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Miossec
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Crédit: Youri Lenquette
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Les sentiments à cru, les grandes et petites misères du couple à vif : Christophe Miossec a secoué et revivifié la langue de la chanson française, ainsi qu’en témoigne Recouvrance, un premier recueil de ses textes (1). En quatre albums (2) depuis 1995 [voir Chorus 14, Portrait], il s’est construit une place à part et un public fidèle (ses trois premiers albums sont disque d’or, le nouveau en prend le chemin)...Dans une brasserie de la place de Clichy, à Paris, retour sur un parcours qu’il veut sans concessions, avec, toujours, cette petite touche d’auto ironie qui l’empêche de se prendre au sérieux. |
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Avril 2002 |
CHORUS : Tes premiers souvenirs musicaux ?
CHRISTOPHE MIOSSEC : A cinq-six ans, je sautais sur le lit comme un fou, en écoutant les disques du grand frère : Jimi Hendrix, T. Rex... Mon père écoutait aussi de la musique. De tout style. Il était pompier, toujours volontaire pour être le pompier de service dans les spectacles à la Maison de la Culture de Brest. Alors, il s’était tout tapé, du côté des coulisses. Montand était très sympa, Bécaud très désagréable... Quand tu es pompier, tu vois l’envers du décor.
– Pas de musiciens à la maison ?
– Non, ce qui n’est pas plus mal. Ça t’évite le Conservatoire. Mon frère avait acheté une guitare. Il n’en a jamais jouée, alors je l’ai prise. Vers douze ans. J’ai monté très rapidement un groupe et j’ai dû faire mon premier concert à quatorze ans. Ça s’appelait Nanar Pavot. [rire] On a fait trois concerts. J’étais guitariste.
– Et l’école ?
– Bien. Mes copains étaient les fouteurs de merde qui se faisaient virer et moi j’étais bon élève, intéressé. Entre deux eaux. Je crois que ça tient toujours... le goût de la crapule. En dehors, très sportif, même trop : de l’athlé, du foot, du hand, de la natation, du cross. J’ai fini par traîner avec des bandes de fous furieux. Il y en a beaucoup qui ne sont plus là ... Tu te retrouves avec des mecs qui se défoncent au trichlo, à l’eau écarlate, qui dealent, et toi tu ne fumes pas de cigarettes, tu fais du sport... C’était étonnant que ces mecs-là m’acceptent.
– Printemps noir a été ton deuxième groupe...
– Ça a duré trois-quatre ans. Guitariste toujours. Mais un groupe s’est monté à côté ; Spplash : deux basses, batterie. Et c’était tellement mieux que ce que je faisais. Je n’étais pas à niveau... Et puis je suis rentré en fac, les études me plaisaient.
– Qu’est-ce qui t’a incité à reprendre la musique ?
– J’étais dans le monde du travail depuis dix ans déjà . Avec une bande de copains à Paris, on a décidé de monter un groupe avec des gens qui avaient des bonnes situations, genre journaleux. Ça n’a pas duré longtemps. A l’époque, j’écrivais des bandes annonces pour TF1 : super bien payé par rapport au temps passé. Un boulot d’imposteur. Avec un huit pistes, j’ai commencé à faire mes maquettes tout seul. J’ai tout plaqué. Je suis retourné en Bretagne et j’ai trouvé un gîte rural près de Brest. Je travaillais comme un taré, dix heures par jour. Je me suis retrouvé en fin de droits. J’ai vu cette annonce dans Libé : Recherche journalistes à la Réunion. Je n’ai pas envoyé de CV, je suis parti le surlendemain... Plutôt un bon canard (Le Quotidien de la Réunion), mais c’est tout juste s’ils ne te demandaient pas de te lever la nuit pour fouler la pâte à bois. Je n’avais plus le temps de jouer... J’ai démissionné.
– Tu t’es installé chez tes parents, en Bretagne...
– C’était un peu bizarre. Vraiment le retour à la case départ. Un peu comme dans le film Tanguy. Ils me prenaient pour un fou... Mais le fait de me voir travailler huit heures par jour sur de la musique leur montrait que c’était sérieux.
– C’est là que tu as rencontré Guillaume Jouan ?
