N° 13 - Mai 2003
 
Val Philippe
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Crédit : David Desreumaux

 

29 Décembre 2002

« TOUT PASSE PAR LE PLAISIR » [29 Décembre 2002]

Le Temps est une vertu précieuse à Philippe Val. Personnage aux activités débordantes et dévorantes, il a cependant eu l'élégance de nous recevoir dans son bureau à Charlie Hebdo. Entretien avec un homme passionné et passionnant, généreux, profond, séduisant.
 

L'art-Scène :

On voit une véritable passion pour les Lettres chez toi. Il semble y avoir aussi une boulimie d’écriture. Est-ce le cas ?

Val Philippe :

Non. Je lis plus que j’écris. J’essaie d’écrire… Enfin, c’est dur d’écrire. Donc, je suis comme tout le monde, je suis flemmard. J’écris quand même parce que je suis poussé par mes échéances hebdomadaires. En tous les cas, c’est une obsession, ça c’est certain, qui m’accompagne à chaque moment de ma vie. Ou j’essaie de composer une mélodie, ou j’essaie de mettre en place deux idées, ça m’accompagne tout le temps mais « boulimie » non. J’aimerais bien. Boulimie de lecture sans doute.
 

L'art-Scène :

Justement, tu cites régulièrement les poètes : Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, etc… Tu as mis certains en musique. Pour toi, c’est quoi la poésie ? Ca sert à quoi ? Cocteau disait « La poésie est indispensable, j’ignore à quoi ».

Val Philippe :

Oui, c’est exactement ça. Ca sert tout simplement au bonheur. Récemment j’écoutais des enregistrements parus chez Frémault, des poésies d’Hugo lues par Michel Bouquet, ça met quelque chose dans l’existence d’unique. Ca fait fonctionner. Ca redonne au corps une liberté. Ca nous fait repenser « je suis mon propre corps, j’ai besoin de sensations qui rendent mon corps – donc moi - heureux » et c’est médiatisé par l’autre. On a besoin de l’autre pour ça. On est dans la vibration de la vie et ça nous rappelle ça. Il y a un monde qui te touche, c’est toi, c’est ton monde, tu as envie d’être dedans. Ca nous remet dans l’Humanité. Et parfois quand on se considère comme quelque chose d’un peu monstrueux, hors de l’Humanité, au fond la solitude c’est ça. Ca nous réintègre dans l’humanité.
 

L'art-Scène :

Tu as dit un jour dans une émission sur France Inter : « La vie sans poésie, c’est de la merde ». Dans le fond, on peut résumer ça à ça ?

Val Philippe :

Oui bien sûr. Alors la poésie, ça peut-être des choses que l’on a pas l’habitude de considérer comme étant de la poésie. Ca peut être par exemple le film de Kaurismaki, L’homme sans passé, ça se passe sur un terrain vague pourri, tu as des cabanes en ferraille. Apparemment, ce n’est pas ça la poésie parce que les gens croient que c’est les fleurs qui sont jolies et puis le printemps. Mais, on n’a pas besoin des poètes pour nous dire que les fleurs sont jolies. Tout le monde est assez grand pour savoir que le printemps c’est charmant. On n’a plus besoin des poètes pour ça. C’est fait, le boulot est fait, ils nous l’ont dit. C’est de la vieille histoire, le premier qui a comparé une femme à une rose, c’était un génie, le deuxième c’était un con. Donc, un grand artiste c’est quelqu’un comme Godard qui te rend poétique quelque chose que tu n’aurais pas pensé que ça pouvait l’être.
 

L'art-Scène :

De la même façon, tu cites énormément de romanciers, d’œuvres romanesques dans tes chansons. Finalement, sur le ton de la blague, est-ce que la littérature n’est pas ce qui différencie l’Homme de l’animal ?

Val Philippe :

Non parce que je ne suis pas capable de dire ce qui différencie l’Homme de l’animal. Parce que beaucoup de la philosophie, notamment la métaphysique, a cherché énormément ce qui différenciait l’Homme de l’animal. Qu’est-ce qui fait que l’Homme est homme ? On peut dire que ce n’est pas tellement qu’il a conscience, il y a des animaux qui ont conscience de certaines choses. Il a conscience d’avoir conscience. Oui, mais pas tout le temps. (rires) Evidemment, tu as des génies qui ont conscience d’avoir conscience mais tout le monde n’est pas un génie. Moi, je suis pour le droit du corps vivant. Alors bon, je dis l’Homme, l’humain, mais c’est plutôt la « vie » qu’il faudrait dire. Je suis pour qu’il y ait une solidarité, un droit, avec ce qui est vivant. Il faut faire rentrer la différence dans l’Humanité. Ca c’est la grande force de l’art. C’est la grande force en général de la création artistique, du roman, de la peinture.
 

