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Bérurier Noir
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Crédit: Roland Cros
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Tribune libre
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Tribune libre à l'occasion de la sortie Enfoncé l'clown |
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Janvier 2000 |
Parce que le mur est tombé sur Berlin
Parce que le rideau est tombé sur les Bérus
Parce que les pluies acides vont continuer de tomber
Parce qu'il ne faut pas confondre la vache folle et la vache qui rit
Parce que nos leaders sont des dealers
Parce que la liberté ne rime jamais avec libéralisme
Parce qu'il ne faut cloner les clowns
Parce que certains n'ont que ça à foot
Parce que l'épuration ell't'nique,
Parce que Tiên An mène que des embrouilles
Parce que la poudre aux yeux
Parce que la main au panier
Parce que le dos au mur
Parce que la tête sous l'eau
Parce que le pied au cul
Parce qu'on sème des mines
Parce qu'on récolte des prothèses
Parce que la came m'isole
Parce qu'un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche
Parce que le passage à tabac nuit gravement à la santé
Parce que les zanimaux n'ont plus que la peau sur les zoos
Parce que Mr Pinson a écrasé 5 fourmis
Parce que les continents dérivent et
Parce que l'occident est devenu incontinent
Parce qu'on leur laisse l'Alsace et la Lorraine
Parce keuf fait la police
Parce que sale ou blanchi l'argent a une odeur
Parce que l'art est contenpourrien
Parce que la télé féerique a les câbles qui lâchent
Parce que la salope des Jeux distribue des morpions a ses clients en Pipant des dés
Parce que les clandos n' ont pas de destin
Parce que l'affaire Dutrou pue toujours
Parce que c'est arrivé près de chez vous
Parce que le rap est afro-mage
Parce que l'énergie est nucléaire et les missiles sol-air
Parce que chez le chêne on imite le gland
Parce que les miniss'terrent de l'intérieur
Parce que le cinéma alien
Parce que Papon ne peut pas être à la fois au four et Jean Moulin
Parce que la manipulation gêne l'éthique
Parce que le 17 octobre 1961...
Parce que le Vatican promeut le sida
Parce que c'est pas à un orphelin qu'on apprend à pleurer
Parce que la viande hurle
Parce que le punk suit Sid
Parce que les Amérindiens ne sont plus qu'amers
Parce qu' un enfant indi coûte moins cher qu'une poupée Barbie
Parce que la télé vit de cons
Parce qu' on a lieur du loup
Parce que l'étincelle fait déborder le vase
Parce qu' après moi le déluge
Parce que quand il pleuvra de l'or les pauvres n'auront pas de sac
Parce que le handicap est international
Parce que Jean-Marie n'est qu'un détail crématoire burlesque
Parce que l'immunité parle aux menteurs
Parce que la Santé reste une prison
Parce que les bienveillants dorment mal
Parce qu' un pet c'est mal et que Pétain c'est bien
Parce que dj'ai là -bas des amis
Parce que les Inuit ont froid
Parce qu' un bol de nids d'hirondelle ne fait pas le printemps de Pékin
Parce que Fatima s'est fait expulser pasqua l'avaît pas ses papiers (FT)
Parce que le profit profite à qui ?
