N° 25 - Juil/août 2004
 
Les Croquants
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Ca sent la bière
20 titres - 68.03
Ref : 360932
Sorti : 2001
Production : Auto-produit
Distribution : Mosaic Distribution


01 - Accodéon 2.54
02 - Grand Jacques 1.52
03 - Mon amant de Saint Jean 3.01
04 - La marine 4.05
05 - Emmenez-moi 3.21
06 - Pour me rendre à mon bureau 3.28
07 - Je bois 3.27
08 - Les petits papiers 2.48
09 - Le noyé assassiné 2.57
10 - Sentimental bourreau 3.09
11 - Le cheval 2.38
12 - Le vent 1.14
13 - La femme d'Hector 4.02
14 - Je m'voyais déjà 3.52
15 - Le poiçonneur des Lilas 2.43
16 - Siffler sur la colline 2.01
17 - Les filles du bord de mer 2.44
18 - Adieu cher camarade 4.59
19 - Avec mon harmonica 2.47
20 - Farewell to Ireland 9.50

 
 
01 - Accodéon
Extrait sonore


Dieu que la vie est cruelle
Au musicien des ruelles
Son copain son compagnon
C'est l'accordéon
Qui c'est-y qui l'aide à vivre
A s'asseoir quand il s'enivre
C'est-y vous, c'est moi, mais non
C'est l'accordéon

Accordez accordez accordez donc
L'aumône à l'accordé l'accordéon.

Ils sont comme cul et chemise
Et quand on les verbalise
Il accompagne au violon
Son accordéon
Il passe une nuit tranquille
Puis au matin il refile
Un peu d'air dans les poumons
De l'accordéon

Accordez accordez accordez donc
L'aumône à l'accordé l'accordéon.

Quand parfois il lui massacre
Ses petits boutons de nacre
Il en fauche à son veston
Pour l'accordéon
Lui, emprunte ses bretelles
Pour secourir la ficelle
Qui retient ses pantalons
En accordéon

Accordez accordez accordez donc
L'aumône à l'accordé l'accordéon.

Mais un jour par lassitude
Il laissera la solitude
Se pointer à l'horizon
De l'accordéon
Il en tirera cinquante
Centimes à la brocante
Et on fera plus attention
A l'accordéon.

 

02 - Grand Jacques


C'est trop facile d'entrer aux églises
De déverser toutes ses saletés
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

Tais-toi donc Grand Jacques
Que connais-tu du Bon Dieu
Un cantique une image
Tu n'en connais rien de mieux

C'est trop facile quand les guerres sont finies
D'aller gueuler que c'était la dernière
Ami bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières

Tais-toi donc Grand Jacques
Et laisse-les donc crier
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat

C'est trop facile quand un amour se meurt
Qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié
D'aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l'amour durait l'éternité

Tais-toi donc Grand Jacques
Que connais-tu de l'amour
Des yeux bleus des cheveux fous
Tu n'en connais rien du tout

Et dis-toi donc Grand Jacques {2x}
Dis-le-toi bien souvent
C'est trop facile
De faire semblant. {2x}

 

03 - Mon amant de Saint Jean
Extrait sonore


1 - Je ne sais pourquoi j'allais danser
A Saint-Jean au musette,
Mais quand un gars m'a pris un baiser,
J'ai frissonné, j'étais chipée
Comment ne pas perdre la tête,
Serrée par des bras audacieux
Car l'on croit toujours
Aux doux mots d'amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l'aimais tant,
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean,
Je restais grisée
Sans volonté
Sous ses baisers.

2 - Sans plus réfléchir, je lui donnais
Le meilleur de mon être
Beau parleur chaque fois qu'il mentait,
Je le savais, mais je l'aimais.
Comment ne pas perdre la tête,
Serrée par des bras audacieux
Car l'on croit toujours
Aux doux mots d'amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l'aimais tant,
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean,
Je restais grisée
Sans volonté
Sous ses baisers.

