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Fermin Muguruza (07/08 2004)
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Fermin Muguruza, figure emblématique de la vie musicale basque, était le 30 mai dernier de passage à Puisserguier où il donnait son dernier concert en France. C'est avec la gentillesse qui le caractérise tant qu'il sauta la case catering afin de nous accorder cette interview.
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On a pu lire sur ton site que c’était ta dernière tournée…
FM : Je crois que, lorsqu’un projet commence, il faut savoir quand il va finir. J’ai fonctionné comme ça avec les groupes Kortatu et Negu Gorriak aussi. Et maintenant, je pense qu’avec les tournées, c’est pareil, c’est la fin. Il faut savoir arrêter. Mais je n’arrête que les tournées, pas la musique, car j’aime la musique, je suis un fanatique de musique ! Je continuerai donc à faire de la musique et quelques petits concerts dans les bars, en soundsystem, mais les grosses tournées c’est fini. C’est le dernier groupe que j’ai monté, avec 12 musiciens…ça fait beaucoup de monde sur la route. C’est un peu le groupe dont je rêvais.
CÂ’est aussi pour avoir une vie familiale ?
FM : Non parce que j’ai d’autres projets. Et puis ça fait 20 ans que je fais des tournées et je veux maintenant me rapprocher de quelque chose de plus minimaliste avec moins de musiciens…juste avec un DJ afin de pouvoir jouer dans les bars par exemple.
En France, tu as privilégié les petites salles…
FM : Les salles de 500 personnes sont vraiment les salles que je préfère.
Le prix d’entrée ne dépassait pas les 10 euros. En étant aussi nombreux, ce n’est pas difficile d’en vivre ?
FM : Si, c’est très difficile ! (rires)
Nous avons fait l’effort d’avoir des prix de billets très « populaires » mais du coup c’est très difficile pour le financement de la tournée. Mais bon, nous aimons partager la musique avec les gens. Aujourd’hui aussi, le prix du ticket est très très bas (NDA : 4 euros). Mais bon, nous avons joué avec les Goulamask à Montpellier et ils nous ont demandé de jouer ici. C’est par le biais que nous jouons ici ce soir, à Puisserguier. |
La dernière tournée c’est aussi la raison de la sortie du live ?
FM : Oui, c’est un live que nous avons enregistré à Barcelone. J’ai toujours enregistré quelques concerts pour avoir des traces, mais dans cette tournée, spécialement en Espagne, nous avons eu beaucoup de problèmes d’interdiction de jouer. Cinq concerts ont été annulés mais surtout, nous avons été interdits sur tous les festivals espagnols. Donc nous avons pensé que c’était très intéressant d’avoir le live de l’Apollo à Barcelone, parce que c’est le peuple de Catalogne qui nous a fait un excellent accueil. Nous avons fait un disque de 80 minutes, tout en apportant beaucoup de documents sur les journaux, magazines, qui ont parlé de la liberté d’expression, du fascisme du parti populaire d’Aznar. Et donc ces documents sont importants pour le live, mais aussi pour plus tard, pour se souvenir, pour montrer, pour le devoir de mémoire.
CÂ’est surprenant quÂ’il nÂ’y ait pas Dub Manifest Â…cÂ’est une frustration ! (rires )
FM : Ah oui…Désolé ! (rires)
C’est vrai qu’il y a quelques morceaux qui ont eu beaucoup de succès. Il y aussi quelques titres de Negu Gorriak mais qui se trouvent déjà dans le live des Negu. Pour Dub Manifest c’est vrai que c’est un peu un rite. Notre version actuelle est très longue : 20 minutes…c’est un peu comme le Sex Machine de James Brown (rires). Et donc, c’est difficile de le placer dans le disque. Et puis c’est un morceau que nous avons aussi joué lors de la tournée avec Manu Chao (NDA : lors de la tournée Jaï Alaï Katumbi Express), et nous l’avons enregistré, nous l’avons, donc j’ai préféré le garder pour peut être le sortir si on sort un live ou quelques morceaux live de Katumbi Express. Mais bon, il y a déjà 80 minutes, il faut choisir, mais bon c‘est vrai que c’est la folie quand nous jouons ce morceau…Dub Manifest ! (rires)
Pour les français se sera la dernière possibilité d’entendre Fermin Muguruza en live donc…
FM : Je ne sais pas. Nous ne faisons hélas pas de festival en France, nous n’avons fait que les clubs en 15 jours. Ca a été très bien, nous avons adoré la tournée française, comme toujours ça s’est très bien passé…mais nous n’avons pas eu la possibilité de faire de festivals et aujourd’hui c’est très certainement le dernier concert en France. |
Le label Esan Ozenki est devenu MetakÂ…pourquoi ?
