N° 25 - Juil/août 2004
 
DE TEREZIN A BAGDAD

DE TEREZIN A BAGDAD



«Il faut laisser Donald Rumsfeld faire son travail, il est le meilleur secrétaire à la Défense qu’on ait jamais eu aux Etats-Unis.»
Dick Cheney, Vice-Président des Etats-Unis


Il y a de ça quelques jours, je profitais d’une semaine de vacances dans la magnifique capitale de la République Tchèque, Prague. Je passe rapidement sur l’intérêt incontestable de ce haut lieu de la culture, sur son architecture hallucinante, sur le charme de ses rues pavées, le charme du panorama qu’offrent les hauteurs de Vysehrad sur les méandres de la Vltava, etc. Sans oublier Kafka, Mozart et tout le tremblement pour appâter le touriste.

Non, là, je repense à cette visite que j’ai effectuée à Terezin. Située à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Prague, Terezin est une « charmante » bourgade qui doit sa funeste célébrité à son fort (où fut notamment enfermé Gavrilo Princip, auteur de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, à Sarajevo, le 28/06/1914), devenu camp de concentration sous l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale. Curieux lieu de tourisme, pensez-vous ? Pas tant que ça.

Je pensais en savoir suffisamment sur les horreurs nazies perpétrées au cours de ces sombres années de l’Histoire. Je pensais que les livres, les journaux et la télévision m’avaient enseigné exhaustivement l’indicible, l’ « immontrable » montré, que rien ne pouvait être plus traumatisant que la Shoah de Claude Lanzmann. Ce n’est pas entièrement faux car il faut bien reconnaître que l’on n’apprend pas grand-chose de nouveau au cours de cette visite guidée. Les faits, tout le monde les connaît, les ignominies orchestrées par Hitler et exécutées avec zèle par ses officiers ne sont – fort heureusement - plus considérées comme de vulgaires « détails de l’Histoire ». On a tous vu à la télé les conditions de détention inhumaines dont ont été victimes les juifs, à 600 entassés pire que des bêtes dans 80 mètres carrés, faisant leur couche sur un échafaudage de planches, jouissant de quelque 50 centimètres chacun, disposant de 2 WC pour 600 quand la plupart des détenus étaient atteints de maladies telle que la typhoïde. Je vous passe les contraintes les plus abominables… Tout le monde connaît les supplices endurés par les juifs, les humiliations de la pire infamie qu’ils ont subies. Chacun sait la vaste manipulation, la propagande que les allemands avaient entreprise au son du « ARBEIT MACHT FREI » (le travail rend libre), présentant les camps de concentration comme des « camps de rééducation par le travail »… Cynisme morbide qui conduit à la barbarie que l’on sait.

Pour la petite histoire, c’est là que Robert Desnos mourut, un mois après la fin de la guerre (8 juin 1945) alors que le camp avait été transformé en hôpital de campagne. S’il est vrai qu’à Terezin « on » n’exterminait pas, quelque huit mille juifs y sont morts… Par suite de traitements inhumains, d’humiliations, de tortures. Pour l’ambition (et la folie) d’un seul homme…

Pourquoi je vous raconte tout ça vous demandez-vous ? Parce que le simple fait d’approcher de si près et de façon matériellement palpable cette horreur historique, le sentiment de dégoût et d’incompréhension que je pouvais ressentir en était – cela paraît pourtant inimaginable – décuplé.

En rentrant à Paris, je suis tombé sur les images des iraquiens torturés par des soldats américains et anglais. L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie, dit-on… « Plus jamais ça » entendait-on en 1945 lorsque l’on découvrit l’holocauste. On mit en place la Convention de Genève qui réglemente le traitement des prisonniers de guerre. On pensait certainement que les millions de morts de la seconde guerre mondiale – bien mince consolation – auraient au moins permis à éradiquer l’ignominie. Algérie, Serbie, Rwanda, Kosovo, Chine, Libéria, Tchétchénie, etc. ont depuis prouvé le contraire.
C’est étrange ce sentiment que j’ai que la Shoah provoque une honte et un dégoût sincères et profonds en chacun de nous, devoir de mémoire oblige, mais que les yeux fixés sur ce passé tragique, on ne juge pas le présent à la hauteur des évènements. De leur gravité. Le présent est l’Histoire de demain et on ne peut accepter de notions de paliers dans l’horreur. La torture d’hier n’est pas plus ignoble ni inacceptable que celle d’aujourd’hui. La torture reste de la torture. Pour une personne comme pour cent, comme pour mille, elle est inacceptable. D’où qu’elle vienne. Du « bien ou du mal »… La torture fait toujours le choix du « mal » et l’acte de contrition de George Bush, en excuses aux exactions de ses soldats dans la prison d’Abou Gharib à Bagdad, n’a pas grande crédibilité dans la mesure où il maintient Donald Rumsfeld dans ses fonctions. Bush a déjà perdu cette guerre. Il avait inscrit son nom au tableau d’honneur des pires crapuleries réalisées en un minimum de temps mais il devait lui manquer ce fait d’armes peu glorieux... C’était sans compter que le respect de la dignité humaine et la liberté sont deux valeurs dont Bush se fout complètement. Et pour cause, elles ne sont pas cotées en bourse.
Petite requête aux américains pour les élections de novembre prochain : Bush, plus jamais ça !

David Desreumaux – 08 mai 2004

 

 

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