– Je devenais ultra-obsessionnel avec mes petites maquettes. C’était vraiment un truc de chambre ; et je te remets du violon et je refais tout... Une spirale un peu dangereuse. Il s’est trouvé que mes parents étaient voisins de Guillaume. Lui était trompettiste du groupe Les Locataires. Plus tard, le chanteur des Locataires, Bruno Leroux, nous a rejoints.
– Mais ton premier album a été très épuré et acoustique ; sans tous ces violons...
– La base acoustique, c’était mon idée. Mais c’est Guillaume qui m’a incité à tout virer. Au bout d’une journée de répétition dans ma chambre, j’ai dit : c’est bon, on va faire un disque. J’avais déjà tous les textes du premier... On a travaillé tous les jours. C’était très sérieux. A cette époque, Dominique A sortait La Fossette. L’écouter m’a vraiment persuadé que je n’avais pas tort. Au départ, on a tourné dans des tout petits endroits. Une vraie vie sauvage. Je regrette que ça n’ait pas duré plus longtemps... La cassette circulait ; des gens se la dupliquaient entre eux. J’en ai envoyé partout. Les Inrocks ont craqué. Pias a signé. A trente ans, je sortais mon premier disque.
– Avec un titre générique comme Boire et toutes ses références à Brest et à l’alcool, tu t’es vu accoler d’office une image de poch’tron !
– C’est obligatoire ; ça protège en même temps. Dans la chanson, c’est toujours la caricature qui l’emporte. Et en Bretagne, ça plaisait bien, cette image-là .
– La formule initiale, en trio acoustique, n’a pas duré longtemps.
– C’était ingérable entre Bruno et Guillaume. Quand les deux guitaristes se battent sur un problème de tempo en plein concert... La séparation a été très violente, à la brestoise, quoi. Est arrivé un bassiste, Christophe le Bris. Puis un violoniste, Olivier Mellano. Et un batteur, Yves-André Lefeuvre, que je connaissais de l’époque de Complot Bronswick. Mais je crois qu’on a perdu quelque chose à cette époque-là . C’est de la faute de personne... Il y avait une volonté de durcir un peu le ton, pour échapper au côté variété qui me faisait peur. Avec le premier disque, on avait réussi à faire un truc de chanson qui étonnait les gens... et on se retrouvait dans un schéma rock conventionnel. Ça allait encore sur Baiser, mais je ne supporte pas A prendre... Mais c’est facile de dire ça aujourd’hui.
– Pourtant, lorsque tu as changé de groupe, après le troisième album, tu as choisi des gens venant du rock.
– Au départ, j’avais une envie de contrebasse et Jérôme en jouait. Je pensais que ça serait plus intimiste. Puis on s’est mis à envoyer la purée au bout d’un moment. C’est toujours le même truc d’adolescent...
– Le nouvel album, Brûle, a été difficile a réaliser ?
– Il y a eu ces premières sessions (en juin 2000) avec mon dernier groupe de scène (Jérôme, Armand Gonzales, Gaël Desbois). Des gens qui viennent d’une musique un peu bruyante. Et le fait de se retrouver avec moi, ça donnait un peu l’inverse. Ce n’était pas bon. Ça n’a pas marché et je suis bien content de m’être planté. Il y avait une vraie envie de casser le jouet et de repartir sur d’autres bases. Je veux éviter d’être content de moi. Tu deviens fonctionnaire rapidement. Ça devient une petite PME. Tu gagnes ta vie, d’autres aussi autour, ça te fait des responsabilités.
– Puis tu as rencontré Matthieu Ballet (ex-Oui Oui)...
– Je le connaissais un peu. J’étais au fond du trou. Je ne voulais pas que ce disque-là sorte. Il m’a proposé de venir une semaine chez lui, à Mortagne-au-Perche... On s’est aussitôt entendus. Il a fait venir d’excellents musiciens, dont des cuivres que je voulais vraiment. On vivait en petite communauté. Mathieu fait son foie gras, on allait au marché... On a fait plein de sessions, de janvier à mai 2001, par blocs de dix jours : dès que le plaisir s’émoussait, on arrêtait. Le niveau des musiciens [qui jouent sur la tournée actuelle, NDLR] est impressionnant.