3 - Mais hélas, à Saint-Jean comme ailleurs
Un serment n'est qu'un leurre
J'étais folle de croire au bonheur,
Et de vouloir garder son cœur.
Comment ne pas perdre la tête,
Serrée par des bras audacieux
Car l'on croit toujours
Aux doux mots d'amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l'aimais tant,
Mon bel amour, mon amant de Saint-Jean,
Il ne m'aime plus
C'est du passé
N'en parlons plus.

 

04 - La marine


On les r'trouve en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour,
Tout's les joies, tous les soucis,
Des amours qui dur'nt toujours
C'est là l'sort de la marine
Et de tout's nos petit's chéries.
On accoste, vite un bec,
Pour nos baisers, l'corps avec!

Et les joies et les bouderies,
Les fâcheries, les bons retours,
On les r'trouve en racourci
Dans nos p'tits amours d'un jour.
On a ri, on s'est baisé,
sur les neunœils, sur les nénés,
Dans les ch'veux à pleins bécots
Pondus comm' des œufs, tout chauds!

Tout c'qu'on fait dans un seul jour
Et comme on allonge le temps,
Plus d'trois fois dans un seul jour,
Content, pas content, content!
Y a dans la chambre une odeur
D'amour tendre et de goudron.
Ca vous met la joies dans le cœur
La peine aussi et c'est bon.

On n'est pas la pour causer,
Mais on pens' mêm' dans l'amour
On pens' que d'main y f'ra jour
Et qu'c'est un' calamité.
C'est là l'sort de la marine,
Et de tout's nos petit's chéries,
On accost' mais on devine
Qu'ça s'ra pas le paradis!

On aura beau s'dépécher
Fair' bon dieu, la pige au temps,
Et l'bourrer d'tous nos pêchés
Ca n's'ra pas ça et pourtant...
Tout's les joies, tous les soucis,
Des amours qui dur'nt toujours,
On les r'trouvent en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour.

 

05 - Emmenez-moi
Extrait sonore


Vers les docks où le poids et l'ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits les bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant un parfum poivré
De pays inconnus
Et d'éternels étés
Où l'on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n'ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J'aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d'amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M'enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L'amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve jusqu'au matin
Debout sur le port

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerais dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
A mes rêves d'enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n'est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m'a t'on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil...

 

06 - Pour me rendre à mon bureau


Pour me rendre à mon bureau,
J'avais acheté une auto:
Une jolie traction-avant
Qui filait comme le vent.
C'était en juillet 39,
Je me gonflais comme un boeuf
Dans ma fierté de bourgeois
D'avoir une voiture à moi.

Mais vint septembre
Et je pars pour la guerre.
Huit mois plus tard, en revenant,
Réquisition de ma onze chevaux légère
Strengst verboten provisoirement.

Pour me rendre à mon bureau
Alors j'achète une moto:
Un joli vélomoteur,
Faisant du quarante à l'heure.
À cheval sur mon teuf-teuf,
Je me gonflais comme un boeuf
Dans ma fierté de bourgeois
De rentrer si vite chez-moi.

Elle ne consommait presque pas d'essence,
Mais presque pas, c'est encore trop.
Voilà qu'on me retire ma licence.
J'ai dû revendre ma moto.

Pour me rendre à mon bureau
Alors j'achète un vélo:
Un très joli, tout nickelé,
Avec une chaîne et deux clés.
Monté sur des pneus tout neufs
Je me gonflais comme un boeuf
Dans ma fierté de bourgeois
D'avoir un vélo à moi.

J'en ai eu coup sur coup une douzaine,
On m'les volait périodiquement.
Comme chacun d'eux valait le prix d'une Citroën,
Je fus ruiné très rapidement.

Pour me rendre à mon bureau
Alors j'ai pris le métro.
Ça ne coûte pas très cher
Et il y fait chaud l'hiver.
Alma, Iéna et Marboeuf,
Je me gonflais comme un boeuf
Dans ma fierté de bourgeois
De rentrer si vite chez-moi.

