N° 22 - Avril 2004
LA RUDA

Qu’on se le dise, la Ruda est de retour aux affaires ! Avec la sortie de 24 images/seconde, les angevins signent-là leur quatrième album, le deuxième en studio d’enregistrement, le premier avec une vraie prod’ : une perle !
Le groupe avait annoncé un cd qui envoie le chocolat. Force est de constaté qu’ils n’ont pas menti. Treize morceaux pour quelques 41 minutes, l’album se veut compact, avec des morceaux au format punk, la moitié des compos n’excédant pas 3 minutes, le plus long n’atteignant pas les 4 ! Et dès la première écoute, on se rend rapidement compte qu’il n’y a pas que le format qui se veut rock ‘n roll…le son est énorme. Les guitares sont mises en avant comme jamais et feraient presque oublier que c’est un combo français et non américain qui en est l’auteur. Les cuivres sont toujours présents, les riffs rudasalskiens toujours reconnaissables entre mille, mais le sentiment qui s’en dégage est qu’ils sont plus précis et plus efficaces. Le contre-temps est légèrement moins sollicité que dans les précédents méfaits discographiques de la Ruda, mais qu’importe, les rythmiques « bastonnent comme à Chicago » et renversent tout sur leur passage.
Mais le changement le plus important est sans aucun doute que pour la première fois de l’histoire de la Ruda, fut-elle Salska, on entend, que dis-je, on comprend les magnifiques textes de Pierrot sans avoir recours au livret ! Voix nasillarde et sous-mixée ne sont dorénavant que d’anciens souvenirs. Si les textes sont plus concis sur 24 images/seconde, ils n’en perdent pas moins de leur caractère, de leurs force, et de leur puissance.
Jamais un album de la Ruda n’a été si proche de l’énergie dégagée par le groupe sur scène. Les sceptiques, les grincheux, les con-servateurs, les adeptes du « c’était mieux avant » et les autres aussi pourront le vérifier facilement puisque la Ruda vient d’entamer une tournée, forcément colossale, qui passe évidemment à côté de chez vous !
VM

La Ruda- 24 images/seconde - Les Associés du Réel / Wagram - 2004
[La Ruda, le site]
[La Ruda, la mailing liste]

HUBERT-FELIX THIEFAINE

« Jusqu’à présent, j’ai enchaîné les tournées, les disques, les tournées, les disques, 25 ans durant. Il se trouve que maintenant, j’ai envie de vivre un petit peu autre chose. J’ai envie de repartir dans le même état d’esprit qu’il y a 25 ans quand je me suis lancé : pouvoir me surprendre, voir si je suis encore capable de relever des défis. J’ai toujours aimé les défis et j’ai toujours aimé me faire peur. Ca n’est pas intéressant de faire toujours la même chose, j’aime bien casser les acquis et repartir sur autre chose. » révélait Thiéfaine lors d’une interview qu’il nous accordait en octobre dernier.
C’est donc dans cette logique de défi que Thiéfaine revient sur les devants de l’actualité. D’abord, suite au succès rencontré à l’occasion de son passage en solo guitare acoustique / voix, au théâtre du Palais Royal à l’automne dernier, il remet ça. Dans un premier temps, il se frottera au public belge à Flemalle, le 30 avril, avant d’investir le somptueux théâtre des Bouffes du Nord du 6 au 10 juillet prochains.
Plus inattendu, Hubert-Félix Thiéfaine montera sur les planches du Grand Théâtre de Dijon, les 26 et 27 mai 2004, pour faire le comédien. Sur des textes de Ramuz et une musique de Stravinsky, dans l’Histoire du Soldat, spectacle de création mis en scène par Jean Maisonnave, Thiéfaine incarnera le rôle du diable aux côtés de Jean-François Maenner (le soldat), Gérard Viala (le récitant) et Thierry Caens (cornet et direction).
d.d.

Thiéfaine en concert acoustique
Le 30 avril 2004
Flémalle (Liège) Belgique
Salle André Cools
20h30
Renseignements: 00.32/4.275.52.27 ou


Histoire du Soldat
Grand Théâtre de Dijon.
Mercredi 26 Mai 2004 : 20h00

Jeudi 27 Mai 2004 (2 séances)
14h30 (cette séance s'adresse aux collèges et lycées)
20h00

Dijon, Grand Théâtre
Informations / Réservations : 03 80 60 44 44
Le site : [Grand Théâtre de Dijon]


Thiéfaine aux Bouffes du Nord (Paris)
Du 6 au 10 juillet 2004.

