N° 25 - Juil/août 2004
 
Creep AC
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15 Novembre 2003

Creep AC [15 Novembre 2003]

Fra s'est levé tôt ce matin-là pour prendre le TGV et se rendre à Paris, afin de répondre à nos questions. Un long entretien riche et captivant…
 

L'art-Scène :

Quand on écoute les albums de Creep AC, on est surpris par l'évolution du groupe. Il y a une nette différence entre le 1er album, plutôt chanté en anglais, et le second, majoritairement chanté en français. A quoi est dû ce changement ?

Creep AC :

Alors pour plus de précision, sur le 1er album, il y a deux chansons en français. C'est-à-dire "RCV" (Résister, C'est Vivre) et "Reflet". Alors, c'est vrai que Reflet, c'est des samples en français qui ont été choisis, c'est assez volontaire. Il se trouve que pour le 1er album, nos influences étaient complètement anglo-saxonnes, même si certains membres du groupe aiment la chanson française, des groupes engagés, plutôt rock, qui chantent en français, d'autres membres, comme moi, sont vachement plus anglais. Ca explique déjà pas mal. Et on s'aperçoit aussi que dans toute l'histoire de Creep AC, il y a des influences complètement différentes de chaque membre du groupe. Ca ne facilite pas non plus l'histoire et l'évolution du groupe, c'est un truc assez compliqué, on a mis vachement de temps à trouver notre voie, et s'en est aussi le reflet du premier album car sur 11 morceaux, il n'y en a que 2 en français. Ca correspond aussi à des coups de gueule que j'ai voulu passer surtout pour RCV, pour que le message soit clair. Parce que même si je sais pratiquement toujours parler de notre responsabilité par rapport à l'environnement, le message à priori ne semblait pas super clair pour tout le monde. Le visuel et le titre de l'album nous ont vachement aidé à avoir cette image-là et à comprendre le thème abordé. Alors que c'est vrai que les choses sont plus claires pour le second album. On m'a aussi dit que j'étais plus à l'aise en français qu'en anglais car c'est ma langue natale. Et puis peut-être aussi que lorsqu'on est engagé comme on l'est, c'est bien de parler aux gens, puisque pour l'instant, on a toujours joué en territoire francophone, c'est bien de parler cette langue-là et de dire les choses clairement… ça a toujours fait un peu bizarre de présenter les chansons en français et de les chanter en anglais. Voilà la raison, en tout cas ce n'est pas du tout une raison commerciale, sinon on vendrait beaucoup plus, je pense !
 

L'art-Scène :

Du coup ça répond à ma 2ème question qui était que le chant en français était beaucoup plus impactant… Alors la suite : Au niveau de la musique, il y a aussi un gros changement. Sur le 1er album, le son est beaucoup plus dur, moins mélodique. Sur le 2ème, il y a plus de samples, c'est moins agressif, et puis il y a une super énergie. Est-ce l'utilisation des samples, ou le travail de David Weber, qui vous aurait réorientés… ?

Creep AC :

Non, au contraire, je crois. Je pense que David est vachement plus fan du premier que du second. En fait c'est pareil, cette différence, ça s'explique par le vécu du groupe et de ses membres, c'est-à-dire qu'avant, on était à 3 guitares, une basse, une batterie. Donc 3 grattes, c'était un gros truc et à un moment, en 2001, Sylvie a décidé d'arrêter la guitare. Elle commençait déjà à travailler des projets annexes, vachement électroniques, et du coup, elle a décidé d'arrêter la guitare dans Creep et de composer vraiment avec son ampli et ses samples et de s'éclater. Ceci explique cela, dans le sens où il y a toujours une volonté que chacun des membres se retrouve dans la musique qu'on fait, qu'il n'y en ait pas qui restent en arrière. Et là, du coup, avec 2 guitaristes, nos influences, on a pu les digérer plus facilement, on a pu faire des mélanges plus instantanément, que ça donne effectivement un album moins dur parce que, par exemple, on y ressent vachement plus la pop, c'est-à-dire que par exemple moi, j'avais plus de liberté. Les samples, ça fait que ça ambiance pas mal aussi et il n'y a pas simplement le côté moins lourd et tout, il y a aussi le fait que dans le premier album, je gueule pas mal et dans le second, je chante pas mal ! Il n'y a pas tant de différence que ça, mais y'a un côté pop dans la voix qui n'est pas dans le premier, peut-être que je n'en avais pas la possibilité, peut-être qu'on vieillit et qu'on a moins envie de gueuler, j'en sais rien… en tout cas y'avait ça. Je pense que pour le 3ème album, ça changera encore du tout au tout.
 