Parce que le crime est organisé
Parce que les sirènes s'arrêtent de chanter pour hurler
Parce qu' on prononce intégration, comme on dirait sodomie
Parce que sous les pavés la plage de bœufs
Parce que la mafia c'est surtout un parrain et les nouilles deux par dieu
Parce que le temps c'est de l'argent
Parce que l'argent fait le bonheur
Parce que le bonheur n'a pas le temps
Parce que ils cachent derrière leurs barbes d'horribles futurs carnages
Parce qu' a bien marré hier soir
Parce que l'enfer est saturé
Parce que les murs ont des oreilles et les rues des yeux
Parce que le téléphone du cul étouffe le courrier du cœur
Parce que le RPR compte moins de mal-logés que le RER
Parce que la forêt est malade
Parce que l'Océan a le mal de mer Parce que la Terre ne tourne plus rond. Rock'n'folk
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Rock Sound
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Eh hop ! Déjà une décennie que Bérurier Noir n'est plus. Mais, en premier ambassadeur du rock français alternatif, le groupe ne pouvait pas passer sous silence ses dix ans de séparation. Après les posthumes Vive Bertaga et Carnaval des Agités, c'est au tour de Enfoncez le Clown, une compilation de 21 des meilleurs titres des Bérus remastérisés à la sauce 99, de célébrer le mythe. Et pour nous, de recueillir les impressions de François et Masto, clowns en chef de la joyeuse troupe. |
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Novembre 1999 |
Avant tout, peux-tu m'expliquer le pourquoi de cette compile ?
François : On voulait marquer de façon grand-guignolesque les dix ans de la fin des Bérus. Au départ, on devait faire un nouvel album carrément, qui a été reporte pour des raisons techniques. On n'était pas au point. Comme on n'a pas encore commencé les répètes (rires), on n'est pas vraiment au point! Mais c'était l'idée de départ : faire un nouvel album pour décembre 99, c'est tombé un peu à l'eau. Tu sais, on a chacun nos activités. Peut-être que ça se fera dans l'avenir, mais je n'en sais rien pour le moment. On verra. Du coup, sous la pression des gens qu'iI soient anciens fans ou connaissant nouvellement le groupe, on trouvait que le son n'était pas à la hauteur. Tu vois maintenant, on a des écoutes beaucoup plus exigeantes. Tous nos CD ont un son un peu rikiki par rapport aux productions qui se font maintenant. On a donc décidé de marquer ce dixième anniversaire en faisant cette compilation remasterisée sans une seule photo du groupe, il n'y aura que des dessins.
Les gens s'attendaient peut être à autre chose que cette simple compile on avait entendu parler de démos réenregistrées?
F : On avait des démos mais on a un problème de studio on a une ou deux vieilles démos mais on a unproblème de lecture. Jusqu'à présent, on n'a pas trouvé le moyen, techniquement, de lire la totalité de ce qu'on a. Pour l'instant, ça va rester de l'ordre d'une compilation améliorée. Mais je crois que le digipack avec les dessins de Lol risque d'être assez intéressant. Enfin, nous ça nous a permis de nous retrouver sur un projet et de prendre du plaisir à faire quelque chose,
Masto : Moi, je trouve qu'avec la remasterisation, ça vaut le coup. Je vais écouter ça sans sourciller. Et ça, je ne m'y attendais pas. Je pensais qu'on allait foutre des basses comme sur une radio que je n'aime pas. En fait, pas du tout. C'est carrément bien. En plus, c'est une liste de morceaux qu'on aime bien, avec un son écoutable. Si t'écoutes un vieux disque par rapport à ce qui se fait maintenant, t'aurais l'impression que la chaîne est nase.
Et les relations sont-elles bonnes entre les Bérus aujourd'hui ?
F : Oui. Le seul problème, c'est qu'on vit chacun séparé. L'essentiel de la création s'est fixé autour du noyau constitué par Laurent, Masto et moi. On a du mal à rentrer en contact avec Laurent pour l'instant. Ça fait six mois qu'on n'a pas vraiment eu de contact, mais tous les ans, on se voit, En tout cas, si on se fait chier à enregistrer quelque chose , on le fera jamais. Si on y prend du plaisir, si on trouve ça assez subversif, assez intéressant au moins pour nous on verra. Mais, entre nous, on a quand même d'assez bons rapports.
Et quels ont été les occupations des Bérus ces dix dernières années?