Hélas par économie de lumière,
On a fermé bien des stations
Puis ce fut ce fut la ligne toute entière
Qu'on supprima sans rémission

Pour me rendre à mon bureau
J'ai mis deux bons godillots
Et j'ai fais quatre fois par jours
le trajet à pied aller-retour.
Les Tuileries, le Pont-neuf,
Je me gonflais comme un boeuf
Fier de souffrir de mes cors
Pour un si joli décor.

Hélas bientôt je n'aurai plus d'godasses
Le cordonnier ne r'semelle plus.
Mais en homme prudent et perspicace
Pour l'avenir j'ai tout prévu:

Je vais apprendre demain
À me tenir sur les mains.
J'irai pas très vite bien sûr
Mais je n'userai plus d'chaussures.
J'verrai l'monde de bas en haut.
C'est peut-être plus rigolo.
J'y perdrai rien par surcroît,
Il est pas drôle à l'endroit.

 

07 - Je bois


Je bois pour oublier mes années d'infortune
Et cette vie commune
Avec toi mais si seul
Je bois pour me donner l'illusion que j'existe
Puisque trop égoïste
Pour me péter la gueule

Et je lève mon verre à nos cœurs en faillite
Nos illusions détruites
A ma fuite en avant
Et je trinque à l'enfer qui dans mon foie s'impose
En bouquet de cirrhose
Que j'arrose en buvant

Je bois au jour le jour à tes fautes, à mes fautes
Au temps que côte à côte
Il nous faut vivre encore
Je bois à nos amours ambigus, diaboliques
Souvent tragi-comiques
Nos silences de mort

A nos unions ratées, mesquines et pitoyables
A ton corps insatiable
Roulant de lit en lit
A ce serment, prêté la main sur l'Évangile
A ton ventre stérile
Qui n'eut jamais de fruit

Je bois pour échapper à ma vie insipide
Je bois jusqu'au suicide
Le dégoût la torpeur
Je bois pour m'enivrer et vomir mes principes
Libérant de mes tripes
Ce que j'ai sur le cœur

Au bonheur avorté, à moi, à mes complexes
A toi, tout feu, tout sexe
A tes nombreux amants
A ma peau boursouflée, striée de couperose
Et à la ménopause
Qui te guette au tournant

Je bois au lois bénies de la vie conjugale
Qui de peur de scandale
Poussent à faire semblant
Je bois jusqu'à la lie aux étreintes sommaires
Aux putes exemplaires
Aux froids accouplements

Au meilleur de la vie qui par lambeaux nous quitte
A cette cellulite
Dont ton corps se dépare
Au devoir accompli comme deux automates
Aux ennuis de prostate
Que j'aurais tôt ou tard

Je bois à en crever et peu à peu j'en crève
Comme ont crevé mes rêves
Quand l'amour m'a trahi
Je bois à m'en damner le foie comme une éponge
Car le mal qui me ronge
Est le mal de l'oubli

Je m'enivre surtout pour mieux noyer ma peine
Et conjurer la haine
Dont nous sommes la proie
Et le bois comme un trou qu'est en tout point semblable
A celui que le diable
Te fait creuser pour moi

Je bois mon Dieu, je bois
Un peu par habitude
Beaucoup de solitude
Et pour t'oublier toi
Et pour t'emmerder toi
Je bois, je bois

 

08 - Les petits papiers


Laissez parler
Les p'tits papiers
A l'occasion
Papier chiffon
Puissent-ils un soir
Papier buvard
Vous consoler

Laisser brûler
Les p'tits papiers
Papier de riz
Ou d'Arménie
Qu'un soir ils puissent
Papier maïs
Vous réchauffer

Un peu d'amour
Papier velours
Et d'esthétique
Papier musique
C'est du chagrin
Papier dessin
Avant longtemps

Laissez glisser
Papier glacé
Les sentiments
Papier collant
Ça impressionne
Papier carbone
Mais c'est du vent

