N° 13 - Mai 2003
 
Reflet alternatif
L'audiovisuel indépendant : Zaléa TV
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« La diffĂ©rence entre une bonne et une grande pièce est, qu’après l’expĂ©rience d’une grande pièce, nous comprenons un petit mieux pourquoi nous sommes en vie ». Kenneth Tynan
 

Si Kenneth Branagh est aujourd’hui cĂ©lèbre pour ses adaptations cinĂ©matographiques des pièces de Shakespeare, c’est au théâtre qu’il fait ses premières armes de comĂ©dien et de metteur en scène. Il fait ses dĂ©buts dans l’une des plus prestigieuses Ă©coles dramatiques d’Angleterre : la Royal Academy of Dramatic Art. A sa sortie, en 1982, il ne tarde pas Ă  faire parler de lui, en obtenant le Prix du Meilleur espoir - dĂ©cernĂ© par les théâtres du West End - pour son premier rĂ´le professionnel dans Another Country, de Julian Mitchell. Par la suite, son rĂ´le dans Henry V, Ă  l'âge de 23 ans, pour la Royal Shakespeare Company, confirme sa toute fraĂ®che renommĂ©e de meilleur nouveau talent de la scène britannique. Fort de ces dĂ©buts prometteurs, il dĂ©cide de crĂ©er, en 1987, la Renaissance Theatre Company avec laquelle il monte Much Ado about Nothing (Beaucoup de bruit pour rien), Twelfth Night (la Nuit des Rois) et Hamlet.
 

L’interprĂ©tation de grands rĂ´les dramatiques nourrit son talent de comĂ©dien et l’engage Ă  relever le dĂ©fi de la mise en scène. Kenneth Branagh puise dans cette expĂ©rience théâtrale une Ă©nergie et une force considĂ©rables pour porter des projets aussi ambitieux que l'adaptation cinĂ©matographique d’Henri V ou d’Hamlet. Acteur et rĂ©alisateur de talent, il n’en oublie pas moins sa passion première : le théâtre. Elle transparaĂ®t autant dans ses adaptations des pièces de Shakespeare que dans des films plus personnels tels que In the bleak Midwinter (Au beau milieu de l’hiver).
 

C’est Ă  tout juste 29 ans, en 1989, que Kenneth Branagh prend le virage du cinĂ©ma et rĂ©alise son premier film : Henri V. Le film rencontre un grand succès auprès de la critique et du public international. En effet, quarante ans après Laurence Olivier, il reprend le rĂ´le du roi avec un talent inouĂŻ et une certaine audace. Son jeu subtil donne toute la mesure de ce roi, rongĂ© par le doute amer de la victoire après le combat. Kenneth Branagh a sidĂ©rĂ© toute la profession par la fougue de son interprĂ©tation. Ainsi, en France, GĂ©rard Depardieu est le premier sĂ©duit par le film et contribue Ă  sa distribution ainsi qu’Ă  celle d’Hamlet, 7 ans plus tard. Son coup d’essai, en tant que rĂ©alisateur, est un coup de maĂ®tre. La mise en scène est originale dès l’introduction de la pièce.
 

En effet, comme le chœur antique des tragĂ©dies grecques, un homme habillĂ© de façon moderne intervient au fil de l’histoire pour situer les lieux, les personnages et le contexte. Le film est une fresque populaire qui n’est pas rĂ©servĂ©e aux seuls initiĂ©s de Shakespeare. C’est une formidable rĂ©flexion sur le pouvoir et la guerre. Kenneth Branagh filme la guerre dans toute son horreur, avec des plans rapprochĂ©s et des ralentis durant les scènes de bataille. Dans Henri V, rĂ©sonne l’Ă©cho sanglant et inutile de la guerre : « Peu savent bien mourir sur un champ de bataille. Comment pourraient-ils se montrer charitables quand seul parle le sang ? ».
 