L'art-Scène :

Pour le troisième album, qui est en route, avez-vous déjà choisi un nom ? Et une date de sortie ?

Creep AC :

Pas du tout ! Une sortie, on espère bien septembre 2004. Enregistrement : mars 2004. On essaie de se donner un peu de temps entre l'enregistrement, le mixe et puis la sortie pour travailler en amont car on reste avec des petites structures, on est indépendants et tout ça, chaque membre du groupe s'occupe quand même du ¾ du travail, on le fait nous-mêmes, alors on a besoin de temps, envie de prendre les choses un petit peu avec du recul, pas trop se presser, limite même s'il faut reculer la sortie de l'album d'un mois ou deux, pour être sûr que ça fasse exactement ce qu'on veut, on le fera.
 

L'art-Scène :

Au niveau du son, de l'équipe de travail, comment ça va se passer ? Est-ce que vous allez encore travailler avec David Weber ?

Creep AC :

Alors ça, on ne sait pas du tout ! On en avait déjà parlé avec David à la sortie du studio la 2ème fois, pour "L'air, l'eau, la terre et nous…" David aimerait bien, s'il rebosse avec nous, bosser dans un autre studio, faire ses prises de son ailleurs, je pense qu'il mixera chez lui, dans son studio, mais je pense que ça sera autrement. Maintenant, on ne sait pas du tout si ça se fera avec David ou pas, on se pose beaucoup de questions par rapport à ce qui sort en ce moment. On est supers fans du dernier Sleepers, moi je suis fan des Sleepers depuis le début donc j'aime tout ce qu'ils ont fait, mais c'est vrai que le dernier, ils ont abouti, ils ont vraiment bossé comme des malades. Et Sleepers du coup, c'est un peu comme ce qu'il nous arrive : il y a eu un petit changement au niveau des musiciens et Fred Norguet a vraiment réussi à tout regrouper, à faire que ce se soit vraiment un groupe alors qu'il y avait quelqu'un qui était tout nouveau et qui prend vachement d'importance à l'écoute de l'album. On a envie de voir ce que ça donne aussi, donc on va faire des demandes et eux nous feront des propositions et on verra. Mais par contre, une chose qui est importante, c'est qu'on a changé de musicien : à l'instar de Sleepers on a changé de batteur. Il est ingénieur du son au départ, il a monté son propre studio, il aime vraiment faire les choses en profondeur, réfléchir sur les choses et s'investir à fond. Au niveau de l'investissement, il devient presque le numéro 2 du groupe et ça, je pense que ça va faire beaucoup de bien au groupe, ça nous donne un coup de pied au cul. Il a un jeu différent de Mathieu, ça devient un jeu vraiment rock, limite rock'n roll. Alors je pense qu'il y aura un bond en avant à ce niveau-là, peut-être que les morceaux seront un peu plus positifs, un peu moins noirs, un peu plus d'espoir, un peu plus d'humour aussi, enfin, plus de second degré, tout ça. Donc pour l'instant on en est à 4-5 nouveaux morceaux. On répète dans son studio, donc on enregistre les répèts, on se fait des pré-prods, donc ça nous fait avancer vite et comme on en n'est qu'au cinquième morceau, on sait pas encore de quoi va être fait l'album. Donc c'est difficile de dire par qui il va être produit. Bon, on est pas très loin en disant que ça sera soit Weber, soit Norguet. En ce moment, on est partis sur un truc pour le prochain album, c'est que les gens essaient de définir notre style, donc on a tous réfléchi et on est arrivés à une conclusion. On va dire que Creep, en ce moment, on est rentrés dans une éco - rock'n roll - expérience. "Eco" pour "écologie", "rock'n roll" parce qu'on est vraiment connus à la base de ce qu'on aimait, "expérience" pour le côté laboratoire, à la fois laboratoire musical et aussi avec des éprouvettes et tout ça. Eco - rock'n roll - expérience, je ne sais pas si ça va être le titre du prochain album, mais en tout cas on a sorti des T-Shirts, des machins et tout ça, et ça commence à être le truc qui semble définir le mieux possible le 3ème album.
 