L'art-Scène :

Dans un journal, tu as déclaré : « Je reste convaincu que l’on vient toujours des gens qu’on admire. » Puis, je te cite dans No Problem à propos de Montaigne : « C’est une de ces disparitions dont on ne se remet jamais complètement. On regrette de n’avoir pu aller le voir à temps, de ne plus pouvoir rattraper le temps perdu loin l’un de l’autre […] Quand je lis des biographies de Montaigne, je vois toujours arriver 1592 avec un pincement au cœur. » Peux-tu me parler de ton rapport à la philo (tu cites souvent Spinoza, tu chantes Averroès) et notamment de ta passion pour Montaigne ?

Val Philippe :

C’est un « essai » pour répondre à ça. Pour essayer de ne pas dire trop de bêtises. Bon, on va essayer de simplifier. On a les idées confuses. Quand on a les idées confuses, on souffre. Parce que tu es dans un monde que tu ne maîtrises pas. De temps en temps c’est bon mais de temps en temps, tu te cognes aux rochers. Tu es comme dans une vague que tu ne contrôles pas du tout. Tu ne contrôles rien, tu barbottes, tu ne sais pas nager. C’est une image de Spinoza que d’ailleurs Deleuze reprend dans son commentaire. Et de temps en temps, tu lis des auteurs, des hommes, des femmes, qui ont réfléchi longtemps à des choses et qui t’éclaircissent quelques idées, qui t’aident à comprendre quelques choses. D’un temps, d’une époque, d’un comportement humain, de toi. Et du coup, tu apprends, tu souffres moins, tes idées deviennent moins confuses. Tu peux davantage choisir entre ce qui est bon ou mauvais pour toi. Donc, tu les aimes, c’est des amis. Ca peut être des amis de chair mais ça peut être aussi un livre, une femme que tu rencontres, des gens que tu aimes, qu’importe, ils t’aident à éclaircir tes idées. Du coup, tu te démerdes mieux dans la vie avec cet infini bombardement de l’existence. Tu es bombardé partout, par toutes sortes de choses. Le fait que ces trucs soient parallèles, que ce soit en bois, que cette porte soit coulissante, que toi tu sois là et que tu fumes, tout ça rentre en toi, c’est monstrueux, c’est infini le bombardement de l’être par l’extériorité. Donc, il faut s’en sortir de ce bordel. Or, il y a des gens qui te donnent une sorte de mode d’emploi de toi, qui t’apprennent à te repérer dans ce chaos. Et à ne pas te noyer tout le temps. A ne pas avoir tort, être dans l’erreur. Etre dans le non-être. Donc, à chaque fois que tu ne te goures pas tu es dans l’être, quand tu te goures, tu es dans le non-être. Si tu es dans l’être, tu es bien, tu es dans la plénitude. Donc première chose. Montaigne. Longtemps j’ai aimé Montaigne intuitivement. J’ai lu les Essais, j’ai pris des notes pendant un an dans un gros livre mais je ne savais pas vraiment pourquoi. Maintenant je sais pourquoi. Je sais pourquoi parce que, au moment où Montaigne écrit, c’est la fin du Moyen Âge, c’est la Renaissance, il y a quelque chose de collectif : Dieu, qui tenait tout le monde. Le collectif qui faisait surgir les cathédrales signées par un peuple mais pas par des individus. Ils ont fait surgir de terre des chefs d’œuvres mais l’individu était un maillon du collectif. A partir de Montaigne, il devient celui qui se pense lui-même. Il n’y a plus ce lien : Dieu est mort ! Nietzsche le constate 2/3 siècles plus tard mais à partir de ce moment-là déjà, c’est foutu. Il croit encore en Dieu mais ça ne marche plus, le collectif c’est terminé. A partir du moment où Botticelli et les autres maîtres de la Renaissance en Italie signent leurs toiles, leurs fresques, c’est fini : il n’y a plus de collectif. Il n’y a plus cette chose-là. A la fois c’est un bonheur, c’est l’être qui se trouve et en même temps, c’est une angoisse horrible. Il est seul au monde. Montaigne donne une espèce de mode d’emploi de l’individu dans ce nouveau monde. On vient de découvrir l’Amérique, etc. Tout va changer. Galilée en même temps dit : « La Terre n’est pas le centre de l’univers. » Avant on croyait qu’on était au centre du monde, on n’est plus au centre du monde. Donc l’individu est dans l’angoisse, il est dans la découverte de lui-même, il est dans l’invention d’une liberté possible qui ne soit pas mystique. Donc, il est dépendant de sa raison, il est obligé d’inventer un système. Il invente la démocratie, très difficilement mais il invente ça quand même. Avec Spinoza, il reprend quelque chose dont les grecs ont eu une intuition à Athènes 5 siècles avant JC. Mais si tu veux, ça t’apporte quelque chose, tu comprends quelque chose. C’est des gens qui ont bossé sur des outils, des concepts, qui sont en quelque sorte des outils dont tu peux te servir pour réfléchir, jouer tes relations à l’autre, penser ta relation à l’autre. Puisque ce lien là n’existe plus, quel autre lien faut-il inventer ? Toutes ces belles questions au fond. Alors, l’art, la culture, c’est essentiel, ça devient essentiel à partir du moment où il n’y a plus cette messe universelle qui relie les gens. « Catholique » ça veut dire « universel » en plus. Il y a une fracture. Il y a les protestants d’un côté, les catholiques de l’autre. On sait bien que tout ça, ce n’est plus universel. Donc, l’individu doit se démerder. Donc, il y a un fond commun, ils pensent quelque chose qui nous appartient, qu’on s’approprie. Ils nous font le cadeau de ça. C’est des copains, des amis que tu aimes comme des amis.
 

