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Béranger François
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Crédit: François Béranger
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Janvier 2002 |
Dans le paysage de la chanson française de ces trente dernières années, la voix de François Béranger est une voix essentielle.
 Retour Accueil rubrique Revue de presseRetour au menu Mise à jour de Et s'il fallait, avec Trenet, se poser la question de nos jeunesses vagabondes et insoumises, sur l'air de « Que reste-t-il de nos amours ? / Que reste-t-il de ces beaux jours ? » à des guenilles que se disputent nos anciens compagnons d'espérance, au fond de leurs cénacles, de leurs boutiques ou de leurs ministères, l'une des premières réponses qui viendraient à l'esprit de ceux qui n'ont rien renié serait sans doute: « La voix, les mots de Béranger». Bien sûr, il ne fut pas le seul.
l'artiste D'autres noms se bousculent au seuil de l'objectivité. Mais ce sont ses chansons qui balisent peut-être le mieux ces années 70 où tout semblait soudain possible et où l'espoir d'un monde plus juste faisait lentement son chemin vers le pouvoir.
Avons-nous donc été naïfs de croire en cet espoir au point de signer tant de chèques en blanc ? Avons-nous donc été idiots d'oublier la vieille mise en garde de Louise Michel qui nous disait que tout pouvoir est maudit! Bien que sachant toujours avec précision où étaient ses cibles prioritaires, Béranger ne nous a jamais bercés d'illusions et c'est sans doute à cause de cette lucidité et de cette sincérité sans faille qu'avec le recul ses chansons nous sont restées si chères. Sans doute aussi pour cela que d'aucuns le tiennent pour un ours et pour un emmerdeur, alors qu'il se contente d'être d'une absolue franchise, tout en refusant vraiment - ce qui chez lui n'est ni une posture ni une coquetterie - de se plier aux simagrées du show-business. Essentielle, sa voix l'est d'autant plus que nous avons cru l'avoir perdue au cours de ces longues années de désillusion où les voleurs d'espoir bradaient leurs promesses à l'encan. Au début de ces funestes années 80, Béranger fut le premier à oser poser la seule question réellement importante « Le vrai changement c'est quand ? »
Crime de lèse-majesté, dont la sentence avait déjà été écrite, bien des années plus tôt par Guy Béart : « Le chanteur a dit la vérité / Il doit être exécuté ! »
Car les chanteurs sans compromissions sont souvent des armes à double tranchant dont les chansons vous reviennent en pleine figure, par la rue, comme des boomerangs. Mais on ne fait pas taire une voix comme celle de Béranger pour de si médiocres raisons; et sa lassitude personnelle, après une douzaine d'années de tournées incessantes, pesa plus lourdement que n'importe quelle censure sur cette absence prolongée. Jusqu'au jour où l'envie de revenir dans la lumière des projecteurs le reprit comme un soudain besoin de soleil.
Et c'est précisément ce qui ressort de ses derniers albums, portés par une musique chaude et savoureuse, comme un fruit que l'on presse à même la bouche.
Comme s'il s'agissait de donner une nouvelle fois raison à René Char qui disait que « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. » Marc Robine - Chorus n° 38
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FRANCOIS BERANGER: LA CHANSON SANS FIORITURES
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Novembre 1999 |
Au lavoir Moderne Parisien
François Béranger : la chanson sans fioritures
Une des chansons les plus connues de François Béranger commence ainsi: «Parfois dans la radio / J'entends ma grosse voix / C'est pas souvent faut dire / Enfin ça arrive parfois. » C'est une chanson d'amour, mais singulière, car il y a chez Béranger un refus obstiné des détours poétiques, des fioritures : «La fille que j'aime c'est pas la plus belle / C'est pas la plus moche non plus ( ... / Dans son visage c'est merveilleux / Elle a une bouche et deux yeux ... » Et son lyrisme ne va guère plus loin que: «Et puis ses seins qui sont deux / Heureusement qu'ils sont pas trois / J'aurais jamais assez de doigts / Pour jouer avec eux quand il fait froid .. »
François Béranger est apparu dans le ciel de la chanson française dans les années qui ont suivi mai 68, à peu près en même temps que Renaud. Mais, c'est vrai, il n'a jamais réussi à percer le mur dressé par les programmateurs de radio. On l'entendait dans les émissions de Claude Villers, quelquefois chez José Artur, rarement ailleurs.