L'art-Scène :

J'ai lu dans une itw que d'autres membres seraient intéressés à écrire des textes… est-ce que ça va se réaliser ?

Creep AC :

Bein justement, pour l'instant il n'y a eu que moi. Il y a un copain qui m'a aidé pour le 1er album, sur un morceau, mais il vient de monter son groupe et il a beaucoup de responsabilités, donc je pense qu'il ne va pas trop avoir le temps. Par contre Guillaume, le nouveau batteur, tout comme il s'investit au niveau du son, au niveau de la batterie, de l'administratif, il s'investit aussi au niveau des paroles et il me file pas mal de solutions. On travaille bien en équipe, donc il peut très bien se faire que les textes soient signés par les deux. Et puis je fais appel à des amis, des gens à qui ça intéresse. On est assez comme ça, puisqu'on gère ce groupe nous-mêmes, dès qu'il y a quelqu'un qui s'intéresse un temps soit peu à notre groupe, à notre projet, on trouve ça merveilleux, donc on peut lui faire une place, au moins pour faire un essai ! Voilà, si ça marche pas, ça marche pas, mais au moins on aura essayé et on pourra pas se mordre les doigts et se dire qu'on s'est enfermés dans notre bulle et qu'on a fait notre truc à nous. On a vraiment envie de s'ouvrir aux autres et si Creep devait devenir un collectif, on deviendrait un collectif. On en sait rien, mais voilà…
 

L'art-Scène :

Dans le 2ème album, vous avez collaboré avec Olivier Depardon, le chanteur de Virago. Est-ce que vous aurez d'autres collaborations, associations, pour un thème particulier ?

Creep AC :

Si on parle en terme d'envie : oui ! Est-ce que ça va se réaliser, on ne sait pas. Par exemple… je sais pas si je dois en parler !! Il n'y a rien de conclu, il y des choses qui, j'espère, vont se faire… Il se trouve que je bouge pas mal mon cul pour l'organisation de concerts et ça m'a permis de rencontrer pas mal de gens qui commencent à être connus et il est possible que… en tout cas je lui ai proposé, il n'a pas dit oui, il n'a pas dit non, je pense que je vais faire ouverture… j'aimerais bien que Matthew, le chanteur-guitariste de Nada Surf signe quelque chose avec nous, voilà !
 

L'art-Scène :

Comment vois-tu l'avenir de Creep AC, à court, moyen et long terme ? Là il y aura le 3ème album et après ?? Tournée, 4ème album, tournée, 5ème album, etc. ?

Creep AC :

Ah ouais, ouais ! Tout simplement. Faut savoir qu'au départ, on est des petits gars de la campagne, on s'est connus tout gamins. Pas ados, vraiment gamins. On a tous joué dans des groupes de blues, de psyché et moi de punk. Et un jour on s'est dit "tiens on va jouer ensemble !" Et de part cette amitié-là, je vois pas comment on pourrait ne pas continuer ensemble. A moins d'un gros clash… mais ça fait déjà 8 ans et demi qu'on joue ensemble, ça fait pour certains, comme Topette, 22 ans qu'on se connaît, donc voilà. Quand je dis qu'on est de la campagne, ça veut dire que… je veux pas dire par là que les gens qui sont nés en ville ne sont pas fidèles, mais on a ça en nous, vraiment, on a une fidélité, on a envie de continuer l'histoire, notre collaboration et tout ça. C'est lié aussi au fait qu'on a vachement de vocations différentes mais complémentaires et que c'est moi qui suis en train de répondre à tes questions, mais je sais que Topette, là en ce moment, il est devant son ordi en train de bosser des trucs, des mixes de nos pré-prods, que Guillaume pense aux paroles… ça fait qu'il y a vraiment un truc qui se passe et que je vois pas comment on pourrait s'arrêter, à moins effectivement qu'on soit rattrapés par nos vies privées. Pourtant, Manu est papa depuis très peu et il arrive à tenir, il vient aux répèts et aux concerts, ça ne lui pose pas de problème. C'est vrai qu'en 8 ans et demi, on a sorti 2 démos, 2 albums, donc on peut dire que sur l'échelle du temps, par rapport à d'autres groupes français, c'est pas beaucoup, mais on a prit notre temps. Contrairement au monde actuel qui court tout le temps partout, qui veut tout savoir tout le temps instantanément, nous, on a prit notre temps. On veut que notre groupe reste à l'échelle humaine, qui respecte aussi bien chaque musicien, sa vie privée. Et ce qui serait bien, peut-être, c'est qu'on passe un peu moins de temps dans l'administratif parce que malheureusement, c'est plus du ¾ de notre boulot presque. Je dirais qu'il y a ¼ d'artistique et ¾ d'administratif. C'est ce qui gâche un peu le plaisir, donc on va essayer de travailler ça pour qu'on prenne plus de temps à nous amuser vraiment. Le seul obstacle que je vois, c'est vraiment ça, si on reste tout seuls, si on arrive pas à être entourés de structures, car en Basse-Normandie, il y a tout à faire. C'est pas comme à Paris où tu sens que tu peux être soutenu par plein de choses… Donc forcément, tu remontes tes manches et tu y vas. Et c'est peut-être ça qui va nous essouffler un moment. Alors effectivement "3ème album, tournée, 4ème album, tournée, etc." !
 

