N° 13 - Mai 2003
 
Béranger François
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Crédit: François Béranger

 

Joue pas avec mes nerfs
7 titres
Ref : 159 072
Sorti : 1979
Production : Futur Acoustic
Distribution : Musidisc


01 - Chansons marrantes
02 - Mamadou m'a dit
03 - Je ne veux plus le savoir
04 - Joue pas avec mes nerfs
05 - Pour ma grand-mère
06 - Tous ces milliers de kilomètres
07 - A force

 
 
01 - Chansons marrantes


J'aimerais faire des chansons marrantes / Faire rigoler ceux qu'ont payé / Vous dire que le monde est beau / malgré quelques petits accrocs / Que je reviens d'Californie / la tête pleine de rainbows / vous faire des big bisous partout (bis) / J'aimerais faire des chansons marrantes / pour que s'écroulent sous leur bureau / tous les programmateurs radio / qui me prennent pour un vieil aigri / un emmerdeur un malpoli / qui ne vient jamais faire sa cour / qui n'donne jamais de p'tits cadeaux (bis) / J'aimerais faire des chansons marrantes / pour celui-là qui a écrit / Béranger c'est de la broutille / faut quand même pas s'foutre de Mabille / Y raconte toujours la même chose / Dans l'show-biz faut se renouveler / Car bien sûr comme vous le savez / le monde a vraiment changé / J'aimerais faire des chansons marrantes / Sortir mon disque tous les ans / Car la chanson c'est un marché / comme la lessive ou les idées / Faut fournir aux consommateurs / un beau produit bien emballé / Et surtout pas comme je le fais / surtout pas dans la soupe cracher / J'aimerais faire des chansons marrantes / Un peu d'rétro un peu d'disco / un peu de coeur un peu de fesse / d'la bonne humeur à toute épreuve / des oeillères en acier trempé / des musiques complètement carrées / Mais je n'sais pas c'que j'ai j'peux pas (bis) / J'aimerais faire des chansons marrantes / Faire péter les sous-ventrières / Mais j'ai rien à dire de marrant / La France est une morne grisaille / Si vraiment c'est impératif / plutôt que d'm'arracher les tifs / il faudrait mieux c'est pas un monde / que j'la ferme pour de bon ma gueule / La la la la chansons marrantes / la la la la la la la la / la la la la le monde est beau / la la la la la la la la / Là je reviens de Californie / la tête pleine de rainbows / J'vous fais des big bisous partout (bis)

 

02 - Mamadou m'a dit


Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Mamadou m'a dit, / Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Les citrons c'est les négros tous les bronzés d'Afrique / Sénégal, Mauritanie, Haute-Volta, Togo, Mali, / Cote d'Ivoire et Guinée, Bénin, Maroc, Algérie, / Cameroun et tutti quanti, Cameroun et tutti quanti. / Les colons sont partis avec des flonflons, / des discours solennels, des bénédictions. / Chaque peuple, c'est normal, dispose de lui-même / et doit s'épanouir dans l'harmonie. / Une fois qu'on l'a saigné aux quatre veines, / qu'on 'a bien ratissé et qu'on lui a tout pris. / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Les colons sont partis, ils ont mis à leur place / une nouvelle élite de noirs bien blanchis. / Le monde blanc rigole : les nouveaux c'est bizarre / sont pires que les anciens. C'est vraiment un hasard. / Le monde blanc s'étonne quand un petit sergent / se fait sacrer empereur avec mille glorioles. / Après tout c'est pas grave du moment que la terre / produit pour les blancs ce qui est nécessaire / le coton, l'arachide, le sucre, le cacao / remplissent les bateaux, saturent les entrepôts. / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Apres tout c'est pas grave, les colons sont partis, / que l'Afrique se démerde, que les paysans crèvent. / Les colons sont partis avec dans leurs bagages, / quelques bateaux d'esclaves pour pas perdre la main. / Quelques bateaux d'esclaves pour balayer les rues. / Ils se ressemblent tous avec leur passe-montagne. / Ils ont froid à la peau et encore plus au coeur. / Là bas c'est la famine et ici misère. / Et comme il faut parfois manger et puis dormir, / dans des foyers-taudis on vit dans le sordide. / Mamadou m'a dit, / Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Et puis un jour la crise nous envahit aussi. / Qu'on les renvoie chez eux ils seront plus heureux. / Qu'on leur donne un pourboire, faut être libéral, / et quant a ceux qui râlent un bon coup-de-pied au cul. / Vous comprenez, Monsieur, c'est quand même pas normal, / ils nous bouffent notre pain, ils reluquent nos femmes. / Qu'ils retournent faire les singes dans leurs cocotiers, / tous nos bons nègres à nous, qu'on a si bien soignés. / Et puis, c'qui est certain, c'est qu'un rien les amuse / ils sont toujours a rire, ce sont de vrais gamins. / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau / Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit / on a pressé l'citron, / on peut jeter la peau.

