N° 25 - Juil/août 2004
 
Reflet alternatif
Hubert Félix Thiéfaine : 2004 en solitaire (07-08/2004)
Chanson : un air de nouveauté (dossier paru dans Politis n° 806) (07-08/2004)
Les En-Jeux Olympiques (07-08 2004)
Fermin Muguruza (07/08 2004)
Small Axe et le DAD (07/08 2004)
Solidays 2004 (07/08 2004)
Festival Taparole, laboratoire Ă  chansons (06/2004)
Les Zetlaskars et la trompida (06/2004)
Quatre livres, 2 DVD : 6 bonnes raisons de se régaler (06/2004)
De l'art par delĂ  les murs (06/2004)
Kiemsa, l'interview (05/2004)
Les 100 grammes de tĂŞtes, l'interview (05/2004)
Elf, la pompe Afrique (04/2004)
L'Amérique de Michael Moore (04 2004)
Molière, le choix d'en rire (03/2004)
Molière, le renouveau de la farce (02/2004)
Interview LoĂŻc Da Silva et Pierrot Ruda (02/2004)
Jean-Baptiste Veujoz: rencontre avec un poète troubadour (01/2004)
Bérurier Noir: même pas mort ! (12/2003)
Doisneau : l'oeil du poète (12/2003)
Rencontre avec Michel BĂĽhler... (12/2003)
Hubert-Félix Thiéfaine : Premières balises avant mutation (11/2003)
Delphine Courtois : "L'art, c'est un don que tu fais aux autres" (11/2003)
Un air de Bacri/Jaoui (11/2003)
Etienne Gauthier : "La musique est une autre forme d'émotion" (11/2003)
La double vie de François Villon (10/2003)
Quelques questions au Bel Hubert... (10/2003)
Un petit tour du côté du Mont-Soleil Open Air Festival (10/2003)
Avignon par Intermittence (09/2003)
L'héritage Ferré (07/2003)
Céline Caussimon : "Je marche au bord" (07-08/2003)
”Eungenio” Salvador Dali (1904-1989) (06/2003)
Oshen, L'héritage Mitsouko (06/2003)
L'audiovisuel indépendant : Zaléa TV
Nicolas Jules : "J'essaie de me surprendre". (04/2003)
Baudelaire ou la douleur de vivre (04/2003)
Bas les Watts ! Cabaret DésinVolt (04/2003)
Un chiffon propre dans le grenier (04/2003)
Branagh in Love (03/2003)
Nicolas Bacchus vitupère au Point (03/2003)
LUZ : Claudiquant sur le dance floor (02/2003)
Pouvoir de Lire et Droit de Dire (02/2003)
La Punkitude (01/2003)
Philippe Caubère : Présentation (01/2003)
Philippe Caubère et la politique (01/2003)
Philippe Caubère: 68 selon Ferdinand (01/2003)
Philippe Caubère: repères chronologiques (01/2003)
Juliette GRÉCO (12/2002)
Labels et la BĂŞte. (12/2002)
Woody Ă  tout prix (12/2002)
Fermin Muguruza (12/2002)
Autour d'Orsay et des impressionnistes. (11/2002)
Le Festi' Val de Marne. (11/2002)
Le Rock Identitaire Français (11/2002)
Le Glaz'art. (11/2002)
Jacques Prévert ou la bonne parole. (10/2002)
Au Limonaire. (09/2002)
Les Frères Brothers. (09/2002)
La rentrée théâtrale 2002. (09/2002)
Festisis 2002. (09/2002)
ATTENTION ! Salles en voie de disparition. (08/2002)
Une journée avec la Ruda Salska (08/2002)
La chaleur d'Avignon. (08/2002)
Histoires de vies brisées : les doubles peines de Lyon. (07/2002)
Renaud: Le mauvais sujet repenti. (06/2002)
Virginie Despentes ou l'art de toujours surprendre ! (06/2002)
La FĂŞte de la Musique. (06/2002)
Demandez le programme ! (04/2002)
De l'art par delĂ  les murs (06/2004)

"Seul le corps peut aller en prison, l'esprit ne peut ĂŞtre prisonnier, on ne peut pas attraper le vent"
Sahar Khalifa (Extrait de L'impasse de Bab Essaha)

 

Le GENEPI (Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées) est une association étudiante, bénévole, régie par la loi de 1901, sans affiliation politique ni religieuse, à but non lucratif, oeuvrant sous la tutelle du Ministère de la Justice (Convention GENEPI – Justice). "Le GENEPI a pour but de collaborer à l'effort public en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants de l'enseignement supérieur et le monde pénitentiaire." stipule l’article 3 des statuts de l’association.

Pour se faire, le GENEPI intervient en mlilieu carcéral ; organise un week-end de réflexion et de prise de position par an sur divers thèmes touchant l’association, la justice et le monde carcéral ; informe et sensibilise le public.

C’est dans le cadre de l’information et la sensibilisation du public que se situe les deux mois de manifestations organisées, en mars et avril 2004, par le GENEPI.