Machin Machine
Papier machine
Faut pas s'leurrer
Papier doré
Celui qu'y touche
Papier tue-mouches
Est moitié fou

C'est pas brillant
Papier d'argent
C'est pas donné
Papier-monnaie
Ou l'on en meurt
Papier à fleurs
Ou l'on s'en fout

Laissez parler
Les p'tits papiers
A l'occasion
Papier chiffon
Puissent-ils un soir
Papier buvard
Vous consoler

Laisser brûler
Les p'tits papiers
Papier de riz
Ou d'Arménie
Qu'un soir ils puissent
Papier maïs
Vous réchauffer

 

09 - Le noyé assassiné


Tout seul au fond de la Seine
Je commence à m'ennuyer
En vain je me démène
Pour pouvoir me libérer
Dix ans dans la même pose
Je vous assure que c'est long
Depuis que je me décompose
Je fais peur aux poissons
Qui fichent le camp sans rémission

Je suis un noyé assassiné
Par un gars qu'un voulais
A mon porte-monnaie
Je n'avais pas un centime
Lui pour cacher son crime
Il me jeta dans l'abîme
Et depuis je m'abîme
Dans cette masse d'eau
Je suis un noyé assassiné
J'ai au cou un boulet
M'empêchant de remonter
Parlez d'une aventure
Voilà dix ans que ça dure
Avec ça je vous jure
Que pour une cure, c'est une cure
Moi qui ai horreur de l'eau
Encore si on m'avait flanqué
Dans un tonneau
Où au lieu d'eau
Il y avait du vin clairet
Mais non, mes chairs en deviennent molles
Je me désole et je m'étiole
La Seine ne charrie pas d'alcool
Vous qui m'oyez, plaignez plaignez
Tous les noyés assassinés
Je vivais dans ma famille
J'étais un bon garçon
Je courais après les filles
Pour trousser leurs jupons
Hélas ! dans ma retraite
Y a rien de folichon
Pas une mignonnette
Rien que des petits poissons
Qui fichent le camp sans rémission
Je suis un noyé assassiné
Par un gars qu'en voulait
A mon porte-monnaie
Poussé par cette crapule
Voilà que je bascule
Dans l'eau qui fait des bulles
Et me voilà ridicule
Avec mon aire crevé
Je suis un noyé assassiné
J'ai au cou un boulet
M'empêchant de remonter
Vous parlez d'une histoire
Dans cette immense baignoire
Je n'ai que des déboires
Moi qui mangeais sans boire
Maintenant je bois sans manger
Parfois d'inutiles hameçons
Croyant pêcher
Viennent se loger
Dans le fond de mon pantalon
Ou bien une herbe un peut trop fine
Familièrement, grossièrement
Vient se loger dans mes narines
Vous qui m'oyez, plaignez, plaignez
Tous les noyés assassinés

Je suis un noyé assassiné
Qui voudrait insérer
Dans les annonces couplées
Cette petite chose
En vers plutôt qu'en prose
Je commencerai la chose
Simplement par, pour cause
Pour cause de départ
Je suis un noyé assassiné
Qui céderait volontiers
A un désespéré
Sans une seconde d'attente
De reprise exorbitante
Une retraite charmante
Où il y a l'eau courante
Dans un monde bien à part
Un coin qui vous fera plaisir
Très retiré
Où vous serez
Vraiment heureux à en mourir
Et moi ainsi de mon côté
Je pourrai dire
Au lieu de mourir
Heureux à en ressusciter
Si vous m'enviez
Venez me remplacer
Dans le domaine des noyés
Venez.

 

10 - Sentimental bourreau


Il était une fois
Un beau petit bourreau
Pas plus grand que trois noix
Et pas beaucoup plus gros
Des hautes et basses OEuvres
Etait exécuteur
Et pour les basses OEuvres
Etait à la hauteur
N'avait jamais de trêve
Et jamais de repos
Et en place de grève
Il faisait son boulot

Pourtant couper des têtes,
Disait-il, ça m'embête
C'est un truc idiot
Ça salit mon billot
Pour nourrir ma vieille mère
Je saigne Paul ou Pierre
D'un geste un peu brutal
Mais sans penser à mal
Sentimental bourreau
Aïe, aïe, aïe,... aïe, aïe, aïe,...