Pour son deuxième film, Kenneth Branagh dĂ©laisse Shakespeare pour un film noir, et, rĂ©alise, en 1991, Dead Again. Ce film lui permet une première incursion dans les studios hollywoodiens. Kenneth Branagh surprend tout le monde en partant Ă  Hollywood tourner ce polar noir aux accents hitchcockiens. Les images sont un savoureux mĂ©lange de couleurs (pour la partie contemporaine) et de noir et blanc (pour les scènes de vie antĂ©rieure). L’histoire est au fond assez simple. Une femme – Emma Thompson - a perdu la mĂ©moire mais a des visions de meurtre. Un homme – Kenneth Branagh - est chargĂ© de retrouver son identitĂ© et de dĂ©couvrir l’objet de ses troubles. L’intrigue raconte comment les âmes sont liĂ©es par le destin Ă  travers le temps. Avec ce qui en dĂ©coule de confusions et d’interactions. Robin Williams, psychiatre exubĂ©rant dans le film, l’explique très bien, c’est le « crĂ©dit karma : acheter maintenant, payer pour l’Ă©ternitĂ© » . Grâce Ă  l’hypnose, les personnages et le spectateur avancent pas Ă  pas dans l’intrigue. Des indices sont semĂ©s, l’auteur donne de fausses pistes, l’histoire paraĂ®t cousue de fil blanc et finalement, l’issue reste agrĂ©ablement inattendue. Paradoxalement, malgrĂ© le joli succès commercial de Dead Again, Kenneth Branagh poursuit son parcours de rĂ©alisateur avec une comĂ©die Ă  petit budget : Peter’s Friends (Les Amis de Peter).
 

Peter’s Friends raconte les retrouvailles d’un groupe de 6 amis qui s’est perdu de vue, il y a dix ans, au dĂ©but des annĂ©es 80 alors qu’ils avaient une vingtaine d’annĂ©es. Ce sont d’ailleurs d’incontournables tubes de ces annĂ©es qui rythment le film et insufflent ce qu’il faut de lĂ©gèretĂ© aux situations pour qu’elles ne soient pas dramatiques. Dans le film, Peter a hĂ©ritĂ© d’une immense demeure après la mort rĂ©cente de son père, il dĂ©cide de rĂ©unir ses amis pour passer le rĂ©veillon 1992, ensemble. PassĂ©e la joie des retrouvailles, les annĂ©es qui les ont sĂ©parĂ©s s’imposent Ă  eux comme une barrière. Une partie des souffrances du passĂ© (rĂ©cent ou lointain) semble expliquer leurs comportements d’aujourd’hui. MalgrĂ© une volontĂ© commune de passer une bonne soirĂ©e ensemble, des paroles malheureuses font resurgir de lourdes tensions. Telle une danseuse orientale, la vĂ©ritĂ© Ă´te un Ă  un les voiles sur leur vie. Andrew trouve refuge dans l’alcool pour surmonter ses Ă©checs. Maggie cache ses complexes de vieille fille sous de très amples habits. Sarah, sous couvert d’une sexualitĂ© dĂ©bridĂ©e, rĂŞve de romantisme. L’un des jumeaux de Roger et Mary est dĂ©cĂ©dĂ© il y a quelques mois. Peter, hĂ´te attentionnĂ©, comme les autres, finit par dĂ©voiler sa vĂ©ritĂ©, quelques minutes seulement avant minuit. Il est sĂ©ropositif. Cette rĂ©vĂ©lation arrive en fin de film plus comme un constat que comme une conclusion. Les annĂ©es n’ont Ă©pargnĂ©es aucun d’eux. Cependant, ils sont rĂ©unis pour fĂŞter la venue d’une nouvelle annĂ©e, et, ils placent en elle tous leurs espoirs. Ce film est un mĂ©lange doux-amer sur l’amitiĂ©, la joie et la peine. Il nous renvoie, finalement, une image fidèle et familière de la vie.
 

En 1993, le rĂ©alisateur retourne Ă  ses premiers amours et adapte une seconde fois Shakespeare au cinĂ©ma avec Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien). Deux mots pourraient qualifier la pièce et le film : comĂ©die et ironie. Deux caractĂ©ristiques portĂ©es par les deux personnages principaux : BĂ©nĂ©dick et BĂ©atrice, formidablement servis par Kenneth Branagh et Emma Thompson. Plus encore que dans Henri V, la langue anglaise rĂ©vèle son incroyable subtilitĂ©. De jeux de mots en joutes verbales, Shakespeare en dĂ©montre toute la finesse. Son humour cinglant rĂ©sonne d’autant mieux qu’il est associĂ© Ă  des sonoritĂ©s fortes et Ă  quelques jolies rimes. Voir ce film en version française serait un crime, et ce, malgrĂ© la vitesse de dĂ©filement des sous-titrages, calĂ©e sur le dĂ©bit rapide des acteurs. L’histoire met en scène et en opposition deux couples de personnages, deux duos. D’abord, le couple très jeune et pur : HĂ©ro et Claudio, ensuite, le duo/duel de BĂ©nĂ©dick et BĂ©atrice, plus âgĂ©s.
 

