N° 13 - Mai 2003
 
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Crédit : Flavie Girbal

 

L’amour de l’amour (et la chair à saucisse)
15 titres - 47 min
Ref : 8415532
Sorti : 1995
Production : Côtes du Rhône
Distribution : EPM


01 - A fond les ballons 2'28
02 - Du brun 3'22
03 - L'amour, quel bordel 2'24
04 - Les riches 3'22
05 - Petite chanson d'automne 1'40
06 - Les danseuses nues 2'57
07 - Quand tu te tires 2'42
08 - La chair à saucisse 3'53
09 - La quarantaine rugissante 3'30
10 - Le bonheur (Chanson de Jean Villard "Gilles") 4'07
11 - Les garagistes 2'32
12 - Furieuse et belle 3'02
13 - L'aveugle 2'47
14 - Souvenirs de voyage 4'07
15 - Incorrigible hiver (chanson de Dominique Scheder) 4'23

 
 
01 - A fond les ballons


Les soirs où tu sens les noisettes / T'es belle comme un bandonéon / Et je t'aime à fond les manettes / À fond les ballons / Y a des matins, tu sens les cendres / Et puis la flotte qu'est tombée dessus / Alors là, je t'aime à pierre fendre / À bride abattue / À des moments, tu sens les sous-bois / La bicyclette neuve, le beurre frais / Là, je pourrais faire n'importe quoi / Mais c'est toi qui l' fais / Et tout d'un coup tu sens la mousse / Et le bouchon d'un vin nouveau / Et je t'aime à la va comme je te pousse / À tire-larigot / Si tu veux que je t'aime comme il faut / T'as qu'à sentir les haricots (cuits) / Si tu veux pas que je t'aime comme un con / T'as qu'à pas sentir aussi bon / Si tu veux que je t'aime poliment / Il faut pas sentir la jument / Le soleil, le sel, le hareng / Le gravier, les vieux papiers / Les apparts après les vacances / Les cœur de salade / La pâte d'amande / Le bois tout neuf pour une charpente / Tu sais, les chevrons à poser, la sciure, / L'huile de tronçonneuse et tout le bataclan / Le maïs, la saucisse, le pain d'épice / Tu sens la pluie qui s'amène, le matin / Les toutes premières gouttes sur un chemin / Les après-midi vers les blés / Le pinard et les nouveau-nés / J'y peux rien si tu sens la vie / Et toutes ces conneries…

 

02 - Du brun


Avez-vous vu ces gens d'Irlande / Petit pays européen / Se peigner carrément pour rien / Depuis cent cinquante ans au moins / On tue gentiment dans son coin / Entre deux bières et des copains / C'est carrément la Suisse Allemande / Ou alors on n'en est pas loin / Et c'est même pas des baffes qui se perdent / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est de la merde / C'est pas des trucs à mettre au point / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est du brun… / Aller piller la Somalie / Relève d'une finesse infinie / Pour gazer les enfants des Kurdes / Faut pas avoir peur de l'absurde / Pour pressurer les Haïtiens / Il faut être un peu dans le besoin / Violer des Serbes ou des Bosniaques / Il faut être carrément maniaque / Et c'est même pas des baffes qui se perdent / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est de la merde / C'est pas des trucs à mettre au point / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est du brun… / Tuer pour Dieu ou pour Allah / Il y a longtemps que tout le monde fait ça / Zigouiller les instituteurs / D'Algérie, ça, c'est novateur / Pour entraîner des kamikazes / Faut un certain sens de l'extase / Faire passer les enfants d'abord / Sur les mines, ça, c'est très très fort / Et c'est même pas des baffes qui se perdent / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est de la merde / C'est pas des trucs à mettre au point / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est du brun… / Je croyais que la prochaine mondiale / Serait la guerre de ceux qu'ont la dalle / Je voyais les pauvres en mouvement / Contre les riches et l'occident / Les gens crèvent que pour des conneries / Pour le plaisir de la tuerie / Allez va-z-y Johnny, fais-moi mal / Et qu'on passe au téléjournal / Et c'est même pas des baffes qui se perdent / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est de la merde / C'est pas des trucs à mettre au point / C'est l'homme qu'est comme ça, qu'est du brun…

