N° 19 - Jan. 2004
 
PLAY-LIST 2003

PLAY-LIST 2003

Pourquoi ne pas se laisser aller Ă  l’exercice de la play-list nous sommes-nous demandĂ© ? Bah, c’est un peu convenu, un peu tout ça mais après tout puisque personne ne nous soudoie pour faire figurer tel(le) ou tel(le) artiste, nous avons dĂ©crĂ©tĂ© que notre play-list ne serait pas plus indigne qu’une autre. Alors voilĂ  notre petite sĂ©lection. Nous avons retenu de façon scrupuleusement subjective nos 5 albums prĂ©fĂ©rĂ©s de l’annĂ©e, Ă  la fois en chanson et en rock. Nous avons fait ce choix parmi les disques sortis en 2003 chroniquĂ©s sur L’art-scène. Retrouvez donc ci-dessous les chroniques parues au fil des numĂ©ros.


PLAY-LIST CHANSON par david
2003 Ă  peine achevĂ© laisse nĂ©anmoins le constat que l’annĂ©e aura Ă©tĂ© riche en chanson. Nous avons eu droit Ă  un florilège de beaux albums. En choisir 5 parmi ceux-ci relève du dĂ©fi. Citons, parmi les moments forts de l’annĂ©e, les sorties des Fabulous Trobadors, d’Arnaud MĂ©thivier, des Hurlements d’LĂ©o, de Daniel HĂ©lin, de Bastien Lallemant et tant d’autres. Au chapitre des dĂ©ceptions, regrettons le pâle Qu’est-ce qu’on s’fait chier des TĂŞtes Raides qui avec ce disque accusent leur première contre-performance.

 

1 - THOMAS FERSEN
Pièce montée des grands jours
- Tôt ou tard – Sortie le 8 avril 2003
Tôt ou Tard a la joie de vous annoncer la sortie du 5ème album de Thomas Fersen. Fond de pochette rose, typographie des grandes circonstances de l’état civil, un Thomas Fersen posant assis, tout en noir, une tête de cochon sur les genoux (une tête de lard ?). Au-delà d’un dandysme manifeste, tout est réuni pour faire de cette Pièce montée des grands jours une réussite parfaite. Et c’est le cas !
Pour ce nouvel album, Thomas Fersen donne donc dans le péché de gourmandise, laissant quelque peu entre parenthèses son célèbre bestiaire des albums précédents au profit de la métaphore pâtissière. Quelque peu seulement car l’on y croise tout de même une araignée dans un harmonium, « énorme et velue qui devrait s’épiler » (Rititi Ratata), ainsi qu’un Chat Botté qui vend des mules en reptile. Histoire de vérifier que le lexique de Thomas reste intact, décalé et que la critique littérale a toujours ses faveurs comme sur Croque où il déroule le récit d’un croque-mort se régalant des nourritures terrestres dévorant son « croque-monsieur » et buvant « comme un trou. »
Comme une pareille pâtisserie ne se déguste pas seul, Thomas Fersen invite Marie Trintignant à partager cette Pièce montée des grands jours. Un duo fort réussi pour cette chanson éponyme où deux voix singulières se répondent autour « d’une brioche fourrée avec une pioche », de « 10 mètres de corde dans la dinde aux marrons », « d’une pelle dans la mortadelle », « une lime dans le pâté en croûte », « un vilebrequin dans le ragoût », etc.
Si Thomas Fersen conserve le sens de la mélodie accrocheuse qui a contribué à son succès, on est à la fois surpris et enchantés de découvrir des titres qui suivent de véritables progressions rock soutenues de guitares parfois lourdes mais contenues avec élégance. (Deux pieds, Pièce montée des grands jours, Diane de Poitiers) De même, on demeure sous le charme de l’orgue de Rititi Ratata - morceau le plus long de l’album (7’ 16 ‘’) – dont les envolées harmoniques semblant venir oxygéner les mots ne sont pas sans rappeler le fameux Time out of mind de Bob Dylan.
Désormais, à la question « fromage ou dessert ? », exigez une Pièce montée des grands jours. Vous ne serez pas déçu !
d.d.