Renseignements et locations
Aux Bouffes du Nord : 01 46 07 34 50 (tarif préférentiel de 23 euros) ou points de vente habituels (Fnac, Ticketnet ...)
Le site : [Bouffes du Nord]

LES TIT' NASSELS

Le voilà enfin ! Pas le retour de la gauche, non, le premier album des Tit’ Nassels enfin distribué nationalement. Avant ça, le duo avait déjà sorti deux albums (Et hep ! et Bric à brac) qu’il vendait en fin de concert et chez quelques distributeurs roannais, stéphanois et lyonnais. Pareil reprend 14 titres des deux précédents opus et une chanson inédite : L’arrière cour. L’album mêle efficacement chansons tendres, amusantes et pamphlets festifs, a mi-chemin entre la chanson francophone réaliste (Kent, Barbara) et la scène-chanson-un-peu-rock-française (Thomas Fersen, les Têtes Raides). Une sorte de « Best-of » mais en mieux puisque les titres ont été réenregistrés. A la première écoute de cette nouvelle galette, on comprend rapidement l’intérêt artistique de ces nouvelles versions tant la qualité d’enregistrement est toute autre (particulièrement pour les titres de Et hep !, leur premier album). Et il en va de même pour les rythmiques bien en place, l’interprétation plus variée, les arrangements plus aboutis.
Les Tit’ Nassels ouvrent les hostilités avec Les Tit’ Balades, pamphlet dédié à un PDG roannais et contre le « tout-fric » : « Tandis qu’toi, dans ton p’tit paradis de fer, / De béton et d’argent, tu préfères / A tout ça quelques pauvres diamants, / Pas d’mystères, d’la poudre aux yeux évidemment. ».
Puis suivent la rue, les bistrots et les « tit’ gens » de la France d’en bas sur Le Cœur en Chrysanthème (« Va donc gueuler dans tous ces bistrots ces quelques mots ! / Tu verras que le monde est beau, que le monde est beau. / Même s’il est rempli de badauds sans opinion, / Même s’ils s’en font sur ton dos, tous ces patrons ») ou Roger, l’histoire d’un mec qui « a perdu l’envie / mais il l’a jamais eu Roger ».
Les Tit’ Nassels dressent également quelques portraits amusants comme celui de Gérard et Béatrice (« mais appelez-[la] Béa »), deux « touristes » dont les vacances sont dépeintes sur Première Seconde Classe – chanson entremêlée de remarques amusantes soulignant la dimension humoristique du titre – Je suis un touriste de seconde classe / Demain barbecue avec les voisins d’en face / C’t’après-m on bouge pas à la télé y’a Dallas / P’t’être qu’en soirée on ira manger une glace (ouais cool !) / Je suis une touriste de première classe / Cette nuit « soirée mousse » au Disco Palace / Une boîte chébran / Pour ceux qui peuvent sortir les liasses / Attention messieurs ! Ce soir je pars à la chasse (ouah la garce, hé !).
Aussi les roannais reprennent-ils leur souffle sur Le Blitzz – titre uniquement musical qui n’est pas sans rappeler Yann Tiersen – avant d’enchainer les trois titres les plus soutenus de l’album. L’ésotérisme de Et Hep ! – un des titre phares des Roannais – laissera rapidement place à la provocation sur Carte Orange (critique sympathique du « Métro – Boulot – Dodo », sur décor parisien) et l’insolente ironie sur Les Pavés, plage dédiée à la famille des Artistes avec un grand A :« Dans cette famille faut s’faire la bise, / Dans cette famille t’oublies la crise / Mais tu chantes les pavés, / Sans pour autant les balancer ».
L’album se termine au calme à travers l’histoire d’un clown triste (Le Clown), un mois de juillet aux accents hispaniques (Juillet) et l’agréable surprise de ce dernier album : L’Arrière Cour, titre mélancolique aux métaphores évocatrices : « La pluie de nos discordes / le vent de nos folies / Sur ma guitare sans corde / Sur ce minuscule bout de vie / Mélancole de notre histoire / Quand nous sommes face au miroir / Nous arrache à ce sursis / Qu’on s’inflige comme pour abris ».
Textes tendres et humoristiques sur fond surréaliste. A (re)découvrir sur album comme sur scène.
md

Les Tit’ Nassels – Pareil – Délivrances – Sortie le 5 mars 2004
Les Tit’ Nassels en concert : retrouvez toutes les dates dans le [dossier l’art-scène]