L'art-Scène :

Concernant l'engagement du groupe… Les revendications sont claires et quasi omniprésentes. Mais n'as-tu pas l'impression qu'on parle du groupe comme militant écolo et qu'on oublie de parler de votre côté musical ?

Creep AC :

Et bein, par rapport à la 1ère question que tu me posais, quand je chantais en anglais, on arrêtait pas de me parler de la musique, on disait qu'on était les nouveaux "Drive blind", qu'on était influencés truc, machin… donc quand on parlait de notre musique, on parlait de la musique des autres, on parlait jamais des paroles. Et depuis que les choses sont claires, on ne parle plus que de l'engagement et des paroles. C'est vrai que la musique, on arrive pas à la situer, même si c'est vrai aussi qu'on a plein plein plein d'influences différentes et que notre musique est un peu hybride, on entre pas dans un truc, on fait de l'emo, on fait pas du rock'n roll, on fait pas de hardcore et c'est un petit peu bizarre tout ça et je comprends bien qu'on arrive à ça. En tout cas, on a vraiment ouvert les yeux là-dessus et le 3ème album va peut-être en calmant un peu la revendication. Faut pas mettre de l'eau dans son vin, mais peut-être écrire un peu différemment, un premier degré, un peu fausser les pistes et par contre, s'attacher à un style musical, et rester sur quelque chose de plus cohérent. Donc peut-être que le 3ème album rétablira entre l'engagement écologique et la musique, que ça remettra un peu d'équilibre, en tout cas je l'espère ! Mais je veux dire que le principal, c'est d'être reconnu pour son travail et si on peut être reconnu pour notre engagement, j'espère que ça aura un peu fait avancer les choses !
 

L'art-Scène :

A l'inverse de vous, que penses-tu des groupes qui ne portent aucun message dans leurs chansons ?

Creep AC :

On peut pas toujours avoir des idées sur tout… On m'a reproché, sur le dernier album (dans un fanzine sur internet qui nous met pas mal de bâtons dans les roues) d'avoir un discours monolithique et que c'est super nul et super inintéressant, que ça manque d'ouverture d'esprit et tout ça. Donc je me dis des fois que parler de futilités, tu prends moins de risques, t'intéresses plus de gens. Je connais plein de groupes qui savent pas quoi dire, qui font de la super musique et qui ont quand même des belles paroles qui parlent de leur expérience avec les filles ou avec les garçons et puis voilà, c'est tout quoi. Ils parlent de leur vie ou de celle d'un pote et leur musique passe super bien et ça reste du spectacle vivant. Ca veut dire que le disque, c'est une manière d'y arriver, mais y'a pas que ça, y'a le concert, c'est surtout ça le principal. En concert, que tu dises des choses abruptes ou tout à fait légères, c'est quand même le moment qui se vit et quelques fois, même si moi je suis super engagé dans mes paroles, dès que les musiciens ou les chanteurs commencent à faire de la politique en concert, ça me casse les couilles. Donc parfois je me dis aussi que la futilité c'est vachement bien et quand on va en concert, c'est aussi pour oublier la merde du quotidien et tout ça et qu'on est pas forcément là pour autre chose. Ce que j'en pense, c'est qu'il faut de tout. Peut-être que quelques fois y'a certains groupes qui devraient, sur quelques morceaux, s'engager, dire vraiment ce qu'ils pensent, voilà. Et je fais partie de plusieurs groupes, dans Creep AC je revendique à fond, et dans un autre, pas du tout.
 