L'art-Scène :

Poésie, littérature, philo donc. Quelles sont les œuvres indispensables que l’on trouve dans la bibliothèque de Philippe Val ? Ca semble tellement immense.

Val Philippe :

Non, pas immense. La quantité évidemment ça veut dire quelque chose, c’est tellement vaste l’univers de la littérature depuis qu’on écrit, depuis qu’on garde. Alors, le problème de la quantité, c’est un faux problème parce qu’en réalité, un livre quand ça marche, ça nous modifie. Peut-être d’une façon microscopique mais ça modifie quelque chose. Et cette modification en réalité, c’est une ouverture. Ca permet de saisir autre chose du monde. Un domaine qu’on aurait pas compris. Une fois qu’on a dit ça, pour moi les livres qui sont pourrait-on dire essentiels… c’est toujours gênant de parler de ça parce qu’il est difficile d’exclure. Ca peut être un poème… C’est difficile de parler de ça. De dire bon voilà les 5 livres qui sont… C’est difficile. Il faut comprendre que tout ça, c’est comme un immense archipel où il y a des artistes de toutes sortes, et qu’on augmente son champ de vision et qu’on agrandit ses chances de trouver des sujets de bonheur. Alors maintenant, il y a des auteurs que j’ai fréquentés plus que d’autres. Mais est-ce que je les aurais lus si je n’avais pas lu un livre mineur ? Tu as des feuilletonistes du début du siècle comme Gustave Lerouge ou Gaston Leroux qui ne sont pas aujourd’hui des grandes figures de la littérature classique ou des auteurs reconnus, pourtant eux aussi ouvrent des portes, donnent accès à une poésie particulière. La poésie du feuilleton populaire par exemple qui est intense. Alors maintenant pour te dire des auteurs pour qui j’ai des passions, c’est banal, à mon sens on n’est pas tout seul sur le coup. C’est comme si tu me dis en musique « Ben Mozart ». Oui, tu ne prends pas beaucoup de risques. Mozart, oui. Mais pourtant, oui ! Quand j’étais gosse, les bouquins qui m’ont fait plonger, qui ont fait que peut-être je me suis dit « c’est sûr que je ne quitterai plus jamais cet archipel », cette bibliothèque de Babel dont parle Borges, ça a été Zola et les Rougon Maquart. Pourquoi, je n’en sais rien. Les Misérables de Victor Hugo, après j’ai eu une passion pour Henry Miller, va savoir pourquoi, j’avais 17 ans. Après, c’est parti dans tous les sens, je pourrais parler de Ray Bradbury et des Chroniques martiennes, des Contes du chat perché de Marcel Aymé qui sont de vrais charmes. Après, tout est possible, ça peut être les Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand, ça dépend des périodes. Des auteurs qui sont pour moi des refuges, chez lesquels je retourne souvent, il y a les poètes, c’est sûr, certains poètes. Verlaine, Apollinaire, mais d’autres aussi peut-être plus contemporains. Il y a la chanson aussi, ça m’a vraiment projeté ça également dans l’univers des mots, de la musique, quand j’étais tout petit. Vraiment tout gosse, ça a été essentiel pour moi. Et puis le fait qu’à l’époque Brassens était un chanteur vedette, donc j’avais accès à ça. C’était un chanteur littéraire. Ferré, Brel, ce sont des chanteurs littéraires en quelque sorte. Ce sont des chanteurs qui étaient très populaires quand j’étais gamin, donc j’étais sensible à ça. C’était une époque où ces gens-là étaient majoritaires, on pourrait dire. Dans ce qu’on entendait. Ils étaient importants disons. C’e n’était pas confidentiel. Bon, les poètes, toutes sortes de poètes, ça peut être des poètes arabes ou persans, des livres comme les Mille et une nuits Je suis stupéfait encore maintenant d’émotion par l’espèce de vision de l’Humanité qu’il y a dans Homère, où tout est déjà là. Tout Don Quichotte et surtout la deuxième partie qui est extraordinairement profonde, drôle. Dans une poignée d’années… il y a Shakespeare et Cervantès qui meurent la même année. En 1616. Ca se répond. Montaigne vient de mourir, il est mort à l’aube du siècle, juste avant, ça a changé beaucoup de choses aussi. Ca m’a ouvert plein de choses la lecture de Montaigne. Comme philosophe, sans doute celui que j’ai le plus étudié, que j’étudie toujours et auquel je reviens tout le temps : c’est Spinoza. Qui est pour moi inépuisable.
 