RAS L'FRONT

En cette période électorale qui, tel un boomerang, nous renvoie les 15% du Front National à la face, la compilation que sort Ras l’front apparaît comme une nécessité cruciale.
Depuis sa création en 1990, Ras l’front, par le biais de son journal et de son réseau d’associations indépendants, s’inscrit dans une contre-offensive active face à la montée en puissance des idées fascistes et racistes véhiculées par le parti de Le Pen. C’est plus d’une centaine de collectifs répartis dans toute la France qui - au gré de réunions publiques, manifestations, expositions, festivals de cinéma, concerts, débats, repas de quartier – travaillent à faire reculer les valeurs d’exclusion prônées par le F.N.
Dans cette indispensable logique, la commission Musique et Culture de Ras l’front sort une compilation, intitulée Les oreilles loin du front, en référence à l’émission de radio qu’ils animent les mercredis soir, sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM).
Avec ce disque qui regroupe 16 groupes ouvertement engagés et/ou ayant déjà participé aux initiatives de Ras l’front (Massilia Sound System, Manu Chao, Frères Misère, Fred Alpi, Lofofora, Têtes Raides, Los Tres Puntos, etc.), l’association entend sensibiliser à l’antifascisme un public plus large que le strict cercle militant à travers l’expression artistique.
Notons au passage l’investissement particulier de Manu Chao, Evil Worms et Dogged Skankers qui ont fourni des titres inédits pour cette compilation.
Histoire de joindre l’utile à l’agréable, il est désormais prouvé que la lutte et la résistance peuvent (et doivent) se dérouler dans un esprit festif.
d.d.

Ras l’front : Les oreilles loin du front - Ras l’front / Night & Day – 2004

Plus dÂ’infos :
Le site de [Ras lÂ’front]

LUKE

Quand le premier album de Luke, La vie presque, est sorti à l’automne 2001, on a vite pris conscience qu’apparaissait-là un nouveau phénomène. Il n’était pas farfelu de miser sur eux, d’imaginer qu’ils auraient leur mot à dire quant à l’avenir du rock français.
Avec La tête en arrière, le nouvel opus du groupe – groupe remanié mais avec toujours le sulfureux Thomas Boulard au porte-voix - confirme tout le bien que l’on pensait de ces jeunes pousses.
Groupe avide de scène, Luke s’est essayé à retranscrire sur disque toute leur énergie scénique. Autant dire que l’essai est transformé. Laissant de côté les plages électro et la tendance noisy du premier album, La tête en arrière ressuscite le rock à gros son. Plus musclé, plus rageur, entre Du ciment sur les plaines et Tostaky de Noir Désir, Luke réintègre la lutte sociale, la rébellion originelle, au coeur de sa musique.
Même combat salutaire dans le texte. Thomas - qui s’embrase parfois à la manière de Cantat mais sans mimétisme ridicule – réveille ses colères, repart au combat, « hasta siempre camarade !» Plus fraternel aussi, à l’heure des « grandes réformes » scandaleuses raffarino-chiraquiennes, ce disque invite à l’intelligence de la main dans la gueule de la « non-cohésion sociale ».
d.d.

LUKE : La tête en arrière - Village Vert / BMG – 2004

Plus dÂ’infos :
Le site de [LUKE]

LESS KRO

Ces dernières années, lorsque l’on parle de ska en France, on pense immédiatement au ska d’influence jamaïcaine, à musique festive, et c’est à peu près tout. Cependant, l’autre grande nation du ska est bien l’Angleterre avec pour chefs de file des groupes tels que Madness, the Selecter, Bad Manners, the Specials…Et c'est bien de cet univers des groupes du label two-tone que Less Kro, combo de la région lyonnaise, se sent proche.
D’ailleurs, on retrouve sur la pochette d’A.C.T.I.O.N, le second album du combo, l’iconographie chère aux groupes ska anglais des années 80 : costume/cravate et le fameux damier noir et blanc, logo de la maison de disques anglophone.
Mais Less Kro n’a pas toujours été un groupe de ska. A l’origine, c’était même un trio keupon. Pas étonnant donc de déceler dès la première écoute des chœurs façon « stadio », des rythmiques sur-vitaminées et un chant qui n’est pas sans rappeler la bière et les épingles à nourrice !
Si les textes de Less Kro ne se veulent pas forcément sociaux à l’instar d’un groupe comme Ya Basta qui lui aussi donne dans le ska ambiance british, c’est vraiment musicalement que les rhodaniens frappent forts ! Ils n’hésitent jamais à alterner les rythmiques au sein de chaque compo ce qui donne une ambiance péchue à souhait dont on ne se lasse pas !
Après plusieurs écoutes, on se dit que mine de rien, Less Kro signe avec A.C.T.I.O.N un album de très haute volée que tout fan de ska se doit d’avoir.
Trouver le premier album était chose ardue. En effet, More 166sk4 n’a bénéficié d’aucune distribution, si ce n’est la vente à la sortie des concerts -ce qui ne l’a pas empêché de s’écouler à plus de 1500 exemplaires !-
Mais, grâce à Mosaic Distribution, A.C.T.I.O.N est disponible dans tout l’hexagone ! Aucune excuse ne sera donc tolérée !!!
VM