– Tu as tenté de changer ton phrasé, très caractéristique.
– Je ne suis pas un bon chanteur, je n’ai pas de technique. Je ne travaille qu’à l’émotion. Mais ce qui est marrant, c’est que si tu en mets trop, ça ne passe pas, cela devient pleurnichard... L’idée, c’était d’être dur avec moi. Pour plein de chansons, j’avais trois pages de texte. Alors, j’ai tailladé. J’ai toujours cette volonté d’honnêteté totale. Quand les choses sont honnêtes, elles sont pardonnables, même si elles ne sont pas bien faites. J’ai repris un texte du poète Georges Perros, "Ainsi soit-elle", je me sens proche de son idée de refus du romanesque.
– Tous tes textes ont des attaques très fortes. Un acquis du journalisme ?
– J’ai plus retravaillé que d’habitude. C’est la première phrase qui fait le texte. J’ai également cherché ce qu’on avait réussi sur le premier disque, pour que chaque morceau ait son ambiance propre.
– A tes débuts, tu parlais de chanson punk. Avec pas mal de réticence sur le mot chanson...
– Je n’ai rien contre la chanson mais je ne supporte pas la grosse variété. Je me sentirai toujours plus proche de Tiersen que de... Untel. J’ai changé, hein ? Je ne donne plus de noms. [rire]
– Tu as pourtant écrit pour Johnny...
– C’est évident, l’aspect financier des choses compte aussi, mais ça fait tout drôle : Johnny est un monstre, l’icône française. Ça a valu à mes parents le respect de leurs voisins.
– Travailler pour Jane Birkin, ça te semblait plus logique ?
– Birkin, j’aimerais vraiment bien recommencer. J’ai écrit un titre également pour le dernier Axel Bauer. Et pour Jeff Bodart qui est un très bon copain. Avec Polar (3), c’est allé plus loin. On s’est retrouvés quinze jours en Suisse : il me racontait sa vie... et j’écrivais. Super comme méthode.
– Tu as toi-même fait quelques reprises : Gainsbourg, Brassens, Joe Dassin... et Johnny.
– Reprendre Joe Dassin, c’était une commande pour un film... Brassens et Gainsbourg, c’était pour des disques d’hommage. Brel, j’avais refusé... je n’ai pas osé ! Johnny, c’était dès mon premier disque ("La fille à qui je pense").
– "Madame", dans le nouvel album, c’est un hommage à Gréco...
– Je l’ai rencontrée la première fois à l’occasion d’une interview croisée pour le magazine Notre Temps. Il y avait eu auparavant un rendez-vous manqué. On venait de me décerner le Prix Chanson de la Ville de Paris. Mais en arrivant à l’Hôtel de Ville, je ne suis pas entré. Gréco était présidente du jury. Elle avait insisté pour que j’aie le truc. Que je ne vienne pas a fait scandale. Apparemment, elle ne m’en a pas voulu. Elle n’a pas attendu le punk pour être punk, Gréco ! Ce texte, je l’ai écrit pour elle. Si elle le chantait, je serais vraiment heureux.
– Brûle est le titre de l’album et de sa première chanson. Le quotidien manque tellement d’intensité ?
– Cette première phrase, je l’ai piquée à un mec de Libé. Pour moi, Brûle est une chanson politique. On manque de grands brûlés. Mais tu sais, je me préserve. Dans ma vie normale, je suis en retrait. J’aime bien habiter dans un petit bled, où personne ne sait que je suis musicien. J’adore les tables de banquet où on se marre, mais rentrer dans des réseaux sociaux de petits coqs de village, ça m’emmerde. J’ai besoin de la reconnaissance du boulot mais pas de la reconnaissance sociale.
– Dans "Tonnerre", tu dis : "On vouvoie le paradis mais on tutoie l’enfer", puis dans la chanson suivante de l’album, "Le défroqué", tu chantes : "Je ne fais plus dans la canaille / Je suis plutôt devenu du matin..."