Il a eu un "tube", la chanson intitulée Tranche de vie (« J'en suis encore à m' demander / Après tant et tant d'années / A quoi ça sert de vivre et tout / A quoi ça sert enfin d'êt'né»). Il la chante encore et, dès que son public entend les premières notes de l'introduction musicale, il applaudit tout de suite. Car, même si les radios l'ignorent, Béranger a ses fidèles.
Certains l'ont dit primaire, croyant que c'était une critique. Mais probable qu'il le fait exprès. Faut?il l'être, primaire, pour dire des choses aussi primaires que : «La seule valeur qui vaille / En cette fin de millénaire / C'est la monnaie la mitraille / Le fric le pèze le numéraire / Les avoirs et les pépètes / La fortune la grosse galette /Le flouze et les picaillons / Le capital et le pognon » et encore : «Oui dites?moi combien ça coûte / Un char Leclerc un Exocet / Un Joujou de chez Dassault / Un cocktail ministériel ... », et pour ajouter : « Combien ça coûte une famille / Pour qu'elle survive une année / Juste en bouffant des lentilles / Et en payant son loyer ( ... ) / Combien ça coûte la souffrance / Combien ça pèse la détresse / Combien ça cote l'indigence ... » ?
Il faut être primaire pour faire une chanson sur un chômeur ... « tout seul à te demander / Quelle connerie t'as pu faire / Pour en arriver là . / Ton proprio te vire, / Ta femme se fait la malle, / Tes enfants ont la honte / Et tes copains ricanent. / Tout le monde te fait croire / Que t'es un bon à rien / Que t'es pas un gagneur / Que t'es pas un battant ... » Ou sur un vieillard : «Pour descendre et remonter / Six étages d'escalier / Il faut l'éternité ». Ou sur des immigrés (chanson qu'il dédie «à tous nos crétins successifs ministres de l'Intérieur » : "Mamadou m'a dit Mamadou m'a dit / On a pressé l’ citron, on peut jeter la peau"
Mise à jour de l'artiste Oui, il faut être primaire pour rester un "chanteur engagé" comme quelques uns disent avec une moue méprisante, à une époque où on fait tout pour vous mettre dans la tête que c'est super?ringard.
? Primaire ? Il s'en fout : «Il y a une sorte de bonheur / A dire ce qu'on a sur le coeur / Tant pis si c'est pas un tube
Je suis pas marchand d' tuyaux. »
Il a aussi des chansons tendres, Béranger. Par exemple quand il évoque sa grand?mère, qui travaillait comme ouvrière dans un atelier de couture, ou bien la jeunesse de ses parents à l'époque du Front populaire : «Devant l'usine occupée / A travers les grilles fermées / Chaque jour tu passais fidèle / A mon père sa gamelle », et les premiers congés payés et les musiciens des bals populaires, mais c'est pour conclure sur aujourd'hui: «Le monde regarde suffoqué / Revenir la barbarie / En avant pour le grand bond en arrière !»
A un détour du tour de chant, derrière les musiques d'apparence facile (pas tant que ça en réalité), le tango fait irruption, ou la valse musette, ou un rythme de jazz. On prête attention aux arrangements, soignés et imaginatifs, mais qui ne couvrent jamais la voix (on comprend tout ce qu'il dit, ça fait du bien). Et soudain François Béranger annonce, "sur des paroles de mon camarade Apollinaire sa chanson Marizibill ("Je connais gens de toutes sortes / Ils n'égalent pas leur destin / Indécis comme feuilles mortes / Leurs yeux sont des feux mal éteints / Leurs coeurs bougent comme leurs portes»). On se dit qu'il faut être bien sûr de soi pour oser sa propre musique sur ce poème (surtout après Georges Van Parys, qui l'avait fait le premier, et superbement). On se dit que c'est assez réussi, et qu'au fond, Béranger, il n'est pas si primaire qu'il s'en donne l'air.
