Numéro 4 - Août 2002
 
Reflet alternatif
Festisis 2002. (09/2002)
ATTENTION ! Salles en voie de disparition. (08/2002)
Une journée avec la Ruda Salska (08/2002)
La chaleur d'Avignon. (08/2002)
Histoires de vies brisées : les doubles peines de Lyon. (07/2002)
Renaud: Le mauvais sujet repenti. (06/2002)
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La FĂŞte de la Musique. (06/2002)
Demandez le programme ! (04/2002)
La chaleur d'Avignon. (08/2002)

LA CHALEUR DÂ’AVIGNON

On a tout dit ou presque sur le festival d’Avignon. De la pire manifestation bourgeoise au plus grand festival de théâtre du monde. On a vraiment tout dit. Mais on n’a jamais tout vu. C’est frustrant, c’est stimulant. C’est le théâtre, c’est la vie.

 

Il existe deux festivals d’Avignon : le In et le Off. Les deux se côtoient, s’apprécient et se rejettent. Pendant le festival, Avignon se transforme, la ville mute en une fourmilière de gens, de spectacles, de théâtres, de lieux insolites, de créations diverses. Un maximum de lieux sont ouverts pour accueillir les 700 spectacles des deux festivals.
Qu’est-ce qui fait le charme de cette manifestation ? Qu’est-ce qui multiplie la population avignonnaise par 5 ? Quelles sont les mots associés au mot festival d’Avignon ?
D’abord, il y a ces mots simples qui permettent une rime facile avec festival ou Avignon, ces mots bien utiles aux journalistes en mal d’inspiration. On peut lancer pêle-mêle « régal, émotion, final, génial, réservation, création, convivial, papal »
Et puis, il y a tous les autres mots. Ceux qui ne permettent pas un bon mot ou une bonne rime dans un journal mais qui en disent tellement plus, qui peignent tellement mieux ce qu’est en réalité le ou les festivals d’Avignon.


Le mot « chaleur », par exemple. La chaleur accompagnatrice fidèle du soleil s’engouffre dans les lieux de spectacles où les scènes sont parfois installées dans une grange ou sous les toits… Cette chaleur lourde, moite, épaisse associée à la chaleur des corps entassés sur des bancs de fortune. La climatisation n’est qu’un doux rêve, rien ne vient soulager la peine du festivalier.
Cette même chaleur maîtresse insidieuse des intempéries. Les têtes et les regards remplis d’inquiétude tournés vers le ciel. La pluie, le vent, ennemis jurés des festivaliers, vont-ils s’approcher ? Que faire ? Les festivaliers, que la volonté déterminent, créent alors leur propre scène : on tente un spectacle, on s'installe, on joue, la pluie arrive, le vent s'engouffre, les micros grésillent, les voix du théâtre s'envolent loin, la technique s'affole, le public hésite (partir ou ne pas partir telle est la question), les acteurs continuent, on reste, on s'impatiente, on applaudit pour le courage! On repart inquiet de faire la route sous l'averse.
Et puis, la chaleur symbole d’ambiance…. Tard le soir où les gens sillonnent encore les rues, les bars pleins, ça chante, ça rit, tout est prétexte à rester ensemble et à profiter de cette température estivale. Les gens sont heureux. Ils sont tous là pour se délecter : il y a ceux qui viennent voir et ceux qui viennent se monter, la même ferveur les animent, la même volonté de plaisir. Ce plaisir de la découverte.

 

Tout est dit dans le mot « découverte ». Tout le principe est là… Découvrir, ouvrir… Prendre le risque de ne pas aimer. Prendre le risque d'aimer. Etre déçu ou enchanté, s'ennuyer ou s'éblouir. Qu'importe être là. Peu de choses dans nos vies proposent cette chance et ce choix.
Analyser les raisons de son amour ou désamour pour un spectacle est presque chose facile comparé à la difficulté que représente le choix d'un spectacle au milieu des 600 spectacles du festival Off. Sur quelles bases, comment, pourquoi… Les habitués du festival ont sûrement leurs tuyaux, des astuces bien affûtées. Celui-ci fait confiance au lieu grâce aux programmations des années précédentes, celui-là connaît telle ou telle compagnie, celui-là encore préférera un Grumberg à un Bretch. Mais tous sont là pour voir ce qu’ils n’ont jamais vu, pour s’ouvrir à autre chose, pour se laisser envahir du plaisir du pionnier qui voit luire la pépite au creux de son tamis boueux.
Le

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