L'art-Scène :

Jérôme : à ton avis, pourquoi maintenant c'est plus ou moins désuet de revendiquer ce qu'on pense ? Pourquoi ça fait chier tout le monde de parler des choses qui dérangent, plus aujourd'hui qu'hier ? C'est-à-dire que si tu passes un message que les gens n'ont pas l'habitude d'entendre, pourquoi c'est si mal perçu et c'est négatif, alors qu'à une période, c'était positif justement ?

Creep AC :

Moi ça m'est arrivé d'entendre dire que j'étais rabat-joie ! Que j'apportais pas assez, que je monte sur scène et que je fasse rêver les gens… Star Academy quoi, des fois tu rêves en peu !
 

L'art-Scène :

Jérôme : Finalement les problèmes sont pas résolus, ils sont même accélérés, amplifiés… c'est-à-dire que les gens qui se révoltaient sur quelque chose, c'est encore pire…

Creep AC :

S'il y a une chose qu'il faut dire, c'est ce que je réponds souvent : les gars, vous pouvez penser ce que vous voulez de Creep et de ce que j'écris, de ce que je dis sur scène des fois, quand je suis un petit peu énervé, mais malheureusement, l'actualité me donne raison. Nous on en sait quelque chose, on est Normandie en ce moment, là ça fait un petit moment que je n'y suis plus allé mais j'ai vraiment envie d'y retourner, de foutre la main dans le pétrole, parce que les boulettes du Prestige, elles arrivent chez nous, il y a tout le temps 4'000 km entre l'endroit où il y a eu la catastrophe et nos plages, et on se le prend dans la gueule, donc il n’y a pas de frontière aux problèmes écologiques. Mais si tu emmènes les gens sur la plage et tu leur fait voir, là les gens, ils trouvent ça déjà beaucoup moins rabat-joie. Ils disent "effectivement, tu as raison". Et à Paris dans une salle ou dans n'importe quelle salle de Province, il y a des gens qui trouvent ça vraiment chiant et je les comprends aussi. Ils ont leurs problèmes au taf, au quotidien et s'ils viennent à un concert, c'est aussi pour oublier ce qu'il se passe à l'extérieur. Il faut les faire rêver !
 

L'art-Scène :

Est-ce que, vis-à-vis du public, Creep AC n'aurait pas besoin ou intérêt à adhérer ou à collaborer avec une association pour avoir plus d'impact et être reconnu dans le milieu ?

Creep AC :

Moi personnellement, je suis assez investi dans certaines causes et à un moment, ça a débordé dans le groupe. Alors on a calmé l'histoire. Par exemple, on a recyclé la fameuse photo du tuyau de La Hague sur notre album, image qui a fait le tour du monde. Le truc, c'est que ça se passe à 50 km de chez moi. On s'est dit que régionalement, ça pouvait être intéressant, puisqu'on est pris pour un groupe à la fois "on va passer une bonne soirée, on va aller les voir" et aussi "c'est bien, c'est un groupe qui fait réfléchir". C'est à l'extérieur de notre région qu'on a de petits problèmes. Mais pour revenir à cette photo, à l'extérieur, malgré tout, même si ça ne disait rien à personne, les gens avaient remarqué cette photo, ils disaient "c'est la photo de Greenpeace !" "C'est Greenpeace ! Vous êtes affiliés ou pas ? Attention, Greenpeace, c'est un peu bizarre… c'est bien mais c'est un peu l'armée aussi, c'est un peu hiérarchique tout ça, commando…" On reste des musiciens, un groupe de musique. Il faut écrire des paroles parce que j'aime chanter, on ne va pas de la musique instrumentale, donc voilà. Je pense aussi qu'il faut remettre les choses au niveau où elles le sont. On est des rockeurs, on fait du rock et on essaie de porter un peu le discours de la rue on va dire. Même si, chez nous, c'est plutôt le discours de la campagne, parce que la rue… et donc il ne faut pas non plus trop délirer. Par contre on a essayé des trucs… comme le Larzac, on a essayé d'y aller et on s'est fait bouler à la 3ème ou 4ème commission artistique… c'est à se demander si les gars ont lu les paroles du groupe, s'ils connaissent l'engagement du groupe. A priori, ils n'ont pas regardé tout ça, ils ont simplement écouté la musique.