Less Kro - A.C.T.I.O.N - Skaliméro / Mosaic Distribution - 2004
[Less Kro, le site]

VINCENT DELERM

Deux ans après son premier album au succès aussi rapide qu’inattendu, Vincent Delerm revient avec Kensington Square, nouvelle cargaison studio.
Véritable phénomène montant du paysage de la chanson, rarement chanteur n’aura autant suscité la controverse. D’un côté, les « afficionados ». De l’autre, les « anti », les bourreaux, les hurleurs vociférant tantôt sur la médiocrité de la voix de l’artiste, tantôt sur la supposée nullité de ses textes. Eructant sur le manque d’engagement du personnage, sur la « facilité » de son écriture, sur sa culture bo-bo.
Hormis une évidente faiblesse vocale, au demeurant revendiquée par Delerm himself, la vindicte est non seulement arbitraire mais stupide. Dans une période où le tout culturel est tiré vers le bas, où les artistes clonés succèdent aux artistes clonés, où les bêêêêleuses bêêêêlent à l’unisson, Delerm apporte la preuve évidente que la forme de la chanson peut encore évoluer, qu’elle recèle bien des terrains d’expérimentation en friche. Le succès de Delerm ne doit pas être considéré comme un handicap, comme une récupération, comme une inscription dans la culture de supermarché mais au contraire, il serait bien plus optimiste et pertinent de voir en ce succès un désir d’une autre expression chantante de la part du public.
Si Delerm s’est très vite inscrit musicalement dans le registre piano / voix, il n’a évidemment pas révolutionné la forme musicale. Mais Delerm est aussi et surtout l’inventeur d’une nouvelle langue en chanson. Et c’est à ce niveau qu’il faut le considérer comme un artiste accompli. De culture familiale littéraire, il a introduit son essence dans ses chansons. De même que selon nos humeurs nous allons picorer un roman de Kundera ou Modiano, nous écouterons Noir Désir ou Vincent Delerm. La culture ne doit pas être plurielle seulement pour satisfaire le plus grand nombre mais aussi pour nous satisfaire individuellement dans nos variations d’humeur.
De Modiano justement, il est question sur Kensington Square. Le baiser Modiano, chanson parfaite, est le miroir artistique de Delerm. Il y a du Patrick Modiano chez Delerm, c’est indéniable. Le charme inexplicable, la mélancolie, le goût des souvenirs inconséquents comme les cours de hand au collège (Natation synchronisée, l’obsession de l’état civil (Les filles de 1973 ont trente ans), les rencontres d’inconnues (Quatrième de couverture, Anita Pettersen) et toute la description narrative des petits riens du quotidien. C’est la petite musique de Vincent Delerm.
A ce niveau, Kensington Square n’est pas une surprise. On retrouve la même patte, le même sens aigu de l’observation, l’humour un poil british. Plus british, l’album le revendique de toute évidence, titre et clin d’œil à Veruca Salt et Franck Black (en trio avec Dominique A et Keren Ann) à l’appui. De belles influences et un cap bien négocié.
d.d.

Vincent Delerm : Kensington Square - Tôt ou tard – 2004

Plus dÂ’infos :
Le site de [Vincent Delerm]

