N° 15 - Sept. 2003
 
Les Ogres de Barback
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Crédit: site officiel

 

Rue du temps
14 titres - 44.57
Ref : Voyag 777
Sorti : 1997
Production : Auto-produit
Distribution : Irfan le label


01 - Tchayuskov 0.59
02 - Les voyageurs 2.21
03 - Grand père 3.43
04 - P tit gars 3.59
05 - Ces tonnes de gens 3.11
06 - Femme du guerrier 4.38
07 - Accordéon pour les cons 3.41
08 - Valkovitch 1.13
09 - Le délire des deux alcooliques 3.32
10 - Kolyn 0.46
11 - Le voyageur 1.50
12 - P'tit bonhomme 2.42
13 - Tout perdu 4.23
14 - Rue de Paname 7.51

 
 
01 - Tchayuskov



 

02 - Les voyageurs


Ils ont le ciel pour lit et la terre pour travail,/Une paire de mains pour outils qui jour à jour les ravitaillent/De musique et de couleurs, de peine et de gaieté/Une larme est parfois le bonheur et un sourire la méchanceté./Dans un regard mystérieux, dans une humeur variable/Un objet n'est pas précieux mais une parole inoubliable/Leur chant est un empire, peut-être le seul d'ailleurs/Que rien ne pourra détruire, ni les hommes, ni leurs peurs./Et si le temps passe ici-bas, si les minutes défilent,/Il en est qui croisent les doigts pour ne pas perdre les sourcils./Au-delà de tous ces mots, de toutes ces angoisses /Eux voyagent le cœur en haut à gauche de la crasse. /Et l'étude importante de la terre qui nous entoure /Récits d'aventures sanglantes, de vies et d'amours,/N'apparaît dans aucun livre, manuscrit/Mais, jour après jour, revient pour nous l'apprendre ici./Mais quand les arbres s'écroulent/Quand le bitume grandit et quand l'alcool rend maboul/Quand l'argent nous pourrit/Eux ne s'en servent pas non plus comme prétexte de gloire/Restent ou partent selon la vue et selon l'espoir /Et quand la police pas aimable, pour cause de bruit, /Vient détruire le minable restant de poésie/Qu'il y a dans cette jungle, immense cité, /Où les hommes ne sont plus humbles ou ne l'ont jamais été.

 

03 - Grand père


Ainsi mon grand-père, c't'enfoiré, n'aurait pas connu la guerre. /Que de mensonges en soirées de Noël ou d'anniversaire/Où mes oreilles épatées écoutaient ce que naguère/Ce petit père, héros né, avait connu de misères /Dans ce camion pris d'assaut, les griffures de son dos /N'étaient pas venues des bombes mais des ongles d'une blonde /Qu'était p't'être bien grand-maman ou la femme d'un adjudant/Et ne parlait pas l'allemand mais l'ukrainien, évidemment... /Il s'en est pas fait pour l'Alsace, et encore moins pour la Lorraine /En attendant que guerre se passe, il s'est dit : « Oh, là, quelle aubaine ! /Il y a un camion de passe-passe, je vais m'en mettre plein la bedaine /Avec une femme qui a la classe.../On va s'éclater en Ukraine... »/Ainsi mon grand-père, ce menteur, m'avait mené en bateau /En me disant que la peur lui remontait dans le dos /Lorsque les balles sifflaient et que la mort arrivait /Et les grandes dents de Satan pour rappeler à chaque instant/Qu'il faut rester l'œil vif et l'ouïe bien concentrée /Avoir un avis sur tout pour ne pas finir dans un trou./C'était plutôt dans son pif que la vodka v'nait s'concentrer /Dans ces plaines, pleinement saoul, il finissait pas dans l'même trou. /Il s'en est pas fait pour l'Alsace, et encore moins pour la Lorraine /En attendant que guerre se passe, il s'est dit : « Oh, là, quelle aubaine ! /Il y a un camion de passe-passe, je vais m'en mettre plein la bedaine /Avec une femme qui a la classe.../On va s'éclater en Ukraine... »/Ainsi mon grand-père, ce minable, n'avait pas la main coupée/Par le geste admirable de secourir des blessés /Il avait juré sur Satan qu'il protégerait femmes et enfants /Que sa main aille au diable, que rien n'lui serait excusable /Qu'il défendrait la patrie au péril de sa vie /Qu'il ferait sa carrière chez ces braves militaires. /Parlons-en d'sa carrière, :Et d'sa solde de militaire :/Quarante francs soixante-dix, vingt vodkas, pinard, extasix.../Il s'en est pas fait pour l'Alsace, et encore moins pour la Lorraine /En attendant que guerre se passe, il s'est dit : « Oh, là, quelle aubaine ! /Il y a un camion de passe-passe, je vais m'en mettre plein la bedaine /Avec une femme qui a la classe.../On va s'éclater en Ukraine... »/Ainsi mon grand-père, ce salaud… Bah ! c'était pas mon grand-père/Le vrai s'est fait trouer la peau dès le début de la guerre/Il était chef-adjudant, l'ex-mari de grand-maman /Et ne parlait pas l'allemand mais l'ukrainien évidemment ! /Grand-mère, sur son lit d'enterrement, ne fit pas trop de prières, /Ou plutôt pria son argent et ses médailles légendaires/Prit son avenir à deux mains, et en bonne samaritaine /Ramassa le premier chien pour s'éclater en Ukraine. /Elle s'en est pas fait pour l'Alsace et encore moins pour la Lorraine, /En attendant que guerre se passe, elle s'est fait masser à la chaîne /Par un poivrot un peu crasse qui, comme elle, fuyait la peine/De soldats bien plus dégueulasses que deux déserteurs en Ukraine !

