Numéro 4 - Août 2002
 
Miroir militant
Coûts et contrecoups des vacances. (08/2002)
Reprenons la Bastille et ouvrons la cage aux oiseaux. (07/2002)
La bagnole déboussole. Mais pourquoi donc? (06/2002)
Le keffieh de la résistance Palestinienne à l'oppression. (04/2002)
Militer: mode d'emploi.
Coûts et contrecoups des vacances. (08/2002)

Traditionnelle pause dans la vie du salarié, le mois d’août révèle à lui seul des grosses dérives de la société de consommation. On peut comprendre l’envie d’un banlieusard de quitter son F3 du 7ème étage pour le soleil, l’air pur, la verdure, le calme. On comprend moins pourquoi il s’entasse à nouveau, tout stress gardé, dans des sites surpeuplés dénués de charme.

 

Tout commence par la frénésie automobile. Le flux turbulent et unidirectionnel des véhicules en tout genre bloque lorsque arrive l’entonnoir. La somme des français, belges, hollandais et allemands crée une Europe unie dans l’attente au péage de Villefranche sur Saône. Les premières économies s’amenuisent déjà considérablement au profit d’une société privée à laquelle l’État français a concédé la réalisation des autoroutes, dimensionnées pour 4 week-ends par an. Un statut privé accompagné d’un monopole, autrement dit une poule aux œufs d’or. Il semble que nous ne payions pas assez d’impôts pour que la collectivité s’occupe de nos voies de circulation. Pourtant les sociétés d’autoroute entrent en bourse… c’est donc une activité bénéficiaire…
La concession consiste à confier à une société la construction d’un ouvrage d’utilité publique en échange de quoi elle se « rembourse » pendant la durée du contrat grâce au paiement de redevances par les usagers. Jusqu’en 1993 et la loi « Sapin », (en gros jusqu’au moment où les abus devenaient si grands, notamment sur les concessions de l’eau, qu’un doigt de justice s’est levé) ce type de contrat était très peu réglementé. La personne publique et corrompue concluait sans concurrence le contrat de concession dont la durée était libre. Par exemple une concession de 90 ans pour un retour sur investissement de 15. Une caverne d’Ali Baba pour laquelle les Bouygues et Vivendi ont consenti de « gros efforts » envers les décideurs politiques.
Mais ne gâchons pas les vacances tout de suite.

 

Le voyage se poursuit dans la chaleur et l’énervement des enfants, ce qui provoque l’arrêt à Montélimar où la voiture est nourrie à un prix astronomique. Là, ni la faim, ni la nécessité n’expliquent l’achat de deux paquets de nougats, trois sachets de lavande, et le tournesol en plastique. Cela fait partie des petites choses qui agrémentent le voyage. Tiens, mais à propos, pourquoi l'achat d'un tournesol en plastique agrémente-t-il un instant d'une vie?
 

Arrivée à la location : du samedi au samedi, 14 m² pour la somme modique de 4000F. Pour ne pas en perdre une miette, tout le monde part le samedi. Ainsi le système des promoteurs-loueurs régit directement l’organisation des vacances et des embouteillages. Comme les sociétés d’autoroutes, ces derniers ont eu la vie belle pendant 20 ans. Le terrain usurpé aux paysans, les architectes aux yeux aussi gros que le portefeuille, les permis de construire faciles et les rois du béton en association de malfaiteur. Les pois cassés se ramassent à la pelle :
- primo la vente à tout prix des m² construits provoque les maux financiers des ménages (manipulation, achat surestimé, publicité mensongère, vente sur photo, surendettement, revente impossible, pied à terre immuable)
- secundo le littoral prend un bon coup derrière les oreilles. Si l’aspect du paysage peut rester une affaire de goût (en étant très très ouvert), en revanche la transformation des reliefs naturels, des côtes, l’impact sur la flore et la faune, les quantités de matériaux extraits des carrières massacrent dame nature avec une négligence qui saute aux yeux.

 

Quant aux cerises sur le gâteau, ce sont les conséquences au présent. Des offres de locations chères et uniformes, l’entassement des vacanciers à la verticale dans les immeubles et à l’horizontale sur la plage. La plage ou plutôt ce qu’il en reste : quelques m² de sable rapporté avec des gardes partout. Evidement, le déplacement des masses s’accompagne irrémédiablement du déplacement de la connerie : attitudes dangereuses, déchets planqués sous le sable, besoins du chien sur la serviette du voisin… Alors les municipalités, fortes de ces incivilités, embauchent des flics en CDD. Securita securitarum. A propos, pourquoi est-il de bon goût de griller au soleil, huilé, monoïé, en recto-verso toute la journée ? Le culte du corps et de ce qui se voit ? Finalement est-on soumis plus à la société de consommation ou à la tyrannie du regard des autres ? Ou est-ce que la première use de la seconde ?
Pour finir sur le sujet, les conséquences les plus lourdes des comportements irresponsables s’entassent dans notre arsenal législatif et réglementaire kafkaïen. Suite aux dérives politiques précitées, un monceau de lois s’enchevêtre aujourd’hui à désespérer les meilleures volontés de renouveau. Désormais, dès que vous entreprenez quelque chose, les soupçons apparaissent. Si cette chose est alternative, votre malhonnêteté ne fait plus un doute.
Mais où m’égarais-je ? Les vacanciers sont sur la plage. Ce soir, ils feront les boutiques de souvenirs pour compléter leurs valises d’un T-shirt imprimé, d’un dessous de plat, d’un cache pot et d’une statuette africaine (ils n’ont jamais été si près de l’Afrique) avant de manger une galette bretonne en bord de Méditerranée.

 

Mécaniquement, l’éloignement et l’hostilité de l’ambiance provoquent chez les vacanciers-consommateurs un achat impulsif devant le mener à une sensation de sécurité. Ils ne savent pas repérer en eux le piège et le malaise, ne s’arrêtant pas un seul instant pour se demander : pourquoi j’achète ? pourquoi je ne suis pas bien ? comment faire pour trouver la quiétude ?
Le système est plus fort que leur capacité à se poser des questions. Que faire à cela ?
Pendant mes vacances, Montaigne m’a dit : « La sottise et dérèglement des sens ne sont pas choses guérissables par un trait d’avertissement. […] Ce sont apprentissages qui ont à être faits au préalable, par longue et constante éducation. […] N’aidons pas les sots à employer cette belle raison qu’ils ne possèdent pas. » C’est-à-dire essayons de faire penser et ressentir les gens par eux-mêmes. Je suis partie et revenue en semaine, par les routes buissonnières, dans un trou de la France pas très loin de chez moi. On a tous un trou pas très loin de chez soi. La tente au milieu des moutons, à l’ombre des cerisiers, les pieds dans le ruisseau pierreux, les oreilles bercées par les cigales, l’estomac repu de fruits de la ferme, j’y ai lu Montaigne, comme vous le savez.
Pour vos vacances, amis de l’art-scène, promettez-nous de vous poser quelques questions essentielles. Faites de vos vacances une vraie pause, pause dans les habitudes, les certitudes, les croyances. Profitez de quelques heures d’oisiveté pour vous demander si vous vous sentez bien, ce qui compte vraiment dans votre vie et comment parvenir à tout ça. C’est en soi que fleurissent ces réponses. Elles conduisent au bonheur

Bonne pause, bonnes questions, bg.

 

 


Site map L'art Scène Collections

© Copyright 2005-2010 L'art Scène. All rights reserved.
A template of the Vooweb.com Website templates network