– Cela doit être mon côté schizo. J’aime vivre isolé, tranquillement ; mais quand je me mets en situation sociale, j’en fais trop. Tout seul avec un bouquin, je ne m’emmerde pas, mais s’emmerder en collectivité, je ne supporte pas. Je me sens cohérent avec ce truc, je suis quand même un fouteur de merde !
– Nombre de tes textes tournent autour de l’idée de rupture...
– Quand je suis déçu, je m’enfuis. Et je ne cherche pas à contacter les gens, jamais. En fait, je ne cherche pas à voir où est le problème. Je me casse. C’est la liberté minimum... Je n’essaie pas de passer pour un mec bien. Je déteste être possédé. Posséder aussi, d’ailleurs. C’est marrant, autant je peux aimer les choses, autant je me moque de les posséder. J’ai une voiture, chez moi, qui ne marche pas. Ça fait six mois que je dois la faire réparer. Qu’est-ce que je transpire ! [rire] J’ai des vieux amis que je n’ai pas contactés depuis cinq-six ans, mais si je les rappelle, ça repart... Mais je suis un lâcheur, professionnel.
– Tu écris à chaud ?
– Non. J’aime bien prendre du plaisir à écrire. J’écris quand je vais bien, en fait. Si je suis déprimé, je ne touche pas à un ordinateur. Mais je crois que je vais modifier mon système d’écriture... J’ai envie de le casser. D’être moins impliqué dans une histoire autobiographique, envie d’être plus énigmatique. Déjà dans le dernier disque, j’ai essayé de moins jouer sur la corde du pauvre mec qui se plaint...
– Ton thème central reste le couple. Avec des idées qui reviennent, comme cette vision de l’autre qui se dégrade, un beau matin...
– C’est drôle, ces périodes de grâce où l’on ne voit pas les défauts. C’est ce que me reprochait Guillaume : "C’est quoi ton truc de vouloir que tout soit bien, tout le temps ?" Je ne me vois pas être résigné. Je ne pourrai jamais. Oui, il y a une aspiration au bonheur... il n’y a que ça qui me motive.
– Il n’y a jamais de happy end ?
– Je me sens plus dans la tradition du blues ou celle du flamenco. Je ne pourrais vraiment pas chanter : "je suis vachement content, je suis fier de moi et ma femme est plus belle que la tienne..." [rires]
Propos recueillis par Philippe RICHARD
Contact scène : Radical Prod., 3 av. Turpin de Crissé, 49100 Angers (tél. 02.41.88.19.82, fax 02.41.86.82.79).
1. Chez Christian Pirot Editeur, voir rubrique Livres dans ce même numéro.
2. Boire, Baiser, A prendre et Brûle, albums respectivement chroniqués dans Chorus 13 (p. 37), 20 (p. 40), 26 (p. 33) et 38 (p. 47).
3. Auteur-compositeur-interprète suisse, Polar avait fait la première partie de la tournée de Miossec consécutive à son deuxième album. Philippe Richard - Chorus
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Le navire de Miossec sur des mers agitées
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15 Mars 2002 |
Miossec, le 12 mars, Le Trabendo, Paris. Prochains concerts les 14 et 15. En tournée jusqu'au 12 avril.
Plus encore que les disques, les concerts de Christophe Miossec avaient fini par se heurter à un mur. Celui du bloc trop brut des instruments et d'une voix, camarades complaisants de débauche trash, addition redondante de rugosité. Comme si le mot "tournée" désignait moins une suite de concerts que celle qu'on offre au comptoir.
Sur la scène du Trabendo, le chanteur est entouré des musiciens qui ont accompagné en studio la naissance de Brûle, son dernier album. Sous la houlette du producteur, arrangeur et instrumentiste Matthieu Ballet, ce disque avait permis aux chansons âpres du Brestois de prendre un second souffle, en élargissant leur palette harmonique et émotive.
Le groupe attaque en sourdine, comme aux commandes d'instruments miniatures. D'une voix d'ogre, Miossec dévore les mots charnels et meurtris d'Ainsi soit-elle. A mi-parcours du morceau, les musiciens rattrapent et transportent la violence du vocaliste. Tout l'enjeu est là : comment affiner sans affadir, muscler sans alourdir ? Une version trop ampoulée d'Evoluer en 3e division traduit la difficulté de l'exercice. Pas simple pour des professionnels des studios d'enregistrement de confronter leur science instrumentale à la matière brute d'un gosier breton souvent tenté par le dérapage et la saturation.