 

04 - P tit gars


C'est un p'tit gars qui n'voudrait pas qu'l'on soit /Restés tous ici-bas qu'des vieux loups solitaires./C'est un clochard qui n'voudrait pas qu'l'on mette /Sur nos yeux des lunettes pour n'les voir qu'en hiver. /Lui, sa vie, c'est l'mensonge. /Le bonheur ne l'connaît pas. /C'est un p'tit gars qui regrette tous les jours,/Qui se dit « Dieu est sourd, les hommes tous sédentaires.» /Ses insultes, il les éponge à grands coups d'poing sans pourquoi/Avec sa gueule de défoncé. /C'est un p'tit gars qu'aurait fait un braquage/Ce fameux soir de rage à la mort d'son daron./Cet enculé qui pour élever ses gosses /N'a choisi que des bosses en leur foutant des gnons./Il chiale le jour, il pleure la nuit./A ses yeux, tout est pourri./Et la misère qu'il a dans ses grands yeux /Il la tient de sa mère prostituée en prison. /Y'a pas d'futur, y'a qu'des ordures,/Tout est troué même ses chaussures. /Ouais, ce p'tit gars qu'avait tant besoin d'amour /Le jour et de tendresse, un soir, est mort d'ivresse. /Dans un bistrot près d'Paris en banlieue /Il a noyé ses yeux dans sa dernière Guinness. /C'est sûr que j'aimerais bien l'venger./Lui, il m'a juste demandé d'chanter. /Ce p'tit refrain pour qu'les gars du quartier/Essayent un peu d's'aimer, que la violence cesse. /C'est qui, lui ? me direz-vous. /C'est sa gueule de p'tit voyou.

 

05 - Ces tonnes de gens


Ils plient bagage et espèrent que là-bas sera mieux qu'hier : ces tonnes de gens sans importance. /Ces gens dans le vent, ces gens qui ont l'âme en errance, ces gens hors du temps./Ont le cœur comme une fleur et l'âme d'un voyageur. /Ces gens dans le vent, ces gens qui ont l'âme en errance, ces gens hors du temps. /Font d'un chant une planète et des lustres de violettes./Partiront bien assez tôt avant que ceux qui sont là-haut, /Ceux qui se moquent de leur « in-importance » : ces gens dans le temps, ces gens hors du vent !

 

06 - Femme du guerrier


C'est la lettre de la femme du guerrier /Elle est venue par hasard dans mon courrier /Elle raconte la triste et dure vérité /D'une femme qui ne veut rien gâcher /« Mon amour, ne m'écris pas si tu es prisonnier, /Si tu es prisonnier, si tu es prisonnier, /Mon amour, ne reviens pas, pas après cet été, /Je t'aurai oublié, je t'aurai oublié./Que la vie continue, que la chance soit avec toi, /Moi, mon corps nu ne connaît que toi. /Mais la vie est si courte et la guerre si cruelle /Si l'on m'offre une autre route, je partirai avec elle./Et l'unique enfant que j'ai eu de toi, /Grandit avec le vent du combat/Mais il arrive des fois, que je meure si je mens,/Qu'il arrive-t-en pleurant, criant qu'il a tout oublié de toi./Et toutes ces années, à me mordre les doigts /Sont des années gâchées mais pour toi /Je t'avais déclaré que je ferais n'importe quoi/Mais la foi disparaît, c'est l'ennui qui la noie. »/C'est la lettre de la femme du guerrier /Elle est venue par hasard dans mon courrier /Elle raconte la triste et dure vérité /D'une femme qui ne veut rien gâcher /Et les fleurs du printemps vont déjà s'annoncer /Voilà déjà si longtemps qu'j'n'en ai plus profité /Je finis, m'effondrant, ce sinistre papier/C'est le maudit chant de la femme du guerrier.