F. : Tu sais, chacun a pris des chemins un peu différents. Bon. c'est vrai qu'en 1983, on était quasiment que deux. On était considéré comme une sorte de duo juste Loran à la guitare et moi au chant et aux accessoires. Et tout ça s'est enrichi un an après il y a eu Helno (futur chanteur des Négresses Vertes - ndr) et Lol, le dessinateur qui sont venus plutôt pour faire des chœurs et des acrobaties. À la fin, en 1989, on était treize personnes, on fonctionnait quasiment comme une groupe de théâtre. Avec un noyau de créateurs et tous les gens autour qui apportaient leur identité et leur image. Je pense par exemple à Miki qui était acrobate, Lol qui faisait des acrobaties assez dangereuses sur scène, à Jojo, Nounours, Valoche qui, elle, s'occupait des costumes, les deux titis… l y avait vraiment du monde.
Quand on partait, on se retrouvait entre dix et vingt personnes sur la route. Et, en 1989, tout ce petit monde-là a explosé, on est tous partis dans des chemins très différents Loran a tout de suite continué la musique en faisant un groupe avec un gars de Bordeaux et un autre qui s'appelait Ze Six, apparemment ils n'ont rien enregistré. Moi, à 1 époque, je m'occupais du label Division Nada. Un an après l'aventure Béru, je me suis lancé dans Molodoi pendant quasiment six ans. Masto a continué dans la photo. Mais on continue à se voir. Pas tout le monde tout le temps, mais de temps en temps.
Sans parler de réformation, est-ce que tout ce petit beau monde ou ne serait ce que le noyau dur pourrait se réunir pour un concert ?
F : Franchement, on y a pensé parce qu'on s'était dit que si on sortait un nouvel album, autant faire quelque chose de rigolo et autant faire un seul spectacle mais bien fait. Pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour... mais je ne dis pas jamais. Je pense que plus on attend, moins c'est probable. également pour des raisons pratiques. Laurent a des enfants, Masto a des enfants, moi je vais avoir des enfants. Récemment, tout le monde est un peu occupé. J'aimerais bien que ça se fasse comme ça. Si on pouvait faire un truc pour l'an 2000, ce serait rigolo. Ce n'est pas qu'on est fainéant, mais on ne veut pas non plus s'obliger a rentrer dans un délire de reformation marketing. Nous, ça nous ferait quand même rigoler de le faire, c'est clair. Chanter l'empereur Tomato Ketchup en l'an 2000, ce serait rigolo.
M. : Pour moi, c'était peut-être l'occasion maintenant. Dua fit que ça ne se fait pas, plus du tout. En revanche, je suis assez ouvert à un truc disons après soixante ans, Un truc du troisième âge je le sens assez bien. Mais, dans les années à venir, je n'y crois pas pu tout. Ça ne me ferait pas marrer. Là , c'était sympa pour les dix ans, on avait un assez bon feeling entre nous, on ne veut rien gâcher avec quoi que ce soit, Cependant, le truc du troisième âge me branche vraiment.
Mais quand on s'appelle Bérurier Noir et qu'on sort quelque chose, c'est quasiment le succès assuré, non ?
F: Je n'en sais rien franchement. Là , je ne me rends pas bien compte je ne vois pas vraiment. Entre ce qui se dit et la réalité du marché, il y a une différence. J'espère que cette compile va marcher, je ne veux pas non plus que ce soit le gros gros délire, une trop grosse popularité pour noyer complètement le contenu ou les messages que tu veux faire passer. C'est idiot, mais c'est le revers de la médaille. Bérurier Noir reste une sorte de mythe du rock français pour une raison, c'est qu'on na jamais été impliqué dans les magouilles du show bizz.
Surtout à l'époque. c'était très très fort, maintenant c'est encore autre chose.
Est ce que tu penses que quelqu'un qui ne connaît pas les bérus, qui achète cette compile, captera les degrés et les messages comme ils étaient compris il y a plus de dix ans ?
F : Oui et non, c'est sûr que non dans la mesure ou toute chose qui a vraiment marqué une époque vieillit, en bien ou en mal, mais vieillit de toutes façons. Il y a des textes sans doute, qui sont complètement désuets aujourd'hui, et d'autres qui gardent une certaine force parce qu'ils sont atemporels. Tout ce qui est de l'ordre du pseudo Conte ou de la petite histoire racontée sans marque de temps précise, ça va rester.. Apres ça peut vieillir par la musique.