Un soir de sa fenêtre
La femme du fossoyeur
Héla l'homme des têtes
Et lui ouvrit son cœur
Depuis longtemps sevrée
De transports amoureux
A vous veux me livrer
O bourreau vigoureux!
Je vous lance une corde
Du haut de mon balcon
Grimpez-y c'est un ordre
Allons exécution!

A partager sa couche
La belle l'invita
En quelques coups de hache
Il la lui débita
L'époux au bruit du bris
Survint un peu inquiet
Il partagea l'mari
Pour garder sa moitié
Comme la dame inquiète
Suggérait : " Taillons-nous ".
Il lui coupa la tête
Et se trancha le cou

Prince prenez grand soin
De la doulce Isabeau
Qu'elle n'ait oncques besoin
D'un petit bourreau beau.

 

11 - Le cheval


Le petit cheval dans le mauvais temps
Qu´il avait donc du courage
C´était un petit cheval blanc
Tous derrière et lui devant

Il n´y avait jamais de beau temps
Dans ce pauvre paysage
Il n´y avait jamais de printemps
Ni derrière ni devant

Mais toujours il était content
Menant les gars du village
A travers la pluie noire des champs
Tous derrière et lui devant

Sa voiture allait poursuivant
Sa belle petite queue sauvage
C´est alors qu´il était content
Tous derrière et lui devant

Mais un jour, dans le mauvais temps
Un jour qu´il était si sage
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière et lui devant

Il est mort sans voir le beau temps
Qu´il avait donc du courage
Il est mort sans voir le printemps
Ni derrière ni devant

 

12 - Le vent


Si, par hasard
Sur l´Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent fripon
Prudenc´, prends garde à ton jupon
Si, par hasard
Sur l´Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent maraud
Prudent, prends garde à ton chapeau

Les jean-foutre et les gens probes
Médis´nt du vent furibond
Qui rebrouss´ les bois, détrouss´ les toits, retrouss´ les robes
Des jean-foutre et des gens probes
Le vent, je vous en réponds
S´en soucie, et c´est justic´, comm´ de colin-tampon

Si, par hasard
Sur l´Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent fripon
Prudenc´, prends garde à ton jupon
Si, par hasard
Sur l´Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent maraud
Prudent, prends garde à ton chapeau

Bien sûr, si l´on ne se fonde
Que sur ce qui saute aux yeux
Le vent semble une brut´ raffolant de nuire à tout l´monde
Mais une attention profonde
Prouv´ que c´est chez les fâcheux
Qu´il préfèr´ choisir les victimes de ses petits jeux

Si, par hasard
Sur l´Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent fripon
Prudenc´, prends garde à ton jupon
Si, par hasard
Sur l´Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent maraud
Prudent, prends garde à ton chapeau

 

13 - La femme d'Hector
Extrait sonore


En notre tour de Babel
laquelle est la plus belle
la plus aimable parmi
les femmes de nos amis?
Laquelle est notre vrai nounou
La p'tite soeur des pauvres de nous
Dans le guignon toujours présente
Quelle est cette fée bienfaisante

(Refrain)

C'est pas la femme de Bertrand
Pas la femme de Gontrand
Pas la femme de Pamphile
C'est pas la femme de Firmin
Pas la femme de Germain
Ni celle de Benjamin
C'est pas la femme d'Honoré
Ni celle de Désiré
Ni celle de Théophile
Encore moins la femme de Nestor
Non, c'est la femme d'Hector.

Comme nous dansons devant
Le buffet bien souvent
On a toujours peu ou prou
Les bras cribles de trous...
Qui raccommode ces malheurs
De fils de toutes les couleurs
Qui brode, divine cousette,
des arcs-en-ciel a nos chaussettes?