 

2 – POLO
Live
. Atmosphériques / Irfan – Octobre 2003.
Avec Polo Live, sorti début octobre, Polo livre ses nouvelles compositions et nous plonge corps et âme dans un univers poétique épris de liberté et teinté de baroque. Sous ses airs de pas y toucher, cet album live est un des grands moments de l’année. Tout d’abord, c’est le retour de Polo sur disque. Car, si on l’avait vu traîner sa bosse sur les routes de France en compagnie de Nery ou bien encore des Ogres de Barback, depuis la sortie d’A Paris en 2000, Polo n’avait pas su satisfaire les appétits de nos chaînes Hifi. Ensuite, c’est une petite merveille musicale et poétique. Polo Live est le témoin d’un tour de chant où chaque note se marie à chaque syllabe et où la simplicité du duo guitare-violoncelle fait aussi toute sa force. Accompagné par Olivier Daviaud, Polo, guitarrero à la voix amène, chante la bohême et ses bonheurs simples. La chanson Fauchés fait état de la situation des sans-ronds, vous, nous, que la société affaiblit. Cette société, Polo sait en voir les défauts, mais il ne la laisse pas pourrir sa vie : « Dans les rayons du supermarché / On repaire d'autres congénères / D'autres experts en l'art et la manière / De cuisiner la pomme de terre. » Le bonheur est partout et passe par la poésie. Les chansons de Polo sont une ode « Aux petits chevaux / Aux petits veaux / De l'herbe tendre / Aux deux moitiés d'abricot / Et à qui veut les prendre » (in Immortel.) Le sentiment esthétique est à son paroxysme à l’écoute du Dégel, (Polo/O. Daviaud) là, l’ambiguïté le dispute à la sincérité : « Comme tu seras belle en allongeant ton cou / Pour réclamer la mort à un plus fou que moi » On retient également la reprise des Jonquilles, chanson présente sur le second album de Polo et interprétée façon ballade manouche. A noter, Polo Live est le premier disque distribué par Irfan, le label des Ogres de Barback, qui n’est pas un disque de ces même Ogres. Ça se fête !
F.G.

 

3 – CALI
LÂ’amour parfait
- Labels - 2003
« C’est quand le bonheur ? » s’interroge Cali en ouverture de son premier album, L’amour parfait. En ce qui le concerne et à en juger l’engouement suscité autour de ce disque, on serait tenté de répondre que son bonheur à lui vient d’arriver. Pour nous, auditeurs, à défaut de bonheur, on se contentera – et ce n’est déjà pas si mal ! – de plaisir sincère et renouvelé à l’écoute de cette galette du perpignanais.
L’amour parfait chez Cali (Bruno Caliciuri) balance entre une quête improbable ( « Je suis pendu à votre cou dans le plus beau de mes rêves / Mais je ne me réveille jamais près de vous et j’en crève ») et une relecture acérée de la Carte du Tendre. Au demeurant, la pochette présentant Cali lacéré par les griffes d’un chat indique très tôt que cet amour n’est pas que câlins et que parfois les balafres de l’intérieur peuvent conduire vers une rhétorique vacharde. «J’ai le sourire aux oreilles / de te voir déguerpir ma vieille ».
Sur cette écriture fort contemporaine, orientée autour du nombril, Cali - qui a écrit et composé tous les titres de l’album – applique des mélodies qui font mouche. Un univers rock cru et dru mais raffiné. Une richesse instrumentale où la présence des cordes s’harmonise avec originalité à la voix âpre du chanteur.
Ce serait méprise de voir en Cali un énième « addict » de Miossec même si les deux auteurs affichent de semblables préoccupations. L’amour parfait a sa propre pertinence, son propre caractère. Et on l’aime pour ça.
d.d.

 

4 - DRÔLE DE SIRE
Pourquoi pas toi ?
- L’Autre Distribution – 2003
Le monde est souvent un peu barge. Alors, pourquoi ne pas le chanter tel qu’il est ? Avec ses incohérences, ses humeurs, ses loufoqueries. Avec ses émotions aussi. Il n’y a pas loin à parier que gît ici le credo de Drôle de Sire dont sort actuellement le premier album, Pourquoi pas toi ?
Drôle de Sire, drôle de blaze pour ce groupe parisien composé de David Sire « himself » (chant, guitare, ukulélé), Cécile Grenier (violon alto), Fred Bouchain (guitares) et Etienne Charbonnier (contrebasse).
Drôle de Sire mais pas teint de cire car la musique de ces croque-notes n’a rien de figé ni de fade. Pourquoi pas toi ? propose pour pas cher une petite aventure géographico-musicale qui promène l’auditeur tour à tour dans les contrées acoustiques du swing manouche, des ballades pop, des rythmes rockailleux ou plus classiques.
L’écriture est tout aussi généreuse. Fantaisiste, animalière, déjantée parfois, elle projette dans un univers poétique insolite où les textes s’imbriquent tels des poupées russes. Poupées de Sire et poupées de sons, fables affables pour solde de tous contes, les Drôle de Sire anoblissent le genre.
d.d.