Dès Crachons veux-tu bien, on sent pourtant que la finesse volera au secours de l'instabilité, et réciproquement. Des tripes et des râles du chanteur, les musiciens délogent douceur et vulnérabilité. Pour cela, il faut être capable de le suivre dans ses embardées les plus animales. La rythmique formée par l'impressionnant batteur, Philippe Entressangle, et le bassiste, Alain Ekpob, a les reins assez solides pour guider le navire sur les mers les plus agitées. Guitariste à la tignasse frisottée, Yan Péchin vibre dans la délicatesse comme dans le déchirement, dans les arpèges de mandoline comme dans les débordements les plus électriques. Grand moment de cruauté infligée à soi-même, Grandir est par exemple transcendé par l'ampleur d'une guitare à vif.
En complément des sarabandes Mitteleuropa du violon de Paul Lazar (du groupe Lazarperry), Jérôme Bensoussan et Matthieu Ballet peaufinent les ambiances. Homme-orchestre malicieux - déjà apprécié dans le groupe L'Attirail -, le premier fait surgir mélancolie, humour, tendresse en décorant les refrains de trompette, clarinette, sax baryton, harmonica, guimbarde ou pipeau. A gauche de la scène, le second parraine l'ensemble tout en faisant sangloter un accordéon ou s'énerver un clavier qui ne dédaigne pas la stridence. Forcément à l'aise dans les nouvelles chansons, ce groupe offre aussi des relectures excitantes des titres des trois premiers albums de Miossec (Boire, Baiser et A Prendre). Sans en gommer l'urgence, le sextet étoffe ces titres d'un nouvel éclairage. Accompagné d'un banjo, Recouvrance semble valser dans un vieux western. Des riffs d'orgue donnent un swing bringuebalant à L'Infidélité.
Au dernier rappel, Christophe Miossec restait seul en scène, guitare douze cordes sur les genoux, à murmurer les mots prenants de Non non non non (je ne suis plus saoul). Comme pour nous rappeler que, malgré l'excellence de ses complices, l'émotion unique de ce répertoire émanait d'abord de lui. Un clin d'œil à sa façon, forcément teinté de dérision. "Douze cordes, ça impressionne, mais je ne sais pas jouer." Stéphane Davet - Le Monde
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23 Octobre 2001 |
Non seulement, le Brestois mi-blagueur mi-bagarreur (blagarreur?) n'a pas changé – il sent toujours la bière et l'animal et ne sait (et heureusement, la maladresse étant la condition supérieure de son charme) toujours pas chanter. Mais, de plus, il a recouvré la justesse de ton et la sobriété d'écriture qui rendaient Boire si gouleyant et avec lesquelles Baiser et A prendre avaient pris de regrettables distances. Délaissant les airs bravaches et les arrangements un brin rustauds des deux albums antérieurs, privilégiant une instrumentation acoustique teintée d'accents country tempérés, Brûle voit Miossec renouer enfin avec cette concision crue qui lui va comme un gant de velours, dans lequel, battant retrouvé, il glisse derechef une main de fer. Ce disque simple et direct, ainsi que les déclarations d'amour devraient toujours savoir l'être, s'attirera peut-être, par son imprudente liberté d'expression les quolibets de certains petits malins. Et après? Que les ricaneurs ricanent et les vacheries seront bien gardées. De leur côté, les amateurs de chansons douces, dures et dingues ne manqueront pas de reconnaître en Brûle un nouveau compagnon de (dé)route, fâché contre l'esprit de sérieux et voué à la délicatesse. Jérôme Provençal - Les Inrockuptibles
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Miossec revient avec un nouvel album
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19 Octobre 2001 |
Devenu en un peu moins de dix ans un des chanteurs français qui comptent, Christophe Miossec proposera mardi le quatrième album de sa jeune carrière, un disque qui a failli ne pas voir le jour, l'auteur de « Boire », Baiser » et « A prendre » ayant choisi de tout reprendre de zéro après un essai avorté.