Jérôme : Je peux témoigner qu'en temps que label, on a essayé de faire une promotion commune en association avec les Creep sur les déchets nucléaires, etc. et qu'à toute la presse rock française, on a essayé de leur envoyer tout ce qu'il fallait en terme de documents parce que Creep AC clôturait cette manifestation et on a eu zéro retour. Ca veut dire que même la scène rock, enfin les médias de la scène rock, ne font pas le lien entre le discours et la musique.

Tout comme les associations !! Parce que là, c'était un petit village, chez nous en Normandie… Décidément en Normandie on a la seule centrale de retraitement des déchets européens, et ils veulent nous faire un laboratoire d'encaissement de déchets nucléaires. Donc forcément, tout le monde est contre, pour une raison précise (là je rentre un peu dans le détail, mais bon) : les nappes phréatiques de Basse-Normandie se situent autour de ce village et que l'agglomération de Caen plus une bonne partie du Calvados, ce qui représente au moins 600'000 personnes qui boivent la flotte qui vient de ce village-là, ils veulent faire ça là-dedans. Sauf qu'il y a un petit ruisseau qui pointe là-dedans, et qui repart dans une nappe phréatique… Celui-là s'appelle Athis-de-l'Orne. "Risque Zéro", l'un des morceaux du 2ème album, parle de ce village. Les gars, je les ai appelés : "c'est Creep, on adorerait jouer pour vous, vraiment on est engagés". Première réponse : non. J'ai sorti le texte sur A3, j'ai entouré le nom "Athis", vu que je cite le nom du village, tout comme je cite "Bure", dans la Meuse, près de Verdun. Et là, les gars ont sursauté : "ils parlent de notre village, 250 habitants et ils parlent de notre village dans leur chanson !!". Et là du coup ils se sont intéressés à nous et on a réussi à discuter, et effectivement, on a clôturé ce festival qui était complètement génial. C'était un festival contre les déchets mais aussi pour les énergies renouvelables. Il y avait la Confrérie Paysanne, les intermittents, les écologistes, tout ça, un petit Larzac, quoi. On a réussit parce que régionalement, on est bien implantés, on a les armes pour pouvoir discuter, mais nationalement, c'est impossible ! Et alors, comme le disait Jérôme, la presse rock spécialisée ne s'intéresse pas quand tu es trop engagé. Pour les associations, c'est pas un engagement pur et dur, pour eux, t'es un musicien. Et des fois, on a envie de monter sur scène, de sentir qu'on est entourés, qu'on sert à quelque chose, qu'on aide les gens. J'ai vu des gars qui ont des idées formidables dans les petits stands, qui attendent que les gens passent pour leur expliquer des choses…mais nous, on peut avoir 10 kg de son et je peux dire des trucs dans le micro. Ca peut toucher 500 personnes qui peuvent entendre tout d'un coup. Il y a quelque chose qui se passe et j'espère que ça va se faire, que nationalement, on va arriver à s'imposer un peu dans le milieu engagé. Mais on ne le recherche pas non plus systématiquement et encore une fois je répète que c'est d'avoir la musique qui nous intéresse.

Jérôme : Et puis on a pas la culture écologique, finalement. En tout cas par rapport à d'autres pays comme l'Allemagne ou peut-être la Suisse…

On a en plus travaillé la vidéo qui se pose sur mes mots, on a des éoliennes sur scène, on a même fait le projet de faire une tournée dans un camion avec des panneaux solaires. On a budgétisé tout ça, j'ai essayé de mettre des assos sur l'affaire, se la jouer à la Midnight Oil qui allait au centre de l'Australie pour jouer dans des tribus, sans amener le courant… Bon, le budget est trop élevé pour un groupe comme nous, mais c'est vrai que ça nous intéresserait de faire ces trucs-là, mais je crois qu'en France, c'est super difficile…
 

L'art-Scène :

L'inspiration de tes textes, c'est l'actualité, on le voit clairement dans le 2ème album. J'ai l'impression qu'il y a des choses qui bougent ces derniers temps, en France, au niveau de l'écologie, alors j'aimerais que tu me donnes ton avis…

Par exemple sur la remise en question des centrales nucléaires (au niveau européen) ?