 

03 - L'amour, quel bordel


L'amour, faut mettre dans les combien / Pour avoir quelque chose d'utile? / Y en a des qu'ont pas les moyens / Peut-être y faut pas se faire de bile / Y a un gars qu'était directeur / Dans l'industrie métallurgique / Sa femme s'est tirée en Afrique / Avec un p'tit plombier zingueur… / (Allez comprendre…) / L'amour, faut faire ça vraiment bien / Pour pas qu'il ait l'air trop fragile / Vous savez, moi, j'y connais rien / Y a intérêt à être agile / Moi, mon beau-frère, il est bricoleur / Sa femme, elle est partie quand même / Qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'on vous aime / Est-ce qu'on peut pas vivre sans bonheur? / (Je pose la question...) / L'amour, faut mettre un peu du sien / Peut-être il faut mettre une goutte d'huile / Il faut être un peu praticien / Si on veut pas faire l'imbécile / J'ai un frangin gynécologue / Amateur dans le Loir et Cher / Et sa gonzesse s'est fait la paire / Avec un vendeur de hot dogs / (Que fait la police ?) / L'amour, faut s'y mettre à combien / Pour qu'il ait pas l'air trop débile / Peut-être avec quelques soutiens / Ça peut être un peu moins hostile / La femme de mes cousins germains / (Des jumeaux) s'est fait foutre en cloque / Par quatre siamois ventriloques / Des artistes du Cirque de Pékin / (Y a qu'à voir…) / L'amour qui fait vraiment du bien / Celui qui met vraiment dans le mille / Vous savez, moi, j'y connais rien / Mais ça a pas l'air trop facile

 

04 - Les riches


Amis du saucisson bonsoir / On va vous parler du grand soir / On va vous expliquer pourquoi / Il faudrait manger les bourgeois / C'est une solution radicale / Pour un monde un peu moins bancal / Les nouveaux riches sont plus sincères / Ils savent mieux s'envoyer en l'air / À part peut-être MC Solaar / Qui doit bien planquer sa Jaguar / Et sa gourmette de chez Cartier / Qui fait chelou dans son quartier / Voyez-vous, les riches sont des cons / J'peux vous le dire, j'suis de la maison / Je n'ai rien contre le pognon / C'est super pour les commissions / Pour le produit national brut / Et quand on est saoul pour les putes / Avec des talbins plein les fouilles / On peut pas vous casser les couilles / Mais quand la banque fait des conneries / Y'a plus un radis, c'est fini / Et ils se retrouvent à la rue / Sont pas fichus de bouger leur cul / Z'ont jamais rien fait de leurs dix doigts / Forcément, ça rend maladroit / Voyez-vous, les riches sont des cons / J'peux vous le dire, j'suis de la maison / Y a des riches plein les ministères / Pour organiser la misère / Ils font en sorte que les gens normaux / Aient toujours leur compte à zéro / Y en a plein l'université / Pour planifier la pauvreté / Pour garder le contrôle du savoir / Bien au milieu d'leur belle mangeoire / Et y a des riches plein les cimetières / Ils ont des jolies tombes en pierre / Que les pauvres peuvent même pas s'offrir / Et ça donne pas envie de mourir / Voyez-vous, les riches sont des cons / Et j'peux vous le dire, je suis de la maison / Amis du saucisson bonsoir / On va vous parler du grand soir / On va vous expliquer pourquoi / Il faudrait manger les bourgeois / C'est une solution radicale / Pour un monde un peu moins bancal / On va les faire aux petits oignons / Gardez-moi les filets mignons / Voyez-vous, les riches sont des cons / J'peux vous le dire, je suis de la maison / Voyez-vous, les riches sont des cons… / Consultez-moi pour la cuisson

 