JEAN-LOUIS MURAT

Jean-Louis Murat se nourrit quotidiennement et avidement de littérature, qu’il s’agisse de poésie lyrique des 12 et 13ème siècles ou de l’œuvre d’une poétesse du 17ème siècle, Mme Deshoulières, qu’il a mise en chanson. Il est un artisan du langage, un travailleur des mots et le revendique. Il a écrit Lilith en lisant Proust, quant à son nouveau dvd, dès le titre, l’invitation au voyage est lancée : Parfum d’acacia au jardin. Il semble que plane l’esprit impalpable du romantique Forneret, « L’homme noir », dont la poésie aurait pu tenir tout entière dans certains titres de génie : « Et la lune donnait, et la rosée tombait » ou « Le Diamant dans l’herbe ». Si peu de temps après le prolifique Lilith, Murat peut-il encore nous surprendre ?
Le dvd contient 13 titres inédits live, enregistrés en une journée, en décembre 2003, au studio Guillaume Tell. Filmé en noir et blanc par Don Kent, l’esthétique est sobre, les visages sont souvent filmés au plus près pour en capter l’émotion brute : « la vérité » dont parle Murat.
D’un côté, des chansons au vrai son rock, avec Fred Jimenez à la basse, Stéphane Reynaud à la batterie, Christophe Pie aux claviers et à la guitare, et Murat aux guitares saturées et à la voix. Une voix au meilleur de sa forme, qui monte haut et fort, comme dans l’obsédante La petite idée derrière la tête, «c’te petite idée qui serait l’envers de la vie ».
De l’autre, des chansons plus mélancoliques et intimes où il est seul avec sa guitare. Avec un véritable coup de cœur pour une ballade à l’atmosphère médiévale, Fille d’or sur le chemin, qui est au Parfum d’acacia au jardin ce que Corpus Christi Carol est à l’album Grace de Jeff Buckley : un joyau noir. On y retrouve les frémissements des vallées et des forêts chères à Murat, où amour et mort ; fées et démones se côtoient. Sur la chanson On se découvre en regardant, sa verve pleine de désir « se découvre en inondant de son foutre clair sa Terre Adélie ».Une chanson qui est surtout l’occasion pour le chanteur de parler de sa passion pour la peinture, et plus particulièrement de sa pratique de l’autoportrait qui l’aide à avancer dans la musique et qui lui permet de se découvrir « en regardant ses pensées obscures », en se confrontant à son « faisceau de moi disparates »*. Car Murat fait bien plus qu’exposer ses sentiments sombres et vifs : il cherche son « lys étincelant », qui est peut-être cette herbe magique que chaque être porte en lui et qui, s’il a le courage de plonger dans ses mille paysages intérieurs, lui révèlera le meilleur de lui-même.
Enfin, après la voix sensuelle et envoûtante de Jennifer Charles (du groupe Elysian Fields) sur l’album Mustango, Murat fait ici pleinement confiance à la vibrante et cristalline voix de Camille pour l’accompagner**. Sur le titre Ce qui n’est pas donné est perdu, la voix de celle-ci s’élève aiguë et féerique, puis, changement d’atmosphère sur Dix mille (Jean) Louis d’or. Là, le chanteur est sous le charme et ne cache pas son enjouement lorsque Camille entame une danse très personnelle (vraiment entraînante !) et finit par enflammer – toupie gracieuse – les tapis du studio en même temps que le cœur des musiciens… Deux duos où l’alchimie et le respect entre les deux artistes sont palpables et qui feraient souffler beaucoup de poésie et de fraîcheur sur la « mer informe et multiforme » de nos bandes fm.
Sans oublier le cd bonus où l’on retrouve 5 chansons du dvd et 2 inédits (ne pas hésiter à se laisser séduire par le décalé et étonnant phrasé de Chappaquiddick).
Alors, définitivement, non, on ne se lasse pas des chansons de Monsieur Murat et il serait vraiment dommage de passer outre ce jardin et de ne pas succomber à son odorant parfum d’acacia…

Cynthia

Jean-Louis Murat : Parfum d’acacia au jardin – Labels – 02/2004
*Hermann Hesse : Le loup des steppes
** Camille : Le sac des filles – Source – 09/2002

SANSEVERINO

Voici le nouvel album de Sanseverino : Les Sénégalaises. Un CD fort sympathique à l'énergie communicative. Dans la même lignée que le 1er album, il n'offre pas de réelle surprise. C'est toutefois toujours un grand plaisir de retrouver Sanseverino dans de nouvelles compositions, celles qui lui collent si bien à la peau.
L'humour est toujours aussi grinçant… André II est l'exemple parfait des chansons décapantes aux textes revendicateurs : "Arrêtez de faire des manteaux avec la peau des animaux !". Un slogan qui tombe à pic en cette période où les créateurs de mode utilisent à nouveau les fourrures à tout va… La cigarette aussi, fait sourire, au vu des récentes polémiques sur le sujet. On notera également la reprise de Léo Ferré, L'étrangère, sur texte de Louis Aragon. Magnifique.
Côté musique, ça swingue, c'est jazzy et surtout, ça gratte à mort sur les guitares. Il y a toute une palette d'instruments réunis dans cet album… et Sanseverino sait s'entourer de bons musiciens !
Fourrures, dentiste, objets trouvés, cigarettes et Sénégalaises font de cet album un petit arc-en-ciel bien coloré !
véro.