Même certains textes plus politiques sont toujours d'actualité, les choses que vous dénonciez il y a quinze ans et qui sont toujours là …
F : Oui quand je vois la France, je suis terrorisé. C'est un pays qui se glorifie de son passe et qui n'arrive pas à assumer ses bêtises. C'est aberrant aujourd'hui dans la France de l'an 2000 de voir que quand tu es noir ou que tu portes un prénom arabe, tu ne peux pas entrer à la télé. Il y a une énergie énorme en banlieue et qui non seulement n'est pas canalisée mais qui trouve des portes fermées devant elle. Je comprends très bien quand NTM pousse une gueulante, même si je ne partage pas tout dans leur façon de faire. Justement aujourd'hui, ils se tournent vers un messages plus positifs, Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a toujours un problème en France, une sorte de racisme anti-jeunes qui est aberrant aujourd'hui.
Propos receuillis par Nathalie Vincent La piste aux étoiles
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Rencontre avec les Bérus
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De 81 à 89, la fraction parisienne agissant sous le nom de code Bérurier Noir a rallié sous son terrorisme sonore, exclus du système et anges de gauche, implosant in extremis, avant le total marketing de l’alternatif.Ce qu’il en reste? |
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Juin 1996 |
IIs avaient surgi dans un paysage rock éclaté. Fini les épopées Téléphone, Bijou, Dogs. Rétamé, lessivé, décimé, ce serait donc la pénitence du rock français, cette renaissance du côté des squats, dans un brasier alternatif, c'est comme ça qu'on disait, non ?
Sept ans de loyaux sévices. Les Bérus sont morts en fanfare, ligue de malfaiteurs s'autodétruisant en 89 mais c'est à notre bon souvenir qu'ils se rappellent avec ce disque live (Carnaval Des Agités chez Last Call), bazar éclaté, chahut pour barbaque refroidie, déglinguée, son pourave, goualantes et tronçonnage de grosses guitares à neu-neu, boites à rythmes expédiées à la va-commej'te-pousse. Dans la tronche, pan, dans la tronche. Un disque prolétarien et fier de l'être, degré zéro de tout, peut-être l'ultime scansion punko-destroy merde in France,compilée à partir de dizaines de cassettes enregistrées de concert en concert - putain, mec, le Bikini à Toulouse, fallait les voir, fallait être là - disque néantissime et jobard, peut-être le truc le plus scabreux, injustifiable et jusqu'au-boutiste depuis la tournée d'adieux des Starshooter (dont ils reprennent le Betsy Party comme un incunable des Rolling Beatles de Perrache).
Deux survivants de ce qu'on se résoudra à appeler l'épopée bérurière, François, alias Fanfan (chant et accessoires) et Masto (saxo alto) repassent pour R&F la Saga Noire au fil de leurs souvenirs.
Troupeau d'Rock
Fanfan : En fait, en y repensant, je crois que c'est un peu comme ce poète japonais Shuji Terayama. Il avait une troupe de théâtre qu'il appelait son poulailler, et les Bérus, c'était un peu ça. Le côté fin des années 70, fin d'un monde. Au début des Bérus, on était deux, à la fin on s'est retrouvés à treize.
Quasiment dès le départ, des gens ont tapé l'incruste. Je me souviens de Helno et Bol, eux sont montés sur la scène au premier concert, ils se sont fait remarquer bruyamment. Pareil pour les Titis qui ont déboulé à Tours en 86. A la fin, on les appelait tous "Troupeau d'rock"...
Masto: Moi, dans l'ordre, j'ai été invité, engagé, renvoyé, gréviste (rires)...
Comment il était, Helno ?
Fanfan :Il y a plein d'anecdotes sur lui. En fait, plus il avait une grosse boulette dans sa poche, heu...