L'art-Scène :

Qu’est-ce que tu y puises chez Spinoza ?

Val Philippe :

On pourrait dire « une éducation intellectuelle ». Il t’oblige à penser autrement en permanence. Il subvertit sans arrêt les habitudes de pensées. C’est extrêmement efficace. Spinoza et les commentateurs de Spinoza. Parmi eux, le plus récent est Gilles Deleuze. Il ouvre un champ philosophique. Le champ de réflexion qu’il ouvre est le début de quelque chose. Dans l’histoire de la pensée, ça vient d’arriver. On est en train de travailler là-dessus. C’est arrivé il y a une heure. Une minute dans l’histoire de l’humanité. On commence juste à essayer d’intégrer ce que ce génie a produit en philosophie. Ce n’est pas fini. Nietzsche arrive derrière, il y a quelque chose qui se passe là, qui est comparable à un big bang. Plus rien ne sera jamais comme avant vraisemblablement. C’est un génie quoi. Comme Mozart en musique auquel il est parfois comparable, auquel certains le comparent d’ailleurs. Notamment pour la grâce parce que toute la question c’est ça : la grâce. Ce que les mystiques appellent la grâce, ce que lui appelle la béatitude. Ce qui est la grâce chez Mozart aussi, qui est le charme, la poésie. Un autre auteur qui m’a beaucoup marqué évidemment c’est Borges que je relis tout le temps, par pur plaisir, dont je lis la poésie, les nouvelles, les essais en permanence. Enfin disons très souvent. Shakespeare. C’est facile évidemment, ça ne prend pas de risque non plus. Shakespeare, Hugo, Borges, Cervantès, Montaigne, Spinoza, ils sont pour moi à portée de main tout le temps.
 

L'art-Scène :

Tu as une tendresse particulière pour les auteurs du XIXème siècle non ?

Val Philippe :

Oui, même avant. J’ai eu longtemps une espèce d’amour pour le XIXème siècle. Peut-être trop fort même. En ce moment, je suis en train de lire La rabouilleuse de Balzac, un des auteurs auxquels j’aime bien revenir souvent. Bref. Balzac, c’est magnifique. Le petit roman d’avant, Le curé de Tours, c’est un chef d’œuvre. C’est une petit trilogie, avec Pierrette, Le curé de Tours et La rabouilleuse. Balzac est réac à un point qu’on ne peut même pas imaginer. C’est vraiment la droite mais le romancier est dépassé par ce qu’il raconte. Son génie de romancier est bien au-delà de ses opinions politiques. Il est tellement intensément romancier… Bien sûr, ça se voit dans ce qu’il raconte parce qu’il tient des propos hallucinants par moments… Il est conservateur à un point… Il est vraiment réactionnaire mais on s’en fout. Il y a autre chose qui dépasse largement ça. Même Borges est un homme de droite.
 

L'art-Scène :

Tu dis que l’on se fout du côté réac de Balzac et que son génie doit nous faire dépasser ça. Que l’on doit faire la part des choses entre l’homme et le romancier. Est-ce que c’est vrai pour Céline aussi ?

Val Philippe :

Il y a des limites… Il n’y a pas de règles. Le problème de Céline, c’est qu’à un moment donné – c’est le sentiment que j’ai - sa paranoïa a pris le dessus sur son génie d’écrivain et qu’à partir de ce moment-là, ses bouquins relèvent vraiment de la psychiatrie plus que de la littérature. Après le Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit c’est limite déjà. C’est plein de talent, c’est plein de tout ça. Après, on a l’impression que ce n’est plus un romancier. Jean-Pierre Martin a écrit un très beau livre sur ça et je suis assez d’accord avec lui quand il dit que Céline devient un pamphlétaire après le Voyage et Mort à crédit. Un pamphlétaire, c’est l’insulte, c’est la paranoïa, c’est l’antisémitisme qui est une des expressions privilégiées de la paranoïa. Il y a un délire de persécution chez ce mec qui le rend antipathique et dangereux. Et sa littérature à ce moment-là ne me touche plus. Ca n’est jamais le cas chez Balzac. L’homme qu’est Céline est tout entier dans sa littérature, il n’est plus dépassé par rien.
 