05 - Petite chanson d'automne


On va gentiment vers l'automne / La lumière douce et les champignons / Et les filles sont assez mignonnes / En pantalon / Elle est bientôt légère comme une plume / Elle voit ses voyages au passé / Elle en sourit sans amertume / Quand on vient l'embrasser / Elle passe des matinées entières / Dans son plumard, à rêvasser / Elle préférait l'année dernière / Aller se promener / Quand on vient, y a tout qui s'allume / Son sourire est là tout entier / C'était pas trop dans ses coutumes / De se laisser dorloter / Et c'est peu dire qu'on lui doit la vie / Est-ce qu'on a saccagé la sienne? / Elle devient carrément gentille / Faudra qu'elle m'apprenne / On va gentiment vers l'automne / La lumière douce et les champignons / Et les filles sont assez mignonnes / En pantalon

 

06 - Les danseuses nues


Chuis allé voir danser les jeunes filles toute nues / Parce que dans la rue il faisait tellement froid / Que toutes les dernières que j'avais aperçues / Avaient l'air emballées comme dans des matelas / Et c'est la première danse de Jennifer Turcotte / Sur une très belle toune de Céline Dion / Elle enlève d'abord joliment sa culotte / Et j'attends Roch Voisine pour y voir les totons / À la table à côté, trois jeunes boutonneux / Ont invité Susy Meloche, de Jonquières / Elle a de beaux seins blancs, tout ronds, roses au milieu / Qu'elle caresse en riant, puis montre son derrière / Chuis allé voir danser les jeunes filles toutes nues / Parce que j'arrivais plus à penser à toi / Trop longtemps sans en voir, j'ai peur qu'on s'habitue / Qu'on oublie les usages ou le mode d'emploi / On applaudit, messieurs, la jeune Natasha / On peut l'inviter pour une danse à cinq piastres / Natasha Thibodeau, de Rouen Noranda / On applaudit, messieurs, la jeunesse et la classe / Sur un signe, elle vient, sans un sourire moqueur / Elle est tellement lisse et son maillot si blanc / Qu'on s'ennuie quand il glisse. Elle n'a aucune odeur / Son sourire est trop sain pour être bien troublant / Chuis allé voir danser les jeunes filles toutes nues / C'est vraiment pas kek'chose que je pourrais faire chez moi / La bière n'est pas très chère, l'ambiance est détendue / C'est pas là qu'on croise le plus de rabat-joie / J'ai invité Bécky Touchette, de Saint-Camille / Un maillot léopard sur un corps presque rond / Elle dit qu'elle étudie la musicologie / Comme un idiot, j'avoue que je fais des chansons / Elle approuve en passant ses cheveux sur ses seins / Mon nom ne lui dit rien, mais elle dit en souriant / Qu'elle aime Michel Rivard et Richard Desjardins / Et puis on fait semblant qu'c'est intéressant / Chuis allé voir danser les jeunes filles toutes nues / Parce que dans mes os, j'avais tellement froid / L'enseigne au néon traversait la rue / Chuis devenu tout pâle et rentré tout droit / Et c'est la troisième danse de Déby Gagnon / Toute nue sur le tapis elle fait un peu semblant / Devant six militaires venus en permission / De se sentir toute seule et de s'aimer vraiment / Ces beaux soldats vont-ils partir pour la Bosnie / Et s'il doivent y rester, est-ce qu'ils n'ont pas raison / D'aller goûter encore ce sourire de la vie / De la chair à saucisse à la chair à canon / Chuis allé voir danser les jeunes filles toutes nues / Elles sont un peu trop clean, et trop jolies pour moi / Je resterai pourtant leur victime assidue / Je les aime en cachette et puis chacun sa croix

 