Pardon ?
Fanfan : Oui, on touchait notre cash. Helno, il avait sa boule de billets dans la poche. Plus la boule était grosse, plus il bichait, le Helno.
Masto : On l'entend beaucoup, énormément même, dans le live. Oui, il communique avec le public comme un fou…
Fanfan : Lors des premières tournées, il buvait pas mal. Il se réveillait.. quand on en était aux rappels. Il déboulait régulièrement sur scène vers la fin des concerts. Après, son rôle a été beaucoup plus prépondérant. Très compère avec Bol, ils se sont mis à jouer les deux clowns de service, ces deux clowns qui résument totalement la Saga Bérus. Et puis il a donné des idées de chansons. Une nuit, dans le camion après le concert, Helno s'est mis à nous raconter cette histoire d'une femme mendiante qui bande les yeux de son bébé. Et sous le bandeau elle met un scarabée, comme ça le bébé hurle tout le temps, les gens ont pitié, donnent du fric. C'est devenu Scarabée.
Expliquez-nous la mécanique du groupe...
Fanfan : Loran et moi, on était un peu les leaders sérieux, si l'on ose dire. Eux c'étaient les idiots.
Masto : C'était moins défini que ça. Comme dans Guignol ou la commedia dell'arte, les rôles pouvaient bouger, changer d'un soir sur l'autre. Les Titis faisaient leurs acrobaties, y'en avait un qui trippait indien. François, lui, c'était l'ultra violence, chacun son truc, hein Fanfan ? (crise de rire général)...
Fanfan : Masto, sa hantise, c'étaient les curés (rires). Il y avait un certain exhibitionnisme des Bérus. On faisait beaucoup de photos. Un après-midi, on s'est maquillé et on est allé défier une manifestation intégriste qui quittait Notre-Dame de Paris pour rallier Chartres. On a tenu un quart d'heure au milieu des grenouilles de bénitier, grimés en extraterrestres. Les réactions ont été fluides au départ, puis extrêmement saccadées.
Aller embêter les intégristes, activité louable en soit, c'était dans votre rôle de groupe rock ?
Fanfan: Nan, c'était une manif extra bérurière. On a fait deux ou trois trucs comme ça, performances, délires, explosions de poulets. C'était moins musical, plus en rapport avec notre implantation dans les Facs d'Art Plastique...
Le rapport avec votre public ?
Fanfan : Plus ça allait, plus ils étaient comme nous. Ils venaient déguisés, pire que des, drag-queens, on serait vraiment à la mode aujourd'hui... Puis ils apportaient tous leurs sifflets pour la version live du "Renard" ce fameux renard violeur de riches poursuivi par les Milichiens... A la fin d'un concert à Lyon en 88, un mec super bourré nous a donné une énorme coupe de métal argenté, genre vainqueur de la coupe du
monde, je l'ai toujours chez moi.
Qu'avez-vous ressenti en écoutant ces cassettes historiques pour en sortir le Carnaval Des Agités ?
Fanfan : Sur une centaine de cassettes, les meilleures sont celles de 88. A l'époque, c'est Lulu l'éclairagiste qui les enregistrait sur la table de mixage. En fait, l'idée de sortir ce live court comme ça depuis trois ans... Sinon il y a eu un souvenir formidable, la tournée au Québec, 88 encore. Là -bas, les Bérus ont provoqué une espèce de révolution. On a joué deux fois au Spectrum, un méga Olympia québécois. C'était un truc énorme qui provoquait une effervescence révolutionnaire. Tu avais tous ces mecs dans la salle avec des drapeaux du Québec Libre, ils faisaient la nique aux Anglais, on servait de piédestal à un tas de choses.
Mille Raisons
Que reste-t-il aujourd'hui de l'Affaire Bérus ? Bon sang, je me mets à la place du lycéen de moins de quinze ans qui va lire ça et...
