|
" On n’est pas du genre à se prendre la tête " [23 Février 2004]
|
|
A quelques heures d’un concert de soutiens à des associations, organisé par les Têtes Raides, Loïc Lantoine et François Pierron nous recevaient dans les loges du Bataclan.
|
|
L'art-Scène : |
Il y a deux ans, vous tourniez en formation dans les cabarets chansons avec votre style déjà au combien particulier et vous veniez de rencontrer les Têtes Raides par l’intermédiaire de Jean Corti. Aujourd’hui qu’est-ce qui a changé ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) Plein de choses ont changées mais en même temps il n’y a pas vraiment de rupture. On a continué à faire notre petit bonhomme de chemin. L’album est sorti, il y a des nouvelles chansons, des scènes plus grandes effectivement. Ça avance tranquillement.
|
|
L'art-Scène : |
Que faîtes-vous ce soir au Bataclan ? De quoi s’agit-il ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) C’est une soirée où plusieurs artistes soutiennent des associations. Il y a Ras l’front, les Urgentistes, Green Peace etc. Tous les lundis de leur mois au Bataclan, les Têtes Raides prêtent la salle pour faire des soirées de soutien.
|
|
L'art-Scène : |
Votre premier album est sorti début février. C’est le résultat de beaucoup de dates et de Km parcourus depuis que vous avez commencé il y a quatre ans. Pouvez-vous nous en parler ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) C’est un résultat mais c’est aussi autre chose. Contrairement à François, je n’avais jamais pratiqué le studio. Il a fallu apprendre.
|
|
L'art-Scène : |
Comment s’est passée la réalisation de l’album ? |
|
Loïc Lantoine : |
(François) On ne se connaissait Loïc et moi que par le Live. Alors j’avais un peu peur de rentrer en studio. On a enregistré avec François Casaïs, un ingénieur de Rouen du son spécialiste de la contrebasse. Tout s’est très bien passé, les moyens qu’on avait à notre disposition étaient merveilleux. On a enregistré tout en live quasiment et en faisant venir des copains. Daniel Bravo de Tryo, Jean Corti à l’accordéon sur le Manneken Pis, La Rue Ketanou sur Mon Côté Punk, Denis Charolle en percuterie qui joue sur Badaboum et Gil Barouk à la guitare sur Deux Mains. Pour le reste, c’est juste Loïc et moi. L’album a été mixé par Jean Lamoot, qui est quelqu’un de grand talent.
(Loïc) Comme depuis le début, tout c’est passé tranquillement dans un grand naturel. On a bien rigolé.
|
|
L'art-Scène : |
Pourquoi ce titre à l’album ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) Badaboum ? Parce que ça nous plaisait bien, on n’est pas du genre à se prendre la tête sur un titre. Ça me plait bien parce que ça veut dire « badaboum, » mais ça veut dire aussi qu’il faut se relever.
|
|
L'art-Scène : |
Comment s’est passé le passage de la scène au disque ? Vous avez adapté votre formation ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) On a eu le temps de le travailler. Au cumulé, on a eu quand même trois semaines de prise ce qui est très confortable. François Casaïs a eu la grande idée de nous faire jouer dans la même pièce et sans casque. C’était des conditions de répétition pratiquement.
(François) La formule est la même : contrebasse, voix. On voulait retrouver une chaleur équivalente à la chaleur qu’on connaît en public.
|
|
L'art-Scène : |
Sortir un album sous la bannière de Mon Slip et des Têtes Raides ça vous fait plutôt plaisir ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) Bien sûr. Travailler avec Mon Slip, c’est une grande fierté. Ce sont des gens qui travail pour l’amour du métier et par pour le profit. C’est à se demander quand dorment les Têtes Raides avec tout ce qu’ils font. C’est un super beau geste d’avoir créé Mon Slip. Faire un album avec eux, c’est pas du bricolage, ils nous ont donné de vrais moyens.
|
|
L'art-Scène : |
Il y a cette « étiquette » que vous défendez, qui décrit bien ce que vous faîtes « chanson pas chantée. » |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) C’est plus une blague, on n’y tient pas particulièrement.
|
|
L'art-Scène : |
Comment est reçue la forme assez inhabituelle de votre spectacle voix-contrebasse ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) Effectivement, ça déroute un peu. C’est plutôt bien. Mais après on fait le même boulot que tous les artistes. On fait ce qu’on aime. On n’a pas envie de s’adapter au marché.
|
|
L'art-Scène : |
Quelle image de la chanson ou de la poésie avez-vous envie de défendre ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) On ne défend rien, on propose ce qu’on fait c’est tout. Après ce sont les gens qu’on aime, qui font partie de la famille : Leprest, Jehan, La Rue Ketanou. On n’est pas du genre à s’isoler, on aime aller voir les autres.
|
|
L'art-Scène : |
Comme vos chansons parlent beaucoup d’amitié, l’amitié est fondamentale pour vous comprendre. Vous devez notamment à l’amitié d’Allain Leprest le désir d’écrire, c’est un besoin de s’entourer également de copains pour enregistrer un album ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) C’est fondamental pour tout le monde l’amitié. On avait envie de fonctionner comme ça. C’est la trace qu’on voulait laisser. Effectivement, on a des amitiés assez fortes et c’est une grande chance mais il me semble que beaucoup de gens fonctionnent en amitié.
|
|
L'art-Scène : |
La Rue Ketanou est sur la chanson « mon côté punk. » Sous ce titre vous avez monté un projet à part avec la Rue Ketanou. Qui y participe et de quoi s’agit-il ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) C’est un groupe avec Mourad et Olivier de La Rue Ketanou, avec Karim, l’ex-guitariste de Padam, avec Dikès et avec d’autres. On est dix en tout. C’est pour l’instant un joyeux bordel qui se met en place quand on a le temps. On s’amuse bien.