 

07 - Accordéon pour les cons


Nous, on adore les voyages bien qu'on ne voyage pas souvent, /On adore les Gitans bien qu'on n'les voit qu'de temps en temps /Moi, qui voulais être président, je n'suis même pas étudiant /Et je joue d'l'accordéon,/Alors que j'trouve que c'est un instrument pour les cons, /Et je ne suis qu'un prisonnier qu'aurait voulu être un homme libre /Aller dans les champs, chanter, glaner les fruits et les fleurs /Courir les filles et faire des jeux d'enfants, ne plus avoir peur/Et je n'joue que d'l'accordéon,/Alors que j'trouve que c'est un instrument pour les cons./Oh, oui ! le nom de prisonnier me va comme un gant /Mais un gant sale et mal brodé, un peu comme celui d'un gitan/Quant à c'que j'pense de la tendresse, /J'me la fous bien au fond des fesses /Et je joue d'l'accordéon,/Alors que j'trouve que c'est un instrument pour les cons./Je n'suis pas l'ami du silence et encore moins celui du bruit/Les banlieusards en ont d'la chance, les campagnards doivent être ravis/Chez moi, y'a une porte qui grince et y'a un lit qui pousse des cris/Et moi, qui joue d'l'accordéon,/Alors que j'trouve que c'est un instrument pour les cons./J'ai vu toutes les dunes de la Creuse, j'ai vu tous les bistrots à Nantes /Ma vie n'en est pas plus heureuse, mon âme n'en est pas plus contente/Un jour, c'est sûr, je l'ai promis, je trahirai tous mes amis /Et je jouerai d'l'accordéon, /Alors que j'trouve que c'est un instrument pour les cons./J'ai tout raté dans cette vie et je tremble près de Paris/C'est pas de froid oh! non, pardi ! c'est le remord qui me pourrit /Et c'est d'injure en imposture, j'ai jamais mis les points sur les i/Et je n'joue que d'l'accordéon,/alors que j'trouve que c'est un instrument pour les ...

 

08 - Valkovitch



 

09 - Le délire des deux alcooliques


Eh ! Polo, il fait froid dans ta caravane./Qu'est-ce qui t'est arrivé ? /Ta guitare est cassée ?/Oh, tout est foutu, brisé dans mon crâne. /Ça sent le pourri, le renfermé. /Ouais, t'as raison, hein, on est là, pas là-bas./Tant pis pour nous. /On est là, mais sans sous, /Il me semble pas que ce soit leur cas. /Eh ! Mais t'as pas vu,/Il reste du pain, de la bière,/Un peu de braises./Oh, fais donc un feu /Si ça peut te rendre à l'aise./Moi, j'oublie pas, avec ou sans ça, j'y peux rien. /Toi aussi, la vie te semble étrange /Depuis qu'ils sont partis... /Oh, je n'ai jamais été un ange/Mais depuis que je suis ici, bah.../Eh ! Mais Polo, le monde est petit, hein.../On pourra les retrouver./Ici ou ailleurs, restés ou partis /C'est paumé que j'suis né /Et comment ? Et pourquoi ? Avec quel argent ?/Tu peux me le dire, toi. Pourquoi pas… [ou alors ?]/J'irai sur les ports valser /Puisque le monde va bien /De ce que disent les marins. /J'irai dans les rues, les chemins /Chanter dans tous les bals /Avec mon sac, mes sandales /J'irai sur les marchés du monde/Raconter mes histoires, /Chouraver leur pinard./A la sortie de la messe, le dimanche/Bah ! moi, j'taperai la manche /Aux bourgeois qui s’ront là./Et je chanterai mes chansons ignobles /Ça plaira au curé /J'lui piquerai tout son blé./Et après, je cracherai sur les pauvres/J'leur filerai des coups de pied /Semblant d'pas faire exprès./J'irai sur les ports valser /Puisque le monde va bien/De ce que disent les marins. /Et après j'serai moi, le président/Et on marchera au pas /En rang derrière moi./Et je serai chef de toutes les bandes, /Le roi des truands,/La peur des honnêtes gens/J'irai sur les ports valser /Puisque le monde va bien/De ce que disent les marins, les putains.../J'irai sur les ports valser/Puisque le monde va bien /Et que moi, j'ai du chagrin...