L'art-Scène :

L’œuvre et l’auteur se confondent…

Val Philippe :

D’une façon très étrange. Ca n’est jamais le cas chez Proust. Proust a tout une théorie contre ça dans Contre Sainte Beuve. Là, chez Céline il y a un problème, il y a vraiment un malaise. Ca ne fait plus rire. Ca ne m’intéresse plus du tout, ça ne me raconte rien du monde. J’ai besoin que la littérature me raconte quelque chose du monde. Ce que Céline me raconte du monde ne m’apprend rien, ne me sert à rien. Ca fait longtemps que je n’ai pas relu le Voyage. Je l’ai aimé quand je l’ai lu mais est-ce que je l’aimerais encore ? Je ne sais même pas. Je l’ai lu il y a tellement longtemps que ma mémoire ne me permet pas de savoir.
 

L'art-Scène :

Tu ne sembles pas trop sensible aux auteurs qui arrivent à partir du Surréalisme ?

Val Philippe :

Il y a des choses dans le Surréalisme que j’aime bien mais surtout dans le cinéma. Parce que le cinéma est une nouvelle langue qui apparaît et qui va permettre à des créateurs de faire quelque chose de tout à fait neuf. Parce que seul le cinéma pouvait dire ce qu’ont dit certains cinéastes. Bunuel, ça a apporté quelque chose, ça a ébranlé le récit. Je ne suis pas un fou de la littérature surréaliste, c’est quelque chose que j’aime bien mais je n’en suis pas fou. Par contre, les questions que ça pose sont intéressantes. Après, le cinéma est une chose à laquelle je m’intéresse de plus en plus. Je suis de plus en plus attiré, fasciné par le cinéma. Pas du tout parce que je désire en faire, ni participer d’une quelconque façon à la réalisation d’un film mais comme spectateur vraiment.
 

L'art-Scène :

En parlant de cinéma justement, ton spectacle Ouvert le nuit fait référence à Opening night de Cassavettes. Tu as été élogieux aussi vis à vis du Destin de Chahine et tu rends hommage au cinéma des années Jouvet dans l’album Paris-Vincennes.

Val Philippe :

Je ne la récrirais plus. C’est une chanson que j’aime bien mais je ne la récrirai plus. Parce qu’il y a quelque chose que dit Godard qui m’a vachement touché. « On dit un vieux film, pourquoi dit-on un vieux film ? Quand on parle de Madame Bovary de Flaubert, on ne dit pas un vieux livre.» Dans cette chanson, j’ai un peu l’impression de faire l’éloge des vieux films. J’ai écrit cette chanson-là à une époque où je n’allais plus beaucoup au cinéma. En fait, cette chanson est dédiée à un personnage. Elle est dédiée à Jouvet. Parce que j’ai une grande admiration pour ce comédien. Vraiment j’aime ce comédien, comme j’aime Michel Bouquet. J’aimais et j’aime encore certains des films dans lesquels il a tourné comme Quai des orfèvres, La fin du jour, etc. Donc j’ai fait l’éloge d’un cinéma qui dans mon esprit était un peu ancien. Je ne ferais plus cette chanson parce que je ne suis pas nostalgique en réalité.
 

L'art-Scène :

Je ne la perçois pas comme une chanson nostalgique. J’y vois davantage une sorte de mélancolie d’un personnage qui évoque un moment de sa jeunesse, le quartier latin, des sensations anciennes...

Val Philippe :

Oui mais en réalité, j’aurais dû ménager quelque chose pour le cinéma moderne. Aujourd’hui, mon enthousiasme va au cinéma actuel beaucoup plus qu’au cinéma ancien. Je n’ai pas de nostalgie du cinéma. J’admire beaucoup les films de Renoir et d’autres mais je m’en fous, je suis d’accord avec Godard. Pour moi, ce ne sont pas des vieux films, ce sont des films. Tout simplement. Quelques années après avoir écrit cette chanson, j’ai revu beaucoup de films, je suis retourné beaucoup au cinéma. Quand j’ai écrit cette chanson, je n’y allais pas, très peu, pas assez. Or, je me suis passionné pour la langue cinématographique entre temps, pour ce qu’elle disait de notre monde et avec quel génie certains cinéastes peuvent parler de notre monde. Il y a Fellini, Bergman, Godard mais il y a aussi… enfin, j’ai revu beaucoup de films de la nouvelle vague et j’admire beaucoup le courage de ces créateurs-là. Ca me parle vachement aujourd’hui. Des films qui ont 40 ans, pour moi sont ébouriffants de modernité. Notamment La Notte d’Antonioni, La Dolce Vita de Fellini, presque tout Godard. Mais aussi des films récents comme le film de Michael Mann, Révélations, les films d’Abel Ferrara. Là, il vient de sortir le re-montage d’Apocalypse Now par Coppola, c’est fantastique.
 

L'art-Scène :

Lynch ?

Val Philippe :

Ca dépend.
 

L'art-Scène :

Mulholland Drive par exemple ?