FM : C’est toujours la même théorie du cycle qu’il faut finir. C’est comme ça. Les tournées, il fallait les finir, aujourd’hui, avec celle-ci, après 20 ans. Le label Esan Ozenki, c’est le label des années 90. Il a été toute l’histoire du rock basque que nous avons fait émerger, promu. Nous avons toujours dit qu’il fallait travailler l’indépendance, qu’il faut aider tous les autres groupes du pays Basque pour montrer au monde que nous pouvons faire notre musique mais aussi tous les styles de musique en basque.
Donc, nous avons commencé avec Negu Gorriak mais après nous avons sorti beaucoup de groupes. Il s’est passé 10 ans avec le catalogue de Esan Ozenki et nous avons dit qu’il fallait démarrer un nouveau catalogue avec des nouveaux groupes.
Beaucoup de monde qui a travaillé à Esan Ozenki travaille maintenant à Metak, mais c’est un nouveau label, une nouvelle image du pays Basque. Mes disques sortent sur Kontrakalea, un autre label. Et maintenant je sors toujours avec Metak de nouveaux disques de différents groupes Rnb, hip hop, …sous un sous-label de Metak.
En France tu es distribué par Small Axe…
FM : Jusqu’à présent oui, mais pour le nouveau disque je ne sais pas ce qu’il va se passer. J’aimerais beaucoup le sortir avec Small Axe mais ils ont quelques problèmes économiques donc je ne sais pas ce qu’il va se passer…j’aime beaucoup le travail de Small Axe, mais le problème vient de Tripsichord. Mais dans tous les cas je trouverai une distribution en France, mais pour le moment c’est en stand by. |
On parle de la crise dans l’industrie du disque avec les majors qui mettent ça sur le dos de l’internet uniquement…
FM : Les multinationales ont pratiqué une politique néfaste de mercantilisation de la musique…
Et justement, le fait qu’ils licencient beaucoup d’artistes, est-ce que l’on ne va pas assister à l’émergence des labels indépendants comme dans les années 80 ?
FM : La crise s’attaque plus aux multinationales qu’aux indépendants mais les indépendants essayent aussi de travailler comme les multinationales…c’est le problème. Il faut qu’ils retrouvent un champs d’action plus direct vers le public et si on peut diffuser toutes les chansons par l’internet, si l’internet permet ça, il faut lui laisser la voie libre. Tout le monde a le droit de connaître la musique. Et il y a une crise du disque, pas de la musique ! Les gens continuent d’aller aux concerts, continuent d’écouter de la musique. On doit trouver un autre moyen de réflexion et réfléchir sur le pourquoi de la chose et pas seulement tout mettre sur le dos de l’internet…réfléchir sur le prix des disques, réfléchir sur la promotion de la musique à la télé et dans les radios…il y a toutes les pièces du puzzle à analyser !
Berurier Noir s’est reformé…beaucoup de gens espéraient qu’ils soient les porte drapeaux du mouvement alternatif, mais ils ont décliné argumentant que c’est à chacun de se prendre en main…ton opinion : vaut-il mieux se laisser porter par un mouvement ou que chacun agisse ?
FM : Je crois que c’est le slogan de mes amis de Toulouse : la « tactikollectif », la seule tactique à être efficace !
J’étais très très bon ami avec Berurier Noir qui sont une référence dans les années 80. A l’époque j’ai joué avec eux (avec les Kortatu) au Zenith où ils nous avaient invités.
Puis nous avons continué dans le militantisme politique, social en faisant aussi toujours de la musique engagée. Et si Berurier Noir se reforme, pour moi, il faut toujours le même esprit, même si c’est différent puisqu’il s’est écoulé 20 ans. Je crois toujours que chaque groupe a son moment, et que son histoire est toujours liée à un moment.
Donc si tu te reformes, il faut être très clair sur les raisons de cette reformation : est-ce par motivation politique ou pour un mouvement social que tu penses devoir soutenir, ou est-ce seulement pour quelques raisons économiques ? Donc si tu fais un concert aux Transmusicales de Rennes, il faut être clair quant à tes motivations…Berurier Noir se sont construit une histoire très claire, très droite par rapport aux labels indépendants…mais maintenant pourquoi fais-tu des festivals comme ça ? Que vas-tu donner maintenant au monde ? Vas-tu faire un petit truc nostalgique pour les gens ? Quelle est la motivation ? Que vas-tu donner aux gens qui ont fait que Berurier Noir a été Berurier Noir…C’est pour ça par exemple que les Clash, qui ont eu beaucoup d’opportunités de se reformer, ont toujours dit non.