Partant de l’idée que pour dire la prison mais aussi pour l’entendre, pour rapprocher le dedans du dehors, pour informer, pour sensibiliser, pour un jour espérer véritablement réinsérer ces hommes et ces femmes incarcérés, le meilleur support de rencontre et de réconciliation est l’art et la culture, le GENEPI a eu la volonté de multiplier à travers la France ces lieux d’échanges et de parole passe-murailles.
Quelques cinquante groupes locaux ont organisé durant mars et avril une série d’évènements mettant en lien – à travers leurs œuvres respectives – les artistes de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Expositions d’œuvres de détenus, photographiques, conférences, lectures de textes de détenus, théâtre de rue, ciné-débats et expositions de dessins d’enfants étaient au programme de ces deux mois de manifestations.

Amorcé par les 800 étudiants bénévoles du GENEPI, le dialogue entamé dans différentes villes de France s’est prolongé à Paris où a eu lieu la journée de clôture, le samedi 24 avril, De l’art par delà les murs.

 

Dès 14 heures, une lecture de textes de détenus (1) par la compagnie de théâtre les Productions de la Fabrique, mise en scène par Alexis Roque, s’est tenue au Théâtre Rouge du Lucernaire.
Les textes poignants reflettent autant que des images la triste réalité carcérale française. Les mots des détenus sont violents, acides, grinçants comme dans Ils décident (Robert Knoebelpiess, dans QHS) : « […] Ils décident qui peut vous voir au parloir, qui n’a pas le droit de vous visiter / Ils décident que vous ne devez pas avoir plus de trente minutes de visite, vous séparent de vos visiteurs avec l’hygiaphone (2), vous interdisent d’embrasser votre mère, votre femme, vos enfants / Ils décident que vous ne devez plus avoir de sexualité / Ils décident ce que vous devez dire et ce que vous ne devez pas dire / […] / Ils décident que nous ne devons plus avoir de rapports humains / Ils décident de nous infliger la privation sensorielle ». La mise en scène donnait vraiment une dimension sombre aux textes. Les lecteurs marchaient, comme faisant les cents pas dans une cellule, se tournant face au public pour prononcer les dures paroles de détenus, pour interpeller le public et lui cracher à la gueule l’enfer carcéral posé sur papier.
En attendant le début de la pièce de théâtre qui suivit les lectures de textes, les spectateurs pouvaient voir une exposition mêlant l’impertinence pertinente des dessins d’enfants, les traits violents des peintures de Stéphane Richard (STEPK), le réalisme d’œuvres de personnes incarcérées. Dans cette petite salle bien éclairée, on ressentait une ambiance pesante, un certain mal-être à travers l’humour (?) d’un enfant imaginant « Chiraque » en prison et, juste à côté, un détenu pendu sous la peinture glauque et choquante de Stéphane Richard.

 

C’est interpellé par ces différentes visions de la prison qu’on retournait assister à la pièce Le Sas (prix des Trois Provinces - France, Belgique, Canada - 1986) de Michel Azama, interprétée par la troupe des 3 coups.
Cette pièce de théâtre était interprétée uniquement par des femmes qui jouaient des détenues ou des surveillantes de prisons. Elle raconte la dernière nuit en cellule d’une détenue qui vient de passer 16 ans enfermée. Incarcérée à 33 ans, elle se prépare à une nouvelle naissance, 49 ans après avoir vu le jour. « Le Sas » symbolise le chemin à prendre pour passer de l’enfermement à la liberté. Mais quelle liberté après 16 ans derrière les barreaux ? Encore une fois, la noirceur et la violence (dans le texte et dans le jeu) étaient au rendez-vous. Hargne, peur, hystérie, angoisse sont les maîtres mots de cette dernière nuit en cellule, durant laquelle la « partante » exprimera rancoeurs et regrets à travers des confidences aux « copines » et aux « matonnes ». Rien n’est épargné, de la solitude mentale à la proximité physique quasi permanente, de la pauvreté sexuelle à la pauvreté physique, Le Sas est une photographie du monde carcéral sur fond d’introspection.

 

A partir de 18 heures, le rendez-vous était fixé à la Cité Internationale Universitaire de Paris pour un grand vernissage d’œuvres de personnes incarcérées de jeunes artistes sur le milieu carcéral. Autour de ce dernier, des dessins d’enfants, une cellule reproduit grandeur nature (entre 9 et 12 m²), des expositions photos et une performance de STEPK.
 

(Ă  suivre) *
 

Michaël Durançon – Juin 2004


(1) Paroles de Détenus, sous la direction de Jean-Pierre Guéno, Flammarion, édition Librio, 2000
La Peau et les Os, Georges Hyvernaud, Le Dilettante, 1982
QHS, Robert Knoebelpiess, 1980
Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, Pierre Goldman, 1975
Cavale, Mille et une nuits
Sagesse, Paul Verlaine, Seuil
Souvenirs et solitude, Jean Zay, Talus dÂ’approche, 1987

(2) Les parloirs libres sont en place, en France, depuis 1983. Aujourd’hui, les détenus ne sont plus séparés de leur(s) interlocuteur(s) par un hygiahone.

 

Photos (de haut en bas) :
a - affiche de la manifestation réalisée par
b - dessin d'enfant
c - Le Sas
d -
e -
f -
...

Crédit photos
a : scan de l'affiche
b / c / d / e /f : Cécile Caillat & Michaël Durançon

 

* Suite à des déboires informatiques, la suite de l'article ne peut pas apparaître actuellement. Elle devrait être disponible dans les prochains jours.
 

 


 

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