Refrain

Quand on nous prend la main
Sacre bon dieu dans un sac
Et qu'on nous envoie planter
Des choux a la santé
Quelle est celle qui, prenant modèle
Sur les vertus des chiens fidèles
Reste a l'arrêt devant la porte
En attendant que l'on ressorte

Refrain

Et quand l'un d'entre nous meurt
Qu'on nous met en demeure
De débarrasser l'hôtel
De ses restes mortels
Quelle est celle qui r'mu tout paris
Pour qu'on lui fasse, au plus bas prix
Des funérailles gigantesques
Pas nationales, non, mais presque?

Refrain

Et quand vient le mois de mai
Le joli temps d'aimer
Que sans echo, dans les cours,
Nous hurlons a l'amour
Quelle est celle qui nous plaint beaucoup
Quelle est celle qui nous saute au cou
Qui nous dispense sa tendresse
Toutes ses économies d'caresses ?


Refrain

Ne jetons pas les morceaux
De nos coeurs aux pourceaux
Perdons pas notre latin
Au profit des pantins
Chantons pas la langue des dieux
Pour les balourds, les fess'mathieux
Les paltoquets, ni les bobèches
Les foutriquets, ni les pimbêches,


dernier Refrain

Ni pour la femme de Bertrand
Pour la femme de Gontrand
Pour la femme de Pamphile
Ni pour la femme de Firmin
Pour la femme de Germain
Pour celle de Benjamin
Ni pour la femme d'Honoré
La femme de Désiré
La femme de Théophile
Encore moins pour la femme de Nestor
Mais pour la femme d'Hector

 

14 - Je m'voyais déjà


dix-huit ans j'ai quitté ma province
Bien décidé à empoigner la vie
Le cœur léger et le bagage mince
J'étais certain de conquérir Paris

Chez le tailleur le plus chic j'ai fait faire
Ce complet bleu qu'était du dernier cri
Les photos, les chansons et les orchestrations
Ont eu raison de mes économies

Je m'voyais déjà en haut de l'affiche
En dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalait
Je m'voyais déjà adulé et riche
Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient

J'étais le plus grand des grands fantaisistes
Faisant un succès si fort que les gens m'acclamaient debout
Je m'voyais déjà cherchant dans ma liste
Celle qui le soir pourrait par faveur se pendre à mon cou

Mes traits ont vieilli, bien sûr, sous mon maquillage
Mais la voix est là, le geste est précis et j'ai du ressort
Mon cœur s'est aigri un peu en prenant de l'âge
Mais j'ai des idées, j'connais mon métier et j'y crois encor

Rien que sous mes pieds de sentir la scène
De voir devant moi le public assis, j'ai le cœur battant
On m'a pas aidé, je n'ai pas eu d'veine
Mais au fond de moi, je suis sur d'avoir du talent

Ce complet bleu, y a trente ans que j'le porte
Et mes chansons ne font rire que moi
J'cours le cachet, j'fais du porte à porte
Pour subsister j'fais n'importe quoi

Je n'ai connu que des succès faciles
Des trains de nuit et des filles à soldats
Les minables cachets, les valises à porter
Les p'tits meublés et les maigres repas

Je m'voyais déjà en photographie
Au bras d'une star l'hiver dans la neige, l'été au soleil
Je m'voyais déjà racontant ma vie
L'air désabusé à des débutants friands de conseils

J'ouvrais calmement les soirs de première
Mille télégrammes de ce Tout-Paris qui nous fait si peur
Et mourant de trac devant ce parterre
Entré sur la scène sous les ovations et les projecteurs

J'ai tout essayé pourtant pour sortir de l'ombre
J'ai chanté l'amour, j'ai fait du comique et d'la fantaisie
Si tout a raté pour moi, si je suis dans l'ombre
Ce n'est pas ma faut' mais cell' du public qui n'a rien compris

On ne m'a jamais accordé ma chance
D'autres ont réussi avec un peu de voix mais beaucoup d'argent
Moi j'étais trop pur ou trop en avance
Mais un jour viendra je leur montrerai que j'ai du talent