 

5 – LES MALPOLIS
Piédenés
- Willing Productions / Mosaïc Music – 2003
Deux ans après leur premier album, Les Malpolis élargissent leur cible, les 2 trublions toulousains passent à la vitesse supérieure. Ils sont désormais 3 à balancer de joyeuses et jubilatoires inconvenances pour un nouvel opus.
Piédenés, le dernier né, poursuit le chemin d’heureuse infortune de son aîné. Toujours les zygomatiques aux aguets et la griffe à portée de main, ils égratignent copieusement les Poilus de tous poils et de la dernière heure comme les dérangés de la ganja, défont les faiseurs de clones qui déconnent, s’énervent de l’épilepsie des psys, parodient pas rudement Noir Désir mais font une prise imparable à David Douillet le Saint Bernard de Bernadette. Ils poussent même le persiflage jusqu’à chatouiller Garetta et Laurent Fabius mais parfois des gens probes aussi.
Ce que l’on aime chez ces Malpolis, c’est leur capacité à déballer des impertinences très pertinentes mais jamais primaires, loin d’un discours moralisateur. Ce que l’on apprécie, c’est ce regard oblique porté sur la pensée communément admise. « Il aide toujours les p’tits vieux / A traverser la chaussée / D’ailleurs il en connaît bien deux / Qui habitent vers l’Elysée / Et qu’il veille sur eux, c’est très bien / Ce garçon est vraiment un ange / Dans quelque temps on espère bien / Qu’il leur portera des oranges » terminent-ils sur Le cousin, chanson-biographie à la « gloire » de David Douillet.
Portées par une structure musicale minimaliste – guitare / basse / batterie – inspirée de diverses tendances du répertoire, les chansons des désopilants Toulousains font osciller l’auditeur du grincement de dents à l’hilarité.
Ironie désinvolte pour passe-montagne et pince-sans-rire pour tout passeport, ces garçons désarçonnent avec notre consentement. A voir sur scène absolument.
d.d.

 

PLAY-LIST ROCK par Vincent
Choisir 5 albums représentant à la fois ses coups de coeurs et une année entière c'est pas fastoche, fastoche...Celà dit, on note avec plaisir le retour sur les planches de Blankass, la sortie du premier album de Stupeflip, la création de Live&Direct nouvelle colllection de Small Axe, l'ovni accordéonesque de Loïc DaSilva jouant la Ruda Salska et sûrement ce qui constitue l'évènement musical 2003: la sortie du double dvd Même pas mort pour la reformation de Berurier Noir.

 

1 - BERURIER NOIR
MĂŞme pas mort
- Folklore de la Zone Mondiale / Wagram – Sortie le 17 novembrel 2003
Longtemps annoncé, longtemps fantasmé, longtemps repoussé voilà enfin le premier DVD Berurier ! Mais cette attente n’aura pas été vaine, loin de là : Même pas mort est composé de deux dvd et d’un cd audio inédit.
Les dvd : ils sont gavés jusqu’à la gueule et affichent complets ! Simple, il n’y a pas moins de sept heures d’images : le live Viva Bertaga, des extraits de concerts inédits, des images de coulisses, un entretien de deux heures, 350 photos, 170 affiches et dessins, 4 karaokés, des clips, des docs, 40 programmes fantomes…une véritable mine, que dis-je, une bible berurière !
Si l’intérêt du cd est plus minime, il n’en reste pas moins plaisant. Composé de 16 morceaux (lives, remixes,…) il comporte surtout quelques petites nouveautés qui laissent présager du nouveau son béru.
A noter que ça sort sur Folklore de la zone mondiale, nouveau label créé par les bérus afin d’être totalement indépendant et sous deux packaging différents (contenu identique) : format pochette cartonnée DVD ou format digipack CD. Le prix est lui attractif puisqu’il n’excède pas 25 euros dans les bacs !
VM