Creep AC :

Hier, ils ont arrêté, pour la 1ère fois en Europe, une centrale allemande. Filmé, à grand renfort de médias. En gros plan tu vois le doigt du directeur qui appuie sur le bouton rouge et STOP. Bein ça je pense que ça n'arrivera pas en France. Je vois pas du tout arriver politiquement la décision de faire de la place aux énergies renouvelables. En fait, on a 15-20 ans pour réagir. Dans 20 ans, tout le parc français sera mort. Enfin mort, je veux dire, plus du tout en sécurité. Donc il faudra refaire des nouvelles centrales ou les entretenir ou en fermer quelques unes. Et 15-20 ans ça nous donne aussi le temps de, par exemple, monter des zones offshore d'éoliennes comme ils le font au Danemark ou en Norvège. Mais le truc politique, je ne le vois pas du tout comme ça. Je trouve que ça fait 30-33 ans que De Gaulle est mort et moi je pense qu'à ce niveau-là il est encore vivant et que c'est lui qui a décidé la politique d'énergie et qu'on n'est pas prêt de la quitter.
 

L'art-Scène :

Ton avis sur le ras-le-bol général des français et leur mobilisation contre la marée noire ?

Creep AC :

…silence… Ouais… Moi, habitant près des côtes, je trouve qu'on les compte, les gens qui viennent donner 2 heures de leur temps… Manifester, c'est bien, mais quand on est face à un problème comme une pollution telle que l'Erika ou le Prestige, il faut des gens qui aillent gratter le sable et je trouve que l'engagement n'a pas été énorme-énorme. Faut pas non plus tout dénigrer, les gens qui y sont allés : bravo. Moi j'aurais aimé aller en Vendée pour aider pour l'Erika, je n'ai pas pu et je m'en veux énormément. Pour le Prestige, en région j'essaie de faire le maximum, mais franchement, je sais que les gens en discutent et qu'intellectuellement, il y a un ras-le-bol. Mais en pratique, je ne le vois pas. Et puis au niveau politique, alors là… laisse tomber ! Je veux dire, les accords, même si l'un dit que les truands des mers, machin… moi je n’y crois pas ! Ce sont des mecs qui ont des milliards et des milliards sur leurs comptes, qui ont des influences incroyables… tous les mecs grecs armateurs, ou les russes… laisse tomber ! Si franchement, politiquement, il y avait un investissement réel, on ne laisserait pas non plus se démanteler tout l'armement nucléaire russe, par exemple, comme c'est à Vladivostok. Quand je suis chez moi à Cherbourg ou à Brest et que je regarde l'océan Atlantique je me dis que je suis au bout du monde. Je me retourne, je fais 180 degrés et je me dis que de l'autre côté, pour retrouver la mer, il faut aller jusqu'à Vladivostok. Ca fait rêver ! Moi, Vladivostok, ça m'a toujours fait rêver ! Je voulais y aller un jour et là, quand j'ai vu les images, c'est incroyable ! Les mecs sont là, je ne sais pas combien…il y a une vingtaine de sous-marins, des bateaux à propulsion nucléaire qui sont là, en train de pourrir, les bâtons d'uranium et compagnie qui sont à l'air libre et du coup, ça fait plus du tout rêver. Et nous, on apprend ça à cause d'une émission comme Thalassa, mais j'imagine que Chirac et compagnie, ils sont au courant depuis des lustres et il ne se passe rien du tout. Et comme je le disais tout à l'heure, il n'y a pas de frontières pour ces problèmes-là. Les gens là-bas ils vivent comme ça… ça leur a donné du boulot, donc ils se disent que c'est grâce à ça qu'on a pu vivre… Je me dis souvent que le monde, que ça soit l'Asie, l'Europe et les Etats-Unis, on se fait tous berner par le salaire qu'on va avoir à la fin du mois. Est-ce que cet argent est propre ? Alors il y en a qui disent "ah non, je ne volerai jamais, je ne volerai pas !", "il est hors de question que je fasse la manche !". Par contre travailler pour des enculés qui font bosser des petits gamins en Asie ou qui vont foutre leurs déchets nucléaires aux Etats-Unis ou en Russie ou leurs déchets ménagers en Afrique, moi je dis non. Maintenant, je trouve que non seulement consommer, c'est un acte politique, mais travailler pour une société, c'est un acte politique aussi. Et recevoir un salaire à la fin du mois, c'est un acte politique. Dire "attends, je suis pas le directeur de la boîte !". Peut-être, mais t'y travailles pour cette boîte-là et elle te paie, donc tu te la fermes !
 