|
|
L'art-Scène : |
Sur scène, il y a des mimiques, des gestes précis. En même temps, vous n’avez pas l’air d’être un grand adepte de la conception scénique. L’ensemble du spectacle est simple pourtant on dirait avoir affaire à un personnage : ça vous vient naturellement ? Comment s’est construit ce spectacle et forgé le style au cours des années ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) ça s’est fait tout naturellement. Je revendique que c’est un personnage allumé mais il n’est inventé en rien. C’est une caricature de moi, de mes peurs avant de rentrer sur scène, de mon écoute de la musique de François. Le Rythme etc. Tout ce personnage est né en impro, sans calcul, sans mise en scène.
|
|
L'art-Scène : |
En plus de toutes ces superbes chansons qu’on peut entendre sur l’album, sur scène on entend une chanson sur Johnny Hallyday. Comment est né ce délire ? Pourquoi parler de lui ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) C’est né d’une connerie dans un bistro avec Greg des Têtes Raides. Puis au bout d’un moment, j’ai posé le texte. C’est une chanson pour se moquer de personne, mais plutôt d’un symbole qui peut devenir grave. Ça ne s’attaque pas directement à Johnny, ni à ses inconditionnels. Mais Johnny en tant que personnalité peut quand même être dangereux, je pense par exemple à la prise d’otage qu’a été sa dernière tournée. A savoir : mettez un Stade à disposition sinon vos électeurs sauront que vous ne nous l’avez pas filé. Je trouve ça absolument ignoble. Mais c’est au niveau de « l’Institution » de Johnny dont on se moque.
(François) Celle chanson a plusieurs degrés. Les bistros français se seraient pas les mêmes sans Johnny. Quand on dit « Faut pas dire du mal de Johnny ! » c’est un constat. Johnny est quelqu'un de tellement rassembleur qu’il est devenu intouchable.
(Loïc) Nous on a une vraie tendresse pour le fan de Johnny. Cette chanson est avant tout une grosse connerie qui nous a fait hurler de rire.
|
|
L'art-Scène : |
Vous avez fait pas mal de première partie : La Rue Ketanou, les Rita Mitsouko, les Têtes Raides, Tryo, bientôt Bénabar. La semaine prochaine, vous siégez à l’Européen aux côtés de Jeanne Cherhal. Elle vous a invité personnellement ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) Jeanne est une copine. On était content qu’elle nous demande. C’est un plaisir de faire ça parce qu’on s’entend bien et qu’on va bien rigoler. C’est toujours intéressant pour nous d’aller rencontrer d’autres publics. C’est même très agréable. On se rend compte à quel point le public d’un artiste a une personnalité propre. La chanson de Barbara Ma plus belle histoire d’amour c’est vous m’ennuyait un peu, je la trouvais démago. Mais le fait d’avoir tourné en première partie de certaines personnes et d’avoir vu ce que peut être la personnalité d’un public, je n’écoute plus cette chanson de la même oreille.
|
|
L'art-Scène : |
En mars, c’est vous qui serez la tête d’affiche pour une semaine de représentations à l’Européen. Ça fait quoi ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) Rien de spécial. C’est une petite étape de plus qui fait que l’ensemble est continu. Il nous est déjà arrivé de faire l’Européen tout seul. Là on va le faire quatre soirs de suite. Peut-être que la prochaine fois on le fera plus de soir, ou peut-être moins, mais c’est une étape sur notre chemin, c’est tout. On est très contents.
(François) Une grande salle ne garantie par un bon spectacle. Par exemple, je crois qu’on vient de faire un très beau spectacle dans un petit quartier qui s’appelle Etouvie à Amiens. C’est un quartier dans lequel on anime un atelier chanson en ce moment. C’était une petite salle avec très peu de monde mais c’est un de mes meilleurs souvenirs.
(Loïc) On peut très bien passer à côté de l’Européen, ne pas être dans l’ambiance. En revanche, jouer à Etouvie, un quartier assez dur d’Amiens, devant des gens qui ne vont pas au spectacle, c’était hyper émouvant.
(François) Notre inquiétude est de faire bien notre travail.
|
|
L'art-Scène : |
Ça ne vous fait pas peur l’Européen ? |
|
Loïc Lantoine : |
(François) On a peur à chaque concert…
(Loïc) Quand tu as un grand confort technique etc. c’est quand même autre chose que de jouer par exemple, à L’Attirail, comme on l’a fait, où il n’y a pas de loges, c’est un bistro, t’es au bar pour te préparer.
(François) Là tu flippes…
(Loïc) C’est beaucoup flippant que de jouer à l’Olympia où il y a tout le confort.
|
|
L'art-Scène : |
Quel sont vos projets ? |
|
Loïc Lantoine : |
(Loïc) On est sur ce projet à Etouvie, ce quartier assez dur d’Amiens, qui nous tient énormément à cœur. Une fois par mois on va deux jours écrire des chansons avec des tous petits et aussi avec des parents et leurs enfants au centre socioculturel d’Etouvie, qui est en danger d’ailleurs en ce moment. C’est hyper touchant, ce sont des gens beaux, droits et en même temps qui sont dans une misère incroyable. Quand on bosse avec certains mômes c’est quand même assez terrible de te dire qu’ils sont mal barrés. Quand on habite à dix dans un tout petit appartement avec un père au chômage qui picole et qu’il n’y a pas une tune et que c’est dur de manger tout les jours etc. On se demande à quoi ça sert d’aller faire écrire des chansons à ce môme. En même temps on se marre bien et on espère lui changer les idées.
|