07 - Quand tu te tires


Chaque fois que tu t'es sauvée / J'ai pas du tout arrêté de boire / J'ai jamais arrêté de me voir / Comme un bibendum naufragé / À chaque fois que tu t'es tirée / J'ai tout juste arrêté d'y croire / Mais y a un truc, ça tu peux me croire / J'ai un peu arrêté de baiser / Non mais c'est vrai ça, quand tu te tires / Est-ce que tu peux me dire / Qui tu veux que je tire / Non mais c'est vrai quoi, pour finir… / Moi qui t'aime comme un bourricot / Je peux pas me sentir beaucoup plus con / Je barris dans mes coquelicots / Pauvre petit futur saucisson / Moi qui t'aime comme un dromadaire / Qu'on aurait chargé d'une marquise / Elle lui fout le feu au derrière / Et l'envoie chier sur une banquise / Moi qui t'aime comme un gardon / Qui tourne en rond dans un Canadair / Il sait pas qu'il va au charbon / Il pensait juste s'envoyer en l'air / Moi qui t'aime comme le hérisson / Qui voulait tellement être heureux / Mais chaque fois, chaque fois, le grand frisson / Ça finit sur une brosse à cheveux / Non mais c'est vrai ça, quand tu te tires / Est-ce que tu peux me dire / Qui tu veux que je tire / Non mais c'est vrai quoi, pour finir / Moi aussi je me tire une balle dans la peau / Reviens voir la décoration / Y a des vieux journaux par terre / Y a des larmes dans la poussière / Et ton gars pendu au plafond / Non mais c'est vrai ça, quand tu te tires / Est-ce que tu peux me dire / Qui tu veux que je tire / Non mais c'est vrai quoi, pour finir / Moi aussi je me tire sur le haricot

 

08 - La chair à saucisse
Extrait sonore


Dieu a fait l'homme à son image / Qui le lui a bien rendu / Disait Voltaire à l'ingénue / Qui montrait trop peu son corsage / Ceux qui tuent pour dieu sont des cons / Ceux qui laissent faire sont dégueulasses / Ils ont tous un regard salace / Une morale en accordéon / Les vieilles du couvent à côté / Vont mourir pour un ciel désert / Une publicité mensongère / Leur aura bien tout fait rater / Dieu va les prendre à la légère / Sous une aile un peu déplumée / Et ces pauvres filles mal aimées / Comme nous vont partir en poussière / À Téhéran, des vieux croûtons / Pour faire la guerre aux incroyants / Adorent envoyer sur le front / Quelques pauvres et quelques enfants / Au Vatican, des vieux gagas / Dont le tête et les dents clapotent / Font brûler contre le sida / Quelques cierges et quelques capotes / Lisez Voltaire, lisez Ramuz / Lisez Céline et Bukowsky / Lisez beaucoup Salman Rushdie / Et disez-moi si ça vous a plu / Ces gens là, en quelques mots crus / Qui leur ont valu des ennuis / Ont trouvé du sens à la vie / Même pour ceux qui les ont pas lus / Ceux qui meurent pour dieu sont des cons / Ceux qui les poussent sont dégueulasses / Salman Rushdie, dans son palace / Voudrait bien sortir pour de bon / Tous ces dieux qui meurent se haïssent / Ils s'agitent pour des vieux salauds / Qui voudraient tous nous faire la peau / Ils nous aiment qu'en chair à saucisse / Tous ces dieux qui meurent sont bidons / Ils nous aiment qu'en chair à canon / Quand on les agite au balcon / C'est toujours pour faire un carton / Dieu a fait l'homme à son image / Qui le lui a bien rendu / Disait Voltaire à l'ingénue / Qui montrait trop peu son corsage / Dieu a fait l'homme à la légère / Dans un monde assez saugrenu / À l'amour en fruit défendu / Il semble préférer la guerre…

 