 

15 - Le poiçonneur des Lilas


J'suis l'poinçonneur des Lilas
Le gars qu'on croise et qu'on n' regarde pas
Y a pas d'soleil sous la terre
Drôle de croisière
Pour tuer l'ennui j'ai dans ma veste
Les extraits du Reader Digest
Et dans c'bouquin y a écrit
Que des gars s'la coulent douce à Miami
Pendant c'temps que je fais l'zouave
Au fond d'la cave
Paraît qu'y a pas d'sot métier
Moi j'fais des trous dans des billets

J'fais des trous, des p'tits trous, encor des p'tits trous
Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous
Des trous d'seconde classe
Des trous d'première classe
J'fais des trous, des p'tits trous, encor des p'tits trous
Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous
Des petits trous, des petits trous,
Des petits trous, des petits trous

J'suis l'poinçonneur des Lilas
Pour Invalides changer à Opéra
Je vis au cœur d'la planète
J'ai dans la tête
Un carnaval de confettis
J'en amène jusque dans mon lit
Et sous mon ciel de faïence
Je n'vois briller que les correspondances
Parfois je rêve je divague
Je vois des vagues
Et dans la brume au bout du quai
J'vois un bateau qui vient m'chercher

Pour m'sortir de ce trou où je fais des trous
Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous
Mais l'bateau se taille
Et j'vois qu'je déraille
Et je reste dans mon trou à faire des p'tits trous
Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous

Des petits trous, des petits trous,
Des petits trous, des petits trous

J'suis l'poinçonneur des Lilas
Arts-et-Métiers direct par Levallois
J'en ai marre j'en ai ma claque
De ce cloaque
Je voudrais jouer la fill'' de l'air
Laisser ma casquette au vestiaire
Un jour viendra j'en suis sûr
Où j'pourrais m'évader dans la nature
J'partirai sur la grand'route
Et coûte que coûte
Et si pour moi il n'est plus temps
Je partirai les pieds devant

J'fais des trous, des p'tits trous, encor des p'tits trous
Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous

Y a d'quoi d'venir dingue
De quoi prendre un flingue
S'faire un trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou
Un p'tit trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou
Et on m'mettra dans un grand trou
Où j'n'entendrai plus parler d'trou plus jamais d'trou
De petits trous de petits trous de petits trous

 

16 - Siffler sur la colline


Laï laï laï laï laï, laï laï laï laï, laï laï laï laï {2x}
Oh oh, oh oh {2x}

Je l'ai vu près d'un laurier, elle gardait ses blanches brebis
Quand j'ai demandé d'où venait sa peau fraîche elle m'a dit
C'est d'rouler dans la rosée qui rend les bergères jolies
Mais quand j'ai dit qu'avec elle je voudrais y rouler aussi

Elle m'a dit ...
Elle m'a dit d'aller siffler là-haut sur la colline
De l'attendre avec un petit bouquet d'églantines
J'ai cueilli des fleurs et j'ai sifflé tant que j'ai pu
J'ai attendu, attendu, elle n'est jamais venue

A la foire du village un jour je lui ai soupiré
Que je voudrais être une pomme suspendue à un pommier
Et qu'à chaque fois qu'elle passe elle vienne me mordre dedans
Mais elle est passée tout en me montrant ses jolies dents

Elle m'a dit ...
Elle m'a dit d'aller siffler là-haut sur la colline
De l'attendre avec un petit bouquet d'églantines
J'ai cueilli des fleurs et j'ai sifflé tant que j'ai pu
J'ai attendu, attendu, elle n'est jamais venue

 

17 - Les filles du bord de mer


Je me souviens du bord de mer avec ses filles au teint si clair
Elles avaient l'âme hospitalière c'était pas fait pour me déplaire
Naïves autant qu'elles étaient belles on pouvait lire dans leurs prunelles
Qu'elles voulaient pratiquer le sport pour garder une belle ligne de corps
Et encore, et encore, z'auraient pu danser la java

