N° 21 - Mars 2004
 
Miroir militant
Du vent dans le voile (02/2004)
Une décennie de rébellion zapatiste (01/2004)
La décroissance soutenable (oct 03)
Commerce équitable est-il un contresens? (août 03)
Sauvons Port-Mahon (07-08/2003)
Mise à mort de rire (06/2003)
Histoire d'association (04/2003)
Les Dérives du Net 2/2 (04/2003)
Les dérives du net : la pédophilie (02/2003)
Irak, Bush : garde à nous. (02/2003)
José Bové : exemple à suivre (01/2003 et toujours)
Pour Noël, servez donc culture et tolérance (12/2002)
L'impardonnable peine de mort (10/2002)
Le GENEPI : une association militante (10/2002)
De la nécessité de philosopher (09/2002)
Coûts et contrecoups des vacances. (08/2002)
Reprenons la Bastille (07/2002)
La bagnole déboussole. Mais pourquoi donc ? (06/2002)
Le keffieh de la résistance Palestinienne à l'oppression. (04/2002)
Militer : mode d'emploi.
Du vent dans le voile (02/2004)

UNE LOI SANS VOILE ET SANS VALEUR

Il était une fois la rue d’Aubervilliers. Il était une fois ce coin de Paris oublié où des enfants jouaient au ballon sur un trottoir défoncé quand ils ne transportaient pas quelques poches de substances illicites d’une rue à l’autre. Il était une fois la puanteur des égouts, les affiches « ensemble contre la toxicomanie », les murs gris. Il était une fois la cour d’école que surplombe un grillage, que surplombe un monticule d’ordures, que surplombe la détresse. Il était une fois des gosses qui n’avaient jamais vu le soleil et qui traînaient pieds nus dans la merde ambiante…Il était une fois des ados graffeurs, danseurs, agitateurs qui rêvaient d’aller faire les DJs sur les plateaux télévisés d’Ardisson.
Il était une fois le présent d’une réalité voilée.

Mais un jour, on décide de s’attaquer au voile, de le déchirer, de le malmener, au nom de la République. « Liberté, Egalité, Fraternité », voici ce qu’on peut lire au-dessus de l’horloge des établissements scolaires. « Très bien, se dit le gouvernement, appliquons sans vergogne cette devise et interdisons aux élèves de porter tous signes et tenues qui manifestent ostensiblement l’appartenance à une religion. Avec de la chance, on en oubliera les problèmes des chômeurs, des intermittents, des chercheurs, des…et on gagnera les élections régionales. ». Bien joué. Tous les journaux font leur beurre sur ce projet de loi et dévoilent au public des anecdotes mille fois ressassées. STOP !!

 

Je suis contre le port du voile qui représente la soumission de la femme musulmane et l’exagération des codes d’une société patriarcale, tout comme je m’élève contre les jeunes filles juives qui portent des jupes grises qui leur descendent à mi-mollet. Ceci étant dit, je ne peux m’empêcher de huer la loi que ce fichu gouvernement de droite-toute tente de nous imposer au nom de la démocratie. Il fait ombre sur les vrais problèmes de société. Il omet de s’interroger sur le pourquoi du comment de ces milliers de filles qui ont décidé de voiler leur féminité. Il oublie d’écouter leur détresse puisqu’elles ne sont pas de celles qui ont immortalisé leur visage, par des photos grandeur géante, sur l’Assemblée Nationale cette été.
Pourtant, ces femmes-là ne sont, pour la plupart, pas plus putes ou soumises que leurs sœurs des affiches. Elles sont seulement perdues, obligées qu’elles sont d’engouffrer leur avenir dans une société qui n’a pas leur couleur.
On voudrait punir ces filles quand c’est la société qui est coupable. Parce que la vie n’est pas une affiche Benetton, des immeubles gris ont poussés là où aucun Français « pure souche » n’aurait osé habiter. On a entassé là les immigrés qui venaient travailler. Puis leur famille est arrivée. Les naissances succédant aux naissances, on a ouvert des écoles où les tous frais profs sortis des bancs de l’Université allaient cogner leur jeunesse à des visages étrangers. On a promis un bel avenir à ces Algériens, Tunisiens et autres Africains. Mais au lieu de leur apprendre la langue et l’écriture française, on les a envoyés balayer les couloirs des métros. Pendant ce temps, la mère élevait ses petits, avec amour bien sûr, mais sans y croire. Dieu seul pouvait aider les gens à sortir de leur misère. Voyant cela, la deuxième génération masculine arpentait les rues pour oublier le cocon disloqué, dans la fumée des pauvres. Les filles restaient à la maison, partaient se marier à je ne sais quel oncle ou cousin et revenaient, violées, volées, voilées de leur périple, toute engrossées et soumises à leur homme. Alors où trouver son identité maintenant quand on n’a pas dix-huit ans, qu’on doit s’appeler femme, sinon dans les valeurs sûres de cette dite religion…

 

Quand Jospin s’apprêtait à laisser sa place de premier ministre, il eu la bonne idée de proposer un loi qui avait pour but de décentraliser les HLM pour les emmener vers les campagnes. Chaque commune de France se serait vue obligée de construire, en fonction du nombre d’habitants, un certain nombre de ces immeubles. Or on juge préférable aujourd’hui d’envoyer la Police dans la misère urbaine plutôt que de repenser insertion. Et la sécurité nationale engendre l’insécurité populaire…

Bref, il serait plus que temps d’écouter ce qu’ont réellement à dire les jeunes filles qui s’entichent du voile islamique. Il serait plus que temps de promouvoir des valeurs solidaires avant que d’attiser la flamme de la haine et du racisme.

Et quand il s’agira de réouvir les frontières pour parer au papy-boom (car tu ne deviendras jamais plombier, maçon, éboueur, hein ? Toi, le franchouillard !), il faudra savoir aussi accueillir nos hôtes colorés. Sinon ce n’est pas Sarko que tu auras comme Président en 2007 mais bel et bien le borgne xénophobe (ou sa fille).

Emmanuelle EYMARD

 

 


 

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