 

2 - LOIC DA SILVA
LoĂŻc Da Silva joue la Ruda Salska
- Les Associés du réel / Tripsichord – Sortie août 2003
Rappelez-vous. Le Bruit du Bang Tour. Les lumières s’éteignent. La Ruda Salska s’apprête à rentrer sur scène. Roots Ska Good version accordéon inonde la salle de plaisir. Quelques cinq années plus tard, Loïc Da Silva nous livre enfin sur album toutes ses versions accordéonesque de la Ruda Salska. Pas moins de neuf titres choisis parmi les trois premiers albums du combo composent le disque. Le dixième, Mado est une chanson inédite de la Ruda, spécialement composée pour cet album. Pierrot y prête sa voix, ainsi que sur Rien Venir. Loïc Da Silva ne se contente pas de jouer des morceaux du gang des huit…il se les approprie, comme s’il les avait ingurgités pour les recracher à l’état de joyaux. Que dire de plus ?! L’esprit de la Ruda y demeure incroyablement présent…ce disque suinte de partout le bonheur, l’amitié, la joie de vivre…L’art de la joie ! Pas si étonnant lorsque l’on sait que la production est des Associés du Réel, l’asso’ de la Ruda Salska. Un autre exemple de l’esprit de camaraderie, c’est le bonus vidéo présent : le clip de Trianon. Tout a été fait à la main, avec les moyens du bord avec en guest star Léon en personne. De plus, le disque est vendu aux alentours de 11 euros seulement…autant de bonnes raisons pour en faire un des piliers de votre cd-thèque.
VM

 

3 - STUPEFLIP
Stupeflip
- Metamusic/ Vorston&Limantell – Sortie janvier 2003
Cela fait longtemps qu’on l’attendait. Après deux maxi prometteurs, le voilà enfin : Stupeflip L’Album !
Voilà un album qui a fait couler bien de l’encre longtemps avant sa sortie. Véritable ovni dans le panorama musical actuel, l’album de Stupeflip dérange. Il dérange autant les disquaires, ne sachant pas dans quelle case classer cet ovni à mi-chemin entre hip-hop et punk-rock, et la presse branchouille qui se demande encore si c’est de l’art ou du cochon.
En tout cas, le concept fascine d’autant plus que l’album est à la hauteur de l’espoir placé en lui. Les textes alternent entre premier degré (A bas la hiérarchie) et humour plus potache (J’fume plus d’shit), mais ont pour point commun de suinter le vécu.
A l’instar de The Resident, groupe fétiche de Julien, auteur/compositeur du groupe, King Ju avance masqué pour « garder un tout petit peu de mystère, exactement comme le mystère au chocolat ».
Mais que Stupeflip soit ange ou démon, il est avant tout un groupe vrai, sincère et dont le cd est une véritable bombe à écouter de toute urgence!
VM

 