Le premier s’aime et veut se marier. Le deuxième arrive Ă  un âge oĂą le mariage s’impose comme une obligation. Pourtant, ils le refusent en bloc, tous les deux. BĂ©nĂ©dick prĂ©tend d’ailleurs pouvoir « pâlir de faim, de colère, de maladie, mais jamais d’amour » . C’est le seul point d’accord entre eux. Pour le reste, BĂ©nĂ©dick et BĂ©atrice dĂ©montrent leur animositĂ© mutuelle lors de rĂ©jouissantes parties de ping pong verbal. Il ne s’expriment que par sarcasmes et pointes d’ironie. A tel point que BĂ©nĂ©dick dit de son adversaire qu’elle « parle avec des poignards ». Cependant, leurs amis, associĂ© au jeune couple, dĂ©cident de leur donner une jolie leçon sur l’amour.
 

Leur ruse laisse croire Ă  BĂ©nĂ©dick et BĂ©atrice que chacun d’eux est aimĂ© de l’autre. Dès lors, ils changent d’attitude et tentent d’accueillir cet amour malgrĂ© leurs prises de positions passĂ©es. Si l’histoire semble ĂŞtre centrĂ©e sur le mariage entre HĂ©ro et Claudio, la force de la pièce – le film le dĂ©montre magnifiquement – rĂ©side dans la relation tumultueuse entre BĂ©nĂ©dick et BĂ©atrice. L’Ă©volution de cette relation tend, en effet, Ă  montrer que l’amour peut transformer une vie. Much Ado About Nothing est un plaisir de chaque instant dans la dĂ©couverte des personnages et des acteurs ainsi que dans l’histoire et le style shakespearien.
 

La rĂ©alisation semble sourire Ă  Kenneth Branagh. Mais cette ascension se ralentit sĂ©vèrement avec l'Ă©chec de Mary Shelley's Frankenstein (Frankenstein), une des plus grosses productions de l'annĂ©e 1994. Le film est boudĂ© par les critiques et dĂ©laissĂ© par un public amĂ©ricain qui a prĂ©fĂ©rĂ© Entretien avec un vampire, avec Tom Cruise et Brad Pitt, sorti en mĂŞme temps. Cependant, le film est finalement rentabilisĂ© en distribution mondiale. Visiblement affectĂ© par cet Ă©chec, Kenneth Branagh finance lui-mĂŞme le film suivant, In the bleak Midwinter (Au beau milieu de l’hiver). Pour la première fois, il ne joue pas dans l'un de ses films. In the Bleak Midwinter est une comĂ©die en noir et blanc, très personnelle. En effet, le film montre comment un acteur, sans grand succès ni moyens financiers, arrive Ă  monter Hamlet. Il s’entoure d’acteurs quasiment amateurs, qui plus est, qui ne se connaissent absolument pas. La troupe part pour la campagne et choisit une Ă©glise abandonnĂ©e comme lieu de crĂ©ation et de rĂ©pĂ©tition. Ils ont une dizaine de jours pour se mettre en scène. Si la cohabitation est difficile au dĂ©but, la troupe devient finalement une vĂ©ritable famille.
 

Comme dans Peter’s Friends, l'auteur valorise les rapports humains tant dans leurs diversitĂ©s que dans leurs possibilitĂ©s d’accomplissement, notamment lorsqu’ils convergent autour d’un projet commun. Le film dĂ©nonce Ă©galement le rapport de force entre crĂ©ation artistique et moyens financiers. Il oppose le milieu du cinĂ©ma, visiblement riche et Ă©goĂŻste, Ă  celui du théâtre, pauvre mais chaleureux. Au delĂ  de ce clivage, transparaĂ®t le profond amour de Kenneth Branagh pour le théâtre. Dans la tradition des comĂ©dies de Woody Allen, le film est une comĂ©die très divertissante servie par d’excellents acteurs.
 