Fanfan : il reste le souvenir d'une fête. D'un Troupeau, qui a bien déliré dans tous les sens, sur toutes les routes.
Pourquoi avez-vous arrêté ?
Fanfan: Mille raisons. Cinq cent bonnes, cinq cent mauvaises. Une grosse pression sur le groupe, une série d'emmerdes. Les Renseignements Généraux, qui nous suivaient à la trace, alertaient les flics dans les villes où on arrivait, une campagne de la presse Hersant nous assimilant à un groupe extrémiste genre Action Directe. On s'est retrouvés dans des situations ubuesques. Comme ces keupons qui venaient nous féliciter "Ouaip, super, vous soutenez Black War", alors qu'on n'avait strictement rien à voir avec ça... Eux pensaient que le fric des concerts servait à acheter du plastic...
Masto : Et puis, tu sais... il y a deux sortes de groupes. Ceux qui évoluent, ceux qui évoluent pas. Nous on faisait définitivement partie de la seconde catégorie. Au bout d'un certain temps, ça devient triste, un groupe qui n'évolue pas... Pour moi c'était ça le fond du problème.
Fanfan : Et puis au début il y avait une magie, une inconscience, on transmettait le feu. Au bout d'un moment on s'est mis à tourner en rond. Regarde, on a tenu un septennat avec une boîte à rythmes qui avait dix rythmes seulement..
Masto : En janvier 89 on décide d'arrêter, mais de bien arrêter. Et on a fait une grande tournée pour dire au revoir à tout le monde, voilà . L'apogée c'était les Bérus à l'Olympia le 10 novembre.
La plupart des groupes arrêtent à cause de plans cul ou de plans dope pas clairs... Et vous ?
Masto : Ben pas nous (rire général). Fanfan était d'une intransigeance maladive...
Fanfan: Moi je me souviens, au Québec, on m'a apporté un plateau plein de lignes de poudre... C'était quoi ? De la coke, voilà , ça devait être de la coke ! J'ai tout envoyé valdinguer. Ça va pas, non ? Non, là dessus on a été à la limite de l'intolérance.
Masto : Fanfan c'était le Chef. Le Chef, il avait sa place dans le camion, assis devant. Le Chef, après le concert, il avait sa petite banane marquée " Banane du Chef "...
Fanfan : A la fin, j'ai voulu arrêter, il y avait plus de respect (crise de rire).
Votre participation à l'émission de Dechavanne, "Ciel Mon Mardi", ne constitue-t-elle pas une erreur énorme ? Moi je m'en souviens comme si c'était hier...
Fanfan : Oui, pourtant il y avait Aubert, le Gros Boucher, Solaar, mais nous les Bérus, on n'aurait jamais dû y aller. On a accepté de faire un truc folk et on s'est fait casser en direct.
Par l'ignoble Louvin, qui a décrété : "C'est pas punk, c'est la Bande à Basile punk." Horrible...
Fanfan : Voilà , c'était une énorme erreur.
Masto :Le problème des Bérus c'était ça. Dans plein d'endroits, c'était pas notre place. Tu vois, quand on a fait le Zénith, par exemple ? Trop grand, pas notre place. On était malheureux. Pareil chez Dechavanne. Même si, avec le recul, je reconnais qu'il y avait un côté scouts en culbute chez les Bérus.
Aventure
Est-ce que vous vous considériez comme des punks ?
Masto : D'abord il faut que j'explique quelque chose. Moi, à l'époque, j'avais pas compris les textes, ni les paroles. Fanfan chantait "Petit Agité", bon, moi à un moment précis j'intervenais, et je lui collais un coup de matraque. Plus tard j'ai compris qu'il parlait de "gosses délinquants devenus violents"...
Fanfan :Par contre il tapait fort, le bougre (rires). Moi je faisais des textes, c'était une révolte qui partait dans tous les sens. J'ai plein de carnets chez moi, bourrés de textes. Bon, Loran lisait tout ça, il choisissait, il disait ça oui, ça non, ça bof.. C'est pas qu'on s'en foutait, puisque des types comme Helno se sont reconnus dans "Ainsi Squatte-t-il" et nous ont rejoints.
