N° 13 - Mai 2003
 
Béranger François
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Crédit: François Béranger

 

Dure mère
10 titres - 42 min
Ref : JD 760 257
Sorti : 1989
Production : Just'in
Distribution : Just'in


01 - Afrikaan air 5'13
02 - Parcours de nuit 4'08
03 - Celtic calypso 4'08
04 - Amour prison 4'05
05 - L'Internationale 3'28
06 - Dure-mère 4'18
07 - Chanson folklo 4'27
08 - Y'a un malaise 5'14
09 - Après la bataille 4'18
10 - Mon 18 980 ème 2'51

 
 
01 - Afrikaan air


Homme de vent et de ciel / de l'Atlantique à l'océan indien / je déploie mes ailes immenses / dans le bleu de la nuit, sur le gris du veld. / Du plus profond de mon histoire, / au temps des royaumes florissants, / jusqu'au townships humiliants, / qui a vécu sur cette terre ? / Namibie, Botswana, Bushmanland, / Bophutaswana, Bophutaswana / Je survole, serein / las anciennes frontières / des Afrikaners / Transvaal, Lesotho, Swaziland, / La Cap, Orange, Natal, Transkeï / Je survole, serein les anciennes frontières / des Afrikaners / Homme de vent et de ciel / je ne suis plus ce nègre là-bas. / Je suis l'homme-gazelle-éIéphant, / vrai homme décent, et vrai homme volant. / Plus de pass ni de fouet, ni nègre ni blanc. / Quand je veux je vois femme et enfants. / La veld fleuri du sang des martyrs, / et toutes les tribus y dansent ensemble.

 

02 - Parcours de nuit


J'arpente toutes las nuits un parcours balisé / par les bistrots tardifs de la périphérie. / Je suis un de ceux là aux yeux de poisson mort / flottant dans le néon des bistrots-aquarium. / Qui regarde sans le voir le nouvel arrivant / encore un mec qui pleure à trois heures de matin; / qui commande un grand noir arrosé de poison / et puis est-ce bien des larmes ou des gouttes de pluie ? / Cette affiche sur les murs / éclairée au mercure / partout, dehors, dans la nuit / une blonde, de dos, pénètre dans la mer... / Partout, dehors, dans la nuit... / A la fin du parcours, vers cinq heures du matin, / ma carte d'identité épinglée au blouson / éclats des gyrophares, contrôles de routine / j'escalade las grilles d'un jardin interdit / Je vais saluer des potes, fantômes cradingues, / qui dorment là l'hiver couverts de chiffons. / Ils m'invitent, sans question, à goûter leurs biberons / de liquide incendiaire qui m'explose les tripes. / Cette affiche sur les murs etc... / Une tonnelle en béton nous tient lieu de salon / et je perds aux échecs contre le vieil Igor. / Plus tard, vers huit heures, et au-delà des grilles, / sortant naturelle d'un immeuble inconnu, / passe une femme blonde, air ravi, / comme celle de l'affiche dans las abris des bus. / J'enlace un vieux chêne. II imprime dans ma joue / son écorce rugueuse, fraternelle / Cette affiche sur las murs / éclairée au mercure, / partout, dehors, dans la nuit / une blonde, de dos, pénètre dans la mer... / Partout, dehors, dans la nuit...

 

03 - Celtic calypso


Dans la pluie et le froid / le crachin le brouillard / Étions-nous en Irlande / ou aux confins des Shetlands? / Je sais pas J'ai rien vu / Aux quatre coins de l'île / les plaintes des cornes de brume / comme des fantômes dans la dune / Refrain : / Et c'est pas les cornemuses que j'entends / mais les steel-bands de Trinidad / Je vois des soleils partout sur le chemin / et le bleu de tes yeux quand tu viens / Nos amis sont des enfants / qui n'ont que douze ans d'âge / Knockando Glenndulan / Maccalan Talisker / le vieil Auchentoshan / et toi tu ne dis rien / tu te contentes de rire / Refrain / De quel désert viens-tu? / Tu es morte de soif / De quel désert viens-tu / Tu es morte de faim / Dans l'abri d'un moulin / on se fait une tempête / de tendresse de passion / Tout le monde sur le pont! / Refrain.

 

04 - Amour prison


D'un mur à l'autre, / les yeux baissés, / tu comptes tes pas / pendant des heures. / Quand c'est l'hiver, / au soupirail, / on voit dehors / fuir les bagnoles. / Mais au printemps les feuilles des arbres du boulevard / nous cachent la vue d'un écran glauque jusqu'au ciel. / Ce soir encore / je te dirai / comme j'aime ta nuque, / tes cheveux noirs. / fermant les yeux / tu ricaneras / aux mots idiots / du simulacre. / Comme à chaque fois, tu me diras : salut les pédés d'occase ! / Avant de nous faire reluire dans la violence de l'extase. / Incomparable / torture du manque! / Le Code Pénal / n 'en parle pas. / Fais pas la gueule / Si tout va bien / encore dix ans, / c'est pas la mort ! / Ah! revoir leur bouche secrète aux lèvres salées. / Femmes de nos rêves fous, venir mourir en vous...