Après ses deux premières adaptations rĂ©ussies des pièces de Shakespeare, Kenneth Branagh dĂ©cide, en 1996, de rĂ©aliser son rĂŞve, au sens propre du terme. Il adapte Hamlet. A l’âge de 15 ans, confrontĂ© Ă  l’interprĂ©tation de Derek Jacobi dans la sĂ©rie tĂ©lĂ© « I, Claudius », Kenneth Branagh est piquĂ© par le virus Hamlet. Première tentative d’acteur, en 1988, lorsque Derek Jacobi le met en scène dans le rĂ´le titre. Kenneth Branagh reconnaĂ®t lui-mĂŞme qu’il manque alors maturitĂ© et d’expĂ©rience pour rendre toute l’ampleur du rĂ´le. En adaptant Hamlet au cinĂ©ma, Kenneth Branagh sait qu’il devra affronter la comparaison avec deux de ces prĂ©dĂ©cesseurs : Franco Zeffirelli (1990) et Laurence Olivier (1948). Aussi, Kenneth Branagh s’implique, sur le plan professionnel et personnel, de manière très forte. Ses choix sont prĂ©cis.
 

La mise en scène situe l’intrigue au XIXème siècle, et, deux versions sont prĂ©sentĂ©es (une de 2 heures et une de 4 heures). Kenneth Branagh tient absolument Ă  servir le texte (et l’intrigue) de Shakespeare au mieux. A tel point qu’Hamlet est l'un des « films-Ă©vĂ©nement » de 1996. Il est en grande partie saluĂ© par les critiques comme un chef-d'œuvre, mais n’est pas pour autant rĂ©compensĂ© aux Oscars. Peu importe, Kenneth Branagh a relevĂ© brillamment le dĂ©fi. Ce film marque l’apogĂ©e de son talent de rĂ©alisateur et d’acteur.
 

Le dĂ©cor est absolument fabuleux. La mise en scène impeccable. Les acteurs extraordinaires. Tout semble Ă  la mesure de l’œuvre. Par son interprĂ©tation, Kenneth Branagh nous offre un Hamlet Ă©mouvant, torturĂ© et passionnĂ©. Sans compter que c’est un plaisir de se dĂ©lecter de la très cĂ©lèbre « Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark » et de l’universelle « Etre ou ne pas ĂŞtre, telle est la question ». Et puis, on a la surprise d'en dĂ©couvrir d'autres qui rĂ©sonnent Ă©trangement dans notre actualitĂ© « bushresque » : « La folie des grands ne peut pas rester sans surveillance ». Avec Hamlet, la passion de Kenneth Branagh se livre pure et intacte. « Ce film est simplement l’expression passionnĂ©e d’un rĂŞve » (Kenneth Branagh). Après avoir rĂ©alisĂ© ce rĂŞve, il lui fut sans doute difficile de reprendre la camĂ©ra pour filmer de nouveau. Aussi, Kenneth Branagh s’est consacrĂ© depuis Ă  son mĂ©tier d’acteur. Si on peut regretter le choix d’un ou deux rĂ´les qui n’ont apportĂ© ni risque, ni nouveautĂ© (Wild Wide West) dans sa carrière ; on saluera, en revanche, son interprĂ©tation dans Looking for Richard d’Al Pacino, The Gingerbreadman de Robert Altam, La Proposition de Lesli Glatter et Celebrity de Woody Allen. Ces films offrent autant de diversitĂ©s que d’enrichissements personnels pour le spectateur.
 

Cependant, les rĂ´les qu’il a interprĂ©tĂ© dans ses propres films demeurent parmi les meilleurs, en autres, parce qu’ils ont une plus grande universalitĂ© et envergure. Ainsi, Kenneth Branagh tend Ă  confirmer le vieil adage que l’« on n’est jamais mieux servi que par soi-mĂŞme ». Aussi, il est rĂ©cemment repassĂ© derrière la camĂ©ra pour une quatrième adaptation d’une œuvre de Shakespeare : Love's Labour's Lost (Peines d'amour perdues). De cette comĂ©die, Kenneth Branagh a fait une adaptation très particulière : une comĂ©die musicale situĂ©e en 1939. Les classiques des chansons de comĂ©dies musicales hollywoodiennes (de Gershwin Ă  Irving Berlin) sont d’ailleurs intĂ©grĂ©es au rĂ©cit. La pièce met en scène, au Royaume de Navarre, un jeune souverain avec trois de ses compagnons qui se sont engagĂ©s, lors d’un serment public et solennel, Ă  consacrer les trois prochaines annĂ©es de leur vie Ă  l’Ă©tude.
 