Autres infos : voir rubrique "Artistes" ou site officiel (Sony Music) [Sanseverino]

N&SK

Le cirque du millenium, le troisième album des N&SK a joui dès sa sortie de critiques extrêmement élogieuses. Alors à notre tour, on demande le successeur de l’excellentissime Kosmopolit. On piaffe même d’impatience à l’idée de retrouver ce ska-world music-rock si unique, si original, si intelligent.
Le cirque du millenium s’ouvre justement sur la chanson éponyme. Intro à la trompette, chant parlé à l’effet mégaphone afin d’exhorter l’auditeur. Le refrain laisse libre cour aux guitares et cuivres soutenu par une rythmique au taquet. Bref, on est impatient d’écouter la suite. Les 6/7 premiers titres s’enchaînent agréablement métissant moments calmes avec d’autres plus énervés. Par la suite hélas, le cd s’essouffle quelque peu jusqu’à laisser place à une certaine consternation (pour ne pas dire une consternation certaine) sur l’avant dernier titre Kangourou Nomade, titre pourtant fabuleux et diablement efficace déjà présent sur Kosmopolit. La raison ? Des bruitages de ressorts sortis tout droit d’un dessin animé qui fusillent simplement la puissance et le propos du morceau. S’il s’agissait d’une vache, aurait-on eu droit au meuh des « boites à meuh » ?? Mais trêve de méchanceté, car Souviens-toi qui enchaîne au marsupial est formidable.
Au final, le principal reproche que l’on peut faire à ce Cirque du millenium est bel et bien de n’égaler que par moment l’impeccable et irréprochable Kosmopolit.
VM

NSK - Le Cirque du millenium - 2 More Music / NaĂŻve - 2004
[N&SK, le site]

JOAN DOE

Voilà quelques années que Joan Doe se produit dans les salles franciliennes et provinciales. De quoi se forger une solide expérience de la scène et se faire connaître du public. Ils auront fait, depuis 1997, la première partie de bien des artistes, joué à pas mal de galas étudiants. Leur talent a été récompensé par plusieurs tremplins, gagnés à juste titre.
Alors du coup, Cookie (chant), Benjy (batterie), Guic (guitare) et Balex (basse) se sont lancés à la production d'un CD 5 titres. Une petite merveille de 17 minutes qui est sorti à en janvier 2003. On y retrouve tout l'esprit Joan Doe; ils se disent un groupe de "pop surpuissante" et on ne saurait trouver meilleure définition.
La voix de Cookie est remarquable. Elle a non seulement l'avantage d'être chaude et sensuelle, mais en plus, elle dope l'énergie des textes. Suave ou énervée, elle est d'une souplesse assez rare, que l'on apprécie particulièrement sur la musique plutôt "noisy" de Joan Doe. Un mélange efficace, plein de dynamisme et de créativité. L'ensemble est très réussi et le choix des titres, sur ce 5 titres, irréprochable.
Et pour patienter durant l'interminable attente de leur premier album, on peut découvrir Joan Doe sur scène… et c'est fortement conseillé !
véro.


Prochains concerts :
09.04.04 : L'Hôpital (57) Le 5 Rockothèque
17.04.04 : Bretigny (91) Le Rack'am, avec Deportivo et Arkol
24.04.04 : Clermont (60) L'espace Café
15.05.04 : Clermont (60) Festival Les Zicophonies

[le site de Joan Doe]

DOMINIQUE A

Depuis le début des années 90, on a pris l’habitude d’entendre le nantais Dominique A sur une voie parallèle aux différentes autoroutes musicales ambiantes. De surprise en surprise, depuis l’aventureuse Fossette jusqu’à l’excellent Auguri en passant par le rugueux Remué, le satané Ané débarque régulièrement avec quelques perles sorties d’ailleurs.
Avec son nouvel album, Tout sera comme avant, l’étonnement est au rendez-vous mais au-delà de ce que l’on pouvait attendre. Et c’est certainement ce qui en fait une de ses forces. Exit l’interprétation contenue, Dominique A chante comme libéré d’une espèce de férule tenace.
Dans l’esprit de L’imprudence de Bashung, album révélateur pour Tout sera comme avant, Dominique A s’ouvre à un espace où les orchestrations viennent entrechoquer ses mots toujours superbes. Sous la houlette de Jean Lamoot, qui a produit ladite Imprudence de Bashung, nous sommes face à un Dominique A revisité pour la bonne cause, alliant déstructuration et harmonie parfaite.
Du beau travail.
d.d.