09 - La quarantaine rugissante


Je m'permets d'rappeler poliment / Que je m'lavais jamais les dents / Que je m'rasais dans la baignoire / Et que j'te la laissais toute noire / Y a un truc qu'on sait plus très bien / On se faisait plus jamais rien / On dormait tourné dans son coin / Depuis quatre ou cinq ans au moins / Et on se demande pourquoi j'me casse / Sans se demander qui ça tracasse / J'vois un peu mieux les choses à faire / Pis je prends un bol d'air / Et quand je me promène dans la rue / Je vois la vérité toute nue / C'est ma vie, j'en ai qu'une / Et pour pas que je la perde / Il vaudrait mieux pas que j'm'emmerde / C'est arrivé chais plus comment / Tu me disais plus rien de tes amants / Peut-être un type me plaisait pas / Ou tu croyais que je t'écoutais pas / D'un côté, tu y pouvais rien / Moi, je te chantais plus jamais rien / Et je te disais plus rien de ma vie / Et je savais plus rien de tes envies / Et on se demande pourquoi je me casse / C'est juste pour sauver nos carcasses / Chuis avec une gonzesse sympa / Qui voit que chuis là / Et quand tu te promènes dans la rue / Regarde la vérité toute nue / C'est ta vie t'en as qu'une / Et pour pas qu'tu la perdes / Il vaudrait mieux pas qu'tu t'emmerdes / J'trouve qu'on oublie un peu facilement / Qu'tu voulais me virer depuis longtemps / Vu qu'j'étais pas tellement malin / Moitié fauché, moitié radin / Y a un truc qu'on sait plus très bien / Tu disais que j'servais à rien / Que je foutais du bordel partout / J'étais le roi des mous / Et on se demande pourquoi j'me casse / J'me prends pour Capitaine Fracasse / J'ai la quarantaine rugissante / Mais pas bien méchante / Et quand on s'promène dans la rue / On voit la vérité toute nue / C'est la vie, y en a qu'une / Et pour pas qu'on la perde / Y vaudrait mieux pas qu'on s'emmerde / Et quand tu te promènes dans la rue…

 

10 - Le bonheur (Chanson de Jean Villard "Gilles")


Quand l'aurore aux accents / D'une flûte champêtre / Saute sur ma fenêtre / Annonçant le beau temps / Quand au sommet du jour / Le soleil, dans sa force / Fier et bombant le torse / Fait rouler son tambour / Ou quand le soir descend / En posant sur la ville / Ses douces mains tranquilles / Dans mon ravissement / Je pense à ce bonheur / Dont nous rêvons sans cesse / Mais la simple sagesse / Me dit avec douceur / Le bonheur est chose légère / Que toujours, notre cœur poursuit / Mais en vain, comme la chimère / On croit le saisir, il s'enfuit / Il n'est rien qu'une ombre fugace / Un instant, un rayon furtif / Un oiseau merveilleux qui passe / Ravissant mais jamais captif / Le bonheur est chose légère / Il est là comme un feu brûlant / Mais peut-on saisir la lumière / Le feu, l'éclair, l'ombre ou le vent / En ce siècle de peur / De misère et de guerre / Il est pourtant sur terre / De très simples bonheurs / Ils sont là sous la main / Faits de très humbles choses / Le parfum d'une rose / Un beau regard humain / C'est le souffle léger / De l'enfant qui sommeille / C'est l'amitié qui veille / Et le pain partagé / Et puis voici qu'un jour / Le bonheur qu'on envie / Entre dans notre vie / Sur l'aile de l'amour / Le bonheur, dans le grand silence / De la nuit, c'est sur le chemin / Le bruit clair de ton pas qui danse / Ta main que je tiens dans ma main / Le bonheur, c'est toi, source vive / De l'amour, dans son vert printemps / Quand la nuit, dans mes bras captive / J'entends ton doux gémissement / Le bonheur, c'est de croire encore / Amants, que nous verrons un jour / Resplendir l'éternelle aurore / Qui sait, d'un immortel amour…

 