Mais si tu connais les motivations de la reformation et que tu as la possibilité de faire quelque chose qui va pouvoir donner aux autres musiciens et/ou mouvements sociaux, plus de force, il faut le faire. Et si c’est le cas pour Berurier Noir, ils doivent le faire. |
Michael Moore vient dÂ’obtenir la Palme dÂ’or Ă Cannes. En France on commence Ă lire que cÂ’est grave assimilant son film Ă de la propagandeÂ…
FM : La première chose à dire… : il faut dire que beaucoup de film de « fiction » sont des films de propagande aussi. Par exemple, beaucoup de films d’Harrison Ford sont des films de propagande FBI ou CIA ou USA. La plupart des films sont des films de propagande pro-américain. Tous les films fait par Hollywood font de la propagande pour les Etats-Unis. Tous les films fait par Disney sont des films de propagande capitaliste…donc quelqu’un qui dit ça de Moore…Quand on demande à Ken Loach s’il fait du cinéma politique, il répond que tout le monde en fait.
Il faut dire que Michael Moore a fait des choses très intéressantes pour le documentaire et notamment avec Bowling for Colombine.
Maintenant Michael Moor sort Farhenheit 9/11, et donc, bien sur, beaucoup de monde n’a pas été content.
Donc je pense que c’est très bien de décerner un prix comme ça à Michael Moore, car c’est aussi un prix à la résistance contre les Etats-Unis…donc…j’irai le voir !(rires)
On a l’impression que le « monde » Bush est en train de s’effriter avec par exemple la publication des photos de tortures d’irakiens…
FM : Ah oui ! Attends ! Il faut voir aussi lÂ’histoire de Michael Moore avec la France, pays quÂ’il adore.
Quand les Etats-Unis ont fait le boycott contre la France, qu’ils ont changé le nom de leurs frites (ce qui est ridicule…mais ils l’ont fait !), Michael Moore a dit « stop » à la xénophobie américaine à l’égard de la France. C’est donc une grande symbolique que de donner ce prix, en France, à un américain, avec Quentin Tarantino comme président de jury…mais après je verrai le film ! (rires) |
Aznar n’a pas été réélu en Espagne…est-ce que ça a réellement changé quelque chose dans la politique espagnole ?
FM : Il y a quelque chose de très important qui a déjà changé : c’est la démocratie participative. Ils avaient organisé une démocratie et nous pouvions voter tous les 4 ans. Et en Espagne nous voulons décider à chaque moment. Donc maintenant nous pouvons dire que si nous n’approuvons pas le travail qu’un politique a fait : « dehors ! ».
Zapatero, le président actuel du parti socialiste sait très bien qu’il n’a pas gagné, mais qu’il a gagné parce que le peuple ne voulait plus du Parti Populaire.
Il faut se rappeler que Madrid a été la ville avec plus d’un million de manifestant contre la guerre, la ville qui a eu le plus de monde mobilisé contre la guerre en Irak. Mais Aznar n’a pas écouté le peuple, comme il ne l’a pas écouté pour le Prestige en Galice, comme il a mené une politique anti-culturelle dans le pays Basque, allant jusqu’à censurer et interdire des journaux en basque. Donc nous sommes à un moment intéressant. Tous le monde a vu cela, et même en France je pense que Chirac va se faire sortir…mais attention ! Car si c’est le parti socialiste qui gagne les élections, il faut qu’il note qu’il ne sera pas élu parce que le peuple aime le parti socialiste mais parce qu’il ne veut pas de la droite. En Europe beaucoup de monde en a marre je crois…En Angleterre, c’est pareil, les gens se demandant pourquoi Blair, un socialiste est aux côtés de Bush, Aznar, Berlusconi, Sharon…
Et plus concrètement en Espagne, quel a été le premier acte politique de Zapatero ?
FM : La première chose qu’il a faite, c’est qu’il a enlevé l’armée espagnole de la guerre irakienne. C’était une revendication du peuple et il l’a faite.
En même temps, sans que ce soit démagogique pour autant, ça ne lui coûtait pas grand chose de le faire…
FM : Oui, mais il faut le faire aussi ! (rires)
Et dans le milieu culturel ?
FM : Il faut voirÂ…cÂ’est encore un peu tĂ´tÂ…et Ă la prochaine interview je vous raconterai ce quÂ’il se passe !
Propos recueillis par Vincent
Photos prises du site de Fermin Muguruza: [Muguruza, le site] |
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