Dominique A : Tout sera comme avant - Labels – 2004

Voir aussi :
Le site de [Comment certains vivent]

AUTOUR DE LUCIE

Voici déjà 10 ans que Autour de Lucie roule sa pop sur nos sentiers parfois tristounets.
Avec ce nouvel album éponyme, la bande emmenée par la délicieuse Valérie Leulliot vient accrocher un bouquet de printemps à notre hiver. S’écartant des ambiances plus en dedans, plus mélancoliques, plus sombres de leurs débuts, Autour de Lucie allume la lumière et nous éclaire d’une pop des plus dynamisantes.
Produit par Stéphane « Alf » Briat (Air, Phoenix), les onze nouveaux titres du groupe forment un ensemble plus direct, plus épanoui que les albums précédents.
Quant aux textes, ils suivent naturellement la tendance du moment. Si la réelle qualité d’écriture de Valérie n’était pas à démontrer, on est cependant ravis de constater qu’elle a la capacité de s’ouvrir à ses instincts, de répondre à l’instant. Avec toujours le même charme et la même sensualité.
d.d.

Autour de Lucie : Eponyme - Barclay / Universal – 2004

Plus dÂ’infos :
Le site de [Autour de Lucie]

LES ZETLASKARS ET LA TROMPIDA

Les Zetlaskars et la trompida, un drôle de nom pour un groupe atypique. De prime à bord on pense à un ersatz de Zebda ou autre groupe avé l’accent…Quelle erreur !!! Déjà parce que le groupe est originaire de la région angevine et puis surtout parce que c’est vachement mieux que le groupes pré-cité !
Les trois titres de ce maxi cd sont extraits de l’album Arrache tes côtes qui doit sortir courant mai. Trois titres, il n’en faut pas plus pour se convaincre du talent et du potentiel énorme de ce groupe. La puissance et l’énergie qui ressortent des morceaux n’est pas sans rappeler celles de Kiemsa leurs frères de route depuis le début de l’année.
Les Zetla mixent, mêlent, entrechoquent et explosent les styles musicaux ! Ils jonglent entre ska, rock, metal, chanson alternative, punk, ragga, hip-hop…bref un véritable coktail molotov sonore qui explosera à la Flèche d’Or le samedi 17 avril avec les Kiemsa !
VM

Les Zetlaskars et la trompida - Maxi Cd extrait dÂ’ Arrache tes cĂ´tes - Aladesh / Crash Disques - 2004

BASQUE PLANET

Chouette initiative que cette compilation dont le thème est la musique en Euskera, la langue basque pour les non-initiés. Fermin Muguruza en est bien entendu le fer de lance depuis plus de vingt ans. Entouré sur ce cd de 18 autres groupes, ils démontrent toute la diversité musicale de la scène basque. Mais, que ce soit du rock, du ska, du hip-hop ou bien encore du dub ou du reggae, la sonorité de l’euskara confère aux morceaux une atmosphère particulière, une singularité qui leurs sont propres.
En résulte un joli cd à la pochette très soignée, digipacké comme il se doit et qui vous ravira de plus d’une heure de musique !
Traqués sous le gouvernement fasciste d’aznar, espérons que les basques et leur culture ne soient plus opprimés, ne soient plus censurés, ne voient plus leurs concerts annulés dans cette nouvelle Espagne socialiste.
VM