11 - Les garagistes


Il ne faut pas être assureur / Ça ne sert qu'aux jours de malheur / Il ne faut pas être chanteur / Et faire pleurer les gens par cœur / Il ne faut pas être coiffeur / Ils ont encore loupé ma sœur / Il ne faut pas être masseur / Ingénieur ou vibromasseur / Éviter d'être secrétaire / On a son patron au derrière / Surtout ne pas être avocat / Vous auriez à traiter mon cas / Éviter d'être charcutier / Les cochons pourraient se venger / À la limite hôtesse de l'air / Pour Dutronc et pour le plein air / Il vaut mieux être anthologiste / Pépiniériste ou pâtissier / Je voudrais être garagiste / Ils ont de beaux calendriers / Il ne faut pas être ministre / Philatéliste ou usurier / Je suis jaloux des garagistes / Ils ont de beaux calendriers / Les clients, quand on est dentiste / Ont un peu peur, et ça rend triste / Ils s'amènent quand on est psychiatre / Avec une douleur opiniâtre / Ils ont quand on est architecte / Un goût absolument infect / Et ils se tirent quand on est pute / Pour aller se tirer des flûtes / On serait bien violoncelliste / Mais c'est trop beau pour un métier / Je suis jaloux des garagistes / Ils ont de beaux calendriers / J'ai vu un jour un secouriste / Avec un vrai scaphandrier / Je suis jaloux des garagistes / Ils ont de beaux calendriers / Avec mes bagnoles dégueulasses / La pièce d'origine est mon lot / Je consomme des joints de culasse / Des alternateurs à plein pot / Après quarante amortisseurs / Des plaquettes de frein par centaines / On pourrait chez les fournisseurs / Penser à moi pour les étrennes / C'est pas ma faute, je suis chantiste / Ça n'est pas un vilain métier / Je suis jaloux des garagistes / Ils ont de beaux calendriers / Dans un rêve de charaputiste / J'ai essayé tous les métiers / J'étais antilimitariste / Et je fumais des fox terrier / C'est pas ma faute, je suis chantiste / Ça n'est pas un vilain métier / Mais sur ma route y a des garagistes / Et j'adore leurs calendriers…

 

12 - Furieuse et belle


Si la vie me réserve encore / Quelquefois quelques jours avec elle / Quand elle est furieuse et drôle / Je veux encore, sur son épaule / Couler dans un bonheur facile / Quelques larmes de crocodile / Si la vie me réserve encore / Quelquefois quelques jours avec elle / Juste quelques jours encore / Avant de passer à la mort / Quand la vie n'est pas trop frileuse / Quand elle est un peu amoureuse / Vous mourez là, devant ma porte / Et sous mes yeux, que nous importe / Tout ça ne dure pas si longtemps / On vous oubliera dans un an / On s'en va chacun sa saison / On s'en va perdre sa raison / Mais qu'on nous prenne une amoureuse / Et la vie qui reste est affreuse / Si la vie me réserve encore / Quelquefois quelques jours avec elle / Quand elle est furieuse et rebelle / Quand elle est curieuse et cruelle / Ça vaut bien la peine qu'on se donne / Ça vaut la peine qu'on s'abandonne / Si la vie m'offre encore le temps / D'être quelquefois son amant / D'aller me perdre encore en elle / Quand elle est furieuse et belle / D'aller pleurer sur son épaule / Quand elle est furieuse et drôle / Si la vie m'offre encore le temps / Je lui ferai quelques enfants…

 