Avec « Brûle » (attendu le 23 octobre chez PIAS), le Brestois a voulu rompre, dit-il, avec les recettes de ses trois précédents opus. « Je me suis pris pour Van Morrison, j'ai voulu faire un disque comme "Astral Weeks" (ndr : paru en 1968, le disque du chanteur irlandais est généralement considéré comme un des disques majeurs de l'histoire du rock), « en partant de l'improvisation pure », déclare le chanteur dans un entretien avec l'AFP. « Mais il m'a fallu admettre que je n'étais pas à la hauteur, je me suis retrouvé sur le cul », ajoute, pince sans rire, ce personnage qui pratique souvent l'autodérision, sans fausse humilité.
Du coup, Miossec a brûlé dans l'aventure l'équivalent de 76.000 EUR (500.000F), « mon argent à moi heureusement, comme ça je ne dois rien à personne ». Et d'ajouter, lueur amusée dans l'oeil : « je remercie Johnny (Hallyday) pour qui j'avais signé plusieurs textes de son dernier disque "Sang pour sang " ».
Une fois l'impasse constatée, et la rupture consommée avec son guitariste et alter ego de toujours, Guillaume Jouan ("nous avions toujours convenu que nous ne ferions pas plus que trois disques ensemble »), Miossec s'est attelé une seconde fois à la tâche. Cette fois avec Matthieu Ballet, un des jeunes producteurs-musiciens français en vue (l'ancien membre de Oui Oui s'est notamment signalé pour son travail aux côtés d'Arielle, Ignatus et autres promesses de la chanson pop-rock française).
« L'idée de départ était de faire un disque domestique, qu'on puisse écouter à la maison sans qu'il vous file trop le bourdon », explique ce lecteur assidu, dont les « Papiers collés » de Georges Perros (1923-1978) constituent un des livres de chevet. Il en a d'ailleurs adapté un texte ("Ainsi soit elle »). Autre emprunt littéraire, le vers « notre besoin de consolation est impossible à rassasier », dans « Consolation », « volé » à l'auteur suédois Stig Dagerman, suicidé à 31 ans le 4 novembre 1954.
S'il fait partie de la jeune garde remarquée de la néo chanson française (un adjectif qui le fait sourire : « j'ai quand même 37 balais »), Christophe Miossec ne se voit pas en chanteur installé : « j'ai envie de rester naïf avec la musique, j'ai conscience que ce que je fais ne casse pas trois pattes à un canard, j'ai peur de ceux qui essayent de coller à la mode de crainte de paraître ringards, finalement, pour être musicien en France, ce n'est pas mal d'être provincial, ça protège ».
Miossec défendra à partir de février 2002 ses nouvelles chansons, avec une résolution : faire des « concerts moins foutraques, je sais qu'on m'a souvent fait le reproche de faire n'importe quoi, je n'ai pas envie d'être un fonctionnaire de la musique », plaide-t-il pour sa défense.
MIOSSEC EN BREF.
Voici les principales étapes de la carrière de Christophe Miossec, qui publie le 23 octobre son quatrième album ("Brûler »).
- 1964 : naissance à Brest.
- 1980 : passe aux Transmusicales de Rennes avec le groupe Printemps Noir.
- 1984-1991 : enchaîne les « petits » boulots, dans le domaine du journalisme et de l'édition notamment. Christophe Miossec travaille ainsi pour un journal de Rennes. Il s'installe ensuite à Paris où il sera « nègre » pour un éditeur, ainsi que rédacteur d'annonces pour une chaîne télévisée.
- 1991 : journaliste local à la Réunion.
- 1995 : sortie de « Boire », son premier album. 160.000 exemplaires vendus.
- printemps 1997 : sortie de « Baiser ». 140.000 exemplaires.
- automne 1998 : sortie de « A prendre ». 120.000 exemplaires. Collabore au disque « Sang pour sang » de Johnny Hallyday et « A la légère » de Jane Birkin.
- 2000 : participe au quatrième disque de Axel Bauer « Achille ».
- 23 octobre 2001 : parution de son quatrième album, « Brûle ». AFP - Sud-Ouest
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