 

03 - Je ne veux plus le savoir


Refrain : Je ne sais pas qui tu es / Je ne sais pas d'où tu viens / Et je ne veux plus le savoir / Je ne sais pas qui vous êtes jeunes flics arrogants / rencontrés l'autre soir sur le quai d'une gare / pareils à vos semblables sortis du même moule / Moulés de suffisance bardés dans la bêtise / Je me disais hier dans un rêve utopique / sous l'uniforme bleu sous la visière plastique / derrière le bouclier à l'autre bout du flingue / c'est pas un chien qu'il y a mais quand même un bonhomme / Au refrain / Citoyens citoyennes alignement par quatre / On veut voir qu'une tête pas un mot dans les rangs / Les suspects au ballon Les chevelus fiché / Les gonzesses des salopes Les motards des anars / Les cocos à Moscou Les bougnoules dans la Seine / Les nègres au cocotier Les pédés à châtrer / Et toi ta mobylette où c'est qu'tu l'as piquée / Espèce de parasite tu ferais mieux de travailler / Au refrain / Jeunes flics arrogants rencontrés l'autre soir / à onze heures dans l'métro sur le quai d'une gare / vous étiez quatre en ligne débouchant d'un couloir / avec la belle prestance que donne le pouvoir / Sur le quai y'avait moi j'ai pas l'air trop suspect / et un autre bronzé du genre qu'on déracine / pour ramasser nos merdes et qu'on paie à moitié / Les flics bien rodés ne voient que le faciès / Au refrain / Tes papiers rigolo pas encore au dodo / L'homme sort de sa poche un portefeuille noir / où sont tous ses papiers Les sacro-saints papelards / Passeport d'étranger Carte d'identité / Carte pour travailler Carte pour séjourner / Carte pour respirer Carte pour exister / D'un air dégoutté un des flics prend l'paquet / et passe à son voisin sans même regarder / Au refrain / Et puis il faut bien rire dans ce dur métier / le plus marrant des quatre prend le portefeuille / et répand sur le quai dégueulasse et souillé / des photos et des lettres trésors de l'émigré / Sans un regard sans un mot le type s'accroupit / Une main chaleureuse le renverse sur le cul / Quatre rires maladifs résonnent dans la gare / et les connards s'en vont vers d'autres héroïsmes / Au refrain / Pour un flic blessé pour un flic tué / branle-bas de combat L'ordre est menacé / Alerte générale / Obsèques nationales / Restaurons les valeurs Ca ne peut plus durer / Pour mille mecs humiliés en toute impunité / combien d'lignes de journaux / Combien d'scoops de télé / Combien de numéros d'officiels courroucés / Je me penche Je dégueule J'ai envie de tout casser / Au refrain.

 

04 - Joue pas avec mes nerfs


Refrain : Joue pas avec mes nerfs / J'ai un flip de travers / Une arête dans l'gosier / Je n'peux plus respirer / Plein de trucs me sidèrent / J'ai beau dire j'ai beau faire / parfois je le réveille / et je m'dis pourquoi faire / Le vieux monde s'essouffle / il court après sa queue / il pédale dans l'yaourt / se noie dans la choucroute / Le Shah se fait chasser / il part en pleurnichant / avec des milliards / ramassés dans le sang / On aurait dû le pendre / à un croc de boucher / Le Shah se fait chasser / par un vieux puritain / sorti du Moyen-Age / planqué près de Paris et le bon peuple l'aime ... / Le rêve communiste / pourrit dans le Goulag / Le rêve d'Israël / est mort dans la haine / Des jeunes gens par milliers / se tournent vers le chimique / Le rêve hypodermique / nous kidnappe les meilleurs / Au refrain / Je regarde ébahi / la grosse face bouffie / d'un de nos dirigeants / qui remplit tout l'écran / On dit qu'à quarante ans / un visage dit tout / Ce que j'vois sur le sien / me donne des boutons / Il est content de lui / Tout va bien c'est la joie / Ceux qui grognent ceux qui rognent / sont de mauvais esprits / A l'Est rien de nouveau / Les villes de Lorraine / deviennent villes mortes / pourrissant de colère / Les cheminées qui fument / passent au rang des souvenirs / Les chômeurs désoeuvrés / vont parfois s'balader / devant les grilles fermées / à l'ombre des terrils / Les milliards sont partis / là où c'est beaucoup plus rentable / Au refrain / Je regarde une photo / du ghetto d'Varsovie / Un p'tit môme en casquette / lève les bras bien haut / Derrière lui un nazi / satisfait sûr de lui / lui braque dans le dos / son flingue indifférent / Le visage de l'enfant / c'est la terreur du monde / l'innocence violée / l'humanité bafouée / La gueule du pourri / c'est l'abus du pouvoir / l'éternelle saloperie / tout pouvoir est maudit / J'pourrais être l'enfant / j'pourrais être le nazi / Quel est le dieu vicieux / bien planqué dans les cieux / qui décide de tout ça / Qu'on lui tire la barbe / qu'on lui crève les yeux / Qu'on le balance au néant / Au refrain / Un jour ça prévient pas / on se réveille vieux / On se réveille vide / des rides autour des yeux / des sanglots plein la gorge / qui pèsent comme des pierres / Un jour ça prévient pas / on se retrouve seul / Les amours sont parties / On n'a pas su aimer / On en voulait plusieurs / on n'en a plus aucune / Il faut n'en aimer qu'une / Et choisir ou partir / On a l'amour bizarre / On sait pas l'exprimer / Les voisins s'font la guerre / et ne se parlent pas / Au sous-sol c'est l'négro / au premier c'est l'catho / au second c'est l'coco / au troisième c'est l' P.R. / au dernier c'est l'pédé / On est tous à enfermer / Au refrain / Y'a toujours des malsains / quelles que soient les époques / pour se dire nom d'un chien / qu'est-ce que c'est c'te galère / Y'a toujours un malin / pour ramener sa gueule / pour penser pour chanter / que tout le désespère / que vraiment ça va mal / que c'est l'époque charnière / qu'après ça rien n'va plus / que personne n'en peut plus / Pourtant ça continue / c'est ça qu'est fantastique / Ca fait des millénaires / qu'on respire le même air / qu'on se tire dessus / comme des élastiques / Que ça naît que ça meurt / que ça crie de douleur / Et nous là-dedans on vit / On salue on sourit / On n'est pas des bestiaux / Non le monde est vraiment beau / Au refrain