4 - COLLECTION LIVE & DIRECT
Un air deux boeufs
- Small Axe– Sortie 2003
Voilà le premier cd d’une nouvelle collection lancée par Small Axe, le label indépendant dont le travail est définitivement incontournable pour le milieu musical rock. Live & Direct va proposer ainsi régulièrement des disques enregistrés live et dont la particularité est de regrouper deux groupes, dans l’esprit de ce qu’ont pu faire les Ogres de Barback avec les Hurlement d’Léo avec un air deux familles. Ce sont les Fils de Teuphu et les Amis d’ta femme qui inaugurent la série. Le set est enregistré lors d’une tournée commune d’une trentaine de dates lors de l’hiver dernier. On retrouve ainsi sur Un air de bœufs une huitaine de titres, duos et reprises des deux groupes ainsi qu’un bonus vidéo de plus d’une demi-heure. Le design et le packaging sont des plus soignés et des plus réussis (une habitude chez Small Axe) avec un digipack 3 volets pour un prix des plus dérisoire (là encore une habitude chez le label à 300% indépendant)…à peine plus de dix euros dans les bacs !!! Mais le plus grand intérêt de cette nouvelle collection est sans aucun doute, qu’elle n’est pas réservée aux groupes Small Axe. Tous les artistes désireux de partager cette expérience sont les bienvenus. Après ses compiles french reggae party, le label indépendant depuis 1999 démontre une fois de plus qu’il y a une réelle alternative à la musique de consommation dont nous abreuvent les multinationales de l’industrie du disque chaque jour.
One live, one ska - Small Axe– Sortie 2003
Et voilà la deuxième sortie de la collection Live & Direct. Après les Fils de Teuphu associés pour la peine aux Amis d’ta femme, c’est Orange Street qui s’y colle.
Les compositions du groupe s’orientent traditionnellement vers toutes les influences musicales jamaïcaines (du ska, au early reggae, en passant par le rocksteady, le dub, le calypso,…) le principal soucis étant de rester fidèle aux sons oldies de leurs aïeux. Mais pour leur premier disque live, c’est au son unique du ska old school que le dancefloor de l’EMB de Sannois a vibré en ce 21 mars. Le résultat est une réussite sans faille pour le groupe au nom emprunté à la rue qui a abrité les premiers studios de la musique jamaïcaine.
Comme pour le premier volet de la série, une vidéo vient compléter le disque. On y retrouve trois titres live du concert. Le prix, est toujours très attractif (moins de 12 euros) et le packaging, commun à toute la série, en digipack trois volets.
En plus, pour ceux qui n’étaient pas à Sannois le 21, Orange Street remet le couvert sur toutes les scènes de France jusqu’en décembre !
VM

 

5 -BLANKASS
L'homme fleur
- Up Music/ Warner Music France – Sortie avril 2003
5 ans. 5 ans que l’on attendait la sortie du nouvel album des Blankass. C’est donc avec émotion que L’homme fleur est posé dans la platine…les questions se poussent s’entrechoquent et s’entrelacent…Qu’en sortira-t-il ? Surprendra-t-il comme L’ère de Rien avait pu le faire ? Un groupe peut-il évoluer, bien qu’il fut longtemps brimé de scène et de production discographique, la faute aux méthodes douteuses et honteuses utilisées par UniverSal ( qui n’a jamais aussi bien porter son nom ). A tout ses doutes, les Blankass répondent en 13 chapitres, en 52 minutes.
Les deux premiers morceaux déstabilisent quelques peu tout en rassurant : ce ne sera pas un Ere de Rien bis. Mondiale Idées et Anna s’ouvrent sur de surprenantes mélodies plutôt pop. Mais l’une comme l’autre vont se défaire avec habileté et talent de cette étiquette trop étriquée pour être honnête et suffisante. Résultat un final grandiose, à grand renfort de trompette pour Mondiale Idées et de piano pour Anna.
La croisée, les Miens, C’est Moi, Roule, l’Homme Fleur sont le métissage des deux premiers albums, à la croisée, non pas des grands soirs, mais de la chanson et du rock. L’exercice est parfaitement réussi, maîtrisé et promet de grands moments live.
Dans leur précédent opus, les berrichons s’étaient fait plaisir en reprenant Death or Glory des Clash. L’exercice est renouvelé dans L’homme Fleur où le combo s’attèle à un autre mythe: Another Brick in the Wall des Pink Floïd. Pour la peine, ils se font aider par Spider Stacy, ex-Pogues…et quand deux talents de cette envergure se rencontrent, ça donne forcément une reprise originale et enlevée.
Que reste-t-il à dire alors ? Et bien il reste à parler de deux bijoux : Pour la lumière et Sur la branche. Deux chansons dont l’orchestration épurée n’a jamais tant mis en exergue la voix chaude et accueillante de Guillaume. Ses textes, définitivement orientés vers la communication, la chaleur et la vie, se retrouvent eux aussi mis en avant comme jamais. Et devant tant de sensibilité, d’utopisme et de valeurs positives, les cœurs se réchauffent ; forcément.
A une époque où le tout-sécurité est prôné, à une époque où l’on veut faire croire qu’il y a une France d’en haut et une France d’en bas, à une époque où les intérêts financiers ont résolument pris le pas sur l’Humain ( quitte à déclencher une busherie ), L’homme Fleur s’érige comme un épouvantail contre le rejet et l’exclusion, comme une alternative à l’hiver, une échappatoire à la solitude et l’ennui.
VM

 

 

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