Basque Planet - Wagram music- 2004

X SYNDICATE - SPERMICIDE

A ma gauche Spermicide, combo punk de 5 furieux, 7 ans d’existence, aucun album à leur actif mais un long passif de l’underground scénique (squats, CICP, alternation,…) Si les textes en anglais ne contiennent pas de messages subversifs, le groupe n’hésite pas à donner des concerts de soutiens et à signer sur un label indépendant pour un premier album qui doit voir le jour à l’été 2004.
A ma droite X Syndicate, combo punk/metal de 3 filles et 2 mecs ! 10 ans dÂ’existence, 2 albums et une participation Ă  la BO du sulfureux Baise moi de Despente qui a rendu le groupe plutĂ´t populaire.
Réunis sur la scène du Glaz’art le 11 décembre 2003, le combat s’annonçait acharné. Fan de Carla Bruni, il est clair que ce disque n’est pas pour vous ! Car le troisième cd de la série Live&Direct ne fait pas dans la dentelle ! Les deux groupes sont bel et bien au taquet pour l’enregistrement de ce concert. Le live est séparé en deux parties : 7 chansons de Spermicide pour commencer, 6 d’ X Syndicate pour enchaîner, et un dernier titre en commun pour achever ! Cerise sur le gâteau pour les crêteux, une vidéo de plus d’un quart d’heure du concert qui permet de voir quelques morceaux de chaque groupe.
Live&Direct tourne là, la troisième page de sa récente histoire. Mais qu’on se le dise, les deux prochains chapitres sont déjà écrits. La sortie d’un live de Kanjar Oc’ est prévu pour avril/mai alors que celui des Maximum Kouette verrait le jour en juin…On en salive d’avance !
VM

X Syndicate/Spermicide – Live & Direct 3 - At the first shot - Small Axe / Tripsichord - 2004
[Small Axe, le site]

MIOSSEC

Faut-il pleurer / Faut-il en rire / Fait-elle envie ou bien pitié ? chantait Ferrat il y a bon nombre d’années. Ce sont ici les questions que l’on est en droit de se poser à l’écoute de la nouvelle galette de Miossec, 1964.
Est-il permis de penser que ce disque est le moins bon du breton quand les "gate keepers" de la presse clament unanimement au génie ? Quand un hebdomadaire célèbre de centre-gauche-cureton lui attribue sa note maximale ? Quand le chanteur, auteur d’un texte sur le récent insipide et pompeux album de Juliette Gréco, se voit ainsi placé en odeur de sainteté ?
A moins d’être amnésique ou de mauvaise foi, effectivement on peut soutenir que Miossec n’est pas à son meilleur niveau avec ce disque. Avec Boire, sorti en 1995, il montrait une forme neuve d’écriture, brute, poignante. Ses musiques, lorgnant vers un rock folk, apportaient la touche d’énergie essentielle à ses doléances. Sur le plus récent Brûle - que Miossec avoue lui-même préférer à 1964 - le style du chanteur avait pris une véritable orientation vers une concision dans le texte, avec force d'accroches journalistiques percutantes. Avec notamment le "Tout brille, tout luit mais rien ne brûle" empreinté à un Journaliste de Libé, Miossec allait au-delà de la poétique coutumière de la chanson.
Aujourd’hui, Miossec tombe dans une variété – certes rassembleuse – mais creuse et dénuée de sincérité. Quant à l’écriture, portée aux nues par les médias, la voici à présent débarrassée de tout propos. Quand d’aucuns y voient un « ciselage », une « épuration » du style, demandons-nous plutôt si Miossec – à l’aube de la quarantaine - a encore quelque chose à dire. Même sous couvert de poésie, l’utilisation intempestive de l’anaphore a des limites…
Espérons qu’il ne s’agit-là que d’un faux pas.
d.d.

MIOSSEC : 1964 - Pias – 2004

Plus dÂ’infos :
Le site de [MIOSSEC]

PIERRE BONDU

Quelqu’un quelque part, deuxième album de Pierre Bondu, a quelque chose d’une narration cinématographique. Il s’ouvre et se ferme sur un générique de cordes somptueuses, à la dramaturgie « lynchéenne », et enferme 8 séquences que l’auteur s’accorde à considérer comme très proches de sa propre vie, de son propre quotidien, presque biographiques.
Pour avoir longtemps travaillé avec quelques pointures de la scène pop-rock française, Dominique A, Katerine et Miossec en tête, c’est presque logiquement serait-on tenté de dire que Pierre Bondu apparaît non seulement comme un parfait mélodiste, mais aussi comme un metteur en scène de ses émotions.
Quelqu’un quelque part est un disque qui tient une place particulière dans le paysage musical du moment. A la fois d’une cohérence globale indiscutable, cet album délivre des couleurs variées, rythmées comme sur Vu d’ici, ou intériorisées comme sur Mieux que personne.
La voix chaude et sensuelle de Pierre Bondu confond et rappelle tantôt Daho, tantôt Murat voire Nicolas Falez, chanteur de Superflu. Le tout pour un album fort réussi que l’on écoutera longtemps.
d.d.

Pierre Bondu - Quelqu’un quelque part - 2004 – Le Village Vert / Pias

 

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