 

05 - Pour ma grand-mère


Ma grand-mère qu'était d’Clamecy, / elle a clamsée dans son p'tit lit, / A l'hôpital de Montargis. / Elle est partie rejoindre son homme. / celui qu’elle appelait son chéri, / un matin d'cet hiver pourri (bis) / Ma grand-mère qu'était de Clamecy, / c'était une qui chantait tout le temps. / Au temps d'son jeune temps, à vingt ans. / Faut dire qu'elle était couturière, / et qu'dans les ateliers d'misère / on se serait cru dans une volière (bis) / Dans les quartiers des ateliers, / des ateliers de couturières / fallait voir comme la dernière / Etait sapée comme une rentière / On sait pas comment qu'elles faisaient / pour être mises comme des princesses... (bis) / Quand elles sortaient des ateliers / après dix-onze heures de travail, / les rues s'emplissaient de beauté, / les chapeautières, les culottières, / les grisettes et les trottins, / les petites mains et les premières (bis) / Douze heures par jour, six jours de rang, / les fesses talées, les reins brisés, / la poitrine creuse, les doigts piqués, / les yeux rougis et ça chantait / Ca chantait des chansons joyeuses / d'avenir radieux, d'amour toujours (bis) / Les p'tites nanas de ce temps-là / elles tenaient très haut, à bout de bras, / une sorte de fierté orgueilleuse. / C'etait mieux qu'de chercher l'oubli, / après des journées pas fameuses, / dans des verres d'absinthe ou d'anis (bis) / Pour ma grand-mère qu’était d'Clamecy / qui vient d'clamser dans son p'tit lit. / Pour elle qu'a chanté toute sa vie, / on guise d'au revoir et merci. / Cette chansonnette je dédie / un jour de cet hiver pourri (bis).

 

06 - Tous ces milliers de kilomètres


Refrain : Tous ces milliers de kilomètres / toutes ces routes parcourues / Tous ces visages dans la pénombre / Tous ces visages d'inconnus / Pour nous partir n'est plus partir / on a sa maison dans sa tête / Le paysage faut qu'il défile / derrière les vitres d'une bagnole / On ne s'arrête pas plus d'un soir / de peur de prendre racine / Au refrain / Tous ces visages qui n'en font qu'un / et qu'on finit par bien connaître / S'ils sont venus c'est qu'il faut croire / qu'on a quelque chose en commun / Qu'on est pareils ni plus ni moins / qu'ils viennent entendre leur propre chant / Au refrain / Les gens qui viennent sont comme des portes / les unes ouvertes les autres fermées / Les uns viennent pour juger / avec des critères plein la tête / Les autres viennent pour aimer / comme on va à une fête / Au refrain / Moi ça m'rend meilleur de chanter / Ca me libère ma tendresse / Je chante pour ce visage fervent / entrevu l'espace d'un instant / quelque part je ne sais où / quelque part je ne sais quand / Au refrain.

 

07 - A force


Refrain : Sur nos pattes de derrière / nous irons faire le beau / Présentant nos papiers / dès que passe un corbeau / l'ombre d'une casquette / le vol d'un perdreau / A force de contrôles / à force de patrouilles / à force de fouilles / de flics qui te jaugent / te jugent te transpercent / te toisent te suspectent / te fichent te classent / te statistiquent / Au refrain / Le jour et la nuit / partout où l'on vit / dans les rues sur les routes / partout où l'on va / on finira un jour / par être ce qu'ils veulent / des moutons numéros / qui ferment bien leur gueule / Au refrain.

 

 


 

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