 

10 - Kolyn



 

11 - Le voyageur


Sois fier de toi, mon frère/Tu t'en reviens de loin/Tout autour de la terre/La mort était au coin/De toutes tes aventures/De tous les continents/Ton retour est très dur/Mais sois fier à présent/Ne regrette pas, mon frère/T'as choisi et c'est tout/Eh bien, t'as su le faire /Courageux et sans sous/Dans ton p'tit sac à puces/On n'voyait pas très bien/D'où venait ton astuce/Mais ne regrette rien/N'aie pas honte, mon frère/Je sais, t'étais pas là/À l'enterrement du père/C'est pas si grave que ça/Bien sûr, lui, l'aurait voulu/Qu'tu sois à ses côtés/Mais tout n'est pas perdu/N'aie pas honte de pleurer/N'sois pas triste, mon frère/La vie ici, c'est tout/C'qu'il y a d'plus ordinaire/Parfois j'en deviens fou/Et je passe du rire/Aux larmes sur ma joue :Il m'arrive, ton souv'nir/N'sois pas triste et c'est tout/Ne regarde pas, mon frère/C'qu'on est dev'nus ici/Mais le bonheur se perd/Et l'espoir s'enfuit/Tu sais, t'as rien loupé/Tout est toujours en place/Dehors rien n’a changé/Ne regarde pas en face/Ne repars pas, mon frère/Tu es ici chez toi/Et pense à notre mère/Qui n'le support'rait pas/Bois encore deux ou trois verres/Et dors ici ce soir/S'cuse-moi, à quoi ça sert/Tu repars au revoir

 

12 - P'tit bonhomme



 

13 - Tout perdu


Convaincu d'avoir vécu, il plie ses mains sur ses paupières /Et la nuit déjà berce sa chaumière. /Il n'a plus rien à perdre. /Il a déjà tout perdu. /Il ne s'en retournera pas sur ce qu'il est convaincu /Il est convaincu d'avoir vécu. /Il n'a plus rien à perdre. /Il a déjà tout perdu. /On le rencontre souvent allongé dans un champ convaincu. /Convaincu d'avoir vécu. /Il n'a plus rien à perdre. /Il a déjà tout perdu. /On le reconnaît pourtant tout de vert vêtu. /Vêtu du vert qui a vécu. /Il n'a plus rien à perdre. /Il a déjà tout perdu. /Sa vie fut longue, triste et pleine d'inattendus, d'imprévus. /D'un prévu, pendu, convaincu /Qu'il n'a plus rien à perdre. /Il a déjà tout perdu. /Si je vous parle de cet homme, c'est qu'ils sont des milliers convaincus /Convaincus d'avoir vécu. /Et ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout perdu. /Ils sont des milliers, que des hommes /En uniformes et déçus /Déçus de n'avoir rien vaincu. /Et ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout perdu. /Ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout déçu./Ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout vaincu. /Non, ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout perdu. /Ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout déçu. /Ils n'ont plus rien à perdre /Ils ont déjà tout vaincu.

 

14 - Rue de Paname
Extrait sonore


Dans une rue de Panam /Errant au bord de l'eau /J'fumais mon Amsterdam/Pour finir au bistrot /Y’avait là deux-trois femmes /Qui faisaient le tapin /Moi, j'aiguisais ma lame /Pour planter les rupins /Les gens de bon quartier,/Les touristes, les vieillards,/Aiment bien s'promener le long des grands boul'vards/Ils achètent des souv'nirs, des tours Eiffel en plastique/Les saltimbanques les font rire mais faudrait qu'on leur explique/Qu'il y a d'la merde partout, de la drogue /Et surtout des jeunes en galère qui trafiquent la misère/Ouais ! j'dois bien avouer que j'y passe toutes mes journées /C'est que parfois à Paris, c'est la joie et la folie .../Mais croyez-moi, bientôt les flics auront du boulot/Car tous les vagabonds parlent de révolution/Un jour, toutes nos chansons, ouais, vous désarmeront/Il n'y aura plus qu'la folie, la joie et l'anarchie, /La joie et l'anarchie,/La joie dans Paris.

 

 


 

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