombe sur un «Monologue shakespearien» minimaliste et insoutenable: «On a planté en pleine nuit / L’archevêque de Canterbury / On a posé un lapin / A l’épilogue shakespearien.»
Ces chansons si bien troussées et classiques dans leur forme – instruments à vent, instruments à cordes –, Vincent Delerm les a longtemps promenées dans les petits théâtres de France avant de daigner lesgraver. Il en a plus d’une cinquantaine à son actif mais n’en a sélectionné qu’une dizaine, ce qui explique l’impression de maturité de ce tout premier album. Avec ces chansons mi-ironiques mi-pathétiques et cette façon habile de manier les formules, Vincent Delerm est une sorte de Lynda Lemay au masculin. Sophie Delassein - Le Nouvel Observateur.
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