PLAY LIST 2003
[La Play List 2003]
Pourquoi ne pas se laisser aller à l’exercice de la play-list nous sommes-nous demandé ? Bah, c’est un peu convenu, un peu tout ça mais après tout puisque personne ne nous soudoie pour faire figurer tel(le) ou tel(le) artiste, nous avons décrété que notre play-list ne serait pas plus indigne qu’une autre. Alors voilà notre petite sélection. Nous avons retenu de façon scrupuleusement subjective nos 5 albums préférés de l’année, à la fois en chanson et en rock. Nous avons fait ce choix parmi les disques sortis en 2003 chroniqués sur L’art-scène.
[La Play List 2003] |
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BERURIER NOIR
Longtemps annoncé, longtemps fantasmé, longtemps repoussé voilà enfin le premier DVD Berurier ! Mais cette attente n’aura pas été veine, loin de là : Même pas mort est composé de deux dvd et d’un cd audio inédit.
Les dvd : ils sont gavés jusqu’à la gueule et affichent complets ! Simple, il n’y a pas moins de sept heures d’images : le live Viva Bertaga, des extraits de concerts inédits, des images de coulisses, un entretien de deux heures, 350 photos, 170 affiches et dessins, 4 karaokés, des clips, des docs, 40 programmes fantomes…une véritable mine, que dis-je, une bible berurière !
Si l’intérêt du cd est plus minime, il n’en reste pas moins plaisant. Composé de 16 morceaux (lives, remixes,…) il comporte surtout quelques petites nouveautés qui laissent présager du nouveau son béru.
A noter que ça sort sur Folklore de la zone mondiale, nouveau label créé par les bérus afin d’être totalement indépendant et sous deux packaging différents (contenu identique) : format pochette cartonnée DVD ou format digipack CD. Le prix est lui attractif puisqu’il n’excède pas 25 euros dans les bacs !
VM
Berurier Noir- Même pas mort - Folklore de la zone mondiale / Wagram – 17 novembre 2003
[Berurier Noir, le site] |
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BEAUTES VULGAIRES
Quand on dit Beautés Vulgaires, on pense irrémédiablement rock-ska-festif, à un groupe dont la musique est certes agréable mais légère. L’histoire ne dit pas si le groupe a fait lui-même ce constat avant de partir à l’abordage de la création de leur Asile de flou, mais à l’écoute du cd, les progrès sont énormes !
On ne va pas se (et leur) faire le coup de l’album de la maturité, mais pourtant les chansons ont pris en consistance, diversité, émotion, en un mot comme en mille : en qualité.
Le travail effectué sur les arrangements y est sans doute pour beaucoup. Ils sont tout simplement superbes, notamment ceux des titres où viennent se greffer les seize cordes d’un orchestre dépêché pour l’occasion. Quant à parler des artistes additionnels, autant en profiter ici pour dire que Rémy, Hakim et Mouss de Zebda ainsi que Benardo Sandoval sont venus épaulés les Beautés Vulgaires.
Pour prouver que les chansons d’Asile de flou sont de petites merveilles, il vous suffit de passer une fois le cd. Vous pourrez ainsi vérifier à quel point les mélodies restent gravées définitivement dans la tête. Impossible de s’en défaire !
Bref, autant dire tout de suite qu’Asile de Flou fait parti d’un des meilleurs disques de l’année, et qu’il va irrémédiablement s’imposer comme un incontournable de votre cdthèque.
VM
Beautés Vulgaires - Asile de flou - Active Sound / Mosaic Music - 2003
[Beauté Vulgaires, le site] |
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MELL
Mell est originaire de Nancy et sort son premier album Mon pied en pleine face sur le label Nancéen A.N.D Music ( Les Amis d’ta Femme ). Elle a 20 ans et est auteur, compositeur, interprète : fait pas si courant que cela en ces temps où les chanteuses circulant sur nos ondes semblent toutes être passées par la case télé : « pré fabrique » de produits de consommation de masse. Et puis, elle ne se contente pas de chanter Mell, elle dit, déclame ou enflamme des mots. C’est une cracheuse de mots, une faiseuse d’images surréalistes, voire absurdes, que l’on croise aux quatre coins de ses chansons... un bout de tableau de Dali par-ici :« et c’est le ventre ouvert et les tripes à l’air/ que j’pédale dans le gruyère », un trait Dada par-là : « j’ai avalé les cloportes » ; les chairs sont presque toujours à vif. Dans la décalée contre courant, la musique semble accompagner la lente agonie d’un cœur et les images poétiques pourraient sortir du cerveau malade et infernal du Maldoror de Lautréamont : « j’ai rampé sur ton sol/tel un ver sans terre/sans dieu ni boussole/ ramassis de poussière ». On côtoie un bestiaire halluciné que hante par exemple une pieuvre sans ailes. A l’opposé, la saturée, énervée et électrisée Na Na crache des balles chargées à noir : « endormis comme des merdes sur nos lauriers défoncés » et les trompettes apocalyptiques en fond sonore sont couvertes par l’entêtant refrain. Dans la foraine Virée d’enfer, le clavier viscount rappelle le charme particulier d’une vieille boîte à musique et Mell chante l’amour triste sur une musique proche de celle de François Hadji-Lazaro dans Les Amants du vieux pont*. Elle s’amuse avec les mots, les tord en tous sens, mais surtout en sens inverse. Ainsi, elle rêve d’un «bonheur à l’endroit dans son cœur à l’envers » et vit des nuits blanches ( encore une nuit blanche ) et des matins noirs ( encore un matin noir ). Ces deux chansons forment un magnifique diptyque, mais la seconde est peut-être le joyau de cet album.
