N° 12 - Avril 2003
 
Ramsès
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Crédit : Christophe Batardière

 

L’HEMISPHERE DE L’OUEST

Qui a osé dire qu’il ne se passait rien de nouveau à l’ouest ? Dans une région en pleine effervescence musicale, Ramsès s’affranchit du « rock musette » de ses débuts pour servir une poésie douce-amère sur une rythmique plus brute.


Nouvelle vague de l’Atlantique
Fini le folklore ! Terminé le traditionnel breton ! Définitivement rangé dans l’armoire le poussiéreux accoutrement folklorique ! Sous la naphtaline, soigneusement plié aux côtés des albums de Dan Ar Braz et de Tri Yann, reliques musicales pour amoureux d’un autre temps.
Depuis quelques années, dans le(s) domaine(s) de la chanson et du rock, la Bretagne et le Grand Ouest connaissent un véritable raz de marée salutaire. « Enfin » pourrait-on dire. Sans vouloir jouer les empêcheurs de « cornemuser » en rond – après tout chacun écoute ce qu’il veut – on ne peut que se réjouir de l’émergence de Miossec et ses tendres effluves, de l’époustouflante Jeanne Cherhal. On ne peut être que « remué » par ce satané Ané agissant sous le nom de Dominique A. Aussi, comment ne pas être sensible au « dawa » des Percubaba ?
Malgré un vain sursaut bretonnant qui nous a infligé les affres de Manau il y a quelques années, la nouvelle vague d’artistes originaires de l’Atlantique a fait exploser les portes de Sainte Anne d’Auray… Désormais, la Bretagne musicale s’affiche autrement que dans son folklore et ses fest noz, elle s’émancipe. Il en est fini de la chanson qui fleure bon le menhir, la houle et la fille du capitaine.
Au rang des autochtones faisant fi de la tradition celtique, Ramsès constate tristement dans Le cul entre deux chaises, chanson issue de leur premier album Genoux à terre paru en 2000, que « Le cul entre 2 chaises / On regarde passer les mouettes / On s’emmerde de temps en temps / On aurait le cœur à la fête / S’il en passait plus souvent ». Un langage qui rompt avec le culte de la chanson de marins…

L’air du temps
A l’instar du CD 6 titres La tête en bas, paru deux ans plus tôt, Genoux à terre s’inscrit musicalement dans la grande famille au vent en poupe, parmi lesquels Les Ogres de Barback, La Tordue, LéOparleur et les Têtes Raides tiennent bon la barre. Ces mêmes Têtes Raides, au demeurant, apparaissent non seulement comme une influence majeure pour Ramsès mais surtout comme les chefs de file et pionniers du genre pour toute cette génération de groupes.
Les similitudes se lisent dans la musique - souvent festive – comme dans le choix des instruments comme les cuivres ou les guitares classiques. Aussi, l’accordéon, depuis quelques années, n’est plus l’instrument ringard à papa et ne rime plus avec Yvette Horner. Il est dépoussiéré et ces groupes montrent qu’il est possible de faire de la chanson, du rock de qualité, chargé d’émotion, avec une base électro-acoustique simple.
La filiation est d’autant plus évidente qu’elle est visible jusqu’à la conception des pochettes d’albums. Toujours dans le sillage des Têtes Raides dont les albums sont illustrés par les Chats Pelés, les CD de Ramsès – comme ceux des autres groupes de cette famille musicale – présentent un graphisme aux couleurs chaudes, aux expressions naïves, voire enfantines.
Ramsès entre donc dans cette lignée d’artistes « mosaïques » qui voguent en quelque sorte sur l’air du temps. On pourrait craindre et être lassé de voir en eux un énième groupe « musette » comme il en pousse comme l’herbe folle ces temps-ci. Au risque de tomber dans l’ersatz ou le manque d’originalité, il est toujours dangereux de s’inscrire dans un courant lorsque celui-ci est porté avec maestria par ses créateurs. Néanmoins, Ramsès parvient à imposer un ton très personnel qui se démarque de ses congénères notamment avec des guitares lourdes et brutes. Aussi, Ramsès peut compter sur un éclectisme qui parcourt largement le champ des possibles, du rock au reggae, du punk à la festive java remise au goût du jour.

L’énergie pour le dire
L’ossature musicale des chansons de Ramsès reçoit une parure textuelle bien singulière, qui tranche étonnamment. Des paroles souvent sombres, des mots bien léchés qui puisent dans une certaine veine réaliste. Mais si ces paroles et musiques déterrent le fantôme des « années folles », l’interprétation repose au-delà. Sur scène, Christophe Blouin, chanteur du sextet, déploie une énergie impressionnante : le son est violent, les guitares bodybuildées pour une âpreté des textes où l’émotion le dispute à l’engagement politique du groupe. Ainsi une mélancolie enragée, une poésie douce-amère qui dépasse le cadre des chants politiques ou du discours syndical…
Les Ramsès ont des choses à dire, à raconter et ne s’en privent pas. Ils égratignent les « charlatans » de tout poil, bousculent le ronron quotidien, apportent leur pierre à l’édifice de la lutte antifasciste, insistent sur l’importance du devoir de mémoire comme sur Les rats, titre issu de leur dernier album Dans ma radio paru en licence chez PIAS à l’automne 2002 : « Lorsque le peuple s’endort / Les rats hurlent en silence / On oublie nos craintes et nos peurs / L’Histoire est une roue grinçante ». Un album plus brut, plus puissant que le précédent où si le groupe semble prendre quelques distances envers l’électro-acoustique on retrouve le caractère d’utilité des chansons même si Christophe lance, désabusé : « Je pisse dans un violon / En voilà une question / Faut-il serrer les poings / Ou remettre à demain / Ce débat salutaire / Ces mots jetés en l’air ? »
Avec 450 concerts au compteur depuis 1992, sur des scènes partagées avec des groupes comme Louise Attaque, les Hurlements de Léo, Bel Œil, la Ruda Salska, Tryo, Pigalle, Les Caméléons, Ludwig Von 88 et bien d’autres, l’expérience de Ramsès n’est plus à démontrer. A vous d’aller vérifier que ces bretons-là ne pissent pas dans une cornemuse…

David Desreumaux - Février 2003

 


 

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