 

05 - L'Internationale


Pendant l'Ă©tĂ© soixante-et-onze, / après une boucherie sans nom, / un vieux militant communard / Ă©crivit cette chanson. / Ca nous semble aujourd’hui bien ringard / de chanter ainsi ses idĂ©es. / C'est dans le sang qu'ils traçaient leurs mots / Et de leur mort naissait l'espoir / C'est la lutte finale / Groupons-nous et demain / L'internationale sera le genre humain (bis) / Pauvre Pottier, pauvres fĂ©dĂ©rĂ©s / le monde avance Ă  reculons / L’Authentique Internationale / c'est celle du fric et des cons. / Privilèges, indiffĂ©rence, Ă©goĂŻsme, / faim dans le monde, idĂ©es bafouĂ©es. / Allons! Courage! / Tout reste Ă  faire / nous sommes toujours des assiĂ©gĂ©s! / C'est la lutte finale / Groupons-nous et demain / L'internationale sera le genre humain.

 

06 - Dure-mère


Je vois une bouche qui s'ouvre, / comme un trou noir, / et qui n'a pas la force d'exhaler un cri. / Je crois voir un vieillard / au visage ride. / On me dit c'est un enfant, je n'en crois rien. / Bras et jambes squelettiques, / ventre gonflé / qu'y a-t'il vraiment dans cette outre affamée ? / Des yeux immenses de pure souffrance / accusation au-delà de tout pardon / Demain quatre milliards de crève-la-faim / auront-ils seulement la force de rêver ? / de rêver qu'ils mangent un riche bien gras. / Un riche bien gras, bien rose / ,jusqu'à en crever. / Lu casser le crâne, percer la dure-mère, / boire jusqu'à la lie la bonne matière grise. / Intelligence d'où n'est pas sorti / le désir, la simple idée de partager. / Terre! Terre! Terre! Ma terre! / Ma dure mère! / Qu'avons-nous fait de toi ? / Qu'avons-nous fait de nous ? / Qu'avons-nous fait ? / Sur nos belles routes, les paysans / arrosent de pétrole leurs excédents. / Par millions de tonnes la bouffe invendue / dort à jamais dans nos entrepôts géants. / Terre! Terre! Terre! Ma terre! / Ma dure mère! / Qu'avons-nous fait de toi ? / Qu'avons-nous fait de nous ? / Qu'avons-nous fait ?

 

07 - Chanson folklo


En Juin après la danse, on partait sur la lande. / les mains baladeuses dans leurs habits de fête / des dentelles, des rubans, des ruchers, des plissés, / des jupons ouvragés, des petites culottes brodées. / Elles vous poussaient des cris, se disaient très outragées. / Mais vous serraient de si près, qu'on savait plus quoi faire. / On voyait sur leur front, à la lueur de la lune, / mille petites perles des chaleurs de l'été. / Alors d'un coup fermant les yeux, / elles donnaient leur bouche en présent / et faisaient des choses étonnantes / pour des jeunes filles bien éduquées. / On enlevait sa veste, qu'on tenait de son père. / La belle des dimanches, on velours noir brodé, doré. / On la posait par terre, ça faisait grand seigneur, / pour pas que les piquants leur écorchassent le train. / Toujours sous la lune, c'était une sarabande / de merveilles en albâtre, comme celles des statues. / Mais de chair et de sang, de rondeurs bien tendres. / On avait le souffle court, voix rauque et reins d'acier / Et hardi donc! que j'te connais bien! / Que je t'appelle mon amour? / Et que ça va et que ça vient! / Et que ça dure jusqu'au matin... / Elles vous criaient pas dans l'extase / l'enlève pas, chéri, surtout garde Ia! / Va pas me filer le syndrome... / Ainsi va l'amour to day (to die...) / Quand l'aube rougeoyait, on se rajustait décemment / On se sentait tout timide dans lIa lande piétinée. / On rejoignait les autres dans la grange de l'auberge / où ils vous accueillaient de sourires amusés. / Dans les mois qui suivaient leur taille s'arrondissait, / les rubans s'désseraient, leurs seins devenaient lourds. / En Mars ou Avril arrivaient les petits nouveaux, / et en Juin fidèlement la lande nous attendait. / Souvent Ia fille qu'on avait aimée / comme un fou pendant une nuit
vous chérissait pour toute la vie / Et nous on essayait aussi... / Elles vous criaient pas dans l'extase / l'enlève pas, chéri, surtout garde la / Va pas me filer le syndrome... / Ainsi va l'amour to day (to die...)