L'art-Scène :

Ton avis sur la quasi-suppression des sachets plastiques dans les supermarchés ?

Creep AC :

C'est super important ! Alors moi je suis pas supermarché du tout, j'essaie vraiment d'aller chez mon boucher, à mon magasin bio, puis aussi faire son jardin un maximum soi-même... On a la chance d'être à la campagne, c'est plus facile pour nous, c'est clair ! Mais ça fait longtemps que j'approuve Leclerc à ce niveau-là. Même si c'est complètement démagogique, il y a un moment aussi où il faut avoir une volonté politique et s'engager, donc au moins ils l'ont fait. J'apprécie moins leur pub : "l'air, la terre, l'eau et Leclerc" !! Quand j'ai vu cette pub deux mois après la sortie de notre album, j'ai dis, non, c'est pas vrai ! Le label Timer m'a demandé si je voulais faire quelque chose, leur téléphoner, savoir… qu'est-ce tu veux faire contre Edouard Leclerc ? Il n’y a rien à faire. Mais c'est vrai qu'il y a plein de gens qui nous ont dit "alors les gars, ça va Edouard Leclerc ?". C'est horrible, horrible, horrible… Mais les sacs en plastique, j'ai des potes qui habitent pas très très loin de décharges. Avec le vent, tu retrouves ça dans les clôtures, dans les arbres, tu retrouves ça partout. Et tu retrouves même des sacs Prisunic. Alors que Prisunic, ça fait 20 ans que ça n'existe plus ! Et ils font encore de la pub !
 

L'art-Scène :

Et le dernier point c'est ton avis sur les mesures contres les 4x4 en ville ?

Creep AC :

Moi je crois que c'est vachement influencé par les Etats-Unis, ça. Tu vois, la grosse bagnole avec les pneus cirés, c'est vraiment un truc de branleur. Et à mon avis, les rejets au niveau du pot d'échappement, ça doit effectivement être assez grandiose, mais…Là tu parles des 4x4, mais au niveau des diesel… A avoir des gouvernements qui successivement filent presque des subventions aux constructeurs de bagnoles pour effectivement inciter les gens à acheter du diesel parce que ça coûte moins cher. Et tu te retrouves 20 ans après à presque être imposé parce que ça pollue plus. Est-ce qu'il faut faire confiance à ces choses-là ? Est-ce que c'est pas aussi un peu l'arbre qui cache la forêt ? Je ne sais pas, je n’en sais rien. Bon je suis pas non plus super renseigné là-dessus, mais enfin je sais qu'un véhicule tout terrain n'a rien à foutre en ville, ça c'est clair !
 

L'art-Scène :

La question de la fin… la question conne : qu'est-ce que tu penses des comités de sauvegarde des nains de jardins… étant donné que les nains ne sont pas biodégradables, faut-il vraiment les remettrent dans leur milieu naturel ?

Creep AC :

Je dirais oui à la réintégration des nains de jardin dans leur milieu naturel, que si effectivement ils sont en terre cuite, voilà. Je suis plutôt pour l'interdiction pure et simple des nains de jardin en plastique. Les gens qui ont des nains de jardin chez eux, en général ils sont pas cool du tout. Et ils ont un chien qui est super con. Moi j'ai des chiens et je suis vachement proche des animaux, j'adore. Et je veux dire, les animaux, s'ils sont cons, c'est vraiment parce que les maîtres sont cons ! Donc je crois qu'il n'y a rien de plus libre qu'un nain de jardin en liberté, et en terre cuite plutôt. Et puis avec les nains de jardin, j'aime bien qu'il y ait un petit moulin, qui tourne au vent ! Parce que ça, ça donne de l'énergie renouvelable. Les nains de jardin avaient tout compris à ce niveau-là. C'est vachement important le travail à la main, il y a très peu de mécanisation chez les nains de jardin et ouais… vraiment, à ce niveau-là, il faut se sortir les nains de ses poches !


Propos recueillis par véro.
 


 


 

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