Là , Mell ne s’illusionne plus sur le bonheur et l’amour, elle se souvient plutôt des claques et des dents en moins : « j’ai dû tomber sur un os en bouffant sur bonheur/ j’ai dû tomber sur un os et il est sorti vainqueur ». Alors, l’araignée Mell, tombée de son fil, ouvre son ventre pour en sortir ce qui fait mal, ce sont ses tripes mises à nu et en poésie qu’elle nous offre sur ce disque. C’est aussi une tentative de trouver un petit bout de ciel bleu, à défaut de trouver le bonheur. Voix gouailleuse, enfantine et forte à la fois, qui n’est pas sans rappeler, parfois, celle de Nina Morato; Mell en a en tout cas dans le ventre et peut rivaliser avec le venin de Mano Solo : vous n’échapperez pas à son pied en pleine face !
Luna
Mell : Mon pied en pleine face - A.N.D Music - 10/2003
* François Hadji-Lazaro : Rékapituléïdoscope – Boucherie Productions - 1999 |
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CALI
« C’est quand le bonheur ? » s’interroge Cali en ouverture de son premier album, L’amour parfait. En ce qui le concerne et à en juger l’engouement suscité autour de ce disque, on serait tenté de répondre que son bonheur à lui vient d’arriver. Pour nous, auditeurs, à défaut de bonheur, on se contentera – et ce n’est déjà pas si mal ! – de plaisir sincère et renouvelé à l’écoute de cette galette du perpignanais.
L’amour parfait chez Cali (Bruno Caliciuri) balance entre une quête improbable ( « Je suis pendu à votre cou dans le plus beau de mes rêves / Mais je ne me réveille jamais près de vous et j’en crève ») et une relecture acérée de la Carte du Tendre. Au demeurant, la pochette présentant Cali lacéré par les griffes d’un chat indique très tôt que cet amour n’est pas que câlins et que parfois les balafres de l’intérieur peuvent conduire vers une rhétorique vacharde. «J’ai le sourire aux oreilles / de te voir déguerpir ma vieille ».
Sur cette écriture fort contemporaine, orientée autour du nombril, Cali - qui a écrit et composé tous les titres de l’album – applique des mélodies qui font mouche. Un univers rock cru et dru mais raffiné. Une richesse instrumentale où la présence des cordes s’harmonise avec originalité à la voix âpre du chanteur.
Ce serait méprise de voir en Cali un énième « addict » de Miossec même si les deux auteurs affichent de semblables préoccupations. L’amour parfait a sa propre pertinence, son propre caractère. Et on l’aime pour ça.
d.d.
Cali : LÂ’amour parfait - Labels - 2003 |
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LES HURLEMENTS D'LEO
Après trois ans d’absence discographique, les Hurlements d’Léo reviennent à bride abattue nous présenter leur nouveau Ouest terne.
D’entrée, pochette et titre de l’album rassurent. Les HDL - comme on les appelle – semblent n’avoir rien renié de leurs engagements. Le jeu de mots sur « ouest terne » n’est en rien équivoque, pas plus que le dessin de ce type en costard aux yeux bandés ne prête à confusion. La société occidentale déliquescente propose assurément une espèce de pâle western où ses mercenaires figurants jouent en solitaire, aveuglés par l’envie et le profit. L’égoïsme mène droit dans le mur, le libéralisme déshumanise la planète.
Les Hurlements d’Léo n’ont certes pas suffisamment de boulets de canon pour faire trembler les murs de l’OMC, mais ils ont des chansons et c’est déjà pas si mal, quoi qu’on en dise ! D’autant plus que fidèles à la recette qui fait leur succès depuis maintenant trois albums, ils livrent avec Ouest terne une mouture où les adeptes de la première heure ne se sentiront pas floués en même temps que se dégage une évolution vers un univers plus éclectique. Toujours un peu punk, un peu java, toujours naviguant entre la fête et le plus noir, l’univers des HDL ouvre des brèches et s’offre des découvertes ravissantes jouant davantage sur le climat que sur le mot, comme sur la superbe Lame sœur par exemple.
Les Hurlements d’Léo frappe un grand coup avec ce disque bien qu’on pourrait lui reprocher d’être un peu trop long. Excès de générosité ? Peu importe, Ouest terne est aussi le témoignage d’un groupe en progrès constant et dont la maturité ne ramollit pas le sens de l’engagement.
d.d.
Les Hurlements d’Léo : Ouest terne - Madame Léo / Wagram - 2003
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