On dirait qu'il s'est passé au cours de cette aventure un truc magique. Et maintenant, ce souvenir très beau, inexplicable, idéal même, vous interdit de revenir. Je me trompe ?
Masto: Il n'y a aucune nostalgie. C'est une histoire fermée, finie, c'est bien.
Fanfan : Et puis les textes sont venus du public de cette époque. C'étaient souvent leurs aventures, leurs histoires qu'ils venaient nous raconter après les concerts. Parfois notre Service d'Ordre, dont on s'était armé que pour nous protéger du Service d'Ordre local, pour les surveiller, pour protéger nos fans des gros bras de service, se lançait dans de grandes discussions idéologiques avec nous. Eux même discutaient très fermes entre eux, il y avait une partie de ce SO Anar, une partie Coco. Sinon je me souviens de Pierrot Camouflage dormant dans les salles pour garder la sono...
Masto : Avec sa 22 long rifle, en treillis, poignard dans la botte, "je garde le matos ", la totale (rires).
Les skins ?
Il y a eu des coups qui sont partis trop vite. Je pense à ce qui s'est passé à l'Olympia. C'était pas sympa, pas cool.
De quel milieu veniez-vous ?
Fanfan : C'était très mélangé. Moi je suis un genre de Bazooka, fils d'artistes. Loran était un fils de prolo, il bossait en usine d'armement. Un jour il a compris pour qui il trimait, il a tout plaqué. Helno c'était.. le lumpen prolétariat. Je dis ça avec respect, il nous avait emmenés chez ses parents. En fait on se rencontre tous en 80, autour de Lucrate Milk. Mais on ne copiait ni Crass, ni Exploited. On tournait dans les squats, on n'avait rien, il fallait donc faire des concerts événements. C'était noir, terrible, on faisait exploser des poulets vivants sur scène.
Comment on fait ça, expliquez-nous ?
Fanfan : Tout à fait simplement: un pétard dans le cuL.. Beaucoup de copains de cette époque sont morts, disjoncte, drogue, sida...
FLAMBEAU
Voyez-vous aujourd'hui des gens reprendre le flambeau ?
Masto: Moi j'ai eu un flash, vraiment très fort, c'est Sloy.
Fanfan: Moi, toute la vague punk actuelle m'a l'air un peu gentillette. Ça manque de contexte.
Masto : Elle est pas très forte, cette musique.
Fanfan : Prends un groupe de rap comme NTM, il n'y a aucune dimension humoristique. C'est trop... trop sévère. Encore une fois, je ne sais pas comment ça fonctionne à l'intérieur. Nous, le jour où les deux Titis sont venues nous voir à Tours, elles sont montées sur scène, elles ont fait ces danses idiotes... Mémorable. Une semaine plus tard, on joue à Paris, elles étaient là , à nouveau. C'était hallucinant d'anti-professionnalisme mais elles en voulaient, donc elles sont restées.
Masto : Helno aurait-il couché avec elles (rires) ?
Fanfan : Nan, Nan, elles sont restées. C'était ça, les Bérus. Comme les silences d'une minute entre deux morceaux en plein concert, ou comme mes déclarations, hyper démagogiques qui sortaient dans le feu du combat, enfin le feu du concert... Un jour en Suisse, j'ai carrément vidé la salle. J'ai essayé de dire un truc allemand, hop, tous les mecs sont sortis fracasser du keuf. On a arrêté le spectacle, c'était plus du rock, c'était la guerre civile.
Est-ce que vous vous réunissez parfois entre protagonistes de la Saga des Bérus ?
Fanfan : Non. On n'a jamais essayé. Les réunions d'anciens combattants c'est pas notre truc.
Reccueilli par Emmanuelle Debaussart et Philippe Manoeuvre. Rock'nfolk 341
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