N.M
35 rue Léon. Du 2 au 20 novembre, du lundi au samedi à 21 h. Réservations 01 42 52 09 14. N.M. - Le 18e du mois
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NOUVELLE TRANCHE DE VIE POUR FRANCOIS BERANGER
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17 Novembre 1997 |
CHANSON. Après sept ans de silence, l’auteur du « Monde bouge » est de retour sur scène, plus corrosif que jamais. Entretien.
Nouvelle tranche de vie pour François Béranger.
François Béranger
En concert mardi et mercredi au Trianon, 80 Bd Rochechouart XVIIIe ( 01 44 92 78 00 ) Ã 20 heures.
Album : "François Béranger » (Futur-Acoustic / Musidisc)
Au contraire de nombre de ses confrères chanteurs, François Béranger ne saurait être suspecté de suralimenter les bacs des disquaires. « J'écris des chansons uniquement quand jepense qu’il y a des trucs à dire », se justifie-t-il volontiers. "Quand ce n'est pas le cas, je préfère fermer ma gueule.» Vingt huit ans après la publication de son premier 45 tours, Tranche de vie, François Béranger est pourtant aujourd'hui, dans la droite lignée des Brassens, Ferré et autres Félix Leclerc ("mon mentor historique, j'envisage d'ailleurs la confection d'un CD avec certains de ses titres les moins connus»), le dernier représentant digne d'une «chanson française» aseptisée par Yves Duteil ou dévoyée par Renaud Séchan.
Duteil, il vient de le rencontrer récemment à l'occasion d'une émission sur Radio Bleue: «Nous avons écouté une chanson qui lui avait été inspirée par la petite fille de Rabin pleurant à l'enterrement de son grand-père Réaction qui me semble assez naturelle. Alors à la fin pendant que tout le monde sanglotait j'ai simplement dit que moi, j'aurais plutôt fait une chanson sur les Palestiniens. Il y a eu un blanc à l'antenne."
Censuré par CBS. Chanteur contestataire, donc (formol qui, normalement, devrait friser le pléonasme), François Béranger a été longtemps associé, au même titre que Catherine Ribeiro ou Magma, à ce circuit parallèle mis en place, après 68, par quantité de comités de soutien réunis en associations à but non lucratif («nous faisions une bonne centaine de concerts par an, devant mille ou quinze cent personnes") en particulier ceux qui permettaient alors à un Libération balbutiant, tout juste fondé par jean-Paul Sartre, de subsister.
Une situation un peu paradoxale eu égard à son contrat d'enregistrement avec CBS, fière multinationale phonographique: «C'est la seule fois, où j'ai été censuré dans ma carrière. J'avais commandé à Jean-Claude Petit un arrangement des « Nouveaux Partisans » de Dominique Grange, pour fanfare ouvrière. Un peu comme celle que l’on voit dans le film « Les Virtuoses ». Le PDG, Jacques Souplet, un mec de droite, a refusé de le mettre sur le disque. Je me suis vengé en tapissant les chiottes de stickers de « La Cause du Peuple ». Des trucs indécollables qui disaient « l’été sera chaud », « le petit chef X est un con », etc. Bon, c’était puéril, je l’admets. »
Débats-concerts. Si le premier album de Béranger pour CBS, (avec Tranche de vie) se vend à 90 000 exemplaires ( »Je n’ai jamais atteint les 100 000, sans ça j’aurais un disque d’or ; j’ai d’ailleurs fait une chanson sur ce thème, « Le disque dort ».), son successeur (Ca doit être bien), enregistré avec le concours du groupe américain Mormos, fait un score plus décevant. Offrant un excellent à CBS pour se séparer (à l’amiable, il va de soi) de son encombrant poulain. Celui-ci signe alors avec un label indépendant, l’Escargot-Sibecar, qui va produire jusqu’en 81, ses sept disques suivants dont les inoubliables Le monde bouge (1974) et Participe présent (1978). Car Béranger, qui dans Participe présent (la