Z'étaient chouettes les filles du bord de mer
Z'étaient chouettes pour qui savait y faire

Y'en avait une qui s'appelait Eve c'était vraiment la fille d'mes rêves
Elle n'avait qu'un seul défaut elle se baignait plus qu'il ne faut
Plutôt qu'd'aller chez le masseur elle invitait le premier baigneur
A tâter du côté de son cœur, en douceur, en douceur
En douceur et profondeur

Z'étaient chouettes les filles du bord de mer
Z'étaient chouettes pour qui savait y faire

Lui pardonnant cette manie j'lui proposes de partager ma vie
Mais dès que revint l'été je commençe à m'inquiéter
Car sur les bords d'la Mer du Nord elle se remit à faire du sport
Je tolérais ce violon d'Ingres sinon elle devenait malingre

Puis un beau jour j'en ai eu marre c'était pis que la mer à boire
J'lai refilée à un gigolo et j'ai nagé vers d'autres eaux
En douceur, en douceur

Z'étaient chouettes les filles du bord de mer
Z'étaient bêtes pour qui savait leur plaire

La la la la la la La la la la la la ..............

 

18 - Adieu cher camarade


Adieu, cher camarade, adieu, faut nous quitter
Faut quitter la bamboche à bord il faut aller !
En arrivant à bord, en montant la coupée,
A l'officier de quart il faudra se présenter
Faudra se présenter.

Coup de sifflet du Maître, poste d'appareillage !
Autour du cabestan se range l'équipage.
Un jeune quartier-maître, la garcette à la main,
Aux ordres d'un premier maître nous astique les reins,
Nous astique les reins.

Jours de fête et dimanches on nous fait travailler
Comm' les bêtes de somm' qui sont chez nos fermiers
Pour ration, des gourganes, des biscuits pleins de vers
Le quart de vin en bas et la nuit, les pieds aux fers,
La nuit, les pieds aux fers.

Et vous, jeunes fillettes qui avez des amants
Bourlinguant tout là-bas à bord des bâtiments,
Ah ! soyez-leur fidèles, gardez bien votre coeur
A ces marins modèles qui ont tant de malheur,
Qui ont tant de malheur.

Et si je me marie et que j'ai des enfants,
Je leur cass'rai un membre avant qu'ils ne soient grands
Je ferai mon possible pour leur gagner du pain
Le restant de ma vie pour qu'ils ne soient pas marins
Qu'ils ne soient pas marins !

 

19 - Avec mon harmonica


Dans mon sac de matelot
J'ai mis tout c'que j'avais de plus beau
Souvenirs de tous pays
Bouteilles de rhum et de whisky
Une montre qui ne marche pas
Ma pipe et mon tabac
J'y ai mis l'harmonica
Qu'j'avais acheté à Malaga

{Refrain:}
Avec mon harmonica, je souffle le voile
A l'harmonica, l'harmonica
Pour naviguer la polka, écoutez ça les gars
Faut faire l'harmonica

Il m'accompagne partout
Une chanson prête à chaque trou
Il sait des tas de refrains
Dont la plupart sont des marins
A bord pendant les quarts, à bord
Il fait rêver les gars
Il leur parle de la terre
Et du pays de leurs amours

Du temps où j'étais pas manchot
Il faisait la cour dans les pays chauds
A une sombre beauté
Qui n'voulait pas s'laisser tenter
Sa peau et son corps étaient noirs
Elle ne voulait rien savoir
J'lui ai dit qu'j'étais matelot
Elle a crié : "Je suis perdue"

Celui qu'a composé cette chanson
C'est Henri Jacques, matelot de pont
Si elle est à votre goût
Les gars faut lui payer un coup
Avec sa mine de trafiquant
Faut lui rincer les dents
Offrez-lui un coup d'taffia
Et j'vous jure bien, il le boira

 

20 - Farewell to Ireland



 

 


 

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