 

08 - Y'a un malaise


Bonsoir Mesdames et Messieurs.
Dans quelques instants vous allez voir et entendre "CA C'EST D'L'INFO", votre journal de vingt heures exactement semblable à celui d'hier et à celui de demain. Si les sujets originaux ne nous sont pas parvenus à temps, soit nous invoquerons la pudeur et la réserve, soit nous diffuserons des images d'archives. Envoyez l'horreur! Envoyez la banalité! TOP CHRONO!

On nous prend vraiment pour des cons / Plus ça va plus c'est pareil / On s'étonne plus de rien / Y'a des limites Y'a plus d'limites / C'est pas perdu pour tout le monde / Toujours les mêmes / Y'en a toujours pour être d'accord / Le beurre et l'argent du beurre / C'est du pareil au même / Ca veut bien dire c'que ça veut dire / On va bien voir c'qu'on va voir / Ca laisse toujours des traces / Donnez-nous notre quotidien / de carnages de douleurs d'horreurs de malheurs / Injectez-nous d'la bonne torture / têtes coupées femmes éventrées enfants choqués / Rassurez-nous d'un bon débat : / le SIDA des évêques la capote et la foi / Assis sur la plage les pieds dans l'eau / caressant vaguement ma guitare / je pense à Pinochet le vieux tyran sénile / et au vrai secret de son charisme fou / Son cache-cervelas sa casquette dorée / est deux fois plus haute que celle de ses larbins / Y'a des choses qui se font pas / Vaut mieux réfléchir à deux fois / On a que c'qu'on mérite / Quand faut y aller faut y aller / Après l'heure c'est plus l'heure / Non mais faut pas déconner / Y'a pas d'fumée sans feu / Va savoir faut s'attendre au pire / Y'a un malaise / Dans un fauteuil les doigts dans l'nez / C'est la dure loi du sport / On est peu d'choses / Distillez-nous quelques bonnes brèves / sur la France socialiste et les ventes d'armement / Évoquez-nous quelques grosses grèves / où c'est chacun pour soi à grand coup de slogans / Filez-nous trente secondes de rêve / sur les bourses de Dow Jones l'érection de Nikkeï / Toujours le cul dans l'sable je pense à mes vingt ans / pervertis par une guerre sans nom / Alger phare du Tiers Monde torture dans ses casernes / et tue cinq-cents de ses enfants / QUELLE DIFFÉRENCE QUE VOUS VOYEZ / ENTRE UN SHOOT A L'HÉRO ET LA RÉALITÉ? / Je veux bien être pendu / Ca m'empêchera pas d'dormir / Tant qu'on a la santé / Maintenant avec l'autoroute / La faute à qui? La faute à quoi? / Chacun chez soi Plutôt crever / Va savoir On l'a bien cherché / Le fond de l'air est frais / Ils me font tous marrer / Y'A UN MALAISE ...

 

09 - Après la bataille


Comme les poissons rouges, le ventre en l'air, / asphyxiés dans leur étroit bocal / d'un bistrot de province. / Ainsi dit le communiqué / d'après la bataille. / Dans cette guerre entre Vie et Mort / l'issue du combat est incertaine, / nous mentent les Nouvelles. / La vie exsangue peut encore survivre, / tripes à l'air et sans grande envie. / Le soleil couchant teinte les viscères vertes et bleues / d'un coulis rougeâtre du plus bel effet. / La Mort sous sa tente est désabusée / les carnages de l'amusent plus. / Sur le terrain ravagé, labouré, / gorgé de sang et de sanies, / les agonisants stupéfaits / pleurent leur semence dans des trous avant d'en finir. / La Mort ricane un peu sous sa tente / en rangeant ses beaux outils nickelés. / Un mort-vivant la rejoint. / Ils s'endorment les yeux ouverts / enlacés tendrement. / Ainsi finit le communiqué / aujourd'hui en direct / de mes premières lignes. / La Vie s'épuise à vouloir vivre / tripes à l'air et sans grande envie.

 

10 - Mon 18 980 ème


Le jour se lève encore un qui commence / Mon dix huit mille neuf cent quatre vingtième / De chaque moment je voudrais me saisir / De chaque seconde extirper la couleur / De chaque minute retenir la saveur / Et chaque nuit n'en plus finir de jouir / Et de chaque heure peser la densité / Moment unique de mon unique vie / Je joue un peu à dresser des barrières / envers et contre les assaillants d'angoisse / Devant mes yeux ce matin la mer verte / Le ciel d'un bleu à vous couper la chique / En contrepoint une radio ratiocine / susurre serine sur l'état d'la planète / A balancer de raison en délire / je suis comme saoul du lever au coucher / Longeant la mer par le chemin des douanes / jusqu'au village je vais chercher du pain / La / boulangère et ses gros seins d'antan / a des yeux verts un tantinet pervers / Ben oui c'est vrai la Vieille avec sa faux / est chaque matin plus proche et familière / Absurde la vie j'en ai pris mon parti / Le jour se lève encore un qui commence / Mon dix huit mille neuf cent quatre vingtième.

 

 


 

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