Val Philippe :

Ce n’est pas celui que j’ai préféré. Il y a un type qui s’appelle Andersen aujourd’hui qui a fait un film qui s’appelle Magnolia qui est formidable. Et puis, il y a des gens qui sont bourrés de charme et de talent qui ont fait des films comme Le privé d’Altman, le cinéma américain de cette période-là, ce que des types comme Michael Moore essaient de faire passer par le documentaire. C’est un artiste ce mec. En plus, c’est au-delà de la politique. Au-delà du propos-même, c’est beau ce qu’il fait. Evidemment, Tati et d’ailleurs c’est odieux que les producteurs de DVD n’aient pas ressorti tout ça. Mais cette période du cinéma italien qui va de 1960 à 1980, avec des films de Scola qui sont sublimes comme Nous nous sommes tant aimé, ce sont des choses qui ont accompagné notre vie.
 

L'art-Scène :

Qu’est-ce que ça t’apporte finalement le cinéma ?

Val Philippe :

La même chose que les livres, l’amitié, la même chose que les gens pas cons qu’on rencontre et avec lesquels on sympathise. Ca apporte de la liberté, une façon plus large de voir le monde avec moins de préjugés. Il y a des artistes aujourd’hui en théâtre comme Pippo Delbono qui sont en train de faire renaître quelque chose. C’est magique. Ils apportent de la grâce et arrivent à montrer que des choses qui étaient un peu exclues de l’humanité y rentrent de nouveau. Et pourquoi ? Parce qu’eux aussi ont le droit à la grâce. Les monstres ont de la grâce.
 

L'art-Scène :

Dans Ouvert la nuit, je trouve que tu as un côté un peu plus solennel. Plus intimiste par rapport au spectacle solo précédent. Est-ce que tu peux expliquer ce que représente la nuit pour toi ?

Val Philippe :

Ouvert la nuit ça veut dire, « même le jour, soyez ouvert la nuit. » Pourquoi la nuit ? On se rend que généralement la nuit, quand on est entre amis, dans certaines situations intimes, il se passe des choses qui se passent moins facilement le jour. Il y a une aventure possible la nuit qui a l’air moins possible le jour. On est plus ouvert à quelque chose d’étrange, d’inhabituel, d’inattendu et il faut laisser en soi cette ouverture. Cette espèce de béance. Comme la nuit quand on est dans des situations un peu excessives. Si tu veux, c’est comme dans un poème en prose de Baudelaire qui commence comme ça : « Enivrez de vin, de vice ou de vertu […] à votre guise mais enivrez-vous. » C’est ça que ça veut dire. Nous sommes notre propre corps, on vit avec ça, on est ça. Il faut expérimenter les plaisirs possibles par tous les moyens sinon ça n’a pas de sens.
 

L'art-Scène :

Tu reprends Ferré sur scène. Il semble être important plus qu’un autre à tes yeux non ?

Val Philippe :

C’est un artiste que j’ai beaucoup aimé. Nous nous sommes aussi fréquentés un peu, nous étions amis.
 

L'art-Scène :

Sur la chanson Ouvert la nuit, on a l’impression parfois d’entendre des suites d’accords de La mémoire et la mer de Ferré...

Val Philippe :

Oui mais ce n’est pas moi qui ai fait la musique. C’est Emmanuel Binet, j’ai fait le texte seulement de cette chanson. Cette chanson n’est pas du tout en référence à Ferré. Ca n’a rien à voir, c’est totalement différent. D’ailleurs, j’aurais fait cette musique – je trouve que c’est très bien, j’aime beaucoup la musique d’Emmanuel – j’aurais fait un espèce de blues plus jazzy alors que là, il l’a tiré vers quelque chose de plus sud-américain en fait. Un tout petit peu tango. Je n’aurais pas fait ça parce que cette chanson raconte, dans le premier couplet, le scénario de Opening night de Cassavettes. Ma musique aurait fait penser aux bandes originales du film. Mais je trouvais que le décalage était bien aussi comme ça alors j’ai gardé la musique d’Emmanuel. Ce que je vais dire peut paraître prétentieux, pourtant ça ne l’est pas, mais je n’ai aucun désir de coller à la roue ou de surenchérir, d’essayer de tracer le sillon sur le même champ de Léo. Ce sont des choses qui ne m’intéressent pas du tout. Pourtant, c’était le cas pour moi autrefois mais ce n’est pas ça qui m’intéresse aujourd’hui. Il serait presque facile de faire une parodie de Ferré quand on a beaucoup écouté, quand on sait comment ça marche, comment ça fonctionne harmoniquement, ou même au niveau des associations d’idées. Chez Léo comme chez Brassens, on finit par connaître des systèmes. Eux les ont créés et si nous les reprenons derrière, ils ont le mérite de les avoir créés et c’est à eux. On peut écrire comme Marguerite Duras aujourd’hui, c’est tellement caricatural. Mais c’est elle qui a créé ça. Tu peux parodier mais ça n’a aucun intérêt. Il faut essayer de trouver quelque chose au fond de soi-même, même si c’est maladroit.
 