chanson) justement, se définit comme « un simple con chantant » (« une façon de dire que l’on est pas différent quand on fait ce métier ») est devenu prolixe qui vient de faire la connaissance du guitariste Jean-Pierre Alarcen (aujourd’hui accompagnateur de Geoffrey Oryema), lequel va le convertir à l’électricité. C’est la grande époque des débats-concerts impromptus »Par contrat, j’avais un droit de regard sur le prix des places. Dix ou quinze balles, c’était pas énorme. Mais il y avait toujours des mecs qui râlaient, qui me traitaient d’enculé, qui m’accusaient de leur prendre du fric. Alors j’arrêtais tout et j’improvisais une conférence : la sono ça coûte tant, les musiciens ça coûte tant, les camions ça coûte tant. Il reste quoi ? Rien ! Alors je vous emmerde ! Si vous voulez que je me tire, je m’en vais. Après, ça se passait bien. Il y avait aussi les mecs qui m’accusaient d’avoir le pouvoir à cause du micro. Là encore j’arrêtais tout et je les invitais à venir s’en servir sur scène. Un mec montait et faisait agheu agheu et évidemment repartait. Et puis on me questionnait pas mal sur mon âge. Assez vite j’ai eu affaire à des mômes qui auraient pu être mes enfants. »
Troubadour officiel des soixante-huitards (on se souvient de son interprétation du twist des clés dans le film de Gébé et Douillon L’an 01), François Béranger affiche en effet dix ans de plus que les plus radicaux des meneurs estudiantins au moment des évènements. Fils d’un militant syndicaliste, il a lui-même travaillé à la Régie Renault et surtout passé 28 mois, entre 1959 et 1961, en Algérie : « J’avais fait la guerre. Mon histoire était plus remplie que la leur. C’est pourquoi j’avais du mal à admettre qu’on traite tous les vieux de bourgeois ou tous les CRS de SS. Je trouvais absurde de vouloir abattre un système pour le remplacer aussitôt par un autre plus contraignant. Il est d’ailleurs intéressant de comptabiliser aujourd’hui ceux qui sont devenus des chefs d’entreprise performants, ceux qui se sont foutus en l’air parce qu’ils n’arrivaient pas à vivre leurs contradictions et ceux qui sont restés un peu fidèle à la source. »
Incorrigible libertaire. On l’aura compris, Béranger fait partie de cette dernière catégorie. Et à 60 ans, après deux longues interruptions de carrière ( « redémarrer fait de vous un simple débutant, c’est un truc zen, quelque chose à cultiver », cet incorrigible libertaire (ce qui le rapproche encore un peu plus de Brassens et Ferré) n’a rien perdu de sa tonicité, ainsi qu’en atteste son nouveau CD éponyme, au générique (Aux exclus, l’Etat de merde, Combien ça coûte, Exterminateur…) « incorrectement politiquement incorrect » : Je souhaiterais être cent fois plus corrosif que ça, cent fois plus subversif. Depuis que je suis en âge de comprendre, j’ai toujours vu les choses empirer : rapports sociaux, partage des richesses, intelligence, organisation d’une société. C’est un désastre. En trois mois n’importe qui peut se retrouver aujourd’hui dézingué dans son carton dans la rue, en train de crever de froid. En 68, c’était une insurrection plus ou moins sympathique de gens qui s’emmerdaient, comme disait De Gaulle. Aujourd’hui, l’insurrection elle va venir parce que les gens crèvent de faim. C’est différent. C’était le thème de l’une de mes chansons en 1989, « Dure-Mère ». J’y explique que les 5 ou 6 milliards de mecs qui ne bouffent pas vont venir nous envahir, nous casser la tête avec une grosse massue, mettre une paille dedans et sucer le jus. Parce que c’est très nourrissant la matière grise. Cette matière grise dont on n’a pas su se servir pour partager. » Serge Loupien - Libération
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