Preuve de leur dĂ©termination, ils renoncent Ă  toute frivolitĂ©, ne verront aucune femme, jeĂ»neront une fois par semaine et ne dormiront que trois heures par nuit. Le sĂ©rieux de l’entreprise est immĂ©diatement mis Ă  l’Ă©preuve par l’arrivĂ©e de la princesse de France et de ses demoiselles de compagnie... Cinq ans ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires Ă  Kenneth Branagh pour s’Ă©loigner d’Hamlet. Cette nouvelle crĂ©ation surprend le spectateur dans le choix du registre de la comĂ©die musicale. Cependant, très vite, il se prend au jeu de la lĂ©gèretĂ© et de l’apparente insouciance du genre. Avec ce film, Kenneth Branagh assoie sa qualitĂ© d'artiste novateur et non conventionnel dans son interprĂ©tation du drame shakespearien.
 

Depuis 15 ans, Kenneth Branagh jongle brillamment avec ses casquettes de comĂ©dien, d’acteur et de rĂ©alisateur. Il a enchaĂ®nĂ© les rĂ´les, et, s’est installĂ© dans le succès en Ă©vitant ses pièges. Il a su contourner la routine crĂ©ative et accompagne son travail de nouvelles idĂ©es. Il propose de nouvelles interprĂ©tations, tant sur Shakespeare que sur la vie elle-mĂŞme avec son lot de bonheur, peine et amitiĂ©s. Pour conforter son entreprise, il s’est entourĂ© d’acteurs de talent. Comme Woody Allen ou Pedro Almodovar, il a, pour ainsi dire, des acteurs fĂ©tiches. On retrouve au gĂ©nĂ©rique d’au moins trois de ses films : Emma Thompson, Richard Briers, Patrick Doyle, Brian Blessed, Derek Jacobi...
 

La prise de risque de Kenneth Branagh reste d’autant plus courageuse qu’elle est par quatre fois liĂ©e Ă©troitement aux œuvres de Shakespeare. Il rĂ©ussit, pourtant, Ă  secouer la poussière et Ă  balayer les clichĂ©s qui encombrent les reprĂ©sentations du drame shakespearien. Grâce Ă  lui, Shakespeare n’apparaĂ®t plus comme insurmontable ou intouchable. Notre curiositĂ© est Ă  ce point piquĂ©e qu’on est pris par le dĂ©sir d’aller au-delĂ  et de dĂ©couvrir, par soi-mĂŞme, les œuvres du maĂ®tre britannique. Kenneth Branagh a posĂ© d’indĂ©lĂ©biles visages sur les hĂ©ros shakespeariens. Pour certains, ils ont, dorĂ©navant, les traits d'Emma Thompson et les siens. A tel point que lors de rĂ©centes reprĂ©sentations théâtrales de Much Ado about Nothing sur les scènes françaises, les deux acteurs principaux Ă©taient quasiment leurs copies conformes.

Loin de se contenter du confort de son succès cinĂ©matographique, Kenneth Branagh n’hĂ©site pas Ă  se remettre, professionnellement, en question et en danger, en faisant des choix audacieux. Depuis un an, il arpente, de nouveau, les planches des plus grands théâtres anglais en interprĂ©tant Richard III. Aujourd'hui, il est Ă  l’affiche de Comment tuer le chien de son voisin, une comĂ©die pour laquelle il partage l’affiche avec Robin Wright Penn. Il ne reste pas Ă©loignĂ© pour autant de son amour des planches puisqu’il campe un auteur de théâtre Ă  problèmes. D'abord, celui-ci vit Ă  Los Angeles, qui est une ville fortement Ă©loignĂ©e, en distance et en mentalitĂ©, des lieux de crĂ©ations new yokais. Ensuite, il connaĂ®t une pĂ©riode diffcile depuis qu'il est dans l’incapacitĂ© d’Ă©crire une ligne. Pour le reste, je vous laisse le soin de dĂ©couvrir, par vous mĂŞme, ce qu'il advient du chien du voisin...

Marion Dieuloufet

 

 


 

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