13 - L'aveugle


Un aveugle sort de chez lui / Derrière son chien calme et gentil / On trouve peu dans l'humanité / Tant de fidélité / Sans voir les couleurs du printemps / Il entend le rire des enfants / Et les odeurs neuves des sous-bois / C'est au chien qu'il les doit / C'est des chiens qui rendent service / Et sont heureux d'être indispensables / Leur vie est un long sacrifice / Et c'est admirable / Notre aveugle sort de chez lui / Derrière son chien qui le conduit / Où vont-ils ainsi tous les deux / Ne sont-ils pas heureux? / Voilà la question du badaud / Touché par le tableau / Le chien va derrière la maison / Pisser sur le gazon / C'est des chiens qui rendent service / Et sont heureux d'être indispensables / Mais quelquefois, il faut qu'ils pissent / C'est inattaquable / Ce sera tout pour aujourd'hui / Notre aveugle rentre chez lui / Appuie sur les petits boutons / Pour ouvrir la maison / C'est lui qui pilote ascenseur / Ouvre-boîte et congélateur / Et c'est lui qui reçoit les sous / Pour le canigou / Ainsi de l'aveugle et du chien / Qui donc est le nécessiteux / Et du malade et du médecin / Le plus libre des deux / Que serait Kouchner sans la guerre / Et Thérésa sans Calcutta / C'est en hiver que l'Abbé Pierre / Peut faire un tabac / C'est des chiens qui rendent service / Et sont heureux d'être indispensables / Quand c'est gratuit, c'est tout bénéfice / Pour le contribuable / Quand on laissera les militaires / Sans un rond pour les canons / Ils devront faire pour leurs guéguerres / Des super téléthons / On fera la guerre à la misère / Sans venir pleurer sur mes rognons / Je pourrai les déglacer pépère / Au Saint-Émilion. / C'est des chiens qui rendent service / Et sont heureux d'être indispensables / Quand c'est gratuit, c'est tout bénéfice / Pour le contribuable / C'est des chiens qui font du service / Et bien contents d'être indispensables / Ils ont le sens du sacrifice / Pour le contribuable / Quand on verra les militaires / Qui font la manche pour les canons / Avec des trous dans la visière / Et dans les pantalons / On fera la guerre à l'hiver / Sans venir piquer mon pognon / J'irai chanter pour l'abbé Pierre / À la télévision

 

14 - Souvenirs de voyage


On voit la douceur de sa peau / Mais on n'en sent plus la chaleur / On ne connaît plus la couleur / De ces yeux qui vous trouvaient beau / On sait bien le poids de l'épaule / Mais son goût, quand on mord dedans / On l'a perdu, et l'on ne sent / Plus les cheveux quand ils vous frôlent / De quoi se souvient-on vraiment / Quand on est parti un moment / On sait l'estime et la confiance / On sait les rires et les sanglots / On sait la vie et ses sursauts / Et quelques souvenirs d'enfance / On sait que sa voix était belle / On voit encore un peu ses mains / On fait des efforts un peu vains / Contre sa mémoire rebelle / De quoi se souvient-on vraiment / Quand on est parti un moment / On sait très bien la déraison / Quand les corps ont roulé partout / Ça ne s'efface pas du tout / Quand c'est trop précis et trop bon / On mâchonne encore un prénom / Pour le plaisir d'appartenir / Aimer comme pour ne pas mourir / Voir le temps trop court et trop long / De quoi se souvient-on vraiment / Quand on est parti un moment / On sait trop bien qu'il faut rentrer / Et que rien n'appartient jamais / Qu'il faut un peu tout cultiver / Quand on veut savoir qui on est / De quoi se souvient-on vraiment / Quand on est parti un moment

 

15 - Incorrigible hiver (chanson de Dominique Scheder)


De la mer figée des labours / Les mouettes reviennent bredouilles / Jolie journée qui tourne court / Une remise qu'on verrouille / En ville, on vend des marrons chauds / Et on n'entend plus les jets d'eau / Déjà l'catalogue de Noël / Fais-moi penser à l'antigel / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver… / Il neige enfin sur la colline / Émerveillement des gamins / Les saisons ne sont pas routine / Pour ceux qui suivent leur chemin / Sur les prés blancs, peints à la gouache / Corbeaux et merles font des taches / Le cliquetis d'un téléski / Résonne dans l'après-midi / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver… / Deux roues arrière qui patinent / Le camion du lait s'est bloqué / Il fait une de ces cramines / L'écuelle du chien s'est figée / Les chantiers bossent au ralenti / À la pause on boit des petits / Dans un hangar à peine chauffé / Le régent repeint son voilier / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver… / Soudain, c'est une autre chanson / Des ruisseaux naissent de partout / La neige glisse des maisons / Les enfants pleurent leurs iglous / Et bientôt dans la ville en fête / Inutile que tu t'entêtes / On brûlera ton effigie / Ainsi la mort, ainsi la vie / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver / Incorrigible Hiver …

 

 


 

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