L'art-Scène :

A Ivry, tu as fini ton spectacle avec L’embarquement. Cette chanson, c’est un hommage à Paul Castanier ?

Val Philippe :

Oui, j’ai fait cette chanson en sa mémoire, enfin en faisant allusion à lui et je n’ai pas dit mon dernier mot là-dessus. Je voudrais écrire un récit parlant de lui. Je ne sais pas encore quelle serait la destination de ce texte, je vais essayer de faire rééditer des enregistrements de lui, seul au piano, et le texte servira peut-être dans une pochette un peu luxueuse. Il y aura peut-être un texte de 80 pages ou alors je l’éditerai en librairie ou alors ça ne servira à rien. Mais je voudrais raconter quelque chose sur cet artiste hors du commun, tout à fait étonnant, avec lequel j’ai travaillé pendant 15 ans. Et que j’ai connu vraiment intimement, comme un frère.
 

L'art-Scène :

En parlant de projets, quels sont les tiens aussi bien en chanson que dans le cadre de tes autres activités ?

Val Philippe :

Il y a des choses que je voudrais vraiment voir venir. Certaines j’y collaborerai, d’autres pas. Une des choses dont je suis manifestement un des artisans, c’est ce journal, Charlie Hebdo. Je trouve que ça peut être très enthousiasmant d’essayer de porter comme ça un titre de journal qui soit vraiment dans l’air du temps. C’est très compliqué. Ca ne se fait pas tout seul, il faut pas mal de personnes qui travaillent à ça, je trouve cette tâche tout à fait passionnante. Donc, je travaille à ça. Je voudrais qu’il existe – ça c’est déjà plus loin de moi – dans la radio de service public, une émission à une heure de grande écoute qui dramatise les enjeux de la culture. Qui en parle avec joie, mais surtout que les gens qui pratiqueraient cette émission seraient convaincus que c’est totalement essentiel et qu’ils le feraient, à ce moment-là, avec une passion, une compétence et une connaissance. Et que dans une radio où l’on parle de l’information, travailler sur le débat d’idées, sur les créateurs de formes d’aujourd’hui, que ce soit en musiques, en scènes, en cinéma… Un magazine de haut niveau fait par des gens qui sont vraiment très costauds. J’aimerais vraiment que cela existe. Donc, quand je le peux, j’essaie vraiment d’encourager cette idée à mon niveau. Je ne sais pas si j’y participerai ou pas, qu’importe, je voudrais que ça existe. Plus personnellement, j’ai écrit des chansons pour faire ce spectacle, Ouvert la nuit, mais je ne suis pas très content de l’ensemble que ça donne pour faire un disque. Donc, j’essaie d’écrire 4/5 nouveaux titres, je n’en ai fini qu’un seul. Une chanson sur New York. Je voudrais en terminer 4 ou 5 autres pour enregistrer ce disque. Je dois enregistrer au mois d’avril. Ce serait un disque en studio qui sortirait soit avant l’été, soit au mois de septembre. C’est vraiment mon projet principal pour le moment, d’aboutir cet ensemble de 12/13 chansons qui me satisfassent. C’est vachement difficile parce qu’écrire des chroniques pour la radio, pour Charlie, ça prend vraiment beaucoup de temps. Ecrire des chansons, ça en prend encore plus. Aussi, je voudrais aussi aboutir ce petit récit dans lequel je me sers de la personne qu’était Paul Castanier. Puis, mon éditeur m’a demandé un livre de chroniques pour l’année prochaine, je lui donnerai sans doute. Le but, c’est d’avoir de plus en plus de temps pour écrire et pour lire.
 

L'art-Scène :

Et tu n’as pas encore trouvé les ficelles…

Val Philippe :

Non, il faut du temps quoi. On va y arriver mais il faut du temps. Une fois qu’on a suffisamment de revenus pour se loger et pour vivre à peu près confortablement, la seule chose qui compte c’est le temps. Le temps pour les gens qu’on aime, le temps pour faire ce qu’on a envie d’accomplir vraiment, librement, intensément, en s’y consacrant totalement. C’est assez difficile parce qu’on a toujours tendance à assurer, à répondre à des demandes, à dire oui à ceci, oui à cela et on se disperse. Il faut essayer de ne pas se disperser. J’ai discuté avec Michel Bouquet quand on a fait l’entretien pour Charlie et il disait : « Je me suis dit, je vais faire du théâtre. Est-ce que je suis prêt à me consacrer à 100% au théâtre ? » Il avait 18 ans à peu près. « 90% ? Non ! 95% ? Non ! Je ne le fais pas. Si vraiment je me consacre à 100% au théâtre, je fais du théâtre. » Il s’est dit « je me consacrerai à 100% au théâtre », et il a raison. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire sans s’y consacrer entièrement.
 

L'art-Scène :

Oui mais il y a l’envie de faire d’autres choses non ?

Val Philippe :

Oui mais alors à un autre moment peut-être. Mais au moment où l’on fait une chose, ça peut durer des mois la préparation d’un truc, ça doit vraiment concentrer tout ce qu’on peut dessus. On ne doit rien laisser au hasard. Maîtriser le plus possible parce qu’on sait qu’on ne maîtrise pas tout. On ne maîtrisera jamais tout. Il y a quelque chose de terriblement aléatoire dans tout ça. Qui nous dépasse, qui nous déborde, des conjonctions de choses infinies qui font que tout ça est d’une fragilité inouïe, donc nous sommes obligés de nous y consacrer à fond pour qu’il y ait un petit résultat qui touche les gens. On ne peut pas faire ça par dessus la jambe. C’est impossible.
 

L'art-Scène :

Est-ce qu’il n’y a pas une forme de frustration finalement de ne pas pouvoir faire tout ce qu’on souhaiterait ?

Val Philippe :

Non, non. Ce qui est frustrant, c’est de ne pas bien faire quelque chose. Ce n’est pas frustrant de ne pas faire 36 choses. Actuellement je suis tenu par des obligations, mais si je n’y étais pas tenu, j’arrêterais tout tout tout pendant 3 ou 4 mois pour ne préparer que ce disque. Alors bon, je vais m’arranger, je vais arranger des plages, je vais travailler d’avance certaines périodes pour ne plus avoir à faire que ça mais il y aura forcément des moments où il faudra que je ne fasse que ça, que je ne pense qu’à ce disque. Parfois, je m’enferme dans une maison qu’un ami me prête, à la cambrousse, et là je me lève à 6 heures du matin, je travaille jusqu’à 6 heures du soir, je m’arrête une heure pour bouffer le midi.
 

L'art-Scène :

Ca accapare énormément d’espace de faire des chansons ?

Val Philippe :

Il ne faut rien faire d’autre. Pas grand chose d’autre en tout cas. Des pâtes, du café…
 


MOT DE LA FIN
L’art-scène : TF1
Philippe Val :
L’ennui.

L’art-scène : Ecologie.
Philippe Val :
Une philosophie.

L’art-scène : Renaud
Philippe Val :
Une réussite de chansons populaires.

L’art-scène : Religion
Philippe Val :
Superstition

L’art-scène : W. Bush
Philippe Val :
C’est le produit de la primauté du commerce sur la politique.

L’art-scène : Raffarin
Philippe Val :
La mélancolie de la démagogie publicitaire.

L’art-scène : Internet
Philippe Val :
Un problème qui se prend pour une solution.

L’art-scène : Bertrand Delanoë
Philippe Val :
Le plaisir de vivre dans une ville qui a voté à gauche.

L’art-scène : Corrida / Chasse / Pêche
Philippe Val :
La tristesse que les gens confondent encore le fait de donner la mort avec un loisir.

L’art-scène : Les médias
Philippe Val :
Une nécessité magnifique. Encore une fois, un outil extrêmement problématique mais dont je ne voudrais certainement pas que ça disparaisse. Ce sont des moyens de communication, donc « vivent les moyens de communication ! ». Maintenant, à nous de voir ce qu’on fout dedans. Comme Internet. Je n’ai vraiment rien contre Internet et rien contre les médias. La bêtise à l’intérieur de ça « oui », sinon non. Vivent les médias !

L’art-scène : Juliette Gréco
Philippe Val :
Je m’en fous. Non, je n’ai jamais été très touché par Gréco. Trop maniérée pour moi. Mais bon, je n’ai rien contre.

L’art-scène : Tradition
Philippe Val :
La tradition, c’est ce qui doit changer. (rires)

L’art-scène : Pornographie.
Philippe Val :
La pornographie, ce n’est rien d’autre qu’une représentation qui ne laisse pas de place à l’imagination. C’est quelque chose qui rend passif alors que dans la vie on est heureux quand on est actif. Intellectuellement actif, imaginatif, créatif.

L’art-scène : Démocratie
Philippe Val :
Les conditions de possibilité pour que l’individu puisse accéder à la joie.

L’art-scène : Publicité
Philippe Val :
Propagande, plagiat.

L’art-scène : La lenteur
Philippe Val :
C’est cette espèce de maîtrise de la durée. C’est savoir mettre du sens dans le temps. Il faut du temps pour mettre du sens dans le temps qui passe. Il faut contredire la vitesse, l’illusion que l’on règle tout en vitesse. C’est vachement bien de vivre chaque étape d’un processus quelconque. Que ce soit la création ou les rapports humains, l’amitié. La lenteur, c’est bien. On a le temps de réfléchir, de communiquer des trucs pas trop cons.

Propos recueillis les 26 et 29 décembre 2002 par David Desreumaux
Un merci démesuré à Philippe Val pour sa disponibilité